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Faut-il sauver l’épargne française ?

L’épargne française représente environ 16 % du revenu disponible brut des ménages, soit 212 milliards d’euros. Cette somme sert tout à la fois à rembourser le capital des emprunts immobiliers à hauteur de 120 milliards d’euros ; le reste, c’est-à-dire 92 milliards d’euros est placé en épargne financière.

L’ensemble des placements annuels des Français en produits financiers est inférieur au montant du déficit public. Or, cette épargne est sujette à bien des convoitises de la part des pouvoirs publics. Le principe à la mode est l’égalité de taxation des revenus du capital et de ceux du capital. Ce principe fait fit que les deux revenus sont de nature différente, que le capital a déjà été soumis à taxation au moment de sa constitution. Par ailleurs, cette taxation identique signifie qu’il faut que les revenus du patrimoine supportent les cotisations salariées et employeurs, la CSG et l’impôt sur le revenu…

Actuellement, à l’exception de l’épargne défiscalisée, livret A, LDD…, les revenus de l’épargne sont assujettis aux prélèvements sociaux à hauteur de 15,5 % depuis le 1er juillet. A ces prélèvements, il faut ajouter l’impôt sur le revenu. Ce dernier peut prendre la forme d’un prélèvement libératoire qui varie entre 21 et 24 % en fonction du produit. En cas d’application de l’impôt sur le revenu, le taux peut atteindre 41 %.

A l’automne, le barème de l’impôt sur le revenu comportera une tranche à 45 % et une à 75 %. Le Gouvernement a indiqué son souhait de limiter le recours aux prélèvements libératoires. Par ailleurs, il étudie la possibilité d’augmenter la CSG d’environ 3 points portant les prélèvements sociaux à 18,5 %. De ce fait, le taux de taxation globale pourrait atteindre 93,5 %. Pour les contribuables se situant au taux de 45 %, le taux de taxation serait de 63,5 %.

A de tels taux, l’intérêt d’épargner est nul. Au-delà de la recherche d’une justice fiscale, avec une augmentation rapide des prélèvements sur l’épargne, le Gouvernement entend adresser un message aux revenus aisés, « consommer » car de toute façon vous serez taxés. Ces derniers risquent d’entendre d’autres sirènes, celles les appelant à franchir les frontières. Il faut prendre en compte que l’effort d’épargne est concentré sur les 10 % des ménages les plus aisés.

En termes économiques, entre la volonté de relancer la consommation, la nécessité de réindustrialiser l’économie et l’objectif de justice sociale, les pouvoirs publics sont contraints à la schizophrénie. Il est admis que les entreprises françaises sont entravées par un faible taux de marge qui les empêche d’investir et de se positionner sur le haut de gamme. Elles sont pénalisées par des difficultés d’accès aux sources de financement bancaires. Le financement des entreprises s’effectue à plus de 80 % par les banques quand dans les pays anglo-saxons, ce taux est de 20 %. Or, à défaut d’inciter les Français à orienter leur épargne vers des placements longs dans le cadre d’un soutien à l’économie dite productive, il est pris acte que l’épargnant récuse le risque. De ce fait, il vaut mieux tuer l’épargne ou encourager l’épargne de court terme, à charge pour l’Etat via la Caisse des Dépôts, de porter le risque et de jouer le rôle d’intermédiation. C’est dans cet esprit que tous les candidats à l’élection présidentielle étaient favorables à la création d’une banque d’investissement public qui existe déjà plus que mois avec OSEO. Il n’est pas certain que l’Etat soit le mieux placé pour jouer ce rôle d’intermédiaire et que l’efficience soit au rendez-vous.

L’orientation de la politique prise par le Gouvernement est assez en phase avec leurs principes keynésiens. Il privilégie le multiplicateur de dépenses à celui de l’investissement. Par ailleurs, les responsables actuels considèrent que le financement par les bénéficies ou par l’épargne réinvestie n’est pas une source de croissance. La primauté est donnée à un effet de levier public. Or, dans le passé, cette politique a débouché sur quelques accidents graves. Il suffit de se remémorer le Crédit Lyonnais. Le banquier public est rarement plus prudent que le banquier privé. In fine, le contribuable est amené à payer.

Faut-il réformer la fiscalité de l’épargne ? Oui, mais pour inciter l’épargnant à prendre des risques et à placer son argent sur le long terme. Au-delà de la poche de l’épargne de proximité représentée par le légendaire Livret A, il conviendrait de créer des outils, des supports que ce soit par le Plan d’Epargne en Actions ou l’assurance-vie qui soient réellement productifs pour les entreprises européennes.

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07 2012

La guerre des deux mondes

Après le gouffre des dettes, l’Union européenne s’enfonce dans une crise diplomatique qui à défaut d’être feinte pourrait avoir de fortes conséquences. Il suffit de se déplacer au sein de la zone euro pour percevoir la lassitude de l’opinion. A force de lui répéter que l’Europe est la cause de tous ses maux, elle le croit au point d’espérer la fin de l’euro. L a stratégie du bouc-émissaire fonctionne bien mais elle a des limites que nous sommes entrain d’atteindre. Les Allemands fiers à juste titre de leur réussite n’entendent pas être les payeurs en dernier ressort des turpitudes de leurs voisins. Ces derniers conscients que la richesse des Allemands provient de leur soif de consommation à crédit veulent continuer à pouvoir s’endetter tranquillement. Ils ne comprennent pas les raisons de l’arrêt des transferts du Nord vers le Sud car ils sont devenus habituels.

Deux définitions de la croissance s’oppose ; la version allemande constituée de travail, de capital et de progrès technique face à la version française composée de beaucoup de consommation et d’un peu d’investissement. Ces deux conceptions ne sont pas fausses mais peu conciliables.

De même, deux conceptions de l’Europe se font face. D’un côté, il y a la volonté allemande de progresser vers le fédéralisme politique ; de l’autre, celle de la France qui souhaite un gouvernement économique. L’Allemagne défend son modèle fédérale en place depuis 1949. Elle imagine une Europe d’Etats avec au sommet une structure de contrôle et de sanction. La France rêve d’une Europe interventionniste dotée de fonds permettant de relancer l’économie de la zone euro ou de certains des Etats membres. La France s’est dans le passé opposé à des avancées institutionnelles aboutissant à plus de fédéralisme politique. Il en fut ainsi avec le rejet du traité constitutionnel en 2005. Pour l’Allemagne, il est hors de question de créer des eurobonds sans avoir au préalable verrouillé leur utilisation.

Il y a, de plus, entre les deux protagonistes un réel problème de calendrier. La France juge prioritaire la relance de l’économie quand l’Allemagne demande aux Etats dispendieux d’assainir leurs comptes. La France remet à demain le retour aux équilibres quand l’Allemagne en fait un préalable au soutien aux économies défaillantes. La France considère que seule la croissance même si elle accroît les déficits et les dettes peut venir à bout des déséquilibres. L’Allemagne juge que les Etats déficitaires doivent ajuster leur niveau de consommation à leur niveau de production.

Les Allemands n’entendent pas être les dindons de la farce du jeu de poker menteur. Ils savent que nous savons qu’ils ont besoin de nous pour exporter et avoir de la croissance. Mais ils savent également que nous savons que sans eux l’Europe s’enfoncerait dans une spirale récessionniste.

Deux mondes et deux calendriers s’opposent avec pour le moment pas de terme à la montée aux extrêmes comme en témoigne l’échange de propos peu amènes entre Français, Anglais et Allemands.

Avec la victoire des libéraux grecs le 17 juin, l’Europe s’est donnée un peu d’air mais le répit sera de courte durée, au mieux quelques semaines avant que de nouvelles tensions ne réapparaissent en Grèce, en Espagne, en Italie et en France. La potion fiscale annoncée en France aura un effet négatif sur la croissance et devrait porter le taux de croissance vers zéro d’autant plus que le ralentissement se généralise autour de la planète.

L’Europe économique suppose de fortes avances fédérales avec des transferts de souveraineté mais pour cela il faut refonder les organes de direction au niveau européen. La Commission européenne a en effet disparu des écrans radars et le Conseil européen à 27 est l’otage des petits Etats qui font de la surenchère pour monnayer leur soutien. Le fédéralisme suppose des sacrifices de la part de tous les acteurs…

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06 2012

Au-delà des illusions économiques de fin de campagne

La France a connu, en 2009, comme le reste du monde sa plus grave crise depuis 1945. Depuis deux ans, les économies occidentales tentent de trouver des solutions pour éviter la répétition de la crise de 1929, c’est-à-dire une longue période de stagnation.

Les menaces sont nombreuses. Elles sont d’ordre structurel : vieillissement de la population, tendance à l’augmentation des prix des matières premières, faibles gains de productivité, endettement élevé des Etats des pays occidentaux. Elles sont aussi d’ordre plus conjoncturel : risque de contraction du crédit à l’exportation, ajustement économique et financier en cours générant un accroissement du chômage.

Les plaies des crises bancaires et financières sont longues à se cicatriser. La restauration d’un nouvel équilibre plus stable signifie des ajustements en profondeur : diminution de l’endettement non productif, amélioration de la compétitivité et développement de l’offre ou à défaut diminution de la consommation.

L’économie, comme souvent voire comme toujours en France, n’aura pas été au cœur de la campagne électorale. Le principe « l’intendance suivra » aura été la règle. Au début de la campagne, le thème « produire en France » avait retenu l’attention avant d’être éclipsé par d’autres slogans.

Néanmoins, il y aura eu une constante avec la recherche de bouc-émissaires. Ce sont « les riches » et « le secteur financier ». Ils ont permis d’occulter les vraies questions économiques qui se posent à la France : comment développer l’offre ? Comment repositionner sur le haut de gamme l’outil industriel ? Comment faciliter le financement des entreprises ? Comment favoriser l’investissement et donc les bénéfices ?

Il est plus facile d’accuser les banquiers et les traders de tous les maux de la terre que d’admettre que ce sont les Etats qui achètent depuis plus de 20 ans de la croissance à crédit. Il est plus facile d’affirmer que les institutions financières sont responsables de la crise que de revenir aux fondamentaux de la croissance, c’est-à-dire du travail, du capital et du progrès technique. La dérégulation financière a été initiée dans les années 80 afin de faciliter le financement des Etats. Les subprimes et autres produits dits toxiques ont été alimentés par des taux d’intérêt faibles imposés au nom du maintien de la croissance à un niveau acceptable. Les pays dits avancés ont eu recours à un double dopage, budgétaire et monétaire.

Depuis 1981, le débat économique n’a que très peu progressé. Il est toujours très difficile d’avoir une discussion rationnelle et dépassionnée sur le profit, les taux de marge ou le financement des entreprises.

