Cuba s’ouvre, la Grèce s’enferme

05/07/2015, classé dans

La Grèce a dit « non ». Rien d’étonnant. Comment imaginer qu’une population puisse accepter un pré-projet d’accord qui comportait des hausses d’impôt et une diminution des retraites ? Si le projet de loi de finances de la France était soumis à référendum, il est fort probable qu’il serait rejeté. Il ne faut pas demander trop à ce type de vote.

Alexis Tsipras a utilisé le référendum comme une arme populiste afin de renforcer sa position face aux créanciers. Il a manipulé les électeurs en orientant leur vote en ne posant pas la bonne question, « pour ou contre la sortie de la zone euro ». Le Gouvernement grec, re-légitimé par cette votation comme pouvait l’être dans le passé certains dictateurs qui usaient de telles pratiques pour conforter leur pouvoir, risque de jouer les toréadors au sein de l’Union. Il ne pourra accepter un plan qu’à la condition qu’il soit plus conciliant que le précédent.

Avant le vote de ce dimanche, Alexis Tsipras réclamait aux créanciers un allègement de 30% et un délai de grâce de vingt ans. Cela revient à entériner un défaut de paiement. Il est fort peu probable que l’Allemagne accepte un tel abandon de créances. L’opinion outre-rhin est très remontée tout comme le Bundestag. La France devrait, dans ces conditions, joué un rôle d’intermédiaire sachant qu’Alexis Tsipras ne s’est guère mieux comporté vis-à-vis de la France que vis-à-vis de l’Allemagne. Ainsi, François Hollande n’a été averti qu’au dernier moment de l’initiative du Premier Ministre de recourir au référendum.

L’Europe n’est pas à une crise près. Depuis sa création en 1957, l’Union européenne a connu de nombreuses négociations difficiles, en particulier dans le domaine agricole (politique de la chaise vide de la France jusqu’au Compromis de Luxembourg en 1965) mais il faut l’avouer jamais jusqu’à maintenant un Etat s’était mis en situation d’être mis dehors. .

Le départ éventuel de la zone euro serait un évènement avec la question cruciale « du jour d’après ». Les autorités greques devraient alors parer au plus pressé, c’est-à-dire empêcher une paralysie du pays du fait d’une incapacité à importer. Le Gouvernement pourrait être tenté de négocier des accords bilatéraux avec la Russie ou avec la Chine mais le prix à payer pourrait être élevé. Il est toujours plus confortable de négocier avec plusieurs interlocuteurs qu’avec un seul. La Russie aurait demandé en contrepartie du pétrole et du gaz la vente de lignes de chemin de fer et l’accès militaire à certains ports. Au ban des Etats, la Grèce serait de toute façon condamnée de renouer le dialogue, au minimum, avec le FMI pour trouver des subsides.

Par ailleurs, les partenaires de la Grèce ne pourraient pas laisser ce pays dériver compte tenu de son positionnement géostratégique. Une des portes d’entrée des immigrés d’Afrique et du Moyen Orient, la Grèce pourrait rapidement ne plus avoir les moyens de réaliser des contrôles et de les empêcher de passer. Il n’est guère souhaitable que la Grèce connaisse le sort de certains pays d’Afrique avec des systèmes étatiques en déliquescence.

Par rapport à ce saut dans l’inconnu, quelle sera la position des Etats-Unis qui pour le moment laissent le FMI manœuvrer. Ils sont de longue date, attachés à l’appartenance de la Grèce à la sphère occidentale. Ils ne pourraient guère accepter que cet Etat membre de l’Otan se rapproche trop de la Russie ou de la Chine. Comble de l’ironie, au moment où Cuba s’ouvre, la Grèce dirigée par un ancien communiste se referme. Il y a quelque chose de vicié dans le temple de la démocratie européenne.

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