Les nouvelles cartes du territoire français

03/02/2022, classé dans

La crise sanitaire rebat les cartes concernant les régions et les agglomérations les plus dynamiques sur le terrain économique. Paris et la région capitale sont en perte de vitesse au profit des régions de l’Ouest de la France et d’Auvergne-Rhône- Alpes. La Collectivité de Corse attire également de nombreux jeunes actifs notamment à Ajaccio qui est une des villes les plus dynamiques de France pour la création d’emplois. Les régions les plus dynamiques et qui rebondissent le plus rapidement après la crise sont les Pays-de la Loire, la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie suivies de la Bourgogne. Toutes ont doublé leur nombre d’offres d’emploi en CDI en un an. L’Île-de-France est en retrait.  

Au niveau des agglomérations de plus de 200 000 habitants, selon le site d’emploi Hellowork, Angers et Dijon ressortent gagnants en matière de création d’emplois. Figurent également la communauté urbaine de Tours, Annecy, Saint-Etienne, Valence-Romans et Caen. En Île-de-France, le cœur de la région se déplace. Autrefois situé à Paris et en première couronne, il se fragmente en deux zones : l’une autour du plateau de Saclay qui regroupe de nombreuses entreprises technologiques ; l’autre à Saint-Quentin en Yvelines. Marne-la-Vallée qui avait connu une forte expansion ces vingt dernières années connaît un ralentissement en lien avec la réduction du trafic aérien et la diminution du nombre de touristes internationaux (Eurodisney). 

L’Île-de-France pourrait connaître une véritable révolution avec la multiplication des salariés de passage. Avec le télétravail, les salariés dont le lieu de travail habituel est en région parisienne ne pourraient y passer que deux ou trois journées par semaine. Des actifs pourraient ainsi déménager à une heure ou deux de Paris à la recherche de logements plus grands et plus proches de la nature. Les entreprises pourraient revoir leur surface de bureaux voire leur localisation. Avec le Grand Paris, des villes au sein de l’agglomération parisienne se situant à des carrefours de transports comme Massy pourraient connaître un réel essor.  

L’économie des Pays de la Loire qui reposent sur une gamme diversifiée d’activités devrait poursuivre son développement même si les prix de l’immobilier commencent à augmenter fortement. La région bénéficie d’un réseau de villes de taille moyenne, Angers, Le Mans, Niort, la Roche-sur-Yon, Cholet ou Laval qui sont autant de relais de croissance pour Nantes. La région Centre est dans une situation plus contrastée. Ne disposant pas d’une métropole comme Nantes ou Bordeaux, la région entre dans les sphères d’influence de la région parisienne et des Pays de la Loire. Orléans comme Tours attirent un nombre croissant d’habitants originaires de la région parisienne.  

La Normandie se relève de plusieurs décennies de déclin provoqué par le recul des industries textile et automobile. L’absence de métropole importante et la proximité de Paris ont freiné son essor tout comme le manque d’infrastructures de transports notamment ferroviaires. Rouen comme Caen connaissent néanmoins depuis plusieurs années un léger renouveau. Le prix mesuré de l’immobilier constitue un atout pour ses agglomérations qui disposent d’une forte tradition industrielle et commerciale. Les villes d’Évreux, de Bernay ou de Lisieux attirent de plus en plus d’urbains en provenance de la région parisienne tout comme les franges de la Normandie (Vernon par exemple). Dans le premier cas, il s’agit de cadres, télétravailleurs et de retraités ; dans le second d’habitants de la grande périphérie d’Île-de-France à la recherche de logements à prix modestes.  

Au mois de septembre dernier, la région Hauts-de-France a retrouvé sur le plan économique son niveau de 2019. La région est pénalisée par les difficultés d’approvisionnement qui frappent l’industrie notamment automobile. Si Lille figure parmi les agglomérations les plus attractives, notamment pour les Parisiens, la situation est plus difficile pour les autres villes de la région.  

La Bretagne confirme sa bonne santé sur le plan économique. Le taux de chômage, à  6,5 % est le plus faible de France. Tout comme les Pays de la Loire, les entreprises n’arrivent pas à recruter. En 2021, le secteur du tourisme qui dépend essentiellement des résidents français a presque récupéré le nombre de nuitées de 2019 (-4 % contre -18 % pour l’ensemble de la France). Le secteur agro-alimentaire et le développement des entreprises de pointe à Rennes constituent des vecteurs de croissance pour la région qui peut compter sur un réseau de villes moyennes compétitives (Saint Brieux, Brest, Quimper, Vannes, etc.). Après des années difficiles, Le bassin de Lannion connaît une légère embellie grâce au développement des résidences secondaires le long des Côtes d’Armor.  

La Nouvelle Aquitaine est très dépendante de sa métropole Bordeaux qui dépend elle-même du secteur viticole, du tourisme et de l’aéronautique. La forte croissance de l’agglomération provoque des tensions sociales en lien avec l’augmentation des prix de l’immobilier. La région ne bénéficie pas du même tissu économique que les Pays de la Loire, ce qui la rend plus sensible aux aléas conjoncturels. La situation de la région Occitanie est un peu identique, Toulouse dépendant par nature d’Airbus. La reprise des commandes devrait conduire à un rebond rapide de la métropole toulousaine qui doit pouvoir diffuser les fruits de sa croissance sur les autres grandes villes de la région, Montpellier, Perpignan, Tarbes ou Lourdes.  

Le Grand Est qui est confronté à une diminution de sa population et au déclin de l’industrie pourrait profiter de la crise sanitaire pour inverser ces tendances. Les relocalisations et la transition énergétique remettent la lumière sur les biens industriels produits en France. Du fait de sa longue tradition en la matière, la région Grand Est comme la Bourgogne-Franche-Comté connaissent un réel frémissement en matière de créations d’emplois. Besançon, Dijon ou Mulhouse bénéficient d’un regain d’intérêt d’autant plus que les prix de l’immobiliers y sont plus faibles qu’ailleurs. L’existence de lignes de TGV est également un facteur déterminant dans l’installation de jeunes ménages.  

La région Sud (ancienne région PACA) connaît une évolution contrastée. Marseille accueille de nombreux urbains en provenance de la région parisienne à la recherche d’une meilleure qualité de vie et de logements moins chers. Le télétravail permet cette délocalisation. Marseille attire également une population de jeunes gravitant dans le secteur de la création artistique. Même si la saison estivale de 2021 a été relativement correcte, l’absence des touristes internationaux est ressentie sur les villes de taille intermédiaire comme Cannes ou Nice. Dans cette ville, plus de 40 % de la population active travaille pour le tourisme. 

La Corse, du fait du poids du tourisme dans son PIB, a été une des régions les plus touchées par la crise sanitaire. Elle connaît un rebond mesuré grâce au dynamisme de ses deux grands bassins d’emplois que sont Ajaccio et Bastia. L’augmentation de la population résultant d’un solde migratoire positif, le plus élevé de France, contribue à l’essor des activités de services. En 2021, le chômage y a baissé de 5,4 %, soit deux fois moins vite que dans l’ensemble de la France métropolitaine. La région attire les jeunes retraités et les télétravailleurs. Elle dispose d’un réel potentiel de croissance, ce qui suppose néanmoins une diversification de son économie.  

Les cartes du territoire bougeaient avant même la crise sanitaire. Celle-ci semble accélérer les mutations avec la confirmation de l’essor de l’ouest de la France et le recul relatif d’une partie de la région parisienne qui est de moins en moins homogène. Les nouveautés figurent du côté de la Bourgogne qui pourrait transformer sa faiblesse en atout, à savoir être située entre l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes.  

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