Ainsi, les Français restent de marbre face à la dégradation du taux de marge des entreprises. L’écart avec les entreprises allemandes est passé de 15 à 24 points de 2001 à 2010. Le rendement net après impôts des fonds propres est passé de 12 à 24 % entre 1999 et 2008 en Allemagne contre 4,6 à 6,2 % en France.

Les entreprises françaises n’ont pas pu hausser leur production en raison de leur difficulté d’accéder à des ressources longues, en raison de bénéfices trop faibles.

Les seules questions qui s’imposent en France sont celles du pouvoir d’achat et de la consommation quand il faudrait mettre en avant l’offre. Or, sans offre compétitive, il ne peut y avoir de consommation. Le principe keynésien de relance par la demande est usé et a vécu.

Nos voisins ont mis en œuvre des plans d’assainissement de leurs finances publiques bien plus ambitieux que les nôtres mais surtout ils ont adopté des mesures visant à favoriser l’offre productive (diminution des contraintes pesant sur l’offre, sur le marché du travail, mesures en faveur de l’investissement…).

L’idée de relocaliser l’industrie française obéît, certes, à une logique d’offre mais est complètement surannée. Le retour du made in France pour les chaussettes ou les chemises est une illusion voire une escroquerie. Sommes-nous prêts à amputer notre pouvoir d’achat pour de telles chaussettes ? L’avenir économique de la France passe-t-il par le retour de l’industrie de grand-papa ? Pourquoi alors ne pas rouvrir les mines ? Investir dans le passé ne rapporte rien. Les relocalisations ne peuvent être que très partielles et lier à une montée en gamme ou au recours à des technologies innovantes.

Bien évidemment que l’industrie n’est pas condamnée en France mais cela suppose une modification du positionnement économique. Du fait de ses coûts mais aussi grâce à sa productivité, la France a, par définition, vocation à imiter l’Allemagne et à se positionner sur le premium. LVMH, Hermès, Airbus, Ariane Espace, Air Liquide et bien d’autres prouvent que les entreprises françaises peuvent occuper les créneaux du haut de gamme. C’est par l’innovation dans toutes ses formes que l’économie française peut redémarrer.

Le protectionnisme constitue une grave illusion qui se répand à grande vitesse au sein de la société française. Le repli économique rime avec déclin et appauvrissement. La Chine en a fait l’amère expérience du 17ème jusqu’au 20ème siècle. La France contrairement aux idées reçues est moins ouverte sur l’extérieur que ses principaux partenaires économiques. Les échanges extérieurs représentent 71 % du PIB allemand contre 42 % en France. Les Allemands importent deux fois plus que les Français. La France ne joue pas suffisamment la carte de l’intégration commerciale.

La tentation protectionniste serait suicidaire au moment où les pays émergents entament une mutation. De pays ateliers, ils deviennent des pays de consommateurs. La Chine a enregistré des déficits commerciaux au début de l’année. Entre les infrastructures et des biens de consommation sophistiqués, les Chinois achètent de plus en plus de produits allemands, américains… La France a tout à gagner de cette évolution. Ce n’est pas l’heure de fermer les frontières mais bien au contraire de les ouvrir. Il ne faut pas oublier que les échanges entre deux pays sont les plus intéressants pour les deux quand ils ont des niveaux de développement proche. Les pays émergents font en un quart de siècle ce que les Européens ont mis 200 ans. Le passage d’une économie rurale à une économie industrielle et tertiaire à grande vitesse a été rendu possible par justement l’intégration mondiale, par l’existence de flux d’échanges permanents et par imitation des modèles existants.

La France avec 56 % de dépenses publiques et 44 % de prélèvements obligatoires est un pays socialisé, voire étatisé. Il ne saurait y avoir de campagne électorale sans que les candidats promettent un rôle accru de l’Etat. La création d’une banque publique d’investissement ou le doublement du Livret A entrent dans la lignées des propositions colbertistes mais elles marquent également, par leur faiblesse, l’épuisement d’un discours né après 1945 et qui n’a été que peu renouvelé. Les candidats, à la différence de ce qui se passe au Royaume-Uni, en Espagne et en Allemagne, ne veulent pas ou ne peuvent pas s’affranchir d’un discours démagogique. Une fois les élections passées, après quelques mois d’euphorie, le retour aux tristes réalités s’imposera avec à la clef un ou plusieurs plans d’ajustement. L’absence de cohérence entre les promesses et les actes empêche la mise en œuvre de politique économique sur le long terme. L’adaptation au fil de l’eau prime sur l’application de réformes structurelles.

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04 2012

25 mars 2012 : Assurance-vie : interview de Philippe Crevel aux 20 heures de France 2

L’assurance-vie a donné lieu à un reportage au JT 20 heures de France 2, le dimanche 25 mars 2012, avec plusieurs interviews dont Bernard Spitz, Président de la FFSA et Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants.

Ce reportage faisait suite à la collecte positive de 300 millions d’euros mettant un terme au processus de décollecte qui a duré sept mois.

regarder le journal de France 2 du dimanche 25 mars 2012

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03 2012

La France devrait échapper à la récession

L’INSEE a publié son étude de conjoncture du mois de mars 2012 avec à la clef une bonne nouvelle, la France devrait échapper à la récession. Le taux de croissance du premier trimestre devrait être nul, celui du second devrait tourner autour de +0,2 %. Le Gouvernement a pris acte des données de l’INSEE pour réviser à la hausse ses prévisions de croissance annuelle en passant le taux de 0,6 à 0,7 %.

La mauvaise nouvelle provient du front de l’emploi avec une perte de 50 000 emplois au premier semestre 2012.

L’INSEE pointe de nombreuses incertitudes notamment du fait de l’aléa énergétique du fait de la persistance des tensions au sein du Moyen Orient.

Perspectives générales de croissance

Un fort ralentissement constaté à la fin de l’année 2011

L’INSEE souligne que l’ensemble des économies avancées a enregistré un net ralentissement au 4ème trimestre, + 0,2 % après +0,5 % au 3ème trimestre. La zone euro a été la plus touchée avec la transmission à l’économie réelle des problèmes générés par les dettes publiques.

Le PIB s’est contracté de 0,3 % au 4ème trimestre après une augmentation de 0,1 % au 3ème. L’activité a reculé de 0,2 % en Allemagne après une augmentation de 0,6 %, de 0,7 % en Italie après -0,2 %, de 0,3 % en Espagne après 0 %. En France, le PIB a augmenté de 0,2 % après + 0,3 %.

Au Japon, l’activité s’est contractée de 0,2 % du fait des retards dans la mise en œuvre des plans de reconstruction et des problèmes climatiques en Thaïlande (rupture d’approvisionnement).

Aux Etats-Unis, une accélération de la croissance a été, en revanche, constatée, +0,7 % après 0,5 % soutenue par la hausse de la consommation et le déstockage.

Divergences de croissance au sein des pays avancées au début de l’année 2012

Le climat des affaires est positif aux Etats-Unis qui enregistrent d’importantes créations d’emplois ainsi qu’au Japon. En revanche, le climat des affaires est très dégradé en zone euro même si le point bas semble avoir été atteint au mois de novembre dernier.

L’activité devrait poursuivre sa croissance aux Etats-Unis avec un taux de +0,6 % au 1er trimestre. Le PIB devrait augmenter de 0,6 % au Japon au 1er trimestre et de 0,5 % au second.

La zone euro resterait marquée par les conséquences de la crise financière de l’été 2011 même si les primes de risque ont fortement diminué sur le marché interbancaire.

Les tensions financières se sont atténuées avec le sommet européen du 9 décembre 2011 et avec l’accord du 24 février concernant la Grèce aboutissant à réduire de 100 milliards d’euros la dette de ce pays. Par ailleurs, la mise en œuvre de mesures non conventionnelles de la part des banques centrales a permis de restaurer un minimum de confiance sur le marché interbancaire.

La réduction des déficits engagés dans de nombreux pays devrait peser sur la croissance. Ainsi, la consommation des ménages de la zone euro devrait diminuer au premier semestre de 0,2 % par trimestre. Le PIB devrait se contracter de 0,1 % au 1er trimestre et augmenter très légèrement au second à hauteur de 0,1 %.

Les divergences de croissance au sein de la zone euro devraient perdurer avec un rebond de l’économie allemande au premier trimestre de 0,2 % et une croissance de 0,4 % au second trimestre. En revanche, en Italie, en Espagne, il n’est pas attendu d’embellie.

La France échappe à la récession mais pas à la stagnation

La France a échappé contrairement aux prévisions à la récession. Au 4ème trimestre 2011, l’activité a augmenté de 0,2 % avec un rebond de la production manufacturière de 0,6 %. L’activité commerciale a progressé de 0,6 % et l’activité dans les services de 0,4 %.

Les exportations ont progressé de 1,2 %, malgré le recul de la demande de la zone euro, notamment du fait de la vente de nombreux avions.

La consommation a continué de progresser à hauteur de 0,2 % comme au 3ème trimestre.

Le climat des affaires s’est stabilisé à un niveau faible au mois de février avec des perspectives inférieures à la moyenne de long terme.

L’INSEE prévoit une activité stable au premier trimestre avec une croissance nulle. L’automobile et l’aéronautique freineraient l’activité avec à la clef un recul de la production manufacturière de 0,5 % au premier trimestre (légère augmentation de 0,3 % au 2ème). Les services devraient voir leur activité augmenter de 0,1 % au premier trimestre et de 0,3 % au second.

Au second semestre 2011, la France a détruit 54 000 emplois marchands non-agricoles. L’intérim a été fortement impacté avec un recul de 34 000. D’ici a fin du mois de juin 2012, 49 000 emplois pourraient être supprimés. Le taux de chômage devrait passer dans ses conditions de 9,4 à 9,7 % d’ici la fin du premier semestre.

Légère décrue de l’inflation

Malgré les tensions sur les prix des matières premières et énergétiques, l’inflation devrait passer de 2,5 % à 2,2 % en rythme annuel d’ici la fin du premier semestre. La hausse des prix de l’énergie devrait se situer à 7,7 % mais l’inflation sous-jacente resterait à 1,4 % du fait du faible taux d’utilisation des capacités de production et du niveau du chômage.

Le retour de l’inflation autour de 2,2 % devrait conduire les pouvoirs publics à ne pas augmenter ou à augmenter très légèrement le taux du Livret A qui est de 2,25 %. A 2, % d’inflation, le taux du Livret A devrait être 2,45 %.

Pas de reprise attendue de la consommation des ménages et légère baisse du taux d’épargne

Les salaires réels devraient baisser sur le premier semestre du fait des processus de revalorisation n’intégrant pas la hausse des prix constatée depuis quelques mois et du fait d’une diminution des variables.

Le pouvoir d’achat pourrait reculer de 0,3 % au premier semestre.

