Que faire quand on est épargnant ?

08/08/2016, classé dans

Ces dernières années, les étés ont été chauds financièrement parlant. Que préconisez-vous ?

 

Il est exact que depuis la Grande Récession, les étés ont tendance à être chauds. Il était admis jusqu’à peu qu’en août tout était calme. Mais en 2007 comme en 2011, voire l’année dernière, avec la crise financière chinoise, les nerfs des épargnants ont été mis à dure épreuve. Certes, ce n’est pas complètement nouveau. Un certain 15 août 1971, les États-Unis ont décidé de supprimer la convertibilité or/dollar, un des piliers de l’accord de Bretton Woods de 1944 qui a fondé le système monétaire mondial d’après-guerre.

 

Comment éviter d’avoir les yeux sur son smartphone durant tout l’été ?

 

Dans la catégorie des très mauvaises idées, figure celle visant à retirer tout son argent de la bourse, de ses placements financiers et de le mettre sous son matelas. Il ne vous reste plus dans ce cas que de laisser un message à votre cambrioleur préféré pour lui indiquer vos dates de vacances. Avant de vous lancer dans cette téméraire opération, pensez à vérifier votre police d’assurance.

 

À défaut de faire plaisir à votre cambrioleur préféré, vous pouvez décider de vous offrir des cadeaux en dépensant toutes vos économies. Vous ferez plusieurs heureux le Gouvernement, les commerçants, les producteurs de biens et de services… Évidemment, jouer à la cigale expose à quelques soucis quand la bise reviendra…

Toujours dans la catégorie des mauvaises idées, figure celle visant à retirer l’argent de la bourse et le laisser dormir sur votre compte courant. Certes, en revenant de vos vacances, vous le retrouverez mais vous risquez de devoir payer d’éventuelles plus-values fiscales et vous pouvez passer à côté de quelques bonnes affaires à venir. Si vous avez décidé de sécuriser votre portefeuille en le mettant sur un Livret A, sur des livrets bancaires…, en termes de rendement ce ne sera pas terrible. Certes, vous pouviez avant le 1er août, ouvrir un Plan d’Épargne Logement, afin de bénéficier du taux de 1,5 %. Au 1er août, ce dernier est passé à 1 %. Il faut savoir que le taux du PEL reste identique durant toute la durée de vie du PEL. Donc, si vous avez un vieux PEL, surtout ne le fermez pas avant ses 10 ans.

Vous pourriez décider de tout mettre sur un fonds euros d’un contrat d’assurance-vie. Le rendement tourne autour de 2 % mais vous bénéficiez de la garantie en capital. Toutefois, il y a de moins en moins d’assureurs qui acceptent que les épargnants mettent toutes leurs économies sur les fonds euros car ce sont des produits coûteux en fonds propres. Par ailleurs, à venir, les fonds euros seront de moins en moins « the place to be ».

Conclusion, il n’est pas rationnel d’abaisser les voies et de se mettre face au vent en attendant des cieux plus cléments. En ces périodes de forte instabilité, bien évidemment, il faut conserver son assurance-vie et le cas échéant son Plan d’Épargne en Actions afin de pouvoir bénéficier, au bout de 5 ans ou de 8 ans, du meilleur régime fiscal.

Au niveau des actions, la diversification s’impose tout comme le principe d’un investissement progressif voire à contre-courant. Avec l’été, vous avez un peu plus de temps pour regarder la composition de votre portefeuille. Il peut y avoir des lignes en perte chronique avec peu de potentiel de hausse. Il faut alors les sabrer. Accepter de perdre de l’argent pour rebondir fait partie du jeu. Cela a deux avantages. Les moins-values pourront le cas échéant compenser les plus-values si vous avez un compte titres hors PEA et cela permet de réinvestir sur des titres à fort potentiel. Il faut savoir regarder loin, en Afrique, aux États-Unis où il y a encore de la croissance. Mais aller à contre-courant signifie acheter des actions, des titres injustement bradés. Ceux qui ont acheté des actions Peugeot ou Renault quand ces deux marques étaient au fond du trou peuvent se dire qu’ils ont fait une bonne affaire. Mais une règle s’impose, c’est de ne pas mettre d’un coup toutes ses économies sur le marché action. Il faut lisser les effets d’un éventuel krach en investissant régulièrement.

Quelles perspectives pour les marchés « actions » ?

