Conférence à Starsbourg à l’ENA 15 oct 2007

22/10/2007, classé dans

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Le 15 octobre 2007, devant trois cent dix personnes, le Cercle des Epargnants a organisé un débat sur l’épargne et la retraite en présence de Jean-Pierre Gaillard, journaliste économique à LCI et France INfo, Florence Legros, professeur d’économie à Paris Dauphine, Marc Fabayre, directeur du marketing et de la communication à Generali Investments et Jean-Pierre Thomas, associé-gérant à la banque Lazard.

Strasbourg, au cœur de l’actualité

Strasbourg : au cœur de l’actualité avec l’ouverture de la ligne du TGV : conseil des ministres décentralisé, journées parlementaires, réunion des agents Generali au mois de septembre et aujourd’hui une conférence sur l’épargne et la retraite à l’Ena.

Notre réunion se déroule

dans l’amphi Michel Debré, le Premier Ministre du Général de Gaulle et père de nos institutions dont on fêtera le cinquantenaire l’année prochaine.

Remerciements à Generali et au Cercle des Epargnants d’avoir organisé un débat sur la retraite, thème qui est au centre des débats de cette rentrée mais qui nous préoccupe tous à titre individuel comme nous l’a indiqué avec talent Jérôme Jaffré.

Je tiens à féliciter Florence Legros qui avec sa vivacité légendaire a mis l’accent sur les enjeux économiques du financement des retraites

Marc Fabayre, le financier de Generali
Et bien sur Jean-Pierre Gaillard, le Président du Cercle des Epargnants.

Remerciements aux agents, aux salariés de Generali, aux CGP qui ont contribué à la réussite de la réunion.

I. LE DÉBAT ÉTERNEL DES RETRAITES EN FRANCE

1. la retraite en France ou le mythe de Sisyphe

Comme vous le savez Sisyphe fut condamné à rouler éternellement une pierre jusqu’en haut d’une colline ; la réforme des retraites en France, c’est un peu la même chose…

Alors que nous pensions en avoir terminé avec la réforme des retraites, il faut se remettre à l’ouvrage.

2. un petit retour sur l’histoire des retraites en France

La France a toujours eu un problème avec son système de retraite

Du premier régime de retraite institué par Colbert à la généralisation, il a fallu plus de trois cents ans.

Au cours du XIXème siècle, plusieurs lois ont été adoptées sur le sujet sans pour autant résoudre le problème de la couverture vieillesse des salariés

Il faudra deux guerres mondiales et la crise des années trente pour instaurer le régime général dans le cadre des ordonnances de 1945.

Et encore, le régime n’est général que par son nom

Il ne couvre pas les commerçants, les professions libérales, les artisans, les chefs d’entreprise et demeurent par ailleurs les fameux régimes spéciaux soumis à leurs propres règles de cotisations.

3. les difficultés actuelles sont connues depuis 30 ans

Les menaces sont connues depuis trente ans mais on a longtemps opté pour la politique de l’autruche

Le premier ouvrage de référence sur le sujet date de 1982, il avait été écrit par Dominique Strauss Kahn et Denis Kessler.

Il a fallu dix ans de plus pour établir le premier diagnostic public sur la question avec le livre blanc de Michel Rocard.

1er rapport d’une longue série : rapport Charpin, rapport Teulade…

Pour comprendre la situation, pas besoin d’avoir fait l’ENA

• Nous vivons de plus en plus longtemps, nous gagnons un trimestre d’espérance de vie chaque année
• Et à cela il faut ajouter l’arrivée à l’âge de la retraite des classes nombreuses du baby boom • Il y a de moins d’actifs pour des raisons démographiques mais aussi parce que nous commençons à travailler de plus en plus tard et que nous partons à la retraite plus tôt. La durée de la retraite est passée de 12 à 20 ans en cinquante ans.

