novembre 2006 : le nouveau monde de l’assurance

17/11/2006, classé dans

L’espérance de vie dépasse pour les femmes 84 ans ; sous Louis XV, il y a trois cent ans, elle atteignait une vingtaine d’années. Cet allongement de la vie constitue une révolution au regard de l’histoire de l’homme, vieille de plusieurs centaines de milliers d’années. En quelques décennies, l’homme ou la femme occidentale a changé d’univers. L’étalon du temps s’est étiré engendrant une série de conséquences.

Jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie et la suppression du service militaire en 1995, la vie des hommes était rythmée par le passage sous les drapeaux, par la défense de la patrie et donc avec la possibilité de donner sa vie. Le service militaire pouvait durer trois ans ; la probabilité de connaître la guerre jusqu’en 1962 était élevée. Toutes les générations nées avant 1940 ont connu l’épreuve du feu ; guerre napoléoniennes, guerres coloniales, guerre de 1871, première et seconde guerres mondiales, l’Indochine, la guerre d’Algérie. Cette permanence guerrière contribuait à l’intériorisation de la fragilité de l’existence et à la notion de risque. La disparition, en Europe, du fait guerrier n’est pas sans conséquence sur notre appréciation du risque. La puissance du principe de précaution, le tout sécuritaire ne sont que des déclinaisons de cette disparition. La vie parsemée d’accidents devient aujourd’hui une vie sous protection. La mort d’enfants en bas âge était, il y a encore quelques décennies, considérée comme banale ; elle est aujourd’hui inacceptable. L’Etat dont la première des missions était de défendre le territoire doit désormais défendre ses habitants contre eux-mêmes et contre toute menace identifiée ou non identifiée. La canicule de 2003 a fourni une illustration de cette nouvelle donne. Le Gouvernement a été jugé responsable de la mort de près de 15 000 morts alors que leur décès est intervenu pour un très grand nombre en maison de retraite ou à domicile, qu’en aucun les services de santé aient commis une erreur. Le gouvernement a été jugé coupable de ne pas avoir mis en place un dispositif d’alerte et de n’avoir pas fait preuve empathie, de compassion face au drame. L’Etat régalien mué en Etat providence se mue en Etat protecteur. L’Etat se doit d’informer, alerter, surveiller et agir de telle façon que même si l’individu ne respecte pas des consignes de bon sens il ne mette pas sa vie en danger. In fine, l’individu portera plainte si les pouvoirs publics n’ont pas été exemplaires.

La déstructuration des familles, l’allongement de la durée de vie ont pour conséquence le transfert de la responsabilité individuelle vers une responsabilité collective. Les pouvoirs publics mais aussi les entreprises doivent se substituer aux individus. Une compagnie d’assurance est responsable des agissements d’un salarié indélicat ayant berné même de manière grossière ses clients ; à ce titre, elle doit dédommager les victimes sans sourciller même si les preuves manquent. L’idée sous-jacente est que le paiement de l’impôt, de la prime d’assurance vaut ouverture d’un droit de tirage. Il n’est que marginalement pris en compte que l’inconséquence individuelle se traduira immanquablement par une hausse des coûts. La notion du « droit à » est amplement partagée. Vous avez cotisé pour financer les retraites donc de ce fait vous avez le droit à une retraite ; les arguments en vertu desquels dans un système par répartition, le paiement des cotisations finançant les pensions des actuels retraités et non celles des actifs n’est pas recevable pour expliquer que ce droit n’est pas intangible.

Si la vie est moins fragile, la conduite de la vie dans la société est plus difficile. La crainte du chômage, la peur de la maladie, de l’exclusion, de la vieillesse sont permanentes, phénomène d’autant plus étonnant que ces menaces apparaissent faibles au regard de celles qui ont pesé sur nos grands parents. La notion de risque est une valeur relative ; elle ne peut que s’accroître compte tenu du vieillissement de la société et de la disparition des anciens cadres de solidarité.

