L’ascension sociale est géographiquement inégalitaire

16/11/2015, classé dans

L’ascension sociale qui se mesure par la probabilité des enfants de dépasser leurs parents au niveau  des catégories socio-professionnels ou en matière de revenus, dépend non seulement du niveau de formation mais aussi, selon une récente étude de France Stratégie, du lieu de résidence. Ainsi, les chances d’ascension sociale des individus d’origine populaire (soit les enfants d’ouvriers et d’employés) varient du simple au double selon leur département de naissance.

Contrairement aux idées reçues, l’ascension sociale demeure une réalité. Au niveau national, entre les générations des baby-boomers de 1950-1964 et les générations 1965-1979, le taux de mobilité ascendante est passé de 25 % à 33 %. Tous les départements de naissance ont connu une augmentation sauf dans l’Hérault.

La probabilité pour un enfant d’ouvrier d’accéder à un statut de cadre supérieur ou de profession intermédiaire est passée de 25 % à 33 % ; elle est restée stable pour les enfants d’employés, autour de 50 %. Selon les enquêtes Emploi de l’Insee, la mobilité ascendante chez les enfants de classes populaires sortis de l’école a augmenté de 10 points depuis les années 1980.

L’augmentation de la mobilité ascendante est le résultat de l’augmentation du niveau scolaire depuis 30 ans. Par ailleurs, les emplois exigent, aujourd’hui, plus de formation qu’il y a 40 ans. Le nombre de cadres s’est fortement accru. Les classes moyennes et supérieures représentaient moins de 20 % des actifs en 1970 contre plus de 40 % en 2014. De ce fait, l’évolution du monde du travail conduit à une ascension sociale.

Pour s’élever socialement, il vaut mieux résider au sein d’une grande métropole dynamique disposant de nombreux centres de formation.

De 1977 à 2013, L’Île-de-France demeure toujours en tête en matière d’ascension sociale. 40 % des jeunes actifs issus des classes populaires et originaires d’Île-de-France occupent des positions professionnelles moyennes ou supérieures.

En revanche, trois régions du Nord de la France connaissent une nette dégradation en matière d’ascension sociale (Picardie, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne). Le taux d’ascension est plus faible en 2013 que dans les années 70. Les trois régions de l’Ouest et du Centre-Ouest (Limousin, Poitou-Charentes, Basse Normandie) connaissent également un ralentissement de leur mobilité sociale ascendante. Les régions en proie à la désertification industrielle n’ayant pas réussi à trouver de nouveaux relais de croissance sont pénalisées. Comme la formation joue un rôle accru dans les années 2000 par rapport aux années 70, les régions qui n’ont pas d’établissements d’enseignement supérieurs de haut niveau sont fragilisées. Les meilleurs jeunes partent de ces régions pour s’installer dans des régions voisines ayant un plus fort potentiel. C’est le cas de l’Ile-de-France qui accueille de nombreux jeunes en provenance de toutes les régions périphériques et au-delà.

Il n’est donc pas surprenant que la Picardie soit la région où les chances de mobilité sociale ascendante demeurent les plus faibles sur les deux périodes. Les marges de l’Ile-de-France sont aujourd’hui des territoires à faibles ascensions sociale, la région capitale ayant aspiré leurs meilleurs éléments.

Parmi les régions à forte mobilité sociale, se trouvent la Bretagne et la région Midi-Pyrénées. La situation s’est améliorée ces trente dernières années, le taux de mobilité ascendante passant de 27 % à 37 %. Le dynamisme de Toulouse et des grandes villes bretonnes expliquent cette évolution tout comme la qualité des formations délivrées. Une activité économique autonome et l’existence de poles universitaires expliquent cette évolution. Le taux de mobilité s’améliore également en Alsace et dans les Pays de la Loire.

Enfin, trois régions qui affichaient une mobilité élevée à la génération des baby-boomers voient leur classement se dégrader : la Lorraine, l’Auvergne et surtout le Languedoc-Roussillon. Cette dernière région passe de la 7ème à la 15ème place au sein du classement des régions. La région Languedoc-Roussillon souffre d’un manque de diversification économique et d’un nombre insuffisant d’établissements supérieurs de renom. L’augmentation du chômage des jeunes, plus de 6 points depuis 2009, dans cette région est également la traduction de ce déclin. Le taux de chômage des jeunes atteint plus de 29 % en Languedoc-Roussillon contre une moyenne nationale de 24 %.

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