La semaine économique vue par Philippe Crevel : 15 février 2014

Le coin des Epargnants

La bourse de Paris est à son plus haut niveau depuis la crise de 2008 / 2009.

Très en retard par rapport aux autres places, la place de Paris a gagné 2,65 % la semaine dernière et a atteint 4340 points.

La bourse de Paris a connu 9 séances de hausse, un record depuis 2010. Les actions françaises ont profité des bons résultats de la conjoncture qui ont été annoncés durant la semaine tant en France qu’en Europe. Par ailleurs, les premiers résultats des entreprises sont corrects à l’exception de BNPPARIBAS. Depuis plusieurs mois, la bourse de Paris éprouve les pires difficultés à maintenir le niveau des 4300 points. Il est fort à parier que les investisseurs soient dans les prochains jours plus attentistes. Néanmoins, si les résultats des entreprises demeurent positifs, les investisseurs souhaiteront conserver les titres jusqu’à la distribution des dividendes. Les arbitrages au sein des portefeuilles devraient néanmoins se poursuivre surtout si la reprise se confirme.

2013, croissance de l’économie française, cela aurait pu être plus grave…

Le Gouvernement espérait à l’automne 2012 une croissance de 0,7 % pour 2013. Il a dû réviser à la baisse ses prévisions. Durant le printemps dernier, il n’escomptait plus que 0,1 %. De ce fait, la croissance de 0,3 % annoncée par l’INSEE, vendredi 14 février, constitue presque une bonne nouvelle.

Certes, il faut relativiser le résultat. La France a profité comme les autres Etats européens du sursis de 2 ans accordé par la Commission de Bruxelles pour le rétablissement des comptes publics. Par ailleurs, l’amélioration de la conjoncture aux Etats-Unis et dans le Sud de l’Europe a permis une fin d’année plus sympathique. Il n’en demeure pas moins que la France peine à retrouver son niveau d’avant la récession de 2008 / 2009 et que les perspectives à moyen terme ne sont guère optimistes.

La consommation a été positive en 2013 de 0,4 % contre un recul de 0,4 % en 2012. La croissance aura été encore portée par la consommation des administrations publiques qui a progressé de 1,7 % contre 1,4 % en 2012. Cette composante devrait s’amoindrir dans les prochaines années du fait de la nécessité de réduire les dépenses publiques.

L’investissement a poursuivi son mouvement de baisse avec une chute de 2,1 %. La baisse avait été de 1,9 % en 2012. Les entreprises ont réduit leurs investissements de 2,3 % et les ménages de 3,8 % (essentiellement immobilier) quand les administrations publiques les ont augmentés de 1,4 % contre une baisse de 0,6 % en 2012. Il faut noter que l’investissement a progressé au dernier trimestre de 0,6 % après sept trimestres de recul.

Le commerce extérieur a contribué négativement à la croissance à hauteur de 0,1 % car les importations ont durant l’année progressé plus vite que les exportations. Le déficit de la balance commerciale qui a atteint en 2013 61 milliards d’euros en est l’illustration.

Les stocks ont également joué à la marge positivement en faveur de la croissance avec un impact positif de 0,1 % contre -0,8 % en 2012. Sur le dernier trimestre, les variations de stocks ont une contribution négative de 0,3 %

Depuis plus de 5 ans, la France fait du surplace. Très dépendante de la consommation, la croissance française doit faire face à une perte de compétitivité liée à la chute de l’investissement et à la désindustrialisation.

La France doit faire face à des problèmes structurels liés à la diminution du taux de marge des entreprises qui est à un niveau historiquement bas. Par ailleurs, la contraction du pouvoir d’achat de 0,9 % en 2012 des ménages a pesé sur la croissance du premier semestre 2013.

Si en 2012, la crise des dettes publiques a pu servir de paravent aux mauvais résultats, la France est désormais à la croisée des chemins. Elle peut soit s’engager dans une stagnation à l’italienne ou à la japonaise des années 90, soit revenir dans le groupe des Etats européens ayant une croissance modeste mais non nulle ce qui suppose une reprise de l’investissement forte et durable. Il y a surtout l’impérieuse nécessité de repositionner l’outil de production sur le haut de gamme et le premium. Le combat sur les secteurs traditionnels à faibles marges est voué à l’échec et risque de mobiliser inutilement les rares capitaux disponibles. La France doit également veiller à faciliter le financement des entreprises et éviter que les ressources disponibles ne soient affectées au seul financement de la dette publique.

