France-Allemagne, en économie, il n’y a pas de place à la fatalité !

08/04/2017, classé dans

Le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. Cette boutade vaudrait-elle aussi pour l’économie ?

La France et l’Allemagne sont voisins, séparées uniquement par le Rhin. Pourtant à la lecture de certains résultats économiques, les deux pays ne semblent pas évoluer sous les mêmes cieux. En 2016, la France a enregistré un déficit commercial de plus de 48 milliards d’euros quand l’Allemagne bénéficiait d’un excédent de près de 253 milliards d’euros. Le chômage est de 10 % en France quand il ne s’élève qu’à 3,9 % en Allemagne. En matière de finances publiques, la France a, l’année dernière, connu un déficit de 3,4 % du PIB à mettre en parallèle avec le solde positif de l’Allemagne (excédent budgétaire de 24 milliards d’euros en 2016). En ce qui concerne la croissance, depuis quelques années, l’Allemagne obtient de meilleurs résultats que la France (1,9 % en 2016 contre 1,1 % en France).

 Comment expliquer que le franchissement d’un seul fleuve entraîne de tels écarts ?

Durant des années, l’écart des coûts salariaux a souvent été mis en avant pour expliquer les piètres résultats français. Il est indéniable que, de 2002 à 2013, les coûts salariaux français ont augmenté plus vite que ceux de l’Allemagne. Mais depuis c’est l’inverse. Ainsi, en 2016, le niveau du salaire unitaire de l’industrie manufacturière est plus élevé de 5 % en Allemagne qu’en France. Pour autant, cette différence ne permet pas à notre pays de regagner des parts de marché à l’exportation.

La France, trop gamme moyenne

Le positionnement de l’industrie française dans le milieu de gamme explique en partie cette situation. 20 % de la production française se situe en haut de gamme contre plus de 40 % pour l’Allemagne. Pour classer le niveau de gamme d’une économie, il est pris en compte l’élasticité prix des exportations (variation en pourcentage de la demande suite à une augmentation de 1% du prix de vente). L’élasticité est de 0,35 en Allemagne et de 0,65 en France. Cela signifie qu’une augmentation du prix de vente s’accompagne d’une perte de 0,35 % de demande en Allemagne mais de 0,65 % en France. Si cette dernière avait le même niveau de gamme que son partenaire d’Outre-Rhin, ses exportations seraient supérieures de 6 %. Le mauvais positionnement de la production française correspond à un surcoût de 10 %. La production de la France est concurrencée par celle des pays d’Europe centrale ou du Sud ainsi que par celle des pays émergents. Les coûts de fabrication espagnols sont inférieurs de 20 points à ceux de la France.

La France faisait jeu égal pour le haut de gamme industriel dans les années 80. À compter de la fin des années 90, un décrochage est intervenu en raison d’une baisse marquée de l’investissement et de l’augmentation des coûts salariaux occasionnés en partie par les 35 heures. Les processus de progression automatique des salaires plus ou moins déconnectée des gains de productivité ont également pesé sur les marges des entreprises françaises. En centrant les aides publiques sur les emplois à faible qualification, les gouvernements successifs n’ont pas incité à la montée en gamme au moment même où l’Allemagne menait une politique drastique de maîtrise des coûts.

Des consommations intermédiaires trop chères

Les prix des consommations intermédiaires jouent également en défaveur de la production française. Nos entreprises recourent moins que leurs homologues allemands à des sous-traitants en provenance de l’Europe de l’Est ou des pays émergents (les secondes importent deux fois plus que les premières de pièces détachées auprès de fournisseurs implantés dans des pays à bas coûts). Par cette optimisation des processus de production, les firmes allemandes compensent en grande partie le surcoût salarial. Par ailleurs, les services aux entreprises sont moins onéreux outre-rhin. La consommation intermédiaire de services par l’industrie manufacturière s’élève à 46 % de la valeur ajoutée en Allemagne contre 54 % en France. Les salaires du secteur tertiaire sont alignés sur ceux de l’industrie en France contrairement à ce qui se passe en Allemagne où, par ailleurs, la concurrence est plus forte. Cette indexation contribue à augmenter les coûts de production français de 6 points par rapport à ceux de l’Allemagne.

Les autres facteurs contribuant à la moindre compétitivité de l’économie française sont plus connus. Il s’agit de la moindre robotisation. La France compte 1,22 robot pour 100 emplois dans le secteur manufacturier contre 2,53 en Allemagne. La taille des entreprises joue dans cette sous-utilisation des robots, notre pays comptant deux fois moins d’entreprises de taille intermédiaire que son homologue d’outre-rhin. Les firmes allemandes s’appuient sur des structures financières régionales, les caisses d’épargne ou les banques des Länder, structures qui ont disparu en France. Par ailleurs, l’existence de plusieurs grands pôles économiques favorisent la constitution de solidarités entre les entreprises. En France, cet esprit existe avec succès en Vendée autour de la filière nautique. En raison de sa structure fédérale, les commandes publiques sont moins centralisées chez notre voisin.

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