Le taux d’épargne des ménages devrait passer de 17,1 % du revenu disponible brut à 17 % voire légèrement en-dessous du fait des mesures prises par le Gouvernement (augmentation des impôts).

L’INSEE est très évasif sur le sujet. En effet, en période de crise et en cas d’augmentation des prélèvements, un double effet est constaté : un effet de précaution et un effet de reconstitution du patrimoine qui pourraient inciter les Français à épargner davantage. Par ailleurs, le taux d’épargne des Français comprend pour 50 % les remboursements du capital des crédits immobiliers. Cette partie est, par nature, peu sensible aux aléas de la conjoncture ou de la législation.

D’ici la fin du premier semestre 2012, la consommation ne devrait augmenter que de 0,2 % avec un recul des achats d’automobile.

Pas d’espoir pour l’investissement

Du fait du resserrement de l’accès au crédit et du niveau extrêmement faible du taux de marge des entreprises françaises, il n’est pas attendu un retournement positif en matière d’investissement. Un recul de 0,4 % est attendu au premier trimestre et une augmentation de 0,8 % est supposée pour le second.

Les exportations seraient handicapées par la situation de la zone euro

Le niveau de croissance des exportations diminuerait passant de 1,2 à 0,6 % par trimestre. L’apport du commerce extérieur à la croissance serait nul durant le premier semestre.

L’aléa pétrolier

Au 4ème trimestre, le baril de pétrole était en moyenne à 109 dollars. L’INSEE table sur un prix de 120 dollars au premier semestre 2012. Au 23 mars, ils ‘élevait à 123 dollars le baril.

La persistance des tensions au Moyen Orient et la constitution de réserves par la Chine contribuent à peser durablement sur les cours. Un choc pétrolier avec un baril autour de 200 dollars plongerait l’économie française en récession.

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03 2012

Importons plus pour régler nos problèmes !

Il y a dix ans, ; la France dégageait un excédent commercial de 3,5 milliards d’euros quand, en 2011, le déficit a atteint 69,6 milliards d’euros. Les parts de marché à l’exportation de la France à l’exportation ne s’élèvent plus qu’à 3,3 % soit une diminution de près de moitié en dix ans.

L’augmentation de la facture énergétique explique les trois quarts de la dégradation de notre balance commerciale mais elle ne saurait expliquer notre rapide recul en matière d’exportations. Certes, l’Allemagne a également reculé du fait de la percée des pays émergents mais ses pertes n’ont été que de 20 % en dix ans avec une stabilisation voire un léger rebond ces dernières années.


Le recul structurel de la France s’explique, en partie, par l’accroissement des coûts salariaux (avant tout les salaires plus que les charges) mais surtout par un tissu industriel anémié (par l’augmentation des coûts en relation avec les 35 heures). Notre tissu économique est composé de grands groupes internationalisés (plus nombreux que pour l’Allemagne) et qui ont pu se soustraire des contraintes nationales et de petites entreprises de taille trop réduite pour accéder aux marchés internationaux.


Le mode d’organisation des entreprises françaises est peu propice à l’exportation. Au contraire, il favorise les importations de produits finaux. Les entreprises françaises ne tirent pas suffisamment profit de la spécialisation internationale pour valoriser la production dite nationale.


La France n’est pas malade de ses importations mais de la faiblesse de ses exportations. Il faut, à ce titre, souligner que notre ouverture sur l’extérieur est plus faible que l’Allemagne ou la moyenne des pays de la zone euro. Les importations et les exportations représentent 44 % du PIB en Allemagne contre 35 % en France et 42 % dans la zone euro.


L’Allemagne a su mieux utiliser les avantages procurés par le commerce international. Ainsi, l’Allemagne importe au total 73 % de plus que la France. Avant 2009, le taux de croissance des importations allemandes n’était supplanté que par celui de l’Espagne. La part des importations issue des pays à bas salaires progresse plus vite en Allemagne que chez ses partenaires : +12 % de 1994/2006 contre + 11 % en Espagne et + 8 % en France


L’Allemagne importe 45 % de plus de biens intermédiaires que la France. Elle importe des biens sophistiqués fabriqués dans les pays de l’Europe de l’Est ou en France. Elle joue à plein la théorie des avantages comparatifs. Elle profite du niveau de formation élevé dans les PECO à la différence de la France qui externalise des fabrications à faible valeur ajoutée.


Les entreprises françaises ont choisi de délocaliser l’ensemble des structures de production quand les entreprises allemandes ont opté pour l’importation des composants et le maintien du montage. L’Allemagne a obtenu par son mode de production une réduction de coûts de 20 points soit bien plus que les effets de la maitrise des coûts salariaux.


Le problème de la France est, certes, lié à un problème de coûts notamment salariaux et de marges mais il est avant la résultante d’un mauvais positionnement économique.


La France n’a pas su élever son niveau de production. Les produits français ne sont pas faiseurs de prix, ils ne sont pas la référence. Les acheteurs choisissent les produits français selon un critère de coût et non parce qu’ils sont les meilleurs. De ce fait, les entreprises françaises sont plus sensibles que leurs homologues allemandes à l’appréciation de l’euro. Pour lutter contre leurs concurrents, elles sont obligées d’aligner les prix voire d’être moins-disantes et donc rogner leurs marges. Or, la contraction des marges entraînent bien souvent la réduction des investissements ce qui nuit à la compétitivité des entreprises. Les marges bénéficiaires ont augmenté sur moyenne période en Allemagne, sont restées stables en Espagne mais ont baissé en France et en Italie.


Les entreprises françaises n’ont pas réussi à compenser l’augmentation des coûts salariaux par des gains de productivité suffisants à la différence des entreprises suédoises.


Un niveau de gamme élevé permet de compenser un coût salarial élevé comme en Suède ou en Allemagne à la différence de la France.


Les entreprises françaises n’ont pas réussi à se positionner sur le premium du fait de tradition ou par manque d’investissement. Il faut souligner que les secteurs sur lesquels la France a une position de premium, résistent à la concurrence internationale. Il s’agit du luxe et de l’aéronautique.


L’arrêt de l’hémorragie industrielle passe par une montée en gamme, condition également sine qua non de l’amélioration de la balance commerciale.


La plus grave erreur à commettre serait de se réfugier dans un pseudo-protectionnisme. En effet, c’est en jouant sur les complémentarités que les entreprises françaises pourront regagner des parts de marché. Il convient de ne pas oublier que 50 % de la valeur ajoutée d’un Airbus dépend de sous-traitants extérieur à la zone euro et que 40 % de celle d’un Boeing Dreamliner dépend de sous-traitants extérieurs aux USA.


Par ailleurs, si un I Phone fabriqué en Chine et exporté, rapporte brut 179 dollars aux fabricants chinois, la valeur de l’assemblage effectué par la Chine est de 6,50 dollars soit moins de 4 % u total du prix final. L’apport du Japon sur l’ensemble du process est en revanche de 34 %, pour l’Allemagne de 17 %, pour la Corée 13 % et pour les Etats-Unis 6 %.


L’instauration de protections en Europe n’est possible que s’il y a possibilité de substitution ce qui est loin d’être le cas. Les exportateurs chinois ou des pays émergents ont la possibilité de fixer les prix car il n’y a pas de concurrents locaux. La première victime du protectionnisme serait le consommateur.

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02 2012

L’obscurantisme économique est-il de retour ou comment éviter que quelques préjugés ne deviennent des vérités ?

La crise économique et financière offre de nombreux raccourcis économiques qui pourraient être savoureux voire comiques s’ils n’étaient pas porteurs d’illusions et de fantasmes.

Retour sur l’idée que tout irait mieux sans bénéfice et sans dividende

Ainsi, l’idée que les dividendes ne doivent plus être versés reçoit une large approbation en France. J’ai sur ce sujet entendu que les entreprises avaient le droit de réaliser des bénéfices mais que distribuer des dividendes en période de crise n’était pas éthique.

Les notions de bénéfices et de dividendes sont, en règle générale, très mal appréhendées en France. Il est le symbole de l’exploitation, de l’argent gagné en dormant. Notre tradition catholique rejoint notre tropisme marxiste.

Il faut souligner que chez les classiques comme chez Marx, le profit est voué à disparaître, à tendre vers zéro. La baisse du profit est liée à l’augmentation de la population (Ricardo) ou à l’augmentation de la concurrence qui pèse sur les prix (Adam Smith). Certes, chez quelques classiques comme Marshall ou Say, le profit est le produit naturel de l’activité de l’entreprise ou de l’organisation. L’activité de l’entreprise est un facteur distinct du capital et du travail et doit être rémunéré en tant que tel.

Chez Marx, la loi des rendements décroissants qui oblige une augmentation croissante du capital entraîne mécaniquement une baisse du taux de profit. Pour les marxistes, le profit est généré par la plus-value apportée par le travail. Il symbolise l’exploitation du facteur travail.

Chez Schumpeter, le profit est également temporaire comme l’expression d’une phase transitoire liée à la rente procurée par l’innovation. Le profit est le fruit de l’innovation. Le profit disparaîtra à partir du moment où l’innovation se diffusera. Seules de nouvelles innovations permettent au profit de se maintenir.

Le profit est le compagnon de route de l’entreprise. Pour ces auteurs classiques, le profit est un indicateur et un outil.

  • Le profit est un critère de choix, un instrument de décision
  • Le profit est un critère de l’efficacité relative des entreprises
  • Le profit est une source de financement
  • Le profit est une source de revenus
  • Le profit est une source de répartition et d’accroissement du capital

Le profit peut être le résultat d’une bonne efficience, le résultat d’innovations, le résultat d’un savoir-faire. Il peut être aussi le résultat d’une rente de situation ou d’un monopole. Il peut être généré par la cession d’actifs, par le savoir-faire, par une réduction des coûts, par un dépeçage de l’entreprise… Il peut être généré par la corruption, par un trafic illégal ou par l’exploitation des salariés… Au niveau comptable : le profit est le solde résiduel entre les charges et les recettes d’exploitation

Le profit est la plus-value dégagée par la cession d’un bien ou d’un service : différence entre le prix de vente et de l’ensemble des coûts. Le profit est la rémunération du ou des propriétaires du capital qui ont porté le risque. Il est aussi la conséquence d’un avantage d’ordre matériel, intellectuel ou moral qu’une personne ou qu’une collectivité peut tirer de quelque chose. Toute action est susceptible de générer un profit. Au niveau macro-économique et de la comptabilité nationale, le profit correspond à l’excédent brut d’exploitation. La part distribuée aux salariés est enlevée de ce profit.