Principe de précaution d’un côté, réduction des comportements à risques, de plus en plus on passe à l’accompagnement de la personne. Une société de l’auto-assistanat prend forme. L’Etat condamne les comportements dangereux, fumer, conduire vite ; il recommande de manger équilibré, de pratiquer un ou plusieurs sports. Demain, il exigera pour bénéficier du remboursement des frais médicaux le respect de certaines règles : dépistage régulier, visite semestrielle chez le dentiste, vaccination… Le principe du Donnant/ Donnant se développera. Le remboursement automatique laissera la place à un mécanisme de remboursement conditionné assez proche du principe de l’assurance avec des mécanismes de malus/bonus. Vous ne respectez pas les préconisations, l’indemnisation n’est plus totale. Face à la collectivisation de la gestion d’un nombre croissant, il y aura à terme une responsabilisation individuelle. D’un côté, le risque est couvert, de l’autre, l’individu se devra d’être plus exemplaire et plus transparent. L’informatique avec Internet offre la possibilité d’une gestion de plus en plus fine des comportements.

La protection a été dans un premier temps militaire ou policière, puis sociale ; elle envahit désormais la sphère privée ; le succès des emplois de services à domiciles le prouve. Nous assistons à une marchandisation de fonctions autrefois assurées de manière gracieuse. La mode du coaching est vouée à se développer. Incapable d’être maître de nous même, nous nous en remettons à autrui pour guider nos pas. La complexification de la société est un catalyseur de ce processus. Cette marchandisation suppose donc le développement de sociétés de services adaptés.

La société de l’assistance repose sur la confluence du zéro risque et de zéro contrainte. L’émergence d’une société du loisir a tué les notions de devoirs, de souffrance. Perdre son temps en démarches fastidieuses est insupportable ; le temps se partage entre le travail et le loisir, la famille étant intégrée dans le second. Tout problème a vocation à être externalisée, le psychanalyste a remplacé le médecin dans la gestion des souffrances morales, les taches de la vie quotidienne, gestion de la maison, sont si le pouvoir d’achat le permet externalisées avec les emplois à domicile. Le vieillissement de la population pose le problème de la gestion des personnes âgées et donc de la dépendance. En prolongeant la tendance actuelle, la gestion reviendra de plus en plus à des structures spécialisées, les famillese continuant de se désengager. Avec l’allongement de la vie, avec les recompositions des familles, les liens avec les aînés s’affaibliront. Avec quatre générations cohabitant, il est impossible de maintenir les anciennes solidarités. La canicule a démontré toute l’ampleur de la solitude des personnes âgées. Le marché de l’assistance face à l’accroissement de populations fragiles est important. Actuellement, ce marché demeure morcelé, dominé par le milieu associatif ou par des antennes des collectivités publiques. La recherche d’une plus grande qualité, les exigences accrues des personnes âgées et l’évolution de leurs besoins en fonction de leur âge devraient à terme modifier la donne. Il y a surtout une besoin de simplicité. L’interlocuteur unique, reconnu est un gage de réussite. Le succès des services de conciergerie développés par les banques en accompagnement de leur carte haut de gamme démontre que cette volonté de réduire le nombre d’intermédiaire est incontournable. Avec un seul numéro de téléphone, les porteurs de la carte Infinite peuvent commander un taxi, façonner un voyage au bout du monde, trouver des billets de spectacles… tout en bénéficiant de garanties en terme d’assurances tant sur leur personnes que sur leurs biens. L’assurance a couvert des biens, des personnes, des valeurs financières ; avec Europ Assistance, elle a permis en cas de problème aux assurés de bénéficier d’un service médicalisé haut de gamme tout autour de la planète avec le cas échéant le rapatriement. Désormais, cette assistance réservée à l’exceptionnel se généralise à la vie quotidienne. Remplacer ces papiers administratifs, chercher un appartement, gérer les inscriptions à l’école, trouver la maison de retraite, assurer la garde à domicile 24 heures sur 24 d’une personne âgée ou malade…

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