Solidarité, solidarité, y-a-t-il péril en la demeure ?

05/11/2015, classé dans

Une demande de révolution conservatrice

82 % de la population estiment néanmoins que la société française a besoin de changer en profondeur, et 35 % préconisent même une rupture radicale avec l’existant. Il n’en demeure pas moins que les Français sont attachés au système de protection sociale issu de la Libération. Seulement 14 % rêvent du grand soir avec un changement radical d’orientation. Néanmoins, ils ne sont que 29 % à penser que le statuquo est possible. La population juge, en effet, à 55 % qu’il est nécessaire de réaliser des réformes progressives. Le consensus est en revanche difficile à atteindre en ce qui concerne les voies et moyens des réformes à adopter. Si la nature publique de la protection sociale est plébiscitée, un recours au privé, sous réserve qu’il soit à but non lucratif, n’est pas rejeté. Ce sont les catégories modestes voire défavorisées qui sont à la fois celles qui ont le plus une image dégradée de la protection sociale et qui souhaitent un changement radical d’orientation du système. Conservateurs sur la protection sociale, les Français sont prêts aux réformes sous réserve de ne pas dire lesquelles.

Le centre de gravité de l’opinion publique s’est déplacé vers la droite avec une forte tendance au poujadisme, à la défiance et au rejet de l’autre ainsi qu’au repli sur soi (protectionnisme). Plus l’offre politique colle à ces sentiments, plus la population se décale vers la droite.

Le niveau d’inquiétude est très fort surtout en ce qui concerne la capacité des pouvoirs publics à maintenir les acquis sociaux. Les succès de librairie de Zemmour, de Villiers et de Finkielkraut sont les preuves de ce déplacement de l’opinion.

Analyse de l’opinion par rapport à la protection sociale

La retraite, la retraite et encore la retraite

Sans surprise, la question des retraites focalise l’attention des ménages. Le traitement de la pauvreté et de l’exclusion est moins au cœur des préoccupations des Français qu’en 1995. Le financement des retraites est le sujet de préoccupation numéro un des Français en matière de protection sociale (47 %) et 30 % se préoccupent principalement de la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Cette montée de l’inquiétude en matière de retraite ne génère pas obligatoirement un changement des comportements individuels. Il y a une sourde colère vis-à-vis des pouvoirs publics.

En vingt ans, les proportions d’inquiets vis-à-vis de la retraite et de la dépendance sont passées du simple au double. La montée des inquiétudes vis-à-vis du financement des retraites et de la dépendance semble suivre l’évolution réelle de ces dépenses qui représentent aujourd’hui plus de la moitié des dépenses de protection sociale et ont été multipliées par deux en vingt ans, passant de 132 milliards d’euros en 1995 à 307,5 milliards d’euros en 2013 (Insee comptabilité nationale), soit 14,5 % du PIB (DREES, 2015).

Selon les études réalisées par différents instituts et par le CREDOC, les Français réclament une amélioration des prestations vieillesse. Cette revalorisation est la priorité numéro un pour 41 % des Français contre 29 % en 2005.

La préoccupation croissante des Français pour le financement des retraites est intergénérationnelle. Ce sont néanmoins les personnes d’âge actif qui expriment le plus fort taux d’inquiétude. Les moins de 25 ans se soucient principalement du traitement de la pauvreté 46 %, contre 27 % chez les 70 ans et plus, suivi de la prise en charge des grands malades 29 %, contre 15 % chez les sexagénaires et de l’avenir de l’indemnisation du chômage 26%, contre 8% chez les 70 ans et plus. En revanche, la dépendance des personnes âgées préoccupe le plus fort logiquement les 70 ans et plus (47 %).

La santé avant tout, bien que !

Au niveau du système de santé, le reste à charge des ménages n’a jamais été aussi bas  mais selon une enquête SILC d’Eurostat, 13 % des ménages déclarant avoir des problèmes sérieux ou être dans l’incapacité totale de payer les dépenses de santé en France, contre 7% en Allemagne). Néanmoins, de meilleurs remboursements maladie de la Sécurité semblent moins prioritaires que dans le passé pour la population.

A la différence des autres générations plus âgées, les jeunes de moins de 25 ans souhaitent une augmentation des remboursements des indemnités maladie (20 %, contre 14 % chez les sexagénaires). Les seniors sans surprise demandent une augmentation des prestations vieillesse (53% chez les 70 ans et plus, 52% chez les 60-69 ans, contre seulement 19% chez les moins de 25 ans).

La solidarité, une valeur en baisse ?

Les Français sont de moins en moins solidaires et demandent une réaffirmation du lien professionnel.

Le lien entre allocations chômage et activité professionnelle est jugé par 81 % de la population comme légitime mais pour un Français sur deux les allocations de chômage devraient bénéficier uniquement aux personnes qui cotisent  (contre un sur quatre en 2004).

Les aides liées à la dépendance, au handicap, ou à la perte d’autonomie, sont considérées comme des prestations relevant de la solidarité.

Les Français sont plus hésitants pour des prestations telles que les allocations familiales ou de vieillesse. La moitié pense que tout le monde devrait potentiellement pouvoir en bénéficier, indépendamment du fait que la personne ait déjà travaillé ou cotisé auparavant. L’autre moitié (42 % et 46 % respectivement) estime que seules les personnes ayant travaillé ou cotisé auparavant devraient pouvoir accéder à ce type de prestation. (72 %) la population défend l’idée du versement universel des aides maladies  mais 28 % semblent le remettre en cause. Il faut souligner que la remise en cause du caractère universel progresse au sein de la population depuis 1995. Il en va de même pour les allocations familiales (de 12 % à 24 %), les retraites (de 25 % à 45 %) ou encore les prestations assurance maladie (de 9 % à 23 %)

Les Français de moins de 25 ans défendent plus le principe de l’accès universel aux prestations sociales quand les seniors sont pour des aides ciblées.

Les Français restent attachés au monopole de la Sécurité Sociale, 80 % de la population y est favorable. Seuls 18 % des sondés considèrent que la gestion des frais de santé est une activité comme une autre. Une majorité relative, 47 % des Français, estime que les organismes publics de protection sociale devraient occuper une place plus importante. Il faut souligner que 38 % des sondés sont favorables à ce que les acteurs privés puissent jouer un rôle plus important dans le système de protection sociale. Ils souhaitent que ce soit avant tout des acteurs à but non lucratif (mutuelles et institutions de prévoyance).

L’absence de projets cohérents de la part de la part des pouvoirs publics contribue à la désintégration de l’opinion. Le succès du FN repose sur cette capacité à jouer sur les peurs tout en proposant un modèle irréaliste mais néanmoins formalisé d’un autre monde ou plutôt d’une autre France. La sortie de la zone euro, la fermeture des frontières, le retour aux valeurs chrétiennes… servent de lignes de forces avec comme argument massue « sortez les sortants ». La remise en cause des liens de solidarité au sein de la population est un autre signe d’absence de projet commun. La communauté de destin se délite du fait que les responsables gouvernementaux successifs sont devenus des comptables gestionnaires. La succession de promesses non tenues contribue au sentiment de défiance. Si je ne peux pas avoir confiance en mon gouvernement, puis-je avoir confiance en mon voisin ?

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