L’Europe en mode croissance au dernier trimestre

La zone euro a confirmé au quatrième trimestre 2013 sa sortie de récession avec un PIB en hausse de 0,3% trimestre sur trimestre. En rythme annualisé, la croissance a donc été légèrement supérieure à 1 %. La reprise est réelle mais lente. Elle concerne la quasi-totalité des pays de l’Union. L’Allemagne fait toujours la course en tête avec une croissance de 0,4% t/t au quatrième trimestre. Son activité a, ainsi, dépassé son dernier point haut d’avant la crise. Ce qui est encourageant, c’est que des pays comme le Portugal, l’Espagne et l’Italie affichent un taux de croissance du PIB positif.

Avec des voisins en piteux état, l’Allemagne a sauvé les meubles l’année dernière. En effet, l’économie allemande a poursuivi sa croissance modérée à la fin de l’année. Au quatrième trimestre de 2013, le produit intérieur brut ( PIB ) a augmenté de 0,4 % sur le troisième trimestre de 2013. Durant les deux trimestres précédents, l’économie allemande avait enregistré une croissance de 0,7 % et 0,3 %, respectivement, après une stagnation au début de l’année. L’Office fédéral de la statistique (Destatis)  rapporte également que cela se traduit par une hausse de 0,4 % pour l’ensemble de l’année 2013 (calendrier ajusté : + 0,5 %).

Sans surprise, le commerce extérieur continue à doper la croissance allemande, l’augmentation des exportations de biens et services a été sensiblement plus élevé que celui des importations.

Etats-Unis, l’effet Yelen

Janet Yellen, nouvelle Présidente de la Fed, a pour la première fois, présenté le rapport sur la Politique Monétaire aux commissions bancaires des deux chambres du Congrès.

Janet Yellen a confirmé sa pleine adhésion aux objectifs de moyen terme définis en janvier 2012 : le respect du double mandat de la Fed, avec d’une part le plein emploi et d’autre part la stabilité des prix.

Janet Yellen a mentionné que plus de 3 millions d’emplois ont été créés depuis la mise en oeuvre de la troisième vague d’assouplissement quantitatif en septembre 2012. Elle a noté que si le taux de chômage a depuis reculé de 1,5 point, la reprise du marché du travail reste incomplète avec un nombre important de chômeurs de longue durée.

Janet Yellen a indiqué que la faiblesse de l’inflation n’était pas d’ordre déflationniste mais imputable à des facteurs particuliers et transitoires comme la baisse des prix du pétrole ou d’autres produits importé. Néanmoins, elle a réaffirmé l’objectif d’une inflation à 2 %.

Janet Yellen a confirmé la poursuite du ralentissement progressif des achats de titres dans le cadre de QE3, processus qui ne serait remis en cause qu’en cas d’une forte modification des perspectives.

Elle a répété que les taux seraient maintenus proches de zéro bien après que le taux de chômage soit passé sous la barre de 6,5%, et pour une période d’autant plus longue que l’inflation continuera d’évoluer sous l’objectif de la Fed.

Sur les perspectives américaines, le fort taux de croissance du 3ème et 4ème trimestre 2013 doit être relativisé car il était imputable en partie à la reconstitution des stocks et certes c’est positif au commerce extérieur. Sans ces deux éléments, le taux de croissance était de 2,4% au T3 contre 4,2 % et 1,6% au T4, contre 3,1 % en ligne avec la moyenne enregistrée depuis la sortie de récession (2,1%).

Le début de 2014 s’inscrit dans le trend de 2013. Une accélération de la croissance est possible cette année, notamment du fait d’une politique budgétaire moins restrictive. Néanmoins, le mois de janvier sera pénalisé par les intempéries.

Point positif pour les Etats-Unis, le Congrès a voté une nouvelle suspension du plafond de la dette jusqu’en mars 2015, et sans aucune condition attachée. La prochaine échéance n’arrivant qu’à la rentrée quand il faudra voter le financement de l’Etat à compter du 1er octobre.

