Désindustrilisation et désindustrialisation

23/03/2010, classé dans

Il y a désindustrialisation et désindustrialisation

La crise économique a accéléré le processus de désindustrialisation que la France et tous les vieux pays industrialisés connaissent depuis de nombreuses années. Ce processus revêt deux formes : des délocalisations et des externalisations.

Les délocalisations sont régies par deux règles : la recherche de couts de production plus faibles et la nécessité de produire dans les futures grandes zones de consommation. La contrainte du coût de production est d’autant plus élevé que les produits concernés ne sont pas positionnés en haut de gamme. Le prix est ainsi déterminant sur les voitures d’entrée de gamme et de gammes moyennes. Depuis des décennies, il est appris que les produits allemands sont « price maker » quand les produits sont « price taker ». Les firmes françaises sauf dans le domaine du luxe ne dictent pas leurs prix à leurs acheteurs. La qualité des produits allemands, leur réputation et aussi un savoir faire indéniable dans la commercialisation permet à l’Allemagne de dégager des excédents commerciaux année après année. Même si ces dernières années, les coûts salariaux ont été maîtrisés, ils sont comparables à ceux de la France. Le positionnement des produits et la structure de l’économie expliquent le décalage entre les deux pays. Certes, avec une population en diminution, le PIB par habitant croît plus facilement et les gains de productivité impactent moins l’emploi.

Les délocalisations ne sont pas en soi condamnables si elles n’entrainent pas le départ des centres de recherche, des directions de pilotage, de stratégie, de marketing des entreprises. Dans un pays où le niveau de formation des jeunes augmente fortement, il est logique que les emplois suivent cette évolution. La tertiairisation des emplois dans l’industrie témoigne de l’élévation des compétences : plus de recherche, plus d’innovation, plus de services. Ce qui doit rester en France ce n’est pas obligatoirement les usines mais bien les centres névralgiques des sociétés, les sièges sociaux, les directions financières, les directions du marketing, les directions en charge de la conception du marketing, la communication, les relations publiques… Les entreprises fonctionnent selon le principe des réseaux, réseaux de compétences et de production. Les délocalisations posent le problème des sous-traitants qui n’ont comme solution soit de suivre, si c’est possible, leur entreprise nourricière, de fermer ou de se repositionner, ce qui n’est pas loin de là toujours évident. L’Allemagne a réussi à limiter la désindustrialisation en jouant sur la qualité et l’innovation. La légendaire force du réseau de PME assises sur des familles et sur des banques explique la résistance des sous-traitants en Allemagne.

La désindustrialisation est souvent perçue que sous l’angle des délocalisations. Or, au nom du fonctionnement en réseaux et de la spécialisation des entreprises sur leur cœur de métier, elles externalisent de nombreux services. Il en a résulté une forte baisse de l’emploi industriel. Ce phénomène est d’autant plus remarqué que l’industrie doit de plus en plus intégrée de plus en plus de services pour vendre : crédit à la consommation, assistance, information… Or, pour assurer ces fonctions de service, les industriels ont fait appel à des entreprises spécialisées : banques, assureurs, sociétés de leasing… De plus, les emplois de service sont de plus en plus externalisés. Autrefois, étaient concernés les emplois liés, par exemple, au ménage, à la restauration mais désormais toutes les fonctions de service sont concernés : marketing, communication, gestion, distribution… Si trois quarts des emplois sont liés au tertiaire, cela ne signifie pas que l’industrie ne demeure pas au centre et qu’elle n’est pas le cœur des réseaux. Il est vain de croire que la France se recouvrira d’usines dans les prochaines années. Les ateliers de production demeureront dans les pays à faibles coûts de main d’œuvre. A supposer qu’ils reviennent en France, il n’est pas certain que ce soit une bonne nouvelle concernant notre capacité à rester en tête de peloton des puissances économiques…

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