Philippe Crevel sur Atlantico au sujet de Bayrou

09/03/2012, classé dans

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Manuel Valls et François Bayrou ont dans leur face à face, sur France 2, jeudi 8 mars, donné l’impression de postuler au poste de ministre de l’Economie et des Finances. Manuel Valls a certainement gagné quelques galons en challengeant le troisième homme de 2007 et François Bayrou a conservé son image de prêcheur dans le désert des tartares.

Manuel Valls a semblé lancer des perches de convergence à François Bayrou, que ce dernier – qui fidèle à son image – a daigné saisir. Comme il y a cinq ans, le candidat centriste aime à laisser ses contradicteurs dans le rubicond, même si en clôture des portes ont été très légèrement entre-ouvertes. Il n’a eu comme fil rouge que la volonté de placer Manuel Valls en contradiction, entre les engagements pris durant la primaire et les promesses de François Hollande.

Entre deux hommes politiques qui se déclarent comme visionnaires, le débat laisse un étrange goût de naphtaline. De la défaite de 1993 aux déficits d’Edouard Balladur, aux erreurs des précédents gouvernements, il n’est resté que peu de temps pour aborder la question de la sortie de la crise, de la manière de créer de la croissance et de réduire concrètement la dette publique. Deux spécialistes de la chose politique se sont confrontés avec certes de l’élégance mais sans saveur.

Au cours de cette émission « des paroles, des actes », la voix de François Bayrou a résonné dans le vide. Est-ce l’usure de ses formules, est-ce le sentiment d’avoir eu raison avant les autres sur la dette, les déficits publics ou l’Europe ?
François Bayrou ne semble ne plus être en phase avec le temps politique. Il a peut-être manqué le coche de l’élection de 2007, où il était au centre de l’échiquier électoral. A force de récuser droite et gauche, il s’est mué en commentateur de l’actualité. Il prend la posture certes élégante du spectateur engagé.
A force de jouer le centriste, il en a perdu toute ligne de force, de clivage. Fondamentalement homme de droite, il a conscience que la sortie de son isolement passe par la compromission avec certainement l’obligation de se rallier au plus offrant ou à celui qui le ramènera au sein d’un gouvernement.

De 1997 à 2012, François Bayrou a fait pied à pied son chemin de Damas qui l’amènera à entrer dans une coalition de gauche après le premier tour. Il sait que la crise n’incite pas les Français a tenté l’expérimentation à la mode Bayrou avec le dépassement des frontières politiques. Les Français, en concentrant leurs intentions de vote sur les deux candidats issus des partis de gouvernement, indiquent clairement que la situation est trop grave pour jouer les apprentis sorciers.

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