Italie, Comedie del’ arte au sommet

L’Italie connaît à nouveau quelques remous politiques en ce début d’année. Depuis l’été 2011, trois premiers ministres se sont succédé à la tête du gouvernement italien et un quatrième devrait être désigné au poste de Premier ministre dans les prochains jours. Matteo Renzi, l’actuel maire de Florence, récemment nommé à la tête du Parti démocrate (PD), la formation de centre-gauche pilier de la coalition au pouvoir, a conduit à la démission le gouvernement dirigé par M. Enrico Letta lui-même membre de ce parti. Une dissolution pourrait intervenir sous réserve que le Président de la République constate les partis sont dans l’incapacité de dégager une majorité capable de former un gouvernement. Or, telle n’est pas le scénario le plus probable. Le Président  Napolitano devrait, en effet nommer M. Renzi à la tête de l’exécutif, ce dernier pouvant compter sur l’appui de son parti et d’au moins deux petites formations de centre-droit, ce qui devrait lui garantir la majorité aux deux chambres.

Forza Italia, de l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi, et le mouvement 5 Etoiles antisystème devraient refuser leur soutien au gouvernement Renzi. Néanmoins Forza Italia ne cherchera pas la crise de régime ; le parti ayant besoin de temps pour préparer les prochaines élections. Il a, par ailleurs, accepté la réforme électorale présentée par la coalition.

Pour le moment, l’actuelle majorité bénéficie du soutien de l’opinion. Le nouveau Président du Conseil devrait, de ce fait, poursuivre les réformes engagées par ces prédécesseurs, Monti et Letta.

Renzi sera attendu sur la réforme du marché du travail, celui de la distribution des biens et sur l’épineux chantier des institutions.

A suivre, next week…

Lundi 17 janvier, au Japon, il faudra suivre les résultats du PIB au 4ème trimestre. La progression devrait se situer autour de 0,5 %. La croissance a été dopée par la consommation avec des achats anticipés du fait du relèvement prochain de la TVA. En revanche, l’évolution des exportations demeure inquiétante.

Mardi 18 février, à Londres, il faudra regarder le taux d’inflation pour le mois de janvier qui avait atteint la cible de 2 % en décembre après avoir été de 2,1 % en novembre. En janvier, il devrait rester autour de la cible.

A Tokyo, il faudra regarder les décisions de politique monétaire de la Banque centrale. A Bruxelles, seront publiées les immatriculations automobiles en Europe de janvier.

Mercredi 19 février, toujours au Royaume-Uni, seront publiés les résultats de l’emploi du mois de décembre. Les conditions sur le marché du travail restent favorables. L’emploi a probablement légèrement progressé sur la période d’octobre à décembre. Le taux de chômage pourrait légèrement reculer.

A Francfort, il faudra suivre la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE même si aucune décision sur les taux n’est attendue. De même, à Washington sera publié le compte-rendu du FOMC de janvier.

Jeudi 20 février, aux Etats-Unis, l’indice des prix à la consommation sera connu. En taux annualisé, il devrait tourner autour de 1,6 %.

Au Japon, sera publié le résultat du commerce extérieur de janvier. Les chiffres devraient être mauvais avec une forte croissance des importations.

Pour la Zone euro, il faudra suivre la publication des enquêtes PMI de février.

En janvier, l’indice composite PMI d’activité s’est inscrit en hausse, à 52,9. L’enquête signale que la reprise est plus équilibrée, par pays comme par secteurs. Une nouvelle progression de la confiance dans l’industrie et dans les services est attendue en février.

En France, jeudi, il faudra regarder l’indice des prix à la consommation de janvier. Avec la hausse de la TVA et les soldes ainsi que des modifications du panier de consommation par l’INSEE, il sera assez difficile de se faire une idée sur l’évolution des prix. Les économistes attendent une baisse de l’indice de 0,2 à 0,4 point.

L’inflation en janvier va être brouillée par l’impact de la hausse de TVA plus, comme habituellement à cette date de l’année, les soldes d’hiver et la mise à jour des pondérations du panier de consommation. Une baisse mensuelle de l’IPC de 0,4% est attendue.

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