Bitcoin, du rêve au mirage ?

30/11/2017, classé dans

En cette fin de mois de  novembre 2017, le cours du bitcoin a atteint 11 000 dollars, ce qui constitue un record pour cette monnaie virtuelle créée en 2009 par un groupe d’informaticiens anonymes surnommé Satoshi Nakamoto. Le bitcoin est, depuis, redescendu autour de 6 000 dollars. Malgré tout, depuis le début de l’année, son cours a augmenté de plus de 600 %. Chaque jour, la valeur en dollar des échanges de Bitcoin atteint environ 1,5 milliard de dollars ; Un mouvement spéculatif s’est emparé du bitcoin qui est la principale monnaie virtuelle avec un encours de 112 milliards de dollars pour un total de 170 milliards de dollars. Le bitcoin n’est pas, en effet, la seule monnaie virtuelle. Plus de 4 500 monnaies ont été dénombrées dont les plus connues sont Ether, Dash ou Monero.

Le bitcoin (de l’anglais bit, unité d’information binaire et coin « pièce de monnaie »), est une  monnaie cryptographique reposant sur le technique des blockchains. Il s’accompagne d’un système de paiement pair-à-pair. Le système fonctionne sans autorité centrale mais de manière décentralisée grâce au consensus de l’ensemble des nœuds du réseau. L’émission de bitcoins, plafonnée à 21 millions, est réalisée par des utilisateurs mettant à disposition leur puissance de calcul informatique afin de vérifier, d’enregistrer et de sécuriser les transactions dans la blockchain. Cette activité, appelée « minage » exige d’importants moyens informatiques et est fortement consommatrice d’énergie. L’agence « Reuters » a estimé qu’en 2015 le réseau bitcoin consommait 43 000 fois plus d’électricité que les 500 ordinateurs les plus puissants en fonction dans le monde. En 2020, ce réseau aurait besoin de près de 14 000 mégawatts, ce qui représente la moitié de la consommation électrique de la Nouvelle Angleterre aux  États-Unis ou la totalité de la consommation du Danemark. Face aux coûts exponentiels de production, les créateurs de bitcoins se regroupent dans des « fermes ». En 2016, une dizaine de ces coopératives fournissaient 95 % des blocs. La Chine, tout en freinant l’utilisation du bitcoin, s’est spécialisée dans sa production (72 % du minage). La Russie a également décidé de développer le « minage » afin de concurrencer la Chine.

À terme, un changement d’algorithme sera nécessaire pour limiter la consommation d’énergie. L’absence de transparence en matière d’émission constitue une autre faiblesse de la monnaie virtuelle. Au niveau de la fraude, en revanche, toutes les transactions sont censées être vérifiées par les nœuds du réseau et enregistrées dans un registre public réputé infalsifiable (principe du blockchain).

Le bitcoin est utilisé par un nombre croissant d’acteurs économiques. Ainsi, en 2017, plus de 100 000 sites Internet, dont PayPal, WordPress ou l’agence de voyage Expedia, l’acceptent comme moyen de paiement. La Croix-Rouge ou Greenpeace admettent également les dons en bitcoins. Il est même possible d’obtenir des bitcoins physiques auprès des 1 778 distributeurs installés dans plusieurs pays. En Europe, les Pays-Bas se sont dotés de 15 distributeurs. Le recours au bitcoin est intéressant pour les vendeurs qui bénéficient d’une sécurité de paiement ; par ailleurs, les frais qui évoluent en fonction du nombre d’opérations en cours, sont à la charge de l’acheteur.

Un nouveau produit d’épargne ?

Les fluctuations sur le bitcoin et sa récente appréciation génèrent une plus grande visibilité et incitent certains établissements financiers à proposer de nouveaux placements. Début novembre, CME Group a annoncé le lancement prochain de contrats à terme sur le bitcoin. Pour certains, l’émission de ces contrats conforte la légitimité de la monnaie virtuelle ; pour d’autres, elle est la preuve de son caractère hautement spéculatif.