Avec des taux d’intérêt d’extrêmement bas, avec le quantitative easing de la BCE, les marchés financiers sont volatils, ce qui facilite les coups de tabacs estivaux. Le Brexit va occuper les esprits durant des mois le moral des investisseurs. Les premiers indicateurs confirment que le Royaume-Uni n’échappera pas au ralentissement de sa croissance qui aura lui-même un effet négatif sur la nôtre. L’été 2016 sera celui des incertitudes mais également celui des opportunités. Au regard du rythme actuel de croissance, les marchés « actions » ont un potentiel de hausse surtout en ce qui concerne l’Europe et Paris en particulier. L’importance des valeurs financières sur la place de Paris masque le fait que certaines valeurs plus industrielles sont plutôt orientées à la hausse. Les incertitudes internationales et le ralentissement des émergents pèsent sur la valorisation du secteur du tourisme mais sur moyenne période ce secteur reste attractif.

Durant l’été, n’est-ce pas le bon moment pour réfléchir à la manière de réduire ses impôts ?

Oui, si vous êtes adepte des niches fiscales, il faut commencer à regarder les produits sur lesquels aller investir avant le 31 décembre. Attention de ne pas tomber dans le piège, de la défiscalisation pour la défiscalisation. Il n’est pas rare que des épargnants alléchés par la réduction d’impôt en oublient de regarder le rendement réel de leur placement. La réduction d’impôt peut déboucher sur des pertes en capital… Il est donc important d’avoir une vision claire des rendements des Fonds Communs de Placement dans l’Innovation, des Fonds d’Investissement de Proximité, des placements IR-PME ou ISF-PME ou des SOFICA (financement du cinéma).

Est-ce aussi le temps pour penser à sa retraite ?

Vous êtes au bord de l’eau et vous vous demandez si vous pourrez continuer de vous faire plaisir durant votre retraite, si votre pouvoir d’achat vous permet encore de voyager, d’aider vos enfants et petits-enfants… Surtout si vous avez plus de 40 ans, il n’est pas stupide de se pencher sur sa future retraite. En cas de taux d’imposition élevé à l’impôt sur le revenu, l’ouverture d’un Plan d’Épargne Retraite Populaire peut être intéressante. Les versements sont déductibles dans une certaine limite du revenu imposable et sont donc hors plafond des niches fiscales. Les travailleurs non-salariés doivent quant à eux ouvrir un Contrat Madelin, qui ouvre lui aussi droit à des déductions fiscales.

Y a-t-il des placements miracles ?

Non, chaque année, il y a le placement atypique, piège à gogos. Il y a eu les parchemins, les scripts, les livres rares… Aujourd’hui, même s’il ne faut pas généraliser, c’est sans doute le crowdfunding. Certes, tout n’est pas à jeter mais la promesse de rendements exorbitants cache souvent quelque chose…

Sinon, il y a toujours quelques pistes sûres pour améliorer le quotidien. Au niveau du rendement, les SCPI, les sociétés civiles de placements immobiliers offrent du rendement, autour de 5 % mais il faut faire attention aux frais de gestion. Il est possible d’acquérir des parts de SCPI et de les mettre dans un contrat d’assurance-vie. Il est de plus en plus facile via des unités de compte d’accéder à des SCPI.

Autre solution, ouvrir des contrats d’assurance-vie avec plusieurs devises pour jouer sur les effets de change. De plus en plus d’établissements financiers proposent des contrats luxembourgeois permettant d’opérer en euros, en dollars, en livre sterling. Si on parie que le dollar va continuer à s’apprécier, il n’est pas inintéressant de placer ses économies en zone dollar et de bénéficier de l’effet de change.

Au niveau des actions, il faut regarder le secteur pétrolier, le secteur minier et le secteur agroalimentaire qui souffrent du ralentissement économique mais qui pourrait d’ici la fin 2017 connaître une embellie. De même, les entreprises à dominante touristiques sont touchées par la situation internationale mais leurs perspectives de développement restent bonnes….

Sinon, pensez aux grands crus classés dans le vin en achetant des parts de sociétés viticoles ou prenez des risques sur les start-up intervenant dans les objets connectés, la santé…. Il y a aussi, c’est moins drôle, mais il y a des gains potentiels, les maisons de retraite, les EHPAD car la population française vieillit. Mais là attention, il faut regarder si le gestionnaire est de bonne facture car il y a de nombreux projets non viables qui ont été réalisés. Les sociétés spécialisées dans les croisières peuvent être également des bons partis….

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