Des déséquilibres en économie…

09/12/2013, classé dans

En économie, contrairement à une croyance bien répandue, le déséquilibre n’existe pas. Parler d’un déséquilibre commercial, d’un déséquilibre budgétaire est un raccourci sémantique car tout en économie est en équilibre.

Un déficit commercial donne lieu à un transfert financier qui se traduit dans la balance des paiements qui est toujours équilibré comme les comptes des entreprises. La contrepartie d’une dette est une créance. S’il y a endettement, c’est qu’il y a prêt.

Le maintien d’un fort taux de chômage constitue pour une très grande majorité d’entre nous la preuve que notre système économique est en déséquilibre. Dans les faits, et de manière un peu clinique, les économistes parlent d’équilibre de sous-emploi. L’offre de travail ne rencontre pas de demande faute de rentabilité, faute de gains de productivité permettant de générer une richesse permettant d’augmenter le nombre d’emplois. Keynes a développé sa théorie pour passer d’un équilibre de sous-emploi à un équilibre de plein emploi en jouant sur la demande finale. Aujourd’hui, une certaine lecture du keynésianisme ne modifie plus les équilibres d’emplois mais au contraire constitue un frein pour le retour de la croissance.

Evidemment, un équilibre peut être plus ou moins stable, plus ou moins précaire. Un équilibre instable et précaire a vocation à être remplacé par un autre équilibre. Le développement des flux financiers contrepartie des déficits commerciaux et publics a favorisé l’instabilité économique. Si, pour certains, ils semblent que la finance gouverne le monde, ce qui est très exagéré, c’est que les Etats ont donné de nombreuses clefs à la finance.

En économie, ce qui est certain, c’est qu’un équilibre n’est jamais définitif. Il est voué à être remis en cause même si la tentation de ceux qui en sont bénéficiaires est de le pérenniser. Un équilibre stable est sujet à caution. Il est souvent synonyme d’absence de concurrence, de situation de monopoles, d’oligopoles. Un tel équilibre a pour conséquences de pénaliser un ou plusieurs acteurs économiques, bien souvent le consommateur. Il faut donc se méfier des équilibres.

Un équilibre économique ne signifie pas la stabilité. Il peut y avoir des équilibres dynamiques avec à la clef de la croissance et des équilibres de stagnation. Les Trente Glorieuses sont souvent citées comme une période phare du fait de l’absence de récession pendant près de 30 ans. Elles se sont caractérisées par une forte croissance et par d’importants gains de pouvoirs d’achats. Elles se sont achevées dans la stagflation, mélange d’inflation et de croissance faible du fait de l’incapacité des gains de productivité d’absorber l’augmentation des prix provoquée par l’évolution des salaires et du cours des produits énergétiques.

C’est la recherche d’un nouvel équilibre qui est générateur de crises et de tensions. Cette recherche peut se faire par le haut, par de la croissance ou par le bas, par un ajustement plus ou moins progressif vers le bas. La Grèce se situait sur un équilibre impossible du fait de l’existence d’un déficit commercial qui atteignait 10 % du PIB s’ajoutant à un déficit public chronique et à une croissance très faible. A défaut de jouer sur un accroissement de l’offre, le retour à un équilibre plus stable passe par une compression de la demande intérieure.

Pourquoi les cycles économiques sont de plus en plus courts et précaires ?

Avec un plus grand nombre d’acteurs économiques, avec l’accélération des flux commerciaux et financiers, les équilibres ont tendance à devenir de plus précaires d’autant plus qu’ils reposent sur des fondements fragiles. La succession de crises depuis le premier choc pétrolier est la traduction de cet empilement d’équilibres instables, 1973, premier choc pétrolier, 1980, second choc pétrolier, récession de 1993 en relation avec l’augmentation des taux d’intérêt, 1997 crise asiatique, 2000, éclatement de la bulle Internet, 2009, la Grande Récession.

Pour lutter contre la dérive inflationniste des années 70, les Etats se sont convertis plus ou moins facilement au monétarisme avec la fixation de taux de progression de la masse monétaire. Cette politique a permis d’endiguer l’inflation mais en Europe, tout particulièrement, le laxisme budgétaire a remplacé le laxisme monétaire. Aux Etats-Unis, des présidences de Ronald Reagan aux présidences de Bill Clinton, la croissance générée par les nouvelles technologies et une forte tradition anti-étatiste a freiné la tentation budgétaire au prix, il est vraie, d’une montée des inégalités sociales. Le monétarisme américain n’a jamais été total du fait de la persistance d’un important déficit commercial qui a joué le rôle de soupape. Un déficit commercial, il faut le rappeler, constitue une avance fournie par les entreprises exportatrices. Le fait que le dollar soit la monnaie des échanges internationaux rend cette créance facile à financer.

L’Europe a défaut de trouver des relais par l’innovation de croissance a opté pour le déficit budgétaire d’autant plus que la fin de l’URSS et surtout la réunification ont provoqué une hausse des taux d’intérêt.

L’économie des pays occidentaux évolue, depuis plus de 10 ans, dans le cadre de plusieurs équilibres instables qui sont devenus intenables voire explosifs. Les faibles taux d’intérêt sont tout à la fois les causes et les conséquences de la rupture de ces équilibres fragiles. Causes car ils favorisent la multiplication des bulles spéculatives, conséquences car l’économie ne peut se passer de taux d’intérêt faibles pour éviter la stagnation ou la récession.

La situation est rendue assez  peu maîtrisable par la juxtaposition de plusieurs crises interdépendantes. Nous sommes confrontées tout à la fois à une crise bancaire, une crise des finances publiques et une crise de l’offre. Les pays dits avancés sont confrontés à une baisse de leurs gains de productivité et à un excès de l’offre de travail.

L’existence de déficits commerciaux et de déficits budgétaires structurels, l’affaiblissement des gains de productivité avec une non maîtrise des coûts constituent autant d’éléments perturbateurs. Il faut, par ailleurs, y ajouter deux facteurs également clefs pour appréhender la complexité de la situation économique : le vieillissement de la population et la dépendance énergétique.

L’accumulation de crises et leur succession rapide témoigne tout à la fois de la fin d’un paradigme qui a prévalu durant plus de cinquante ans, après la Seconde Guerre Mondiale et aussi d’une accélération sans précédent de la circulation des données. Avec la numérisation et les technologies de ma communication, nous pouvoir avoir accès à un nombre incalculable d’information en temps réel ou presque. Cette inflation des données est une source évidente de progrès mais n’est pas sans joué un rôle dans la diffusion des crises. Jusqu’à il y a une quarantaine d’années, l’information était rare et coûteuse ; aujourd’hui, elle est abondante et quasi-gratuite. Ce qui crée de la valeur, actuellement, c’est l’analyse. Or, il y a certainement un déficit en la matière tant par excès d’information que par sous-rémunération. L’avenir dépend de la capacité des êtres humains à sérier les données, à les analyser et à en tirer les conséquences sans pour autant en être esclaves.

La multiplication des épisodes récessifs s’explique également par notre incapacité à régler la question énergétique depuis 1973, année du premier choc pétrolier. Dès que les prix de l’énergie s’envole, la croissance s’arrête. Ce fut le cas en 1973, en 1980, en 1997, en 2000 mais surtout en 2009 et 2011. Les périodes de forte croissance sont liées à une baisse sensible du cours du pétrole comme en 1986 avec le contre-choc pétrolier.

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