Quand l’Italie défie l’euro !

02/09/2018, classé dans

Avec la mise en place du marché commun et de la politique agricole commune, la création d’une monnaie commune aux États membres de la CEE de l’époque est rapidement apparue nécessaire afin de s’affranchir des problèmes liés aux changes (coûts de change, variation de change, etc.). Les premières études sur le sujet datent de la fin des années 60 (rapport Werner/Barre) avant même la fin du système monétaire de Bretton Woods le 15 août 1971 (fin de la convertibilité du dollar en or). Cette question monétaire sera au cœur des débats européens durant toutes les années 70 et 80. La mise en place du Système Monétaire Européen (SME) marque la volonté des États membres de réguler les effets des changes flottants qui ont été légalisés au niveau mondial en 1976 (accords de la Jamaïque). En 1999, l’instauration de la monnaie commune parachève le processus du marché unique engagé sous la Présidence de Jacques Delors à la Commission de Bruxelles. L’adoption du Traité de Maastricht en 1991 intervient au moment même où l’URSS se disloque. Bâti pour une Europe à 15 membres, l’euro voit le jour dans une Union européenne qui intègre les pays de l’ancien Pacte de Varsovie. Pour la première fois, des pays comptant parmi les plus grandes puissances économiques du monde décident d’abandonner leur souveraineté monétaire. En Europe, un seul précédent existait, l’Union monétaire latine qui a réuni de 1868 à 1927 la France, l’Italie, la Belgique, la Grèce et la Suisse. Mais cette union n’avait pas abouti à l’instauration d’une monnaie unique. Cette création sui generis est le fruit d’âpres négociation. Par nature, le partage d’une même monnaie est de nature fédérale. Il suppose donc tout à la fois une solidarité des États et le respect des règles communes. Or, l’Allemagne, la première puissance de la zone euro, ne souhaite pas être appelée automatiquement en tant que dernier recours en cas de crise. Elle s’est opposée au moment de la création de l’euro à l’instauration d’un gouvernement économique, d’un budget de la zone euro, de fonds de soutien conjoncturel et au lancement d’obligations européenne. Ce choix politique a abouti à faire de l’euro une monnaie en suspension qui n’est pas reliée à un Trésor et à un budget. Seule la Banque centrale européenne joue le rôle de gardien du temple. Sa mission initiale était simple, éviter toute inflation. Au gré des crises, elle a étendu son champ d’action en devenant de facto un des piliers majeurs du système économique et financier européen. La BCE a, par sa politique monétaire et sa participation au plan de sauvetage de plusieurs pays, empêché la contagion de la crise des dettes souveraines.

Si depuis le 20 août dernier, la Grèce n’est plus officiellement sous tutelle, la zone euro n’en a pas fini avec les problèmes comme en témoignent les tensions sur les taux italiens depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition M5S et Ligue.

De plus en plus de pays européens sont tentés d’améliorer leur compétitivité au détriment des autres en mettant en place des politiques non coopératives. En Italie, le Gouvernement entend s’affranchir des règles budgétaires européennes. Il a accusé la Commission d’être en partie responsable de l’effondrement du pont de Gênes par la rigueur qu’elle impose au pays depuis des années. Certains pays en s’inspirant de l’exemple irlandais sont tentés de s’engager dans une diminution brutale des impôts et des cotisations pour gagner des parts de marché. La concurrence fiscale et sociale est une guerre larvée économique que tous les pays de la zone euro mènent depuis une quinzaine d’années. L’Allemagne avait initié le mouvement dès 2003 sous Gerhard Schröder en abaissant ces charges et en relevant la TVA. À défaut de pouvoir jouer sur la valeur de la monnaie, les États européens réduisent les coûts fiscaux et sociaux. Cette politique a abouti à une décrue forte de l’impôt sur les sociétés. Ainsi le taux moyen d’imposition des profits au sein de la zone euro est passé de 35 à 25 % de 1999 à 2018. Sur la même période, le poids des cotisations sociales a été diminué de 0,6 point de PIB. Cette concurrence fiscale et sociale se traduit par une diminution des dépenses publiques au sein de la zone. Depuis la crise de 2008, la contraction atteint 1 point de PIB, la France faisant en la matière exception.

La généralisation des pratiques non coopératives constitue évidemment un véritable danger pour l’euro. Elle se traduirait par un rejet de tout fédéralisme avec à terme une opposition croissante à toutes formes de mutualisation. Une divergence des situations économiques serait à craindre. Or, la solidarité sera plus difficile à mettre en place si les situations des différents pays diffèrent trop fortement. Aujourd’hui, les écarts sont assez conséquents en ce qui concerne le chômage, les finances publiques ou le niveau des revenus. Faute de points communs, les États riches ont de moins envie d’aider les États en difficulté. Ces derniers reprochent de plus en plus aux premiers leur égoïsme. Cette situation ne peut que favoriser les crises notamment financières. L’écart de taux entre les obligations d’État italiennes et allemandes a atteint plus de 2 points, ces dernières semaines. Son augmentation s’est également propagée à l’Espagne et au Portugal.

Face à ces divergences et au nom du populisme, des gouvernements pourraient-ils être tentés par une sortie de la zone euro ? Le précédent de la Grèce en 2015 semble prouver le contraire. Malgré le rejet par référendum de l’accord avec l’Union européenne et le FMI, le Gouvernement d’Aléxis Tsípras a préféré poursuivre les négociations avec les autorités européennes. Si l’Italie était amenée à faire le choix de la sortie, la problématique serait encore plus complexe. Par son poids économique, par la taille de sa dette, plus de 2 000 milliards d’euros (contre 320 milliards d’euros pour les Grecs), l’Italie est un pays qualifiable de systémique. Son départ de l’euro provoquerait une onde de choc majeure qui ébranlerait l’ensemble de la sphère financière européenne. Les banques françaises et allemandes seraient fortement touchées en cas de défaut de paiement partiel ou total de l’Italie. L’effet de contagion mettrait en outre sous pression l’Espagne, le Portugal et sans nul doute la France. Le risque de l’éclatement de l’euro serait élevé. L’Italie serait confrontée à une crise de liquidité et de solvabilité. Un contrôle et des capitaux serait obligatoire pour enrayer leur fuite. Les créanciers, en cas de tension, éviteront donc d’aller aux extrêmes car ils seraient les premiers perdants de l’explosion de l’euro.

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