Quand le digital change le monde et les modèles…

12/08/2016, classé dans

 

Plus de 7 milliards de téléphones portables, plus d’un milliard de smartphone, près de 3,5 milliards d’internautes dans le monde, plus de dix milliards d’objets connectés, la révolution digitale court au galop. En permettant à tout un chacun d’accéder à une somme d’informations inimaginables, il y a encore des années, elle ne peut ne pas avoir d’effet sur notre perception du monde et nos comportements.

Cette révolution touche tous les niveaux d’organisation, international, économique, social, institutionnel…. Les utilisateurs d’Internet disposent d’informations et d’outils d’analyse qui auraient fait rêver les services secrets des années 80. Les entreprises qui gèrent des réseaux, qui collectent des données comme Facebook, Amazon ou Apple ont des capacités d’influence et de surveillance supérieures aux Etats.

Cette révolution a été aussi rapide qu’elle n’a pas été anticipée par les pouvoirs publics. Ces derniers sont incapables de l’endiguer et sont, bon gré mal gré, obligés de faire avec. Même les régimes dictatoriaux éprouvent les pires difficultés à museler complètement Internet.

La montée en puissance du digital modifie les règles de la diplomatie et de la guerre. Il est possible aujourd’hui à distance d’infliger des dégâts à un Etat en menant des cyberattaques. Les Etats-Unis ont eu recours à de telles attaques à l’encontre de l’Iran la Russie a fait de même avec l’Estonie en 2007. La Chine et la Corée du Nord sont également connues pour mener de telles opérations. Des Etats, des entreprises, des organisations peuvent être touchés. Comment réagir si une de ces attaques mettait en danger le fonctionnement normal d’un pays ? Que faire si un Etat, une organisation terroriste s’en prend aux circuits financiers des Etats-Unis, de la France ou du Royaume-Uni ? Les pays attaqués répondront-ils avec les mêmes armes ou seront-ils tentés d’utiliser des moyens conventionnels ? Aujourd’hui, les Etats avancés disposent d’une avance confortable au niveau des techniques d’information et de communication mais cet avantage se réduira rapidement. De nouvelles règles internationales devront être élaborées pour tenter de limiter les conflits. De nouvelles conventions internationales sont nécessaires pour éviter la multiplication des conflits.

Avec le développement des réseaux, la diplomatie à l’ancienne, reposant sur le secret, est condamnée. L’affaire Wikileaks a prouvé que même la superpuissance américaine n’était pas à l’abri de révélations fracassantes qui ont mis en difficulté la Maison Blanche. La négociation sur le traité commercial Etats-Unis / Europe a été jugée, par ailleurs, par de nombreux acteurs de la Blogosphère comme illégitime car non publique. Pour certains, cette exigence de transparence absolue est pourvoyeuse de paix. Pour d’autres, elle aboutit, au contraire, à l’exacerbation des passions les plus viles. En rejetant toutes les zones grises, la montée aux extrêmes serait inévitable. Les derniers évènements en Europe, aux Etats-Unis, en Turquie semblent prouver que le populisme prospère au sein de la société digitalisée. Certes, les réseaux comme Facebook favorisent l’émergence de communautés dépassant les frontières, les peuples, les religions mais ce sont ces mêmes réseaux qui offrent aux terroristes les moyens d’organiser leurs opérations et de recruter. La communication digitale est courte et ne rime pas avec analyse et recul….

Internet a complètement modifié notre façon de penser. Cette mutation concerne évidemment les « digital nativ » qui n’ont pas connu l’ancien monde. En 2016, un Américain passe plus de la moitié de ses heures d’éveil devant un écran qui peut être celui de son ordinateur, de son Smartphone, de sa tablette ou de sa télévision. Le livre qui était le moyen de transmission des connaissances et de l’information de Gutenberg au 20ème siècle est devenu, en quelques années, une antiquité. Nous assistons à un changement du mode de transmission des savoirs. Avant l’imprimerie, les savoirs étaient diffusés oralement et par les vitraux des églises ; avec la diffusion des livres, la conversation et la lecture ont constitué les deux mamelles de l’apprentissage. Aujourd’hui, les jeunes ont accès, sans effort, à une somme d’informations illimitées. La lecture d’un ouvrage nécessite du temps et impose une réflexion conceptuelle. La conversation repose sur une dimension affective. La transmission de nos idées par voie orale obéît à des codes vieux de plusieurs centaines d’années. Il y avait une organisation implicite des idées, un rythme…

Avec le numérique, l’art de la conversation n’est plus de mise tout comme le style. Les jeunes de 2016 ne sont pas des adeptes des longues conversations téléphoniques à la différence des anciennes générations. Leur style écrit est télégraphique. L’ordinateur offre, en revanche, la possibilité d’accéder rapidement à un très grand nombre de données. Il est ainsi possible d’acquérir rapidement des connaissances pour devenir producteur de miel ou de bière. Cet accès facilité à l’information a comme inconvénient de rétrécir la perspective et de limiter la proactivité. Il y a une difficulté à se placer dans un continuum historique et d’anticiper des changements de direction. Le recours aux algorithmes, aux modèles de calcul reposant sur une analyse des statistiques passées en est la meilleure illustration.

Depuis les philosophes des Lumières, l’autonomisation de l’individu était au cœur de la pensée occidentale. Avec Internet, l’individu se retrouve enchaîné. Il est libre mais encadré. Ainsi, de manière implicite, il n’est pas maître de ce qu’il voit ou lit sur ses écrans préférés. Même et surtout en faisant une simple recherche sur Google, il est orienté dans un sens déterminé. En effet, deux personnes faisant la même recherche ne verront pas la même chose sauf à le faire de manière anonyme. En effet, le moteur de recherche prend en compte les pages recherchées précédemment et illustrera le tout de publicité en phase avec les goûts de l’Internaute.

Internet fait de l’immédiateté une valeur centrale. Or, celle-ci favorise la manipulation avec une exploitation des émotions. Le traitement des données permet une intrusion dans la vie de chacun d’entre nous que nous n’aurions pas imaginé et toléré il y a quelques décennies. Il est désormais possible de nous suivre à la trace tant géographique que comportementale. Nos déplacements, nos goûts, nos passions, nos achats, nos fantasmes sont percés en temps réel par les géants de l’informatique. Aux Etats-Unis, l’équipe de Barack Obama a, en 2008 et 2012, utilisé les données en provenance des réseaux pour élaborer des stratégies de conquête des électeurs. Les responsables de campagnes aux Etats-Unis possèdent des fichiers de millions de noms incorporant des données personnelles que les particuliers n’imaginent pas (dossiers médicaux, écoles fréquentées, derniers achats…). Cela permet de personnaliser les procédures d’approche. Le big data peut supprimer le débat public et favoriser une surenchère poujadiste ou populiste.

Internet a révolutionné nos vies mais nos structures restent celles du siècle dernier. Il y a un décalage réel entre la force des réseaux, les capacités de stockage et de traitement des ordinateurs et nos superstructures (Etat, éducation, protection sociale…). L’importance du malstrom en cours en étant polyphonique désarçonne les populations qui ironie du sort n’y sont pas préparées en raison de leur vieillissement. Si les précédentes révolutions industrielles s’étaient construites avec un nombre de jeunes important, tel n’est pas le cas de la révolution digitale. Cette situation inédite n’est pas sans posé quelques problèmes.

 

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