Ce profit brut est réparti entre cinq usages :

  • Le paiement de l’impôt sur les sociétés
  • Le versement d’intérêts net des intérêts reçus
  • La distribution de revenus aux propriétaires du capital, nette des mêmes revenus reçus
  • Diverses autres opérations (prestations sociales versées au régime employeur.)
  • L’épargne qui reste disponible pour l’autofinancement

Le profit peut s’assimiler au bénéfice comptable, le résultat de l’entreprise qui est versé :

  • Sous forme d’impôt aux collectivités publiques
  • Aux actionnaires
  • Aux salariés sous forme d’intéressement et participation
  • A l’entreprise pour l’autofinancement

Le profit est un des éléments du processus de valorisation des entreprises ce qui permet à la fois de financer le développement des entreprises, d’organiser des fusions, des acquisitions et de rémunérer les investisseurs.

Le profit est donc :

  • un indicateur de bonne santé de l’entreprise
  • la base de la rémunération de ceux qui prennent le risque d’investir,
  • une source de financement pour les entreprises

Le profit obéît à des considérations de court terme tant par sa structure que par les objectifs qui lui sont assignés.

L’existence en 2011 de profit est une bonne nouvelle ; son excès dans certains peut être la preuve de dysfonctionnements de l’économie de marché.

Contrairement aux enseignements de l’économie classique ou marxiste, le profit n’a pas disparu.

Le profit a bénéficié :

  • Du maintien d’un fort courant d’innovations (produits, commercial…)
  • De la concentration des entreprises et de la formation d’oligopoles (rentes de situation). Dans ce cas, le profit est un prélèvement injustifié sur les clients, les prestataires et les salariés
  • De gains de productivité
  • De la nécessité de rémunérer les apporteurs de capitaux

Il y a une idée largement répandue en vertu de laquelle les profits auraient explosé ces dernières années.

La concentration des entreprises qui s’accompagne d’une mondialisation pour les plus grandes d’entre-elles a abouti, ces dernières années, à une croissance des bénéfices (à relativiser au regard des chiffres d’affaires).

L’étude sur la répartition de la valeur ajoutée réalisée par l’INSEE en 2009 n’a pas démontré de fortes évolutions sur ces dernières décennies.

Seules 16 % des PME, en France, versent des dividendes. Pour les grandes entreprises, les dividendes distribués représentent, en moyenne, 4,7 % de la valeur ajoutée. Pour un quart d’entre-elles, cette proportion dépasse 7 %.

La répartition de la valeur ajoutée selon le rapport « partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunération en France » rédigé par Jean-Philippe Cotis (directeur général de l’INSEE) » est resté globalement stable. En revanche, ce rapport souligne que, depuis 20 ans, le pouvoir d’achat des Français progresse lentement du fait du faible taux de croissance. Par ailleurs, ces dernières années, la répartition des profits s’est effectuée à l’avantage des dividendes et au détriment de l’autofinancement.

La rémunération des salariés a été marquée par une progression plus rapide pour les 10 % les moins bien payés et une progression importante pour les 1 % et surtout pour les 1 pour mille. La dernière étude de l’OCDE publiée au mois de décembre 2011 sur les inégalités de revenus confirme les résultats de l’INSEE.

Les dividendes versés sont-ils moins éthiques que les bénéfices réinvestis ? Une entreprise repose sur des fonds propres dont une partie résulte de l’avance que font des investisseurs (des épargnants ou des collecteurs d’épargne) auprès de l’entreprise. Tout comme un détenteur du Livret A est rémunéré pour l’argent qu’il laisse en dépôt, un actionnaire est en droit d’obtenir une rémunération en contrepartie de l’argent qu’il a investi. Certains considèrent que l’actionnaire bénéficie tout à la fois des dividendes et de la plus-value en cas de revente des actions. Premièrement, l’un et l’autre ne sont pas automatiques. Les actions ne rapportent que par l’existence de l’un et de l‘autre. Par ailleurs, les hérauts de l’anti-spéculation devraient considérer que le meilleur moyen de lutter contre les allers-retours spéculatifs est justement d’offrir des dividendes.

En période de crise, l’actionnaire doit participer à l’effort collectif. Il le fait à travers le paiement des impôts et taxes. En revanche si l’entreprise dans laquelle il a investi obtient de bons résultats, il n’a pas lieu d’être pénalisé. Bien évidemment, certaines entreprises peuvent chercher à maximiser leurs profits afin de distribuer des dividendes au détriment du futur et des salariés. Il convient que des contre-pouvoirs puissent s’exprimer pour empêcher ce type de dérives. La préférence pour le court terme pénalise in fine l’actionnaire.

En cas de difficulté, une entreprise peut avoir besoin de se renforcer et d’accroître ses fonds propres en cherchant de nouveaux actionnaires ou en demandant aux actuels de faire un nouvel effort. Il n’est pas inconvenant qu’ils puissent avoir une garantie sur la rémunération de leur apport.

Faut-il interdire toute distribution de dividendes en période de crise ? Dans ce cas, faut-il supprimer le versement des intérêts du Livret A car l’Etat est en déficit…

Les marchés financiers étant accusés de tous les maux, il n’y a qu’à les supprimer. Plus de bourses, plus d’agences de notation, plus de spéculateurs, plus de problèmes ? Toute l’épargne terminerait dans le Livret A et dans les obligations d’Etat. En ces temps de crise des dettes publiques, je ne suis pas convaincu que ce soit le meilleur placement. A force de diaboliser le marché, nous ne savons plus qui se cache derrière ces quelques lettres. Le marché, c’est nous tous. Plus de 90 % des Français sont des épargnants, un ménage sur deux a un contrat d’assurance-vie. A travers nos placements, nous participons au marché. Les assureurs, les banques, les fonds de pension (pour les actifs de nombreux pays) sont les acteurs des marchés. En règle générale, nous souhaitons que notre épargne nous rapporte. Je connais peu d’épargnants qui demandent à leur assureur ou à leur banquier d’avoir un rendement éthique ou limité au taux de croissance de l’économie.

En supprimant le bénéfice, les dividendes et le marché, la question serait de savoir qui finance l’économie, qui permet aux entreprises de se créer ou de se développer ? L’Etat pourrait se substituer aux apporteurs de capitaux. Cette expérience a été tenté en URSS avec le succès que nous connaissons et également à moindre échelle en France avec les nationalisations de 1944/1945 et de 1981. L’Etat actionnaire n’a pas été économe des impôts des Français et ses performances en la matière sont à prouver.

Certains rêvent de l’économie sociale comme planche de salut avec des sociétaires militants. Si ce type d’organisation peut convenir à des activités de services avec d’importants flux comme c’est le cas dans le domaine de la prévoyance, il est plus difficile d’usage pour des activités avec des retours sur investissement longs et exigeant d’importants capitaux. Le recours au crédit pourrait se substituer au financement par actions. La crise financière qui est avant tout une crise de l’endettement réduit les possibilités. Par ailleurs, une des faiblesses de l’économie française, c’est justement sa forte dépendance aux crédits et la faiblesse du financement par le marché actions.

La crise que nous connaissons est de la faute des banques ; il est donc logique qu’elles en paient les conséquences. Pourquoi pas les fermer ?

La faillite de Lehman Brothers a prouvé qu’une banque pouvait entraîner par effet domino l’ensemble du système. Le système bancaire et plus globalement financier repose sur la confiance ; sa disparition génère une onde de choc qui frappe toutes les institutions et qui est très difficile à arrêter. L’interconnexion est la règle dans le système bancaire. Quand vous retirer de l’argent dans un distributeur, vous vous ne inquiétez pas de savoir si ce dernier appartient ou non à votre banque. En retirant 50 euros sur un distributeur d’une autre banque que la vôtre, vous devenez un acteur du marché interbancaire. Tous les échanges commerciaux ont des traductions financières. Si la méfiance s’instaure, tout le système économique se bloque.

La crise est de l’unique responsabilité des banques. Pas si simple car la dérégulation instituée dans les années 80 a été initiée par les pouvoirs publics afin de financer à moindres coûts les déficits publics. Le développement des technologies de l’information et le maintien de taux d’intérêt bas après l’éclatement de la bulle Internet et après le 11 septembre ont favorisé la croissance du crédit immobilier aux Etats-Unis et en Espagne et plus globalement de l’endettement des acteurs privés et publics.

Les banques sont coupables d’avoir prêté à des ménages insolvables ? Sans nul doute que l’appréciation du risque a été mauvaise. De même que le processus de titrisation a accéléré l’endettement. Il est à noter que les Etats et de ce fait les gouvernements n’ont pas été plus clairvoyants en recourant à l’emprunt sans se préoccuper du remboursement et de la charge qui sera supportée par les prochaines générations.

Ce sont aux pouvoirs publics à fixer les règles, à définir les limites du jeu mais comme ils sont devenus les principaux acteurs, il est devenu au fil du temps de plus en plus difficile de réguler. La prostitution tant qu’elle n’est pas interdite est légale ; il en est de même en matière de prêt. Les autorités américaines auraient du veiller à ce que le taux d’endettement des accédants à la propriété n’excède pas un certain pourcentage des revenus mais à l’époque tout le monde se réjouissait de la santé économique américaine.

Pas d’économie sans crédit et sans assurance, telle est la règle en vigueur des phéniciens à aujourd’hui en passant par les commerçants génois ou hollandais. La croissance se nourrit de l’effet de levier et de la délimitation du risque. Il faut souligner que si les bateaux et les marchandises ont fait l’objet des premières couvertures assurantielles en relation avec des pratiques d’avance ou de crédit (crédit fournisseur), l’assurance touche aujourd’hui tous l’aspect de la vie quotidienne ; les actifs bénéficient d’une couverture sociale qui représente la couverture financière appliquée aux biens.

La menace qui pèse sur la sphère financière met à l’épreuve les deux piliers de notre société dont la pente naturelle est à la socialisation, à la mutualisation croissante des risques. Cette socialisation s’accompagne d’un phénomène pervers qui est la déresponsabilisation. Face à un échouage injustifié d’un navire sur les côtes bretonnes, le premier réflexe des habitants est de manifester contre le comportement des armateurs et de l’Etat et non de participer au nettoyage de la plage. Cette déresponsabilisation au nom de la socialisation est dans les faits une nouvelle forme d’individualisme qui justement sape l’indispensable confiance sur laquelle repose le système économique et social. .

« L’enfer, c’est l’autre » ou comment le protectionnisme redevient une valeur porteuse

Acheter ou produire français est devenu un thème à la mode en 2011. Les Français n’ont jamais été des grands défenseurs du libre échange. Il y a à la fois la tradition agricole et un complexe face aux autres pays industriels, l’Angleterre puis l’Allemagne. Au 19ème siècle, il a fallu toute l’énergie de Napoléon III pour instaurer endiguer la tentation protectionniste avec à la clef une rapide expansion économique. La France a tourné le dos aux droits de douane après la Seconde guerre mondiale avec son adhésion au GATT (transformé en OMC) et surtout à la CEE (devenue Union européenne). Comme sous Napoléon III, la France a, de la construction européenne, tiré un large profit de son ouverture extérieure.

