Mad Max est-il de retour ?

14/06/2008, classé dans

MAD MAX SERA-T-IL LA VEDETTE DU 21ième SIECLE ?

Une route sale au milieu d’un désert, une horde sortie tout droit de l’enfer recherche quelques gouttes d’un pétrole devenue rare, tel est le scénario d’un film devenu culte Mad Max sorti en 1979. Trente ans plus tard, la réalité risque-t-elle de ressembler à la fiction. Avec l’augmentation de la demande liée à la croissance de la Chine, de l’Inde et des autres pays émergents, avec une offre qui se stabilise voire qui pourrait rapidement décroitre, le prix du baril a en deux ans été multiplié par plus de trois.

Les prévisionnistes qui sont souvent des agents de l’enfer nous annoncent un baril de pétrole à 300 ou 400 dollars. Ils affirment avec le soutien des tenants de la décroissance ainsi que des écologistes que notre modèle économique a vécu, qu’il faut repenser l’économie, notre façon de vivre… A peine certains pays sortent-ils du sous-développement qu’il faudrait qu’ils plongent dans un abîme indéfini.

La troisième crise du pétrole sonne-t-elle la fin du capitalisme tel qu’il s’est constitué depuis la fin du 19ème siècle.

Il convient de souligner que nous avons connu déjà plusieurs passages de témoin énergétique, le charbon a succédé au bois pour laisser la place au pétrole.

L’augmentation du pétrole depuis deux ans doit être relativisée. Le cours du baril est passé de 60 à 180 dollars soit un triplement ; pour mémoire, lors du premier choc, il était passé de 3 à 13 dollars soit un quadruplement et en 1979, il avait atteint 40 dollars soit encore une multiplication par quatre.

Les deux premiers chocs pétroliers ont eu un double effet, la recherche d’une moindre dépendance au pétrole de la part des pays consommateurs et la mise en exploitation de nouveaux gisements.

L’intensité énergétique de la croissance s’est fortement contractée depuis trente ans. Le processus de désindustrialisation avec en parallèle la tertiairisation de l’économie, les gains de productivité, le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ont fortement modifié la donne. La baisse de l’intensité énergétique de la croissance s’explique également par le rôle pris par l’énergie nucléaire dans la production de l’électricité. Aujourd’hui, la principale victime de la hausse des cours du pétrole est le secteur des transports.

La découverte et la mise en exploitation de nouveaux gisements dans les années quatre-vingt ont débouché sur le contre choc. En 1986, le cours du baril s’est effondré pour revenir dans une fourchette de 15/24 dollars. Les gisements de la Mer du Nord, d’Afrique et d’Amérique Latine ont abouti à un excès d’offre d’autant plus que les pays de l’OPEP ont décidé de rompre avec leur politique drastique de quotas. L’OPEP n’avait plus les moyens de maintenir les prix et était, de ce fait pénalisée.

Le faible cours du pétrole qui était redescendu au-dessous du niveau atteint au moment du premier choc, en prenant en compte l’inflation, a eu pour conséquences un sous-investissement notoire. La recherche de nouveaux gisements comme leur meilleure exploitation n’ont pas été une priorité.

Nous payons actuellement ce sous-investissement qui concerne toute la chaîne du pétrole : de la recherche des nappes au raffinage en passant par l’exploitation. Certains gisements sont en déclin comme ceux de la Mer du Nord ou en Australie. Il en serait de même en Russie même s’il faut rester prudent en ce qui concerne les informations fournies par ce pays. L’emballement des cours constatée depuis 2006 n’est pas le produit d’un déséquilibre actuel entre offre et demande de pétrole mais sur un déséquilibre supposé à venir. Il incorpore, de ce fait, une part de spéculation.

Depuis dix ans, la demande s’est fortement accrue. Une croissance supérieure à 8 % telle qu’elle est constatée en Chine ou en Inde ne peut que générer une forte demande en énergie d’autant plus que ces pays sont devenus les ateliers industriels du monde. En outre, fortement peuplés et dotés de larges territoires, tout concourt à l’explosion des transports.

La consommation chinoise de pétrole augmente de 12 % par an, celle de l’Inde de 6 à 7 %.

Depuis le mois de mai 2008, le cours du baril est supérieur à celui atteint en 1981 en prenant en compte les variations de prix constatées sur cette période.

