Conjoncture française : deuxième trimestre nul

12/08/2011, classé dans
. Le premier trimestre n’a pas fait le printemps</strong>
Le premier trimestre 2011 avait été marqué par un taux de croissance élevé, 0,9 %. Ce résultat était imputable à la fin du plan de relance et en particulier de la prime à la casse dans le secteur de l’automobile (arrivée à son terme fin 2010). Les entreprises avaient, en outre, reconstitué leurs stocks.
Cette croissance avait été portée par le maintien à un bon niveau de la consommation.
Il en avait résulté une diminution du taux de chômage de janvier à avril.
<strong>La stagnation au rendez-vous du 2ème trimestre</strong>
L’Insee a confirmé que vendredi 12 août que la croissance du 2ème trimestre avait été nulle.
La diminution du second trimestre était attendue compte tenu de la succession de mauvais résultats de puis plusieurs mois.
L’économie française comme celle de ses principaux partenaires a été confrontée au deuxième trimestre à une série de facteurs négatifs :
La disparition des effets des plans de relance
L’impact du tremblement de terre et du tsunami japonais
L’augmentation des cours des matières premières et de l’énergie
Le retournement du moral des investisseurs et des consommateurs.
Les gouvernement ont mis un terme aux plans de relance et se sont engagés plus ou moins fortement dans l’assainissement des comptes publics. Cet assainissement devrait coûter au moins 0,5 point de croissance. Les économies qui sont sous perfusion depuis 2008 se sont retrouvés privés de morphine et d’oxygène. L’impact des dépenses publiques de positif devient progressivement négatif.
Le tremblement de terre au Japon a créé quelques goulets d’étranglements dans certains secteurs d’activité (automobile, informatique, nouvelles technologies…).
<strong>Les composantes de la croissance en panne</strong>
La consommation, principal moteur de la croissance française, a reculé de 0,7 % au second trimestre après avoir augmenté de 0,4 % au premier. La consommation de produits manufacturés a diminué de 1,9 % après avoir augmenté de 0,6 % sur les trois premiers mois de l’année.
L’augmentation des cours des matières premières a conduit à une diminution du pouvoir d’achat des ménages depuis le début de l’année. Ces derniers n’ont pas réduit leur effort d’épargne mais au contraire leur consommation. La diminution est imputable en partie aux immatriculations de voiture qui ont reculé de 16,4 % au second trimestre. Les achats d’automobiles qui avaient progressé de 8,8 M au dernier trimestre 2010 puis de 1,7 % au premier trimestre 2011 ont reculé de 11,3 % au 2ème. Les dépenses en services ne progresse que de 0,3 % (0,5 % au premier trimestre) ; la croissance est faible en particulier dans le secteur des transport et dans l’hébergement restauration. Ce secteur est sensible aux évolutions du pouvoir d’achat et des prix.
L’investissement contribue moins fortement à la croissance. Le taux de progression passe de 1,2 à 0,9 %. L’investissement ralentit dans les administrations (fin du plan de relance) ainsi que dans les entreprises non financières. L’investissement des ménages a, en revanche, progressé avec en particulier des achats ou la construction de logements neufs (+ 1,4 % au lieu de + 0,7 %). Il sera intéressant de suivre cette statistique dans les prochains mois pour étudier un éventuel retournement du marché immobilier.
Les échanges extérieurs ont contribué positivement à la croissance à hauteur e +0,3 point après -0,5 % au premier trimestre. Ce résultat est avant tout le signe du ralentissement économique, les importations diminuent quand les exportations restent stables.
Les stocks dont la reconstitution avaient expliqué une partie du très bon résultat du premier trimestre sont neutres pour le second. Les entreprises n’attendent pas une reprise de la consommation et adaptent donc leurs stocks en conséquences.
L’accumulation de mauvaises nouvelles a entraîné l’aggravation du chômage depuis le mois de mai effaçant les gains obtenus depuis le mois janvier. Le taux de chômage est de 9,7 %.
<strong>L’année 2011 peut sauver la mise mais la question se pose pour 2012</strong>
Compte tenu de l’acquis de croissance du premier trimestre 2011, l’objectif d’un taux de croissance de 2 % sera difficile à atteindre mais n’est pas encore impossible sauf si le ralentissement économique prend la forme d’une crise mondiale comme en 2008/2009. Avec la croissance nulle du deuxième trimestre, la fourchette de croissance pour l’année devrait se situer entre 1,6 et 2 % de croissance ?
La récession étant la succession de deux trimestres négatifs, il faudra attendre la fin de l’année pour connaître le verdict.
Le troisième trimestre est en règle générale peu soutenu du fait des congés d’été. La crise financière devrait également impacter les résultats économiques. Le dernier trimestre sera donc crucial pour l’atteinte de l’objectif 2011 et surtout pour 2012.
Pour 2012, le Gouvernement a déjà revu à la baisse sa prévision de 2,5 en l’abaissant à 2,25 %. Le taux de 2,5 % était récusé par la très grande majorité des prévisionnistes. Il apparaît de plus en plus difficile de caler les budgets publics sur une base de 2,25 %. Un taux à 1,5 % serait beaucoup plus crédible voire encore optimiste compte tenu de l’accumulation des plans de rigueur et du contexte international.
<strong>Quelles conséquences ?</strong>
Une baisse d’un point de la croissance accroit par un effet sur les recettes et les dépenses, le déficit de  au moins 0,6 point du PIB. Pour respecter les engagements pris pour revenir à 3 % du PIB de déficit public, il faut trouver plus de 10 milliards de recettes ou d’économies en matière de finances publiques et sous réserve que les résultats de 2011 soient les plus proches des prévisions.
Le programme de stabilité transmis à la Commission de Bruxelles prévoit de réduire le déficit public de la manière suivante :
2010 : 7,0 % du PIB
2011 : 5,7 % du PIB
2012 : 4,6 % du PIB
2013 : 3,0 % du PIB
2014 : 2,0 % du PIB
Le Gouvernement avait pris soin de faire que la marche budgétaire 2011/2012 soit plus faible de la série ce qui limite l’effort à réaliser. Le déficit public doit être ramené de 115 à 97 milliards d’euros. Néanmoins, il escomptait une croissance d’au moins de 2 %.
Les attaques des investisseurs vis-à-vis de la France sont liées sur le manque de crédibilité du plan au regard de la prévision du taux de croissance et de la vulnérabilité financière face à une éventuelle mise en cause des dettes souveraines de l’Italie et de l’Espagne
La dérive des comptes concerne l’Etat mais aussi les régimes sociaux.
Le Conseil d’Orientation des Retraites avait dans sa note du mois de juillet ainsi indiqué que la dérive des comptes de l’assurance-vieillesse portait sur une dizaine de milliards d’euros du fait en autre du manque à gagner en matière de croissance.
Le Gouvernement se retrouve donc pour 2012, année électorale, à devoir trouver environ 10 milliards d’euros sachant qu’il était admis qu’une hausse de CSG ou de TVA était attendu après le mois de mai (financement de l’assurance-maladie et réduction du déficit de l’Etat). Avec l’affaiblissement de la croissance, la question est de savoir si les marchés vont attendre neuf mois.
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