La dette publique ou la tentation du diable

30/06/2009, classé dans

Pour conjurer la crise, pour renouer avec la croissance, la solution passerait par le retour de l’Etat. Plus de régulation, plus de dépenses publiques, plus de dettes…

Parler du retour de l’Etat suppose qu’il soit parti, que son poids ait reculé, que le nombre de fonctionnaires ait diminué…

Or, en France, rien de tout cela n’a été constaté, bien au contraire.

Question dépenses publiques, elles atteignent plus de 52 % du PIB et n’ont jamais reculé depuis plus de vingt ans. L’écart avec l’Allemagne, 9 points, n’a jamais été aussi important. Seule la Suède a un taux de dépenses publiques supérieur au notre mais ce pays dégageait, en 2008, un excédent budgétaire…

Question prélèvements, avec un taux de près de 43 % du PIB, nous figurons dans le trio de tête des pays les plus imposés, avec un écart de quatre points par rapport à la moyenne de l’Union européenne.

Question emploi public, plus d’un actif sur cinq travaille, directement ou indirectement, pour les pouvoirs publics soit un des taux les plus élevés de l’OCDE. De 1994 à 2006, le nombre de fonctionnaires est passé de 4,4 à 5,2 millions. La fonction publique d’Etat, sur la même période, est passée de 2,3 à 2,5 millions de fonctionnaires.

Question régulation, nous sommes plus prêts de l’excès que de l’absence. Les autorités de contrôle se sont multipliées avec conséquence des conflits de compétences et des doublons. En matière financière, près d’une dizaine cohabitent, autorité de contrôle des assurances, commission bancaire, commission des établissements de crédit, autorité des marchés financiers…. L’époque n’est pas à plus de régulation mais plutôt à une régulation rationalisée.

Incapable d’arbitrer au sein des dépenses, l’Etat a, tout en répétant que le retour à l’équilibre est pour demain, a laissé filer les déficits depuis plus de 30 ans. Crise ou pas crise, les dépenses publiques dépassent et de loin les recettes. Drogué au keynésianisme, notre pays a connu une vertigineuse progression de sa dette publique qui est passé de 24 à 75 % du PIB de 1981 à 2009. Chaque Français est porteur d’une dette de plus de 20 000 euros.

Comme le souligne la Cour des Comptes, s’il n’est pas mis à fin à cette dérive, la dette publique peut échapper à tout contrôle et atteindre 100 % du PIB en 2018 et 200 % avant 2040. L’Etat avec un déficit de plus de 70 milliards d’euros est le principal responsable de l’emballement de la dette. Mais dans les prochaines années, la Sécurité sociale devrait être également un acteur de premier ordre dans le domaine avec l’épineux problème du financement des retraites.

La charge de la dette, c’est-à-dire le simple remboursement des intérêts est déjà supérieur au montant de l’impôt sur le revenu et représente 850 euros par habitant. Elle prive les pouvoirs publics de toute marge de manœuvre surtout en période de crise.

Avec la crise économique, la barrière des 60 % que le traité de Maastricht avait imposée aux Etats membres de la zone euro a volé en éclat. La France est, en la matière un des plus mauvais élèves. La dette française est devenue supérieure à celle de l’Allemagne qui s’était endettée fortement après la réunification.

La France est désormais le 4ème pays le plus endetté au sein de l’Union européenne ; elle était 8ème en 2004. Avec Malte, la France est le seul pays à avoir un déficit primaire c’est-à-dire un déficit public avant prise en compte du paiement des intérêts de la dette.

Malgré ou plutôt à cause au recours massif à la dépense publique et à la dette, la France a enregistré ces dernières années une croissance inférieure à ses principaux partenaires.

Le lancement d’un grand emprunt national pour permettre à la France de bénéficier du vent porteur de la future croissance est séduisant. En effet, l’Etat depuis des années n’investit plus ; il a transféré cette fonction aux collectivités territoriale. L’état n’a plus les moyens de lancer de grands projets innovants comme le TGV ou Ariane Espace.

Donner à l’Etat des marges de manœuvre pour moderniser nos universités, financer la recherche, construire de nouvelles infrastructures, développer les énergies renouvelables rompt avec la priorité donnée aux dépenses de fonctionnement.

Mais, ce grand emprunt n’est que de la dette supplémentaire qui s’ajoutera au stock existant et aux émissions d’obligations assimilables du Trésor que l’Etat effectue en permanence auprès des investisseurs institutionnels.

Une ligne de plus dans un océan de lignes, tout cela ne changera rien ; de ce fait pourquoi ne pas en profiter, pourquoi ne pas se donner un peu d’air ?

Le recours à l’endettement, c’est avant tout la voie de la facilité, du renoncement. A défaut de tailler dans nos déficits, dans nos dépenses, nous préférons la fuite en avant.

Certes, si ce grand emprunt génère de la croissance, croissance qui dégagera des recettes pouvant le rembourser, le mal ne sera pas trop grand sauf qu’il restera toujours le stock à rembourser, stock qui jouera le rôle de boulet pour l’ensemble de notre économie.

L’Etat prend peu de risques avec les épargnants français qui par goût de la sécurité privilégient les produits de taux. L’aversion des Français pour les actions ne risque pas d’être remise en cause avec le grand emprunt. Or, la relance ne sera possible que par les entreprises et en particulier les PME. Or, nos petites et moyennes entreprises manquent cruellement de fonds propres. A la différence des Etats-Unis, il n’y a pas de tradition de financement des PME par les particuliers. Les investisseurs institutionnels rechignent par peur du risque à placer une partie de leurs actifs dans les PME. L’absence de fonds de pension contribue aussi à l’étiolement financier de nos entreprises. Faute de capitaux, nos PME sont condamnés à demeurer fragiles et à subir de plein fouet les coups de grisous de la conjoncture économique.

La question de la réallocation de l’épargne des Français est un sujet aussi voire plus important que celle du grand emprunt national.

La fuite en avant revient à hypothéquer l’avenir sans résoudre nos problèmes. Face au problème du financement des retraites, face à celui de la dépendance, n’y aura-t-il comme seule solution que de recourir à des grands emprunts. A un moment ou à un autre et certainement plus vite que prévu, les agences de notation réviseront à la baisse la notation de l’Etat ce qui signifiera qu’il devra pour continuer à s’endetter accepter des taux de plus en plus élevés.

Certains appellent de leurs vœux le retour de l’inflation pour éponger une partie de la dette. En clair, cela signifie spolier en douceur les épargnants. D’autres pensent que tout se terminera pas une augmentation des impôts ce qui revient à pénaliser les contribuables…

Dans les deux cas, les perdants seront les Français et la croissance.

Y-a-t-il une alternative à la dette, cette tentation du diable ?

Bien évidemment mais elle s’accommode mal de la dérive que nos démocraties connaissent depuis vingt ans et du rythme des élections. Couper dans les dépenses, arbitrer parmi les allocations, les prestations, les subventions, remettre en cause les niches fiscales apparaissent impensables car suicidaires politiquement.

Préparer l’avenir exige de remettre réellement à plat notre conception même de la les dépense publique. La réduction du nombre d’échelon au sein des collectivités territoriales constitue un pas positif qu’il convient de pouvoir mener à son terme. Mais cela ne saurait suffire pour permettre un véritable retour à l’équilibre de nos finances publiques d’ici 10 ans. De force ou de gré, nous serons condamnés à plus ou moins terme de sérier les priorités d’intervention si nous ne voulons pas que le système d’Etat providence s’effondre comme un château de cartes.

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