Nous constatons que l’impact sur la croissance de la multiplication par trois des cours du pétrole est moindre que lors du second choc pétrolier. La moindre dépendance et la meilleure santé des économies et des entreprises expliquent le maintien à un haut niveau de la croissance mondiale qui a battu tous ces records ces dernières années. La crise des subprimes constituait par son effet systémique une menace plus sérieuse.

L’impact faible sur la croissance repose également par une gestion différente des pétrodollars ou des pétroseuros. Les deux premiers chocs pétroliers avaient entrainé un afflux de capitaux et de liquidités en occident favorisant l’inflation. L’argent du pétrole semble être en ce début de 21ième siècle mieux utilisé. Les pays arabes se doivent de travailler à l’après pétrole et à former une population en forte croissance. De même, la Russie après des années noires doit se reconstruire.

Les pays comme la Chine et l’Inde compte tenu de leurs excédents commerciaux ont décidé de baisser artificiellement, en ayant recours à des subventions, le prix de l’énergie.

En occident, ce sont essentiellement les secteurs dont l’activité est directement liée à la consommation de pétrole, les transports, la pêche… qui sont pénalisés.

Face à l’envolée des prix du brut, nous devrions revivre en partie le scénario des années quatre-vingt.

Logiquement à 200 dollars le baril, l’investissement pour la prospection devrait rapidement reprendre. Néanmoins, la rente pétrolière est telle qu’elle peut avoir un effet pervers. Le coût moyen d’exploitation se situe entre 3 et 5 dollars ; par définition les nouveaux gisements n’offriront pas la même productivité. Les bénéficiaires de la rente peuvent avoir intérêt à investir leur argent du pétrole sur des placements ou des investissements qui peuvent avoir des rendements supérieurs à ceux des nouveaux gisements. Cet effet pervers peut exister mais ne saurait empêcher à une reprise de l’investissement dans le secteur du pétrole. Le taux d’exploitation de gisements est de 30 % ; 70 % du pétrole est laissée sous terre. De même, les huiles lourdes et les sables bitumineux pourraient à terme être exploités.

L’autre conséquence de l’augmentation de cours du pétrole sera la recherche d’une moindre dépendance. La conjonction de la progression du prix et des impératifs écologiques peut conduire au développement rapide d’énergies de substitution. Certains spécialistes affirment qu’il faudra plusieurs décennies pour se libérer de la contrainte pétrolière et que de ce fait le scénario de Mad Max se réalisera. Ce pessimisme n’est pas de rigueur. La dernière révolution technologique s’est effectuée au pas de charge. En moins de trente ans, les technologies de l’information ont modifié en profondeur toutes les économies. Par ailleurs, à la différence du 19ème et du 20ème siècle, la recherche n’est plus l’apanage de quelques pays, de quelques entreprises. Le nombre de chercheurs en Chine et en Inde s’accroit à grande vitesse. Les universités chinoises figurent en tête des classements mondiaux. Plus de chercheurs, plus de concurrence, plus d’entreprises devraient permettre la multiplication des découvertes pour remplacer le pétrole ou pour diminuer notre dépendance. A court terme, l’énergie nucléaire semble être la voie choisie par de nombreux pays. Au-delà du problème des déchets et des risques de contamination en cas d’accident, elle offre l’avantage de ne pas émettre de gaz à effet de serre. Des avancées en matière de batterie, maillon faible de l’énergie électrique, pourraient révolutionner notre économie.

Les prévisions de remise en cause du système économique sont réalisées en prenant en compte les consommations du passé or bien évidemment qu’il est impossible que les neuf milliards d’habitants de la planète en 2050 puissent consommer le même volume d’énergie issu du pétrole que les Américains ou les Européens.

La diffusion du progrès technique est de plus en plus rapide du fait de la multiplication des échanges générée par Internet mais aussi par la mondialisation.

Comme l’emballement actuel des cours du pétrole est en grande partie lié à une évaluation des besoins à venir, la baisse de l’intensité énergétique de la croissance et la mise en œuvre d’énergie de substitution tout comme la mise en exploitation de nouveaux gisements devraient d’ici à un à trois ans provoquer une décrue des cours ou au pire à leur stabilisation.

Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle des épargnants

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