Quand la mondialisation change le monde (et pas obligatoirement en mal)

19/09/2016, classé dans

La mondialisation est accusée de bien des maux. Elle serait responsable de la fermeture d’usines au sein des pays avancés, de la paupérisation d’un nombre croissant d’actifs, de l’exploitation des enfants au sein des pays émergents, de la dégradation de l’environnement, etc..

Face à la tentation du repli et du retour au protectionnisme, les arguments en faveur de la mondialisation ont du mal à se faire entendre. Pour autant, depuis plus de 20 ans, l’intégration économique a apporté de nombreux bienfaits à l’ensemble des populations concernées. Le livre du prix Nobel d’Economie 2015, Angus Deaton « La Grande Evasion » ainsi qu’un récent discours de Christine Lagarde, Présidente du FMI, prononcé à Toronto, le 13 septembre dernier, soulignent les apports de la mondialisation.

La diminution exceptionnelle de la pauvreté extrême

Depuis 1981, le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour est passé de 1,5 milliard à 805 millions en 2008 (source Banque Mondiale) et cela malgré un accroissement démographique de 2 milliards d’individus. La fraction de la population vivant dans la pauvreté est ainsi passée de 42 à 14 %. La pauvreté a reculé sur tous les continents même si, en Afrique, la baisse a été plus faible notamment en raison d’une forte augmentation de la population.

La libéralisation des échanges a permis des mutations extrêmement rapides. Elle s’est accompagnée d’une forte progression du niveau scolaire et d’un accès à la santé, deux conditions sine qua non avec la stabilité des normes pour générer un processus durable de croissance.

Les pays émergents et les pays en développement ont été les premiers bénéficiaires de l’ouverture économique. Selon la Banque mondiale, les échanges ont contribué à réduire de moitié le pourcentage de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté entre 1990 et 2010.

En Chine, par exemple, le recul du taux de pauvreté extrême a été important — de 36 % à la fin des années 1990 à 6 % en 2011. En une seule génération, le Vietnam, qui était l’une des nations les plus pauvres du monde s’est hissé parmi les pays à revenu intermédiaire et à espérance de vie élevée. Le Vietnam a réussi en sciences, en mathématiques et en lecture à obtenir des notes supérieures à celles de l’Allemagne, des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni dans le classement établi par l’OCDE.

La mondialisation a accru le pouvoir d’achat des consommateurs occidentaux

Jusque dans les années 90, les gains de pouvoir d’achat dépendaient des augmentations des revenus professionnels. Avec la mondialisation, c’est la baisse des prix qui assure ces gains. Les ménages du fait de la prégnance de la période inflationniste ont du mal intégrer l’amélioration de leur niveau de vie par la baisse des prix des biens et services qu’ils achètent. En outre, naturellement, nous sommes sensibles aux hausses tarifaires quand les baisses ne sont que faiblement ressenties. Des études sur les bienfaits pour les consommateurs indiquent que le niveau actuel des échanges commerciaux a doublé le revenu réel du ménage type. Pour les ménages les plus démunis qui achètent en proportion plus de biens industriels, la progression du revenu réel due au commerce est supérieure à 150 %

Un climatiseur à trois vitesses coûtait dans les années soixante-dix à dollars coûtait plus de 820 dollars après correction de l’inflation. Aujourd’hui, un appareil avec les mêmes caractéristiques coûte moins de 140 dollars.

Sur ces trente dernières années, l’emploi a augmenté.

Le taux d’emploi s’est accru dans la majorité des Etats contrairement aux idées reçus. Les emplois industriels ont diminué au sein des pays avancés mais ont été plus que compensés par des emplois de service. Par ailleurs, un nombre croissant de salariés travaillent à l’exportation avec à la clef des salaires plus élevés. Aux États-Unis, par exemple, les travailleurs employés par des industries tournées vers l’exportation touchent des rémunérations supérieures de 15 % par rapport aux autres actifs. Dans l’Union européenne, plus de 30 millions d’emplois — un sur sept — dépendent des exportations vers le reste du monde. Et au Canada, le commerce international compte pour deux tiers du PIB.

Le Prix Nobel d’Economie, Amartya Sen, a déclaré que l’intégration économique mondiale « a rendu le monde plus riche sur le plan scientifique et culturel, tout en étant économiquement bénéfique pour le bien des gens».

Un nouveau monde

La mondialisation a changé les dimensions de l’économie. Autrefois, l’économie mondiale reposait sur une dizaine d’Etats, les Etats-Unis, les pays de la CEE, le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande, etc.. A ce petit club, il fallait ajouter les pays producteurs de pétrole et de matières premières. Ces derniers ont commencé à influencer le cours de l’économie à partir des années 70, notamment avec le premier choc pétrolier en 1973. Aujourd’hui, plus de 50 Etats participent à l’économie mondiale. Cette révolution commerciale s’est accompagnée d’une mondialisation des capitaux. Entre 1980 et 2007, les mouvements de capitaux mondiaux ont été multipliés par 25 quand que les flux commerciaux ont été multipliés par 8.

