Le digital à l’ère de la maturité

29/04/2019, classé dans

Avec la sortie des générations des années 1950 du monde du travail, ce dernier est de plus en plus composé d’actifs ayant un lien précoce avec les ordinateurs et les communications modernes. Le déploiement des télécopieurs est intervenu au milieu des années 1980, celui des téléphones portables au milieu des années 1990 quand Internet a pris son essor au début des années 2000. Par ailleurs, arrivent aux responsabilités, des hommes et des femmes qui sont qualifiés de « digital nativ », c’est-à-dire qui ont connu depuis le début de leur vie professionnelle les outils numériques. En parallèle à ce changement de composition de la population active intervient une accélération de la diffusion des techniques digitales et une augmentation des capacités de transmission avec l’arrivée de la 5G qui facilite l’Internet des objets.

Ces modifications devraient conduire à un usage plus intensif des solutions numériques avec des utilisateurs plus matures, plus décomplexés et peut-être plus attentifs au « non-envahissement ».

L’omniprésence d’Internet devrait entraîner sa banalisation. Même si l’interconnexion des voitures, des maisons, des objets et également du corps humain prendra du temps, elle semble être incontournable. Le problème viendra de la cohabitation de systèmes ultra-connectés avec des systèmes qui ne le seront pas. Cette cohabitation sera complexe à gérer en particulier en ce qui concerne la circulation routière. De même, au niveau de la gestion des réseaux d’énergie, il faudra prendre en compte les coûts d’adaptation de ceux qui existent actuellement.

Le smartphone devrait être la porte d’entrée dans le monde digital que ce soit pour gérer sa maison, sa vie quotidienne (transports, banques, courses, etc.) ou sa santé. Les données et les logiciels seront de plus en plus logés dans les clouds, ce qui posera des problèmes de sécurité. La forte dépendance à Internet et aux données constituera une menace systémique majeure en cas de panne ou de prise de contrôle des réseaux par des personnes ou des organisations malintentionnées. La multiplication des processus d’automatisation sera une source de gains de productivité. Internet permet de comprendre de plus en plus les situations en temps réel, de proposer des solutions et d’agir en se passant du contrôle de l’utilisateur. Les solutions digitales intègrent dans leurs algorithmes les émotions humaines (à travers les rictus des visages par exemple) et peuvent adapter les réponses à apporter à un problème.

Le paradigme numérique repose sur le principe que le consommateur est un producteur. Il produit en effet des données qui sont recyclées. Il peut être aussi un acteur direct. Ainsi, les propriétaires de voitures électriques pourraient à terme mettre à disposition les batteries en cas de pic de production avant de restituer l’énergie ainsi accumulée en fonction de la demande. Les échanges de services devraient être de plus en plus automatiques et s’effectuer en dehors de tout contrôle.

Les entreprises devraient évoluer en se transformant en plateformes connectées d’échanges de biens et de services ainsi que de compétences. Elles resteront un point de rencontre autour d’objectifs définis par leurs statuts. Elles demeureront des lieux d’agrégations des savoirs, des expériences et des lieux de coordination. Compte tenu de l’évolution des profils des actifs, la subordination devra revêtir des formes plus coopératives. La conciliation des valeurs autorité, innovation, liberté et rentabilité sera au cœur des réussite entrepreneuriales des temps digitaux.

L’ère du digital mature s’accompagnera peut-être d’une remise en cause des géants des réseaux sociaux. Il est possible que Facebook soit contraint de se réinventer du fait de la montée en puissance de réseaux plus spécialisés, plus conversationnels ou à plus fort contenu. Les réseaux communautaires locaux, plus ancrés dans le réel, devraient aussi largement se développer. Après une époque d’exposition publique, le retour d’une plus grande discrétion est possible. Cette tendance pourrait accentuer la montée du communautarisme.

Les médias traditionnels (télévision, radio, presse écrite) devraient continuer à décliner. Du fait de la convergence des différents supports, smartphone, tablette, télévision et ordinateur, l’avenir de ces médias est à la synthèse. La grille des programmes devrait disparaître pour laisser la place à des portails permettant d’accéder à du contenu. Chacun d’entre nous est devenu un producteur de journaux télévisés en choisissant les reportages, les films, les contenus. La vidéo supplante actuellement l’écrit au point que certains s’interrogent sur la disparition de celui-ci du moins dans la forme que nous lui connaissons depuis la large diffusion des livres et de la presse. Ce changement de moyen de communication n’est pas sans incidence sur la construction des individus et sur la diffusion des messages.

Le canal de vente par Internet devrait poursuivre sa montée en puissance. Plus de 10 % de la consommation des ménages passe déjà par ce canal. Ce ratio devrait rapidement atteindre 20 %. Il en résulte une réorganisation complète des autres moyens de distribution. Le commerce de détail est confronté à un deuxième choc après celui qu’il a subi lors de l’émergence des grandes surfaces. Ces dernières sont également confrontées à une remise en cause de leur modèle. Leur essor correspond à la montée en puissance de la société de consommation portée par les larges générations du baby-boom. Le vieillissement de la population, le rétrécissement de la taille des familles, la métropolisation du territoire, le coût croissant du transport, la préférence donnée aux loisirs et un certain désenchantement face à la consommation rendent le passage dans les grandes surfaces moins obligé que par le passé. Le recours à Internet est considéré comme un gain de temps et l’élimination d’une tâche jugée fastidieuse.

Le temps « deux » de l’ère digital a certainement déjà commencé. Le temps de la découverte et de l’usage anarchique cède la place à celui d’une intensification sur fond de banalisation.

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