Retour sur l’enquête de l’IFOP : Méfiance et pessimisme à tous les étages

11/01/2010, classé dans

L’enquête de l’IFOP publiée par le JDD du 10 janvier 2010 souligne la difficulté de faire passer en France le principe d’une réforme sur les retraites.

Ainsi 40 % des Français considèrent que jusqu’à maintenant il n’y pas eu de réforme. Pourtant depuis 1993, notre système de retraite a été profondément changé. Les conditions d’obtention de la retraite de base ont été revues, le régime des fonctionnaires a été aligné sur celui des salariés et les régimes spéciaux ont été (en partie) banalisés. Un processus de rapprochement des caisses tant au niveau du régime de base qu’au niveau des régimes complémentaires a été entrepris.

Pourquoi alors 40 % des Français jugent que rien n’a été fait ? La répétition des rendez-vous et l’apparition de déficits sembleraient prouver que les réformes n’ont pas été à la hauteur. Or, tous les pays ont conduit la réforme de leur système de retraite par étapes. L’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ont réalisé leurs réformes en plusieurs fois et n’ont pas terminé d’ajuster leur système aux réalités démographiques et financières.

40 % des Français pensent que les réformes sont allées dans le mauvais sens pour seulement 20 % qu’elles allaient dans le bon sens. Tout le monde ou presque souhaite gagner plus tout en travaillant moins. Les Français refusent d’admettre que l’espérance de vie a doublé à 60 ans en 50 ans. Bien évidemment que l’allongement de la durée de cotisation ne peut pas être une mesure populaire. Il en est de même pour les règles d’indexation. Par ailleurs, les Français sont fâchés avec l’économie et les chiffres. Ils ont du mal à admettre que la part consacrée aux retraites en France figure parmi les plus élevées de l’OCDE et que le niveau de vie des retraités est supérieur à celui des actifs. Il est difficile à admettre que moins d’actifs et plus de retraites signifie une remise en cause des règles. Le travail de pédagogie est encore à réaliser.

Ce sont les plus jeunes et les ruraux qui sont les plus opposés à l’évolution du système. Les CSP+ sont les fortement convaincus qu’il n’y a pas vraiment eu de réformes. La méfiance des jeunes provient de la répétition du message comme quoi ils n’auront pas de retraite à la fin de leur vie. Les cadres supérieurs qui seront les principaux concernés par la chute du taux de remplacement considèrent que les gouvernements hésitent à prendre des mesures impopulaires en particulier contre les fonctionnaires.

76 % des Français ne sont pas confiants concernant la garantie de toucher plus tard une retraite satisfaisante par rapport à leurs revenus. ce taux était de 61 % en octobre 2008. Les confiants sont passés sur la même période de 38 à 24 %. Les tout à fait confiants ne sont plus que 4 % contre 8 % précédemment ; les pas du tout confiants sont 46 % contre 33 % en octobre 2008. Cette grande inquiétude symbolise l’anxiété propre à la société française et qui dépasse de loin le débat sur les retraites. Le niveau de redistribution publique en faveur des retraités est très élevée en France (85 % des revenus des retraités provient de la retraite par répartition). L’idée que ce système soit remis en cause est une crainte partagée par le plus grand nombre et tout particulièrement par les jeunes. L’idée d’une insuffisance de revenus au moment de la retraite n’est pas sans conséquence sur la volonté d’épargner durant la période d’activité. Plus d’un Français sur deux affirment épargner pour sa retraite.

Cette méfiance face à la retraite future est très forte pour les cadres supérieurs (89 %). Elle peut se comprendre car d’ici 2050 leur taux de remplacement devrait chuter de 20 points. Plus les Français sont diplômés, plus la méfiance s’accroit (68 % pour les non diplômés contre 79 % pour les bac+2 et 76 % pour les BAC+3 et supérieurs).

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