Le retour de la tragédie grecque

04/01/2015, classé dans

La Grèce aime à se faire peur et aime faire peur aux Européens. Du fait qu’aucun candidat n’ait réussi à obtenir une majorité qualifiée pour occuper le poste de Président de la République, des des élections législatives anticipées seront organisées le 25 janvier prochain. Au vue des derniers sondages, le parti d’extrême gauche Syriza pourrait sortir gagnant des urnes à la grande peur des responsables politiques européens et des investisseurs.

Le responsable de la coalition de gauche radicale, Syriza, Alexis Tsipras, qui un temps souhaitait la sortie de la Grèce de la zone euro, appelle à renégocier les conditions du plan d’aide des Européens et du Fonds monétaire international (FMI) à la Grèce.

Afin d’éviter toute surenchère et pour responsabiliser les acteurs, le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, qui suit ce dossier a précisé dans un communiqué officiel qu’« avec ce processus démocratique [les élections législatives anticipées], le peuple grec va à nouveau décider de son futur. Un engagement fort pour l’Europe et un support large des électeurs et des leaders politiques grecs pour des réformes en faveur de la croissance sera essentiel pour prospérer à nouveau au sein de la zone euro ». Il a été rejoint sur ce thème par Angela Merkel qui a même évoqué que la sortie de la Grèce de la zone euro n’est pas tabou. Angela Merkel a envoyé un message aux citoyens allemands qui sont de plus en plus sceptiques vis-à-vis de la zone euro et de la Grèce. Elle a également appelé à la responsabilité les actuels et futurs dirigeants grecs.

Tant que la Grèce que les autres Etats européens ont beaucoup à perdre d’un départ de la première de la zone euro. La Grèce a consenti d’importants efforts pour se maintenir et commence à en récolter les fruits avec le retour de la croissance et la baisse du chômage. La croissance pourrait atteindre cette année 2,9 %. Le chômage a commencé à baisser mais il demeure au-dessus de 26 %. Le déficit budgétaire est repassé en-dessous de 3 % du PIB, un excédent budgétaire est possible en 2015. Par ailleurs, en cas de sortie, la Grèce serait en état de banqueroute et ne pourrait en aucun cas accéder aux marchés financiers pour financer sa dette et ses déficits. Pour les Européens, la sortie de la Grèce serait une preuve de faiblesse. Un effet domino pourrait se produire. Les investisseurs doutant alors de la capacité des Etats membres s’attaqueraient au maillon faible suivant sur la liste : Chypre, Malte, Italie, France…. Il y aurait une perte de crédibilité de la zone euro. En outre, les Européens ont consenti des efforts non négligeables en effaçant une partie de la dette publique grecque et en la restructurant. Il serait dommageable que tout cela fut fait pour rien.

L’arrivée au pouvoir de Syriza est possible mais la question est de savoir si ce parti pourra accéder seul ou dans le cadre d’une coalition au pouvoir et s’il pourra se maintenir. Dans le passé, du fait de l’absence de majorité crédibles, les électeurs ont été appelés à revoter. Aujourd’hui, la Troïka (FMI, BCE et Union européenne) a suspendu le versement de la dernière tranche du deuxième plan d’aide qui devait intervenir au 31 décembre 2014. Les versements sont conditionnés à la réalisation de progrès dans la gestion publique et à la mise en œuvre de réformes structurelles. Avant même les derniers soubresauts politiques, la Commission de Bruxelles considérait que le gouvernement grec faisait preuve d’un optimisme excessif dans la réduction du déficit et qu’il différait les réformes structurelles. Bruxelles a accordé un délai de deux mois afin que les pouvoirs publics grecs donnent des gages de bonne volonté. Il faudra après négocier un nouveau plan avec l’octroi notamment d’une ligne de précaution de 10 milliards d’euros permettant de rassurer les investisseurs sur la solvabilité future de la Grèce. Par ailleurs, il conviendra de retraiter, à un moment ou un autre, la dette de la Grèce qui atteint 175 % du PIB et qui ne s’est pas réduite en valeur relative du fait de la contraction du PIB.

La fin du mois de janvier et le mois de février risquent d’être très grecs avec certainement un intense jeu diplomatique.

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