De nombreux contresens sont énoncés au sujet du commerce extérieur. La France est aujourd’hui moins ouverte sur l’extérieur que l’Allemagne et en ne prenant pas en compte les échanges au sein de la zone euro, elle est moins ouverte que les Etats-Unis ou le Japon. Les échanges extérieurs représentaient, en 2010, 73 % du PIB en Allemagne contre 42 % en France.

La France souffre non pas d’un excès de mondialisation mais au contraire d’une trop faible intégration dans l’économie mondiale. L’Allemagne importe 45 % de plus de biens intermédiaires que la France. Elle importe des biens sophistiqués fabriqués  notamment dans les pays d’Europe centrale et orientale ainsi qu’en France. Elle joue à plein la théorie des avantages compétitifs à la différence de la France qui externalise des fabrications à faible valeur ajoutée. La part des importations issue des pays à bas salaires progresse plus vite en Allemagne que chez ses partenaires : +12 % de 1994/2006

Au total, l’Allemagne importe 73 % de plus que la France, avant la crise, le taux de croissance des importations allemandes n’était supplanté que par celui de l’Espagne

Les entreprises françaises ont choisi de délocaliser l’ensemble des structures de production quand celles d’Allemagne ont opté pour l’externationalisation des biens intermédiaires.

Les excédents allemands se sont nourris certes d’une maîtrise des coûts salariaux mais qui demeurent voisins de ceux de la France mais aussi du maintien d’un fort niveau d’investissement et de marges des entreprises.

Produire ou acheter français ne signifie plus grand-chose quand toute production est avant un puzzle. 50 % de la valeur ajoutée d’un Airbus dépend de sous-traitants extérieur à la zone euro ; 40 % de la valeur ajoutée d’un Boeing Dreamliner dépend de sous-traitants extérieurs aux USA. Pour un I Phone fabriqué en Chine et exporté  à partir de ce pays pour un montant global de 179 dollars, la valeur de l’assemblage effectué par la Chine est de 6,50 dollars soit moins de 4 % du total. L’apport du Japon est de 34 %, celle de l’Allemagne 17 %, celle de la Corée 13 % et celle les Etats-Unis 6 %.

La théorie des avantages comparatifs descend au niveau de chacun des éléments d’un produit en intégrant les dépenses de recherche, de conception et de marketing. Les produits n’ont plus de nationalité. Ils en ont plusieurs.

La Chine a connu le déclin autour du 16ème siècle par refus de commercer avec les barbares. Aucun pays ne peut asseoir son développement en récusant le commerce. Mettre en avant des barrières au nom du développement durable, au niveau de la protection des salariés est louable mais il n’est pas certain que ce soit les véritables motivations et qu’en outre cela améliore l’état réel des conditions de vie des populations concernées. L’ingérence économique se fait par les échanges. Il faut des règles qui sont de la responsabilité de l’OMC.

Le décollage économique de la moitié de la planète est une chance sans précédent tant en matière de condition de vie pour les populations concernées qu’en termes de recherche, d’innovations, de création de richesse. Le nombre de chercheurs qui stagnent en occident explose en Asie. Il faut s’attendre avec la mise en réseaux des centres de recherche à des découvertes dans les prochaines années. Evidemment, cela remet en cause l’occident-centrisme. Bizarrement nombreux parmi ceux qui prônent un monde multipolaire, sans frontière qui réclament d’édifier de nouvelles murailles de Chine.

En matière de commerce extérieur, les échanges sont d’autant plus productifs qu’ils sont réalisés avec des pays voisins en termes de développement économique. Nous avons donc intérêt au rattrapage du retard économique par les pays émergents.

Les partisans de l’abandon sont de plus en plus nombreux. La condamnation du profit, de la productivité, de la concurrence est sous-tendue par l’illusion de revenir à un état de nature rousseauiste. Cette tentation très française et à la limite européenne est à la fois un luxe, une illusion et une escroquerie. Un luxe car elle n’est possible car nous avons atteint un niveau élevé de développement économique, une illusion car hier, avant-hier n’étaient pas mieux qu’aujourd’hui sur le plan des conditions de vie, de la santé et du travail (pénibilité, mine, travail à la chaine), escroquerie car il n’y a pas d’état immobile en économie ; l’économie est mouvement. Il n’y a pas de possibilité de dire stop car elle est comme la vie.

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12 2011

Eurofiction ou pourquoi je suis contre le fanatisme de l’apocalypse

La tentation du retour au bon vieux franc hante certains esprits. Certes, il faut l’avouer il est possible de démonter ce qui a été élaboré depuis des dizaines d’années. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que l’histoire est pavée d’unions monétaires qui se sont évaporées, union monétaire latine, union monétaire austro-allemande, union monétaire scandinave. La question n’est donc pas « est-il possible ou pas de sortir de l’euro ? » mais quelles conséquences pour les Français aurait l’éclatement de l’euro ?

Que signifierait la fin de l’euro ?
L’éclatement de la zone euro pourrait prendre plusieurs formes. La sortie d’un ou plusieurs pays ou le retour à la situation de 1999.

Il pourrait se recréer de petites zones. Les Pays-Bas, le Luxembourg, la Suède, l’Autriche pourraient rester associés. La France pourrait également chercher des alliés.

L’autre solution serait le délestage dangereux d’un ou plusieurs pays avec un risque de jeu de domino. Le départ de la Grèce risquerait d’être suivi par le Portugal, l’Espagne, l’Italie et ainsi de suite.
Pas obligatoirement de conversion !
La fin de l’euro se manifesterait par la circulation de plusieurs monnaies au sein de l’ancienne zone euro et du retour des taux de change. Il n’y aurait pas obligatoirement une opération de conversion telle que nous l’avons connue en 1999. Il est peu probable que nous revenions à la parité du franc de 1999 en divisant par 6,55957. Ce taux de conversion correspondait à la situation de 1999 et en aucun à celle de 2011. A l’époque, il fallait fusionner et opter pour un étalon commun aux pays membres de la zone euro.
De nouveaux billets et de nouvelles pièces ?
Même si l’on conservait l’unité de compte actuellement en vigueur, il serait néanmoins nécessaire de réimprimer des billets et des pièces couvrant la France ou les pays qui choisiraient de s’arrimer à nous. Le nom de la monnaie pourrait être l’euro sauf si l’Allemagne demandait à le conserver pour sa propre zone ; il pourrait s’agir de « l’eurofranc » ou du « nouveau, nouveau franc ».
Quel taux de change ?
Le taux de change serait celui du marché. Il s’établirait en fonction des parités de pouvoir d’achat. Il y aurait la prise en compte des variations des coûts de production au sein de l’ancienne zone euro, des déficits commerciaux et aussi de la situation économique et financière du ou des pays concernés.
En l’état actuel, la France subirait une dépréciation de 20 à 30 % hors effet spéculatif par rapport à l’Allemagne. Mais, la situation serait très instable du fait de l’impact économique et financier lié à l’éclatement de l’euro. L’incapacité de rembourser les dettes, les menaces sur le système financier pourraient faire plonger la monnaie avec une dépréciation sans rappel de plus de 50 % voire plus.
Les conséquences macro-économiques
L’éclatement de l’euro ne pourrait se faire que dans le cadre d’un vaste plan négocié afin d’éviter une banqueroute généralisée privée comme publique.


Eviter la banqueroute par tous les moyens

La sortie de l’euro poserait la question de la gestion des dettes publiques. Les dettes publiques sont fortement internationalisées. La dette française est possédée à 70 % par des non-résidents. En cas d’éclatement de la zone euro, la dette sera-t-elle exprimée dans la nouvelle monnaie ou dans celle de l’Etat à monnaie forte ? Dans ce dernier cas, la dette sera majorée par le taux de déprécation monétaire avec un risque non négligeable d’insolvabilité. Dans le premier cas, les créanciers perdraient une partie de leurs avoirs avec comme conséquence un refus de prêter à nouveau ce qui entraînerait également un problème de liquidités.

La capacité d’emprunt des Etats sortants serait très diminuée voire nulle sans intervention de la communauté internationale. L’augmentation des taux d’intérêt rendrait très coûteux l’endettement.

La sortie de l’euro serait accompagnée par la mise en place de plans de rigueur et de plans d’appui du FMI pour éviter une trop forte dépréciation et un cercle vicieux dépréciation/récession. Elle obligerait à prendre des mesures très fortes pour tenter d’entraver la spéculation à la baisse. Le retour d’un contrôle des changes serait inévitable.

Eviter l’inflation
Quand les monnaies nationales existaient dans le cadre du Système monétaire européen, chaque dévaluation donnait lieu à la mise en place de plans de rigueur pour limiter les effets inflationnistes et améliorer la compétitivité de l’économie. Ce fut le cas en 1983 avec l’application de la politique de désinflation compétitive par Pierre Bérégovoy.

La dépréciation entraînerait l’augmentation des prix des produits importés or la France est fortement dépendante de l’extérieur pour l’énergie et pour de nombreux biens industriels. Cette augmentation des produits importés diminuerait le pouvoir d’achat des Français et grèverait les coûts des entreprises.
L’Etat serait contraint de prendre des mesures pour entraver la dérive inflationniste, mesures qui pourraient prendre la forme d’un gel des prix et des salaires.

Quel impact pour le commerce extérieur ?

La France est déficitaire depuis 7 ans. Retrouverait-elle un excédent avec le changement de monnaie ?

Le premier effet de la dépréciation serait une détérioration des termes de l’échange. Les biens français vendus à l’étranger perdraient en valeur quand les prix des produits importés augmenteraient. Il en résulterait une aggravation du déficit commercial. Si grâce à la diminution des prix et à la capacité de l’appareil de production de répondre à la demande (si elle existe), les exportations pourraient progresser plus rapidement (courbe en J liée à la dévaluation). Il n’en demeure pas moins qu’il faut prendre en compte les surcoûts liés à l’inflation importée et le fait que le facteur prix n’est pas le seul élément pris en compte dans es échanges internationaux. L’Allemagne réussit à dégager des excédents de 150 milliards d’euros en jouant bénéficiant des gains liés à l’appréciation monétaire.

Quelles conséquences pour les particuliers ?

Au moment de la chute de la zone euro, les particuliers ne ressentiraient que l’angoisse du précipice, du vide. Ce n’est que dans un second temps que le réveil pourrait être plus difficile.

Pour les salaires, un encadrement serait institué avec à la clef une perte de pouvoir d’achat. Les vacances à l’étranger coûteraient plus chères avec, en outre, un possible retour du contrôle des changes.

