Florange ou le rétroviseur économique

19/12/2012, classé dans

Faut-il sauver Florange ? cette affaire ressemble terriblement au film « il faut sauver le soldat Ryan » de Steven Spielberg. En effet, il ne s’agit pas de sauver un combattant méritant mais simplement de sauver un homme dont tous les autres frères ont été tués. Avec les hauts fourneaux de Florange, nous ne sommes pas dans le discours politique mais dans le symbole.

Derrière Florange, il y a évidemment des salariés qui veulent conserver leur emploi ce qui est évidemment légitime. Mais l’énergie déployée pour sauver un peu de 300 emplois ne cache-t-elle pas une forêt bien plus dense. Ainsi, la disparition des magasins Surcouf spécialisés dans la vente d’ordinateurs a entraîné la suppression d’environ 600 emplois. Chaque semaine des PME ferment, les pertes d’emplois sont bien supérieurs aux 300 de Florange tout en occupant pas la une des médias.

Le combat de Florange ressemble à celui des charbonnages et de la sidérurgie dans les années 80. A l’époque, les pouvoirs publics avaient consacrés des dizaines et des dizaines de milliards de francs pour in fine renoncer. Derrière Florange, il y a tout le refus de la France d’accepter les mutations économiques. Il y a l’idée que nos problèmes d’emplois sont liés à la mondialisation, à des chefs d’entreprise peu scrupuleux, à un capitalisme apatride et vil.

Florange, il faut y aller. L’usine est vieillissante. Elle n’a pas été la priorité de Mittal comme avant d’Arcelor qui avait programmé sa fermeture il y a près de dix ans. Quand l’Europe consomme de moins en moins d’acier, quand les marchés se situent à l’exportation, est-il raisonnable de maintenir de petites centres de productions loin des grands axes de communication. Il faut importer le minerai et l’énergie nécessaire à la production. Le coût du transport et celui de l’énergie d’autant plus que nous payons très cher notre gaz par refus du gaz de schiste grèvent les marges. Il faut, en outre, après, réacheminer sur des voies ferrés hors d’âge la production d’acier. L’efficience de la SNCF en matière de fret est légendaire. Si un combat est à mener à Florange, c’est celui de la reconversion pour assurer des emplois aux actuels sidérurgistes mais aussi à leurs enfants. Le sauvetage partiel négocié par les pouvoirs publics est une cautère sur une jambe de bois. Il permet de gagner un peu de temps. Nul n’ignore que demain Florange sera fermé ; les hauts-fourneaux n’ayant pas vocation à redémarrer faute de demande et du fait des surcoûts. Il est dommageable que l’argent affecté au sauvetage partiel ne soit pas mis à disposition pour la création de structures viables à moyen et long terme.

Nationaliser Florange en attendant une solution constitue une hérésie. Personne ne s’est posée la question de la commercialisation des produits de cette aciérie une fois nationalisée. Qui achèterait l’acier de Florange ? Qui s’occuperait de la distribution ? L’Etat avec ses deux hauts fourneaux aurait la charge de proposer à l’automobile française déjà en mauvaise santé d’acheter quelques tonnes ? Quel repreneur souhaiterait acquérir un morceau d’usine à moins d’obtenir quelques subventions à la clef ? Et puis en vertu de la règle du précédent, l’Etat serait amené à racheter toutes les usines, tous les établissements qui ferment, des raffineries en passant par les magasins Surcouf.

Le Ministre du redressement productif affirme que la nationalisation est une idée neuve. Bien au contraire, il s’agit d’une vieille lune qui n’a jamais réussi dans le passé. De la sidérurgie, déjà en passant par le Crédit Lyonnais et bien d’autres, les désastres économiques que le contribuable a du payer sont légions. La France regarde constamment dans le rétroviseur et est incapable de regarder la ligne d’horizon. S’il y a un combat à mener, c’est bien celui là, passer d’une vision rétrograde à une vision d’avenir.

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