Des entreprises, surtout des start-up, ont recours aux crypto-monnaies pour des levées de fond. Ce type d’opération, appelée Initial Coin Offering (ICO), repose donc sur une émission d’actifs numériques (des tokens, ou jetons) qui peuvent être échangés contre des crypto-monnaies pendant la phase de démarrage du projet. La rareté des tokens permet d’espérer des gains à leur revente, ce qui incite les investisseurs à figurer parmi les premiers arrivés. À la différence des actions classiques, les tokens ne représentent pas des parts de l’entreprise, mais des droits de tirage sur des monnaies virtuelles. En 2016, les ICO auraient permis de lever 200 millions d’euros. Pour cette année, certains avancent le chiffre de 6 milliards, soit plus que le crowdfunding en 10 ans.

L’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) juge que cette envolée des ICO constitue un réel danger et en premier lieu pour les épargnants. L’organisme de contrôle européen juge les « Initial Coin Offerings » non régulées, volatiles, opaques et non éprouvées au plan technologique. Dans un communiqué, il a récemment déclaré que « les ICO sont des investissements extrêmement risqués et hautement spéculatifs » et qu’il y a « un risque d’une perte totale de votre investissement ». « Beaucoup de ces monnaies ou jetons (tokens) n’ont pas de valeur intrinsèque autre que (…) leur utilisation pour avoir accès ou recours à un service/produit », poursuit l’Esma qui, après les régulateurs suisse et américain, réclame à son tour un contrôle plus strict sur les crypto-monnaies. Plusieurs pays ont pris récemment des mesures pour limiter ou interdire l’usage des bitcoins. Ainsi, la Chine a interdit les échanges en bitcoins. La Corée du Sud a également pris des dispositions pour empêcher les levées de fonds payés en tokens. L’Algérie prévoit d’interdire toutes les monnaies virtuelles. Les autorités françaises pourraient également proposer un cadre juridique pour l’utilisation de ces monnaies. L’Autorité des marchés financiers français a récemment émis un appel à la prudence à la destination des épargnants qui pourraient être tentés par des offres de placement en bitcoins promettant sur Internet des rendements alléchant (500 % selon certaines publicités). L’AMF souligne que cette  monnaie virtuelle n’a pas de cours officiel et qu’elle est échangée sur un marché non réglementé. Elle indique, à juste titre, que le bitcoin est extrêmement volatil. Au sujet des ICO, l’AMF mentionne qu’ils présentent « tous les risques liés aux monnaies virtuelles : perte de capital, volatilité des taux, illiquidité, absence d’information claire et détaillée sur le placement, absence de réglementation, risque d’arnaque, auxquels s’ajoute le risque de non réalisation ou d’absence de succès du projet ».

A l’origine, le bitcoin visait à s’affranchir des circuits financiers traditionnels au moment de la Grande Récession de 2008. Son caractère digital et mondial lui a assuré un certain succès tant dans la sphère légale que dans celle des activités mafieuses. En ressemblant plus aux bulbes de tulipes au tant de la « Tulipomanie » de 1837 qu’à un étalon monétaire, le bitcoin risque de perdre en crédit. Le rapport de 2015 de la CIA sur l’État du monde à 30 ans soulignait le risque qu’un réseau comme Facebook batte monnaie. Les conséquences de déstabilisation de l’économie étaient jugées si importantes que la préconisation était l’interdiction d’une telle émission.

Exemple de crypto-monnaies en circulation

 

Monnaie Date de création Fondateur Équivalent de la masse monétaire en dollars Quantité de monnaie émise Quantité maximum de monnaie pouvant être émise
Bitcoin 2009 Satoshi Nakamoto 62,5 milliards au 06/10/2017 16,6 millions au 04/08/2017 21 millions
Ether 2015 Vitalik Buterin 20,92 milliards au 04/08/2017 93,7 millions au 04/08/2017
MaidSafeCoin 2014 David Irvine 151,9 millions au 04/08/2017 452,5 millions au 04/08/2017 4,3 milliards
Dash 2014 Evan Duffield 1,39 milliards au 04/08/2017 7,4 millions au 04/08/2017 18,9 millions
Dogecoin 2013 Jackson Palmer et Billy Markus 200,8 millions au 04/08/2017 110,5 milliards au 04/08/2017 5,2 milliards
Monero 2014 674,6 millions au 04/08/2017 14,8 millions au 04/08/2017 18,3 millions puis production perpétuelle
Factom 2015 165,7 millions au 04/08/2017 8,7 millions au 04/08/2017
BitShares 2014 399,8 millions au 04/08/2017 2,5 milliards au 04/08/2017 Pas de limite

 

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