Afin de rassurer les créanciers et éviter une dépréciation sans fin de la monnaie, des plans d’assainissement avec augmentation des impôts devront être adoptés.

L’augmentation des taux d’intérêt freinerait la capacité d’emprunt des ménages.

La dépréciation des monnaies en renchérissant les produits importés (non substituables pour un grand nombre) pèserait sur les dépenses de consommation.

Pour l’épargne, la situation serait fonction des mesures prises par les pouvoirs publics et de la capacité des Etats à rembourser leurs créances. L’intervention du FMI avec des plans de rigueur à la clef est fort probable avec un objectif, éviter l’implosion de la sphère financière.

Le patrimoine immobilier pourrait être impacté du fait des difficultés à accéder au crédit. Il y aurait un premier effet « valeur refuge » avec des sorties au sein des placements financiers puis un second effet « baisse des prix » du fait des conditions de crédit. Néanmoins, les étrangers auraient une capacité d’achat accrue du fait de la dépréciation monétaire.
Quel impact pour les entreprises ?
Moins d’investissement, risques de contrôle des prix et des salaires, augmentation des charges, la sortie de l’euro auraient plus d’inconvénients que d’avantages.

Les entreprises intervenant sur le marché international subiraient une dégradation des termes de l’échange avec l’espoir de pouvoir vendre plus.

L’accès au crédit serait encore plus difficile.

Les actifs détenus à l’étranger seraient en revanche revalorisés en fonction de la dépréciation.

Pour les entreprises étrangères, les actifs français seraient dépréciés.

Quelles conséquences pour les investisseurs ?

La sortie de l’euro aurait un impact psychologique important. Les investisseurs se détourneraient de la France. Un attentisme généralisé est à craindre. Par ailleurs, la dépréciation monétaire provoquerait une perte de valeurs pour tous les acteurs et en premier lieu pour les institutions financières.


Le financement de l’économie serait complètement administré. Des mesures au niveau mondial devraient être instituées afin d’éviter une implosion de la sphère financière qui devrait encaisser d’importantes moins-values.
La sortie de l’euro devrait pour plusieurs années se traduire par moins de croissance. L’impact dépendrait des plans mis en œuvre par le FMI, l’Union européenne.
La croissance serait freinée par le recul de l’investissement (incertitudes, augmentation des taux d’intérêt) et par la consommation (augmentation des prix des produits importés et gel du pouvoir d’achat).
***

**

Les scénarii de sortie de l’euro sont délicats à réaliser car ils dépendent des modalités de sortie. Un éclatement incontrôlé mènerait inévitablement à la catastrophe économique et financière. Une sortie organisée signifierait sans nul doute la mise sous tutelle des Etats concernés par le FMI avec des mesures d’accompagnement pour éviter l’implosion financière. En cas d’éclatement incontrôlé, les tentations protectionnistes et les pratiques non coopératives pourraient provoquer une série de chocs. En revanche, en cas de politiques concertées et de réintroduction d’un système monétaire européen, l’impact sans être nul pourrait être lissé dans le temps.
Il faut prendre en compte les effets cumulatifs de la sortie de l’euro avec interdépendance des facteurs. Les curseurs qui joueraient contre la croissance en France comme dans les autres pays seraient nombreux. L’Allemagne serait la première victime en raison de sa dépendance au commerce extérieur. La destruction de la zone euro la priverait de son premier marché, l’Europe. Il en est de même pour la Chine. La France premier fournisseur et client de l’Allemagne serait impactée par les difficultés de son voisin et inversement. Le risque de l’enclenchement d’une spirale non maîtrisée n’est pas nul. De toute façon, la sortie de l’euro entrainerait un appauvrissement de la France. Pour ces différentes raisons, il est important de sauver la monnaie commune.

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12 2011

Emprunts

Après l’émission auprès du public d’emprunts d’Etat en Belgique et en Italie, la France pourrait-elle en faire autant. A priori, ce n’est pas d’actualité et il n’est pas certain que les finances publiques en sortiraient gagnantes en France. Philippe Crevel a été interviewé par plusieurs journaux sur le sujet.<BR><BR>

Lire l’article du Nouvel Observateur<BR>

Lire l’article dans l’Expresse.fr Lire  l’article dans 20 minutes.fr<BR>

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12 2011

Inflation : to be or not to be

Avec le renchérissement des prix du pétrole, de l’alimentation ou de l’habillement, l’inflation a continué son processus de hausse avec plus 0,3 % au mois d’avril soit 2,1 % sur un an. Au mois de mars, la hausse avait été de 0,8 %.

Cette accélération des prix réduit le pouvoir d’achat des Français.

« C’est inquiétant pour le pouvoir d’achat parce que même si les prix du pétrole baissent depuis début mai, les prix des autres produits de consommation courante vont continuer à augmenter », a commenté Mathilde Lemoine (HSBC).

Pour avril, l’Insee souligne également que l’inflation s’explique par l’augmentation des prix des produits manufacturés, liée notamment à la fin progressive des soldes d’hiver, et par de « fortes » hausses de prix des produits énergétiques et alimentaires.

Les prix des produits manufacturés ont progressé de 0,6 % (+0,2 % sur un an) le mois dernier avec une nette hausse pour l’habillement et les chaussures (+3,2 % ; +1,1 % sur un an) due à la fin des soldes. L’Insee relève aussi la hausse du prix des automobiles neuves (+1,0 % ; +3,0 % sur un an) avec la fin d’un certain nombre de promotions.

Toujours selon l’Insee, les prix de l’alimentation ont augmenté le mois dernier de 0,2 % (+0,6 % sur un an).

Les ménages ont jusqu’à maintenant maintenu leur niveau de consommation en réduisant leur effort d’épargne qui est redescendu en-dessous de 16 %, niveau historiquement haut.

L’inflation reste à un niveau contenu du fait des excédents pesant l’offre (main d’oeuvre et produits industriels) et du fait de l’absence de revalorisation salariale (pas de spirale inflationniste).

Le relèvement progressif des taux de la Banque Central Européenne (1,25 % actuellement et qui pourrait atteindre 2 % d’ici la fin de l’année) devrait freiner les menaces d’emballement. Si l’inflation restait dans la fourchette des 2 à 3 %, il n’y aurait peu de conséquence sur un plan macro-économique. Après un premier trimestre assez porteur, les économistes attendent un léger ralentissement à partir du second semestre du fait de l’impact des plans d’assainissement budgétaire et du relèvement des taux d’intérêt.

Le taux d’épargne devait s’abaisser en France autour de 15,6 % du revenu disponible brut d’ici la fin de l’année permettant de maintenir le pouvoir d’achat qui sera également amélioré par la diminution du chômage.

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05 2011

Rapport Cour des Comptes : les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne

Le Président de la République a demandé par lettre du 2 août 2010 à la Cour des Comptes d’établir un état des lieux comparé des systèmes fiscaux de la France et de l’Allemagne afin de favoriser la convergence des modèles fiscaux des deux pays.

Ce rapport avait pour objectifs d’alimenter le débat sur la réforme de la fiscalité du patrimoine et d’analyser les origines de la compétitivité supposée de l’économie allemande (commerce extérieur, emploi, poids de l’industrie et poids des PME familiales).

La Cour des Comptes a indiqué que malgré les liens économiques fort liant les deux pays aucune étude n’avait été jusqu’à maintenant sur les systèmes de prélèvements obligatoires.

Les auteurs ont souligné que les deux systèmes de prélèvements obligatoires ne pouvaient pas être abordés sans prendre en compte le contexte économique, social, culturel et institutionnel spécifique à chacun des pays.

La Cour des Comptes dès son introduction émet des réserves sur tous les jugements de valeurs qui pourraient être tirés de la comparaison.

Tout arbitrage fiscal repose sur le triptyque, efficacité, équité et rendement, ainsi que l’acceptation subjective de l’impôt et de la perception également subjective du rôle et de la qualité des services publics.

La Cour des Comptes a pris le soin de considérer que ni convergence fiscale, ni la concurrence fiscale ne constituent des dogmes pouvant être des instruments uniques de la politique économique des pays.

Lire la suite de la synthèse et de l’analyse

Quand l’absence de pédagogie peut tourner en horreurs économiques

Depuis 2008, l’économie mondiale est mise sous tension. La crise boursière et financière s’est transformé en récession, la plus sévère que nous ayons connue depuis la grande crise de 1929.

Par des actions coordonnées des différents Etats, la crise a été jugulée en 2010 mais de nombreux déséquilibres persistent dont un excès d’offre de travail se traduisant par un taux de chômage élevé au sein des vieux pays industrialisés.

Le retour de la croissance, aussi ténue soit-elle, a conduit les gouvernements a considéré que le pire était derrière nous, oubliant pris par l’exigence du court terme, que les déséquilibres demeuraient.

Plus grave, pour expliquer la crise et nos déboires, le recours au bouc émissaire a permis d’occulter la profondeur des problèmes.

Ainsi, les Américains avec les subprimes ont été accusés d’avoir déclenché la crise ; les banquiers du monde ont été montrés du doigt car ils se sont enrichis sur le dos des classes moyennes et des revenus modestes. Ils ont eu de plus l’outrecuidance d’avoir bénéficié de prêts des Etats, c’est-à-dire de nos impôts pour les sauver d’un naufrage dont étaient responsables.

Egalement accusé, les pays émergents et la Chine qui en nous inondant de produits à bas coûts tueraient l’emploi. De plus, en osant se développer, ces pays favorisent la hausse des cours des matières premières et de l’énergie.

Enfin, après les Américains, les Chinois, la faute de nos malheurs économiques, sociaux, psychologiques proviendraient de l’arrivée d’immigrés en grand nombre qui seraient responsables de voler nos emplois, nos allocations et nos maisons.

Les relents des années trente hantent les vieux pays européens et aussi un peu les Etats-Unis. Les tentations protectionnistes refont surface.

Les leçons de l’après Seconde Guerre Mondiale semblent oublier par les citoyens et par ceux censés les orienter.

Depuis deux ans, il y a un véritable déficit pédagogique permettant aux contre-vérités de s’imposer et aux fantasmes de prospérer.

Si en 2007, l’économie mondiale a failli imploser, c’est en raison d’une surchauffe liée à un achat à crédit de la croissance. Les Etats-Unis en ayant recours à l’endettement privé et les pays européens avec le maintien de déficits publics, aidés en cela par une politique monétaire accommodante, ont tenté de masquer l’affaiblissement des gains de productivité. Par ailleurs, contrairement à une idée reçue, les importations des pays émergents ont contribué à la croissance occidentale, les consommateurs profitent de biens à prix inférieur.