Des méfaits au sein des pays avancés à relativiser

La mondialisation s’est traduite par une accélération de la réduction du nombre d’emplois dans le secteur manufacturier en raison de la concurrence des pays à bas salaires. Il convient néanmoins de souligner que le processus de robotisation avait commencé avant la mondialisation.

La montée des inégalités de richesses, constatée aux Etats-Unis et dans certains Etats européens est imputable tout à la fois à la mondialisation et à l’émergence de la nouvelle économie. La croissance est aussi inégale : dans les principaux pays avancés, les revenus des 10 % du haut de la pyramide ont augmenté de 40 % au cours des deux dernières décennies, alors qu’ils ont peu progressé au bas de la pyramide. Le marché des « talents » s’étant mondialisé, leur rémunération a connu une forte inflation. Le nombre de cadres premium, de talents et d’experts croit moins vite que la demande. Par exemple, un joueur de football exceptionnel permet non seulement de gagner des matchs mais aussi de valoriser le capital de ce club et des partenaires associés (équipementiers, sponsors, etc.).

Les craintes d’un monde qui change

La mondialisation a comme conséquence une progression du mécontentement au sein des populations. L’accélération de la diffusion de l’information, vraie, fausse ou incomplète, alimente les frustrations. Les craintes de déclassement, de perte de son travail sont de plus en plus fortes tout comme celles liées aux migrations. La mondialisation est d’autant plus mal vécue que la population des pays avancés vieillit. Il y a un besoin de sécurité au moment même où les repères du passé s’effacent. Compte tenu de la progression de la population, la société n’est pas plus violente aujourd’hui qu’hier. C’est notre degré d’acceptabilité à la violence qui a changé.

La menace protectionniste de plus en plus présente

Si durant trente ans, des années 80 jusqu’à la Grande Récession, le commerce international a connu une croissance au moins deux fois plus rapide que celle du PIB mondial, depuis son rythme de progression s’est considérablement ralenti. Il augmente environ de 2 % par an soit moins que la croissance de l’économie mondiale. Ce ralentissement est évidemment lié à la stagnation de la zone euro entre 2011 et 2015 puis au ralentissement des pays émergents. La baisse du cours de l’énergie a également réduit les échanges avec les pays producteurs. Par ailleurs, l’économie mondiale poursuit sa tertiarisation. Les pays émergents suivent en cela les pays occidentaux. Plus un pays est riche, moins il consomme de produits industriels proportionnellement à son niveau de richesses de biens industriels. Il est donc assez logique le commerce international augmente moins vite que le PIB. En outre, la division internationale du travail a certainement atteint sa limite.

Les tentations au repli sont de plus en plus nombreuses. Les pratiques protectionnistes se multiplient que ce soit à travers la fixation de barrières tarifaires, de normes spécifiques ou à travers des pressions diverses et variées, en particulier au niveau des appels d’offre. En raison de la tertiarisation des économies et du développement des activités de réseaux, la question de la libéralisation du commerce des services est cruciale en termes de croissance.

Pour le retour des politiques publiques positives

Le FMI se déclare inquiet de l’évolution de l’opinion au sujet de la mondialisation et du libre-échange. Christine Lagarde enjoint les responsables à modifier la politique économique de leur pays. Comme l’OCDE, le FMI demande que les Etats disposant de marges de manœuvre réaniment leur politique budgétaire. La Présidente du FMI a ainsi félicité le gouvernement canadien d’avoir opté pour un plan d’investissement dans les infrastructures.

Le FMI réclame une accélération des réformes structurelles au sein de la zone euro « pour lever des obstacles à l’entrée dans le secteur des services, y compris des services professionnels, et promouvoir la recherche-développement ». Il suggère de lier relance budgétaire et réforme structurelle comme l’avaient fait les Pays-Bas dans les années 90.

Le FMI recommande le soutien direct aux travailleurs sous-qualifiés  à travers l’engagement d’actions fortes dans le domaine des investissements publics dans l’éducation, de la reconversion et de l’aide à la mobilité professionnelle et géographique. Il réclame le développement des partenariats pour la formation professionnelle entre l’industrie et les établissements scolaires.

Le FMI demande également le renforcement de la protection sociale en établissant des systèmes appropriés d’assurance-chômage, de soins de santé et de retraites transférables — et en modulant la fiscalité et la politique des revenus.

La Présidente du FMI souligne la nécessité de maintenir un haut niveau de concurrence. Elle s’inquiète de l’accélération de la concentration des marchés. Les nouveaux secteurs d’activité, les réseaux sociaux, les plateformes, les fournisseurs d’accès sont particulièrement visés.

En ce qui concerne le commerce international, le FMI souhaite une libéralisation des échanges de services qui représentent déjà plus 5 000 milliards de dollars par an, soit deux tiers du PIB mondial. Les droits de douane sur les services peuvent atteindre 30 à 50 % du prix. En la matière, le FMI préconise l’adoption d’accords commerciaux dits « plurilatéraux » — entre un nombre limité de pays partageant le même point de vue qui acceptent d’œuvrer dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces accords seraient ouverts — aux mêmes conditions — à tous les pays membres de l’OMC. Il suggère également une libéralisation des flux de données permettant un développement plus rapide de l’e-commerce.

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