Après guerre, la France a fait le choix du tout répartition :

Ce n’était pas un mauvais choix en soi

La répartition est une solidarité horizontale en vertu de laquelle les salariés paient des pensions aux retraités d’aujourd’hui. Ce système est le meilleur quand il y a beaucoup d’actifs, quand la masse salariale progresse rapidement et que e nombre de retraités est faible. C’était le cas jusque dans les années quatre-vingt-dix.

Aujourd’hui inversion des données :

• Moins d’actifs et plus de retraités, le rapport qui était de quatre actifs pour un retraité en 1950 est désormais de 2 pour un et s’établira à un pour un en 2040. • Croissance incertaine

Or, les salariés d’aujourd’hui croient accumuler des droits pour l’avenir or ces droits ne sont que des promesses de droit. Or les promesses… n’engagent que ceux qui les écoutent comme disait Charles Pasqua.

La capitalisation fonctionne un principe vertical. Elle permet de constituer des réservoirs destinés à payer demain des retraites avec l’appui du développement économique, de la croissance, celle de la France mais aussi celle de l’économie mondiale qui a battu depuis cinq ans tous ses records d’expansion

II. LES ENJEUX DE 2008 : ACHEVER LE BOULOT

La loi Fillon n’a réglé que la moitié du problème

Selon le Conseil d’Orientation des Retraites, il manquerait pour assurer l’avenir des retraites :

• 20 milliards d’euros/an à partir de 2020
• 86 milliards à partir de 2040
• 112 milliards à partir de 2050

1. les régimes spéciaux

Produits de l’histoire : ils ont été créés à l’initiative de l’Etat ou par des très grandes entreprises à une époque où le système général de retraite n’existait pas.

Ainsi, Colbert a instauré un régime des marins de l’Etat en 1670.

Ces régimes diffèrent sur :

• durée de cotisations dérogatoires • âge d’ouverture des droits spécifiques et souvent inférieurs à 60 ans (50 à 55 ans pour les cheminots)
• cotisations payés par l’Etat ou par l’entreprise
• pensions calculées sur les bases de celles de la fonction publique (supérieure en règle générale aux pensions du privé ; 65 à 70 % du dernier salaire hors primes)

Les grands régimes spéciaux : EDF, GDF, SNCF,RATP

Quel est la situation : 500 000 cotisants pour 1,1 million de retraités. Ce rapport continuera à se dégrader dans les prochaines années :

Le besoin de financement du régime de la RATP sera multiplié par 3 d’ici 2050 ; celui de la SNCF connaîtra une augmentation de 30 %.

Pour les régimes EDF/GDF, l’augmentation serait de 40 %.

Déficit à l’horizon 2040 pour les régimes spéciaux : 40 milliards d’euros ; augmentation des cotisations pour équilibrer ces régimes : plus de 15 points.

Le coût financier des régimes spéciaux pour l’Etat est déjà de 5 milliards par an.

Les solutions préconisées par le Gouvernement vont dans la bonne direction :

L’objectif est l’harmonisation des régimes spéciaux sur celui de la fonction publique.

• passage de 37,5 ans à 40 ans de la durée de cotisation,
• instauration d’un système de décote et de surcote, • indexation des pensions sur l’inflation et non plus sur les salaires.

Si nous avions des fonds de pension ; le saut serait moins difficile.

A ce sujet, Xavier Bertrand s’est prononcé en faveur de la création de fonds de pension afin de faciliter l’harmonisation.

2. Renforcer l’épargne retraite

Je crois profondément à l’avenir de l’épargne retraite.

Aujourd’hui :

• Un indépendant sur deux dispose d’un contrat Madelin qui est un contrat d’épargne retraite
• 6 650 000 salariés du privé ou de la fonction publique bénéficient d’un produit d’épargne retraite.

L’épargne retraite, c’est près de 10 milliards de cotisations et 100 milliards d’euros d’encours.

En entreprise, l’article 83 qui peut être boosté à travers un PERE constitue une voie d’avenir tout comme le PERP.

PERP : 2 millions de souscripteurs et 2,7 milliards d’euros d’encours

Ce n’est pas ridicule même si c’est légèrement en dessous des prévisions.

C’est le seul produit d’épargne individuel destiné à préparer sa retraite

En revanche, il a été mal vendu :

 Trop de petits contrats qui déboucheront sur des rentes ridicules

Une prime de 800 euros par an ouvrira droit à une rente de 800 euros…

Quelles sont les sources de blocage :

La sortie en rente : une vrai faux problème. Les études de Jérôme Jaffré montre que les Français ne sont pas hostiles à la rente mais en revanche à l’acte est difficile d’autant plus que son niveau de patrimoine est élevé.

Le législateur a permis une sortie en capital pour les primo-accédants de leur résidence principale.

Le fonds du problème, ce sont les à.

Il est corseté par une multitude de contraintes législatives et réglementaires.

Pour un Fourgous 2

L’amendement Fourgous permet de transformer des contrats d’assurance-vie en fonds euros en contrats en unités de comptes et cela sans pénalisation.

Il faudrait permettre aux épargnants d’arbitrer en franchise fiscale entre l’assurance-vie et le PERP

Ainsi, ils pourraient choisir en fonction de leurs besoins de choisir entre l’assurance-vie et le PERP à 50 ou à 55 ans et cela sans aucune pénalité.

3. Penser à nos entreprises

85 % des cotisations des placements d’épargne retraite sont investies en obligations et seulement 15 % en actions.

Si ce taux de 15 passait à 25 %, l’investissement serait augmenté en 2020 de plus de 7 milliards d’euros.

Les grandes entreprises, celles du CAC 40 vivent à l’heure mondiale ; elles sont possédées à plus de 45 % par des fonds étrangers et en particulier par des fonds de pension.

Or, la réticence des Français vis-à-vis des actions est irrationnelle :

De 1950 à aujourd’hui, le pouvoir d’achat des actions a été multiplié par 80, celui des obligations par 10.

Depuis 1988, la valeur du CAC à été multipliée par près de 6.

Autre particularité française, la faiblesse du non-coté :

La France compte deux fois moins d’entreprises moyennes que l’Allemagne alors qu’elle compte plus de TPE.

Nos PME ne peuvent pas grandir faute de fonds propres. Plus de 80 % des entreprises ont moins de 10 salariés en France.

Un autre problème : la transmission des entreprises avec le départ à la retraite de leurs dirigeants ; dans les vingt prochaines années, plus de la moitié des chefs d’entreprise vont partir à la retraite (500 000).

Or, aujourd’hui, malheureusement, nos entreprises sont rachetées par des fonds étrangers : plus de 3000 en 2006.

Il ne faut pas oublier que 60 % des salariés français travaillent dans une PME et qu’elles sont responsables des deux tiers des créations d’emplois.

L’investissement des institutionnels dans les PME représente :

• 0,4 % du PIB en France
• 1,20 % aux Etats-Unis.

Nos PME sont rentables ; la preuve, les fonds étrangers les achètent : 60 % du capital investissement dans le non coté est d’origine étrangère.

Le non coté est moins sensible aux fluctuations boursières et spéculatives ; il offre des rendements de 12 à 15 %.

Conclusion :

Multiplication des contraintes financières sur les pouvoirs publics :

• La dette est déjà de 1100 milliards d’euros
• Le déficit public varie en fonction des années de 2,4 à 3 % du PIB

Or, il y a les dépenses de santé, les dépenses de retraite et la dépendance à financer.

Les prélèvements obligatoires s’élèvent à plus de 44 % du PIB.

On pourra réaliser quelques économies sur le train de vie de l’Etat mais cela ne suffira pas.

• L’avenir est au partenariat public/privé.

De ce fait, que ce soit pour la retraite ou la dépendance, la solution passe par l’assurance.

Enfin, il y a un déficit d’information, un manque de conseils à combler ; les assureurs, les CGP, sont les mieux placés.


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