Les tensions sur les prix des matières premières liées au décollage longtemps souhaité des pays dits émergents ont conduit les Banques centrales à durcir leur politique. Ce changement et des pratiques bancaires et financières peu transparentes ont mis le feu à des bulles spéculatives et ont eu raison de la croissance virtuelle.

Les plans d’aide au secteur bancaire décidés par tous les Etats n’avaient pas vocation à remplir les poches de banquiers indélicats mais bien à éviter l’arrêt net de l’économie. Les banques en 2009 refusaient de se prêter entre elles tant le niveau de défiance était élevé. Les grandes entreprises comme Renault n’arrivaient plus à obtenir de prêts à court terme pour payer leurs salariés. La crise de 2009 a cassé nette l’expansion car le carburant monétaire est venu à manquer très rapidement. A ce titre, le recul du commerce international a été fort et immédiat. Il était indispensable d’assurer la liquidité. Fallait-il être plus sévère avec les apprentis sorciers de la finance ? Peut-être. Fallait-il nationaliser ? Cela a été fait dans certains cas. Fallait-il revoir les modes de rémunération des traders et des dirigeants ? Peut-être et à ce titre, l’économiste Robert Reich, l’ancien secrétaire d’Etat à l’emploi de Bill Clinton le propose. Mais il y avait urgence en 2009. Ce que l’on peut vraiment regretter, c’est qu’une fois la crise passée, les réformes visant à mieux réguler, à mieux contrôler aient été lentes à se mettre en place et surtout qu’elles n’aient pas donné lieu à explication.

Face au chômage, certains en appellent au protectionnisme. Ce serait une erreur historique. Le libre échange construit depuis 1945 est le moteur de notre croissance. Contrairement aux idées reçues, la mondialisation n’est pas destructrice d’emplois. De nombreuses études, citées notamment pas Robert Reich dans son dernier ouvrage, « le jour d’après », le prouvent. Ce n’est pas parce qu’un pays produit moins cher que nous des produits que nous sommes voués à être rayés de la carte économique. Au nom de la thèse des avantages comparatifs, même un pays moins compétitif peut continuer à exporter. Surtout, la mondialisation est le catalyseur de la croissance. Ce ne sont pas les pays occidentaux, vieillissants et suréquipés qui peuvent alimenter la croissance. Les Trente Glorieuses d’après guerre n’ont rien eu d’exceptionnelles. La France, les pays d’Europe ont retrouvé, en 1970, leur niveau d’avant la première guerre mondiale en ce qui concerne leur poids dans les échanges commerciaux ; ils avaient en grande partie rattrapé leur retard sur les Etats-Unis et effacé les un demi-siècle de déclin et de guerres.

En refusant le protectionnisme, en adhérant à la mondialisation et non en la subissant, nous pouvons comme le prétendent avec intelligence Karine Berger et Valérie Rabault dans leur ouvrage « Les Trente Glorieuses sont devant nous » connaître à nouveau une croissance forte et durable.

Autre hérésie entendue au bistrot du commerce et ailleurs, « la France doit sortir de l’euro ». Est-ce que l’euro est trop fort ou trop faible. C’est l’éternelle question. A regarder le niveau des exportations allemandes, il faut croire que le sujet n’en est pas un d’autant plus que la France exporte majoritairement ses produits dans la zone euro. A défaut d’avoir l’euro, justement notre pays devrait faire face à des variations de sa monnaie au sein de sa zone d’échanges. Bien évidemment, les tenants de la dévaluation en seraient heureux en cas de dépréciation. Mais, il ne faut pas oublier qu’une dévaluation, c’est avant tout un appauvrissement qui peut être compensée que par un surcroit de croissance. Quand la France a eu recours aux dévaluations, il y avait bien souvent à la clef des plans de rigueur pour permettre d’améliorer la compétitivité. La dévaluation a pour conséquence le renchérissement des biens importés et, en premier lieu, des matières premières et de l’énergie. La dévaluation est une source d’inflation qu’il faut corriger en durcissant la politique monétaire.

La fin de l’euro serait pour les finances publiques un désastre compte tenu de l’impact sur les taux d’intérêt et de la dépréciation de la monnaie. Le risque de banqueroute ne serait pas négligeable.

L’euro serait aux dires de quelques économistes ne serait pas économiquement viable car la zone économique qu’il recouvre ne serait pas optimale. Du fait de la faible mobilité du facteur travail et de l’inexistence de mécanismes de solidarité entre les différentes régions, les ajustements ne peuvent être que brutaux et aboutir à la mise en œuvre de politiques anti-communautaires. Le chômage et l’envolée des taux d’intérêt sur les titres d’Etat comme en Grèce ou en Irlande en seraient la meilleure preuve tout comme les politiques de dumping fiscal adoptées par certains pays. Ces arguments sont en partie fondés mais ils doivent surtout inciter les Etats membres à créer des instruments de coopération et de gestion des crises évitant de tels comportements nuisibles pour l’ensemble des Etats membres. Si la zone n’est pas optimale, ce n’est pas une raison pour essayer de la rendre justement plus optimal sachant que le prix de sa disparition serait sans commune mesure avec celui d’une plus grande optimisation.

La crise n’est pas terminée ou du moins nous ne sommes pas sortis d’une période d’ajustements. En deux cents ans, la révolution économique n’en finit pas de transformer notre vie quotidienne. La circulation des hommes, des biens, des capitaux et des informations s’est accéléré tout comme la production des biens. Ce processus s’effectue avec une progression de la population mondiale inimaginable il y a un siècle. L’augmentation du nombre humains est créateur de richesses contrairement aux thèses de Malthus et d’autant plus que cette création repose de moins en moins sur des valeurs physiques mais sur de l’immatériel.

L’Europe face à ce monde en pleine évolution ne croit plus à l’expansion. Elle refuse l’histoire et même son passé ainsi que ses valeurs. Le débat sur l’immigration est symptomatique de l’état d’esprit de l’Europe et de la France en particulier. L’Europe est vieillissante. La population a commencé à diminuer dans plusieurs Etats ; Or, il y a un lien entre croissance et démographie. Elle est aussi sous-peuplé au regard de ses capacités agricoles et de l’espace. De ce fait, il faut accepter d’être une terre d’accueil au nom de nos propres intérêts.

Il est stupéfiant de vilipender une part de notre population au nom de préjugés que nous condamnons quand ils se manifestent à l’étranger. Après avoir fait appel à leurs parents et grands-parents pour reconstruire notre pays dévasté après la seconde guerre mondiale, nous considérons les enfants de deuxième ou de troisième générations nés français, vivant en France comme indignes de notre pays. En vertu du fait qu’une extrême minorité d’entre eux seraient mal intégrés, une partie de notre population serait jugée suspecte.

Il y a bien évidemment un problème des banlieues lié à un urbanisme inadapté, à la création de cités dortoirs séparés des lieux de travail. L’absence de tissu urbain avec des commerces, des artisans, des TPE et des PME expliquent que des quartiers entiers se transforment en zone de non-droits. La réhabilitation des HLM ne suffira pas. Il faut recréer des vraies villes avec des espaces de vie sociale et économique. L’ENA n’aurait pas du être décentralisée de Paris à Strasbourg (centre ville) mais en banlieue. Il ne serait pas illogique que des ministères soient installés au nom de la réduction des coûts fonciers à Saint Denis, à Evry ou à Sarcelles.

La non intégration sociale d’enfants de la deuxième et troisième générations n’est pas un fantasme. Il fallu attendre 2007 pour qu’un black présente le journal télévisé. Sinon combien d’enfants d’origine magrébine dans les directions des entreprises françaises ? Combien d’élus sont-ils noirs ou musulmans ? Tout comme la parité reste un combat permanent, celui de l’intégration des enfants et petits enfants d’immigrés reste un chantier. Si la question de la formation se pose, c’est que l’école a échoué. Il apparaît surprenant que dans des établissements fréquentés par des enfants d’origine modeste, un effort en termes de professeurs et de moyens ne soit pas accompli. Quand les structures familiales sont absentes ou défaillantes, quand la vie de quartier se résume à des tours délabrés, il faut bien que la puissance publique prenne le relais.

Les entreprises ont également de déceler les nouveaux talents. Dans les années 60, il n’était pas rare que face à la pénurie d’ingénieurs, les sociétés financent les cours du soir de leurs meilleurs employés afin qu’ils puissent passer des examens et progresser dans la hiérarchie. Il serait utile de reprendre ces pratiques en permettant à ceux qui n’ont pu accéder aux grandes écoles d’avoir une seconde chance.

La France ne réussit économiquement qu’avec une feuille de route tracée. Ce fut le cas sous la 4ème République qui échoua sur la question de la décolonisation mais qui fut un succès au niveau de la reconstruction grâce à l’appui notamment des américains. Ce fut le cas également au début de la 5ème République avec un mélange étonnant de libéralisme (Plan Rueff/Pinay) et de planification. Aujourd’hui, il n’y plus de ligne tracée au sol, plus d’horizon. Face à ce vide, la tentation communautariste et celle du repli sur soi deviennent les balises de la vie politique et sociale.

Les pouvoirs publics ne doivent pas abandonner le débat du sens. Il est étonnant que dans une société qui réclame de la transparence, la politique soit encore l’espace du mensonge, du faux-semblant.

22

03 2011

Juste un autre monde

L’Europe vit au rythme des crises des dettes souveraines des Etats membres. Entre deux crises, le débat se focalise sur la valeur de l’euro jugée surévalué. Cette valeur n’est pas immuable comme le démontre les accès de faiblesse en période de crise.

Face aux mouvements de change, face aux attaques spéculatives des investisseurs, face à la concurrence jugée inéquitable des pays émergents, la tentation protectionniste refait surface en Europe.

Or, au même moment, les pays de l’Association des Pays du Sud-Est Asiatique (ASEAN), rassemblant un grand de pays émergents d’Asie, élaborent un espace de libre échange rassemblant trois des quatre grandes puissances économiques du monde : Les Etats-Unis, la Chine et le Japon. L’Europe semble ne pas vouloir prendre la route de la croissance et de rester en dehors du cours de l’histoire

Le commerce extérieur est un des moteurs clef de la croissance surtout pour des pays vieillissants comme l’Europe. En 2010, le commerce international s’est accru de plus de 12 % et a permis à l’Allemagne de renouer avec une croissance dynamique mais pour le moment ce pays qui a réussi à régénérer son « hinterland » reste isolé au sein de la zone euro.

Les questions que l’Europe doit régler c’est quel mode de vie elle souhaite pour ses citoyens dans 10 ou 30 ans et dans quel cadre ?

Souhaitons vivre de nos rentes et laisser filer le temps au prix d’un démantèlement de notre système de protection sociale et au prix de l’émigration des meilleurs ou des plus volontaristes de nous ?

