Les erreurs et horreurs économiques de François Mitterrand

10/05/2011, classé dans

Le 10 mai 1981, la France a choisi l’alternance et la mise en œuvre des 110 propositions. Aujourd’hui, il est de bon ton d’encenser cette période or la nostalgie ne doit pas masquer de nombreuses erreurs économiques furent commises et que nous en payons encore le prix fort.

Si dès 1982 et surtout en 1983, le retour au réalisme économique s’imposé, il n’en demeure pas moins que la France reste profondément marquée par les décisions prises dans la foulée de l’arrivée de François Mitterrand.

Ainsi, la décision de jouer sur les dépenses publiques en les augmentant de 25 % et en embauchant un grand nombre de fonctionnaires se fait encore sentir aujourd’hui. Si la dette publique ne dépassait pas 25 % du PIB en 1980, elle n’a pas cessé de progresser pour atteindre aujourd’hui 85 %. Si de 1974 à 1980, le déficit budgétaire restait contenu entre 1 % et 2 %, il flirte en moyenne autour de 3 % voire plus comme en 1993 ou comme depuis 2009.

Les dépenses de fonctionnement ont été privilégié au détriment de l’investissement qui est aujourd’hui réalisé par les collectivités territoriales qui sont, elles mêmes, de plus en plus confrontés à des problèmes financiers.

Le taux des dépenses publiques a progressé et atteint 56 % du PIB, celui des prélèvements obligatoires est passé de 41 à 43 % voire 44 % certaines années. Le plan de relance a été, en outre, réalisé trop tard au moment où la reprise se manifestait et où la priorité était la lutte contre l’inflation.

La France a perdu deux à trois ans avant de s’engager dans une politique de désindexation et désinflation.

François Mitterrand s’était fait élire en répétant que la France ne compterait pas deux millions de chômeurs. Dès la fin de l’année 1982, ce seuil était franchi. Malgré la multiplication des emplois aidés, des stages publics et autres TUC, la France est depuis trente ans malade de son chômage et en particulier du chômage de ses jeunes. Le recours systématique à des solutions publiques ou parapubliques est une cautère coûteuse, inutile qui n’a que favorisé que l’esprit de résignation.

Autre réforme symbolique, le passage de la retraite à 60 ans. Certes, au moment de son adoption, cette mesure ne coûtait pas très chère du fait que les générations partant à la retraite comportait un nombre réduit d’individus. Par ailleurs, la patronat n’était guère hostile car cela permettait de diminuer les effectifs sans recourir à de coûteux plans de licenciement. Néanmoins, tout le monde savait que cette mesure était un contresens compte tenu de l’évolution démographique. Tous les autres Etats ont dix ou quinze ans avant la France porté l’âge de départ à la retraite à 65 ans et voire plus. Le taux d’emploi des seniors compte parmi les plus faibles d’Europe.

Le passage à 39 heures puis à 35 heures (promesse qui figurait parmi les 110 propositions de 1981) pouvait se justifier au nom de gains de productivité. Or, c’est l’inverse, le passage obligatoire à 39 puis à 35 heures a conduit les entreprises à accroître la productivité horaire avec comme conséquences plus de stress, moins d’augmentation salariale et moins d’emploi.
Les nationalisations auraient selon ses avocats sauvé de nombreuses entreprises condamnées du fait du manque de mobilisation de leurs actionnaires. L’Etat a été dans les faits incapables de jouer son rôle d’actionnaire du fait de l’ampleur de ses déficits puis du fait des règles européennes. La stratégie de nombreuses publiques a été gelé ce qui les a fragilisées. Certains comme Saint Gobain, BNP Paribas, ont réussi à devenir des leaders mondiaux, d’autres ont disparu comme Pechiney ou Arcelor/Sarcelor ou Bull. L’Etat s’est concentré sur des grandes entreprises au lieu de se préoccuper de la revivification du tissu économique et des PME.

Contrairement à une idée reçue, les socialistes ont été les grands artisans de la financiarisation de l’économie avec l’ouverture des marchés financiers à partir de 1985 et la création de nouveaux instruments financiers. Pierre Bérégovoy a été à l’origine de la mutation, en France, de la sphère financière. Cette mutation a été réalisée en partie pour faciliter le financement de l’Etat et des entreprises publiques.

François Mitterrand a été tout à la fois tenté par le protectionnisme avec en 1983 ses atermoiements sur une éventuelle sortie du Franc du SME, voire de la France de la CEE ou en 1992 avec la volonté d’empêcher les produits japonais d’être importés mais aussi par le libre échange en optant pour le marché unique que lui a vendu Jacques Delors et la monnaie unique.

François Mitterrand, c’est le carnet des changes qui visait à limiter le montant des devises que chaque Français pouvait dépenses durant ses voyages hors de France, c’est le contrôle des changes et le blocage des prix. Il fut un des derniers artisans de l’économie administrée en occident. Mais, il fut celui qui reprit le travail de libéralisation de Raymond Barre à partir de 1985, mouvement amplifié par la cohabitation de 1986. Bizarrement, la dernière grande période libérale s’est concentrée entre la fin de son premier septennat et le début du second, de la mutation des marchés financiers à l’application de la règle du ni privatisation/ni nationalisation qui dans les faits a été contournée.

François Mitterrand lança certes Eureka pour contrebalancer la guerre des étoiles de Ronald Reagan mais il ne favorisa pas l’émergence d’une recherche dynamique et indépendante. Il a fallu attendre 2007 pour obtenir l’autonomie des universités et leur regroupement en pôles structurés.

Sur l’Europe, il fut le défenseur d’une Europe des années 60, celle de la réconciliation mais il fut incapable de créer l’Europe du 21ème siècle en favorisant l’émergence de sociétés réellement européennes, d’une recherche européenne, d’un pouvoir fédéral fort. Il ne comprit pas les bouleversements économiques liées à la chute du Mur de Berlin et le changement radical qui s’est opéré avec Deng Xiaoping à partir de 1978.

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