Comment sortir de la nasse des taux bas ?

18/01/2020, classé dans

Les taux d’intérêt sont historiquement bas par la volonté des banques centrales et par l’excès d’épargne sur les marchés. Les politiques monétaires non conventionnelles ont comme objectif de favoriser le retour de l’inflation dans sa zone cible de 2 %. Ces politiques tardent à porter leurs fruits même si elles ont eu l’avantage d’éviter la réédition d’une crise de dettes souveraines.

Deux évolutions pourraient entraîner une remontée des taux d’intérêt à long terme, la première serait liée à une accélération des prix occasionnée par une augmentation des salaires, la seconde reposant sur une défiance généralisée des prêteurs.

Depuis la crise financière, les augmentations salariales sont très contenues au sein des grandes zones économiques. Sur moyenne période, elles sont proches de 1 % par an. Elles sont ainsi nettement inférieures aux progressions d’avant crise. Malgré le retour du plein emploi dans de nombreux pays, l’inflation salariale reste lettre morte. La tertiarisation des économies et le développement de formes atypiques d’emploi expliquent cette situation. Durant des décennies, les revendications salariales étaient initiées par les salariés du secteur industriel. Avec la désindustrialisation, leur nombre est, dans les pays occidentaux, plus faible qu’auparavant. Le recours croissant au temps partiel, à l’intérim, aux CDD et à des prestataires de services réduit également la pression sur les salaires classiques. Avec la mondialisation, la concurrence salariale s’est internationalisée.

La multiplication des tensions sociales au sein de plusieurs pays pourrait déboucher sur un changement de tendance concernant les salaires et donc sur les modalités du partage de la valeur ajoutée. La décision de Boris Johnson d’augmenter le salaire minimum constitue peut-être un tournant. Les débats sur la montée des inégalités en Allemagne, en Suède ainsi qu’aux États-Unis traduisent également un changement d’état d’esprit. Avec la réduction des marges de manœuvre au niveau de la participation de la population d’âge actif au marché du travail et avec les nombreux départs à la retraite prévus dans les prochaines années, la question salariale pourrait être à nouveau un sujet clef. Compte tenu de l’évolution du monde du travail, les revalorisations salariales prendront des formes différentes de celles qui étaient d’usage dans les années 60, 70 ou 80. Le caractère collectif risque de laisser la place à l’individualisation des rémunérations.

L’autre facteur pouvant contribuer à la hausse des taux serait le tarissement de l’épargne. À l’échelle mondiale, les acteurs économiques non financiers et non publics épargnent de plus en plus. Même aux États-Unis, le taux d’épargne a progressé de manière importante depuis la crise passant de 2 à plus de 6 % du revenu disponible brut. En France, le taux d’épargne s’élève à 15 % du revenu disponible brut, en hausse depuis deux ans. En Chine, le taux d’épargne dépasse 45 % pour les ménages. De nombreux facteurs concourent à l’augmentation de l’effort d’épargne malgré ou à cause des taux d’intérêt très bas. La crainte dans l’avenir, le vieillissement de la population nécessitant une préparation financière de la retraite, ou encore l’augmentation des prix de l’immobilier contribuent à l’accroissement de l’épargne. Comme celle-ci rapporte moins, il faut en outre mettre plus d’argent de côté pour atteindre l’objectif que l’épargnant s’assigne.

Avec des taux de rémunération très bas, les agents économiques pourraient se détourner des produits de taux et notamment des obligations d’État en se reportant sur des actions ou des actifs liquides. Pour le moment, une telle grève des obligations n’est pas d’actualité. Elle l’est d’autant moins que les banques centrales dans leur cadre de leur politique de rachats d’actifs garantissent le placement d’une part non négligeable d’obligations. Dans les conditions actuelles, la hausse des prix reste le facteur le plus probable de remontée des taux d’intérêt. Compte tenu des niveaux d’endettement atteints, les banques centrales lisseront, sans nul doute, durant des années, les taux pour éviter tout choc obligataire et problème de solvabilité.

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