La réponse est tout à la fois dans la main des dirigeants et des peuples, les investisseurs arbitrant sur le capacités de remboursement des dettes accumulées.

L’autre question est le choix de ou des alliances. L’Europe peut décider de se tourner vers l’Est comme elle l’avait fait à la fin du 19ème siècle, c’est-à-dire vers la Russie qui servirait de pont avec le monde asiatique. Ses richesses naturelles et ses espaces seraient des garanties d’expansion pour l’Union européenne qui demeure le premier marché commercial du monde. Évidemment, il y a quelques obstacles à lever. Le premier est lié à la nature du régime politique de la Russie mais que dire de celui de la Chine ? Le régime russe est une démocratie autoritaire ou tsarine… L’autre problème provient du fait que la Russie est confrontée au même problème que le reste de l’Europe, le vieillissement accéléré de sa population. En revanche, ses besoins d’équipement et la soif de consommation sont élevés. Ce pays doit également préparer l’après pétrole et gaz.

La deuxième voie pour l’Europe est de nouer une alliance forte avec les Etats-Unis au nom de la défense de valeurs communes. En termes de croissance, il est toujours plus valorisant d’échanger avec un pays ayant un niveau équivalent ou proche du sien. Il conviendrait d’arrêter de se focaliser sur la valeur du dollar. En effet, en vertu de quoi pouvons nous refuser aux Américains de jouer à la baisse la valeur de leur monnaie afin de rétablir leur balance commerciale déficitaire d plusieurs centaines de milliards de dollars quand nous réclamons la même chose au nom du même principe pour l’euro.

Les capacités d’innovation des Etats-Unis demeurent élevées et les partenariats sont importants avec l’Europe et en particulier avec la France (construction des moteurs d’Airbus et de Boeing).

La capacité de créer des symboles à valeur mondiale reste l’apanage des Américains. Apple et les firmes d’entertainment le prouvent au quotidien.

L’Europe aurait tout intérêt à s’arrimer plus fortement aux Etats-Unis afin de participer au nouvel élan de croissance.

La troisième voie est plus délicate même si elle ne manque pas de panache. C’était le rêve de Nicolas Sarkozy de créer l’espace euro-méditerranée. Associer les pays du Maghreb, du Proche Orient, la Turquie à l’Europe a du sens pour l’avenir. La population active se trouve au sud tout comme les gisements de croissance, d’énergie et de matières premières. Le problème est de surmonter les blocages psychologiques, les clichés et le passé. Pour le moment, cette voie est en cale sèche.

Comme l’indique avec force et conviction Patrick Messerlin, professeur des universités de Sciences Po et Président du Groupe d’Economie mondiale, si « l’Europe se protégeait du reste du monde, elle ferait la même erreur que la Chine il y a quatre siècles, erreur qui l’a entraîné dans une décadence dont elle se relève à peine maintenant ».

Le repli sur l’Europe serait se couper des marchés et des civilisations. Elle conduirait à assister passivement à la mutation de l’économie du 21ème siècle. Le rêve de certains de réduire les échanges à travers des accords préférentiels de commerce (des accords donnant/donnant) contraire à l’esprit de l’après seconde guerre mondiale avec les accords du GATT constitue un recul dangereux. Le libre échange constitue le grand fondement de l’économie d’après 1945 qui permet de sortir des régions entières du sous-développement. Il serait absurde que l’Europe replonge dans les affres du protectionnisme au moment même où une part croissante de l’humanité tire profit des valeurs qu’elle a elle-même défendues face à l’URSS pendant 50 ans. Il faut cesser de marteler le problème des coûts de main d’œuvre. Ainsi, dans le prix d’une chaussure de sport, plus de 60 % de la valeur est liée à la création, aux dépenses de marketing, aux dépenses de promotion des ventes et des services attachés… Cette création de valeur sera de plus en plus mondialisée et tant mieux mais elle est par nature partagée entre les pays concepteurs, les pays producteurs et les pays dans lesquels les ventes s’effectuent.

Il est donc urgent de rester fidèle aux conceptions libérales faute de quoi….

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11 2010

Le mirage de la guerre monétaire

Les décennies passent mais les autorités françaises soulèvent toujours l’antienne de la guerre monétaire et de l’indispensable refondation du système monétaire international.

Cette vieille habitude française doit être liée à notre penchant pour les débats idéologiques et théoriques ainsi que sur notre goût trouver des responsables extérieurs à nos faiblesses.

Depuis la fin de Bretton woods en 1976 mais effctive depuis le 15 août 1971, le systèm monétaire mondial est avant tout un grand marché sur lequel certes l’information n’est pa idéalement partagée.

Il n’en demeure pas moins que les études démontrent que sur moyenne et longue période la valeur de la monnaie a peu d’incidences sur la situation économique.

Avec une même monnaie, au sein de l’Europe, cohabitent des Etats comme l’Allemagne qui dégagent d’importants excédents commerciaux et d’autres comme la France des déficits et cela quelle que soit le taux de change avec le dollar ou le yuan.

Aujourd’hui, il est de bon ton de considérer que les autorités américaines jouent à la baisse leur monnaie imposant une appréciation à l’euro. Or, c’est oublié que les Etats-Unis sont déficitaires de plusieurs centaines de milliards de dollars depuis de nombreuses dans le cadre de leurs échanges commerciaux quand la zone euro est autour de l’équilibre. Il n’est donc pas illogique que le dollar se déprécie.

Faut-il crier avec les loups quand la valeur de l’euro monte ? Il ne faut pa oublier que la valorisation de la monnaie est un marqueur d’enrichissement. Avec la même somme d’argent, nous pouvons acheter plus de biens et de produits à l’extérieur. Le coût des produits importés diminue ce qui améliore notre compétitivité or aujourd’hui, l’incorporation de biens et de matières en provenance de pays tiers concerne l’ensemble de la chaîne de production.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que 60 % du commerce extérieur est réalisé en euro et n’est donc as impacté par les variations monétaires.

Les entreprises qui exportent en dehors de la zone euro sont essentiellement de grands groupes internationaux ; il y a malheureusement peu de PME qui exportent. Cette situation n’a pas de lien avec les variations monétaires.

La France a toujours privilégié l’arme de la dévaluation pour corriger les errements de sa politique économique ; cela signifie que nous avons choisi l’ajustement par le bas et non par le haut comme l’Allemagne.

Les tenants de la dépréciation de la monnaie européenne se trompent de bataille. En effet, aujourd’hui, la Chine est incontournable pour la production de certains biens, les modifications du taux de change ne ferait qu’enrichir un peu plus les Chinois qui sont sur le point d’être price maker.

Le problème, c’est que la France est absente sur les noveaux marchés à forte croissance. Les exportations vers la Chine ne représentent que 1,7 % des exportations françaises. En revanche, notre déficit commercial avec la Chine dépasse aujourd’hui celui que nous avons depuis des décennies avec l’Allemagne.

La France risque d’être gentiment écoutée au sujet de la refondation du système monétaire mondial. Au lieu de vouloir créer un nouveau système, il faudrait plutôt demander une convertibilité totale de la monnaie chinoise et une circulation plus transparente des capitaux en Chine…

L’utopie de la création de la monnaie mondiale a vocation de faire couler beaucoup d’encre et du temps à moins qu’un Empire mondial prenne forme ce que personne ne souhaite réellement…

11

11 2010

Les Etats-Unis s’européanisent-ils ou enterrent-ils pour la seconde fois Keynes ?

Avec un taux de croissance qui ne dépasse plus, en rythme annuel, les 2 %, avec un taux de chômage supérieur à 10 % (4 points au-dessus de celui de l’Allemagne), avec un déficit public de plus de 10 % du PIB et une dette publique qui dépasse 94 %, soit le taux plus élevé constaté depuis 1948, les Etats-Unis ressemblent aux moins vertueux des pays de la zone euro.

Plus inquiétant, pour soutenir l’économie et financer le déficit fédéral, la Banque centrale américaine rachète à tour de bras des bons du Trésor « quantitative easing » en créant de la monnaie. La FED recourt, ainsi, à l’arme très controversée de la planche à billets qui prend la forme, aujourd’hui, de monnaie numérique virtuelle. Il n’en demeure pas moins que dans le passé ce type de création monétaire génère de l’inflation et expose les Etats à la banqueroute. Rappelez-vous des assignats, de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres !

Depuis le début de la crise financière et l’élection du Président Barack Obama, les Etats-Unis ont remis au goût du jour la politique keynésienne en utilisant tout l’arsenal possible pour soutenir la demande, le budget, les impôts, les taux, la monnaie. Or, force est de constater que si les plans de relance (plus de 750 milliards de dollars) ont permis d’atténuer la dureté de la récession qui a été en 2009 plus faible que celle constatée, par exemple, en Allemagne, ils n’ont pas réussi l’enclenchement d’un cercle vertueux de croissance.

La réussite de l’Allemagne prouve que la solution passe par la compétitivité et un bon positionnement de l’offre et non par une stimulation artificielle de la demande.

A ce titre, il convient de ne pas enterrer trop rapidement les Etats-Unis qui ont démontré leur capacité de rebond dans le domaine du gaz. En utilisant de nouvelles techniques d’extraction du gaz naturel piégé dans les roches, les Etats-Unis, ont multiplié par deux leur réserve et sont devenus exportateurs de gaz. En moins de 10 ans, le poids du gaz de schiste dans la production américaine est passé de 1 à plus de 20 %. D’ici 2030, ce taux pourrait atteindre près de 50 %.

La force des Etats-Unis est de pouvoir rapidement valoriser les fruits de la recherche. Cette force sera bien utile pour contrecarrer la dérive actuelle.

Face aux déficits, les Etats-Unis devront, en effet, accepter l’inflation et faire sauter l’économie mondiale dans l’inconnu ou augmenter les impôts avec comme corollaire une baisse de la consommation ce qui pèsera sur la croissance mondiale. Certes, le taux des prélèvements obligatoires est de plus de 10 points inférieur au notre (il faut néanmoins souligner que des dépenses privées comme la retraite ou l’assurance-maladie sont en France et plus généralement en Europe de nature publique ; ce qui fausse les comparaisons). La meilleure solution pour tous serait que les Etats-Unis retrouvent une croissance assise sur l’innovation, les gains de productivité et non une croissance assise sur les bulles spéculatives nourries par l’argent public ou la fausse monnaie.

Afin que les Etats-Unis ne s’européanisent pas trop vite, il apparaît indispensable qu’ils enterrent une fois pour toute Keynes….

31

10 2010

Débat sur le retraites, les 35 heures n’auront servi à rien

Plus de dix ans après l’adoption des 35 heures, le débat économique n’a pas progressé ; il aurait même tendance à régresser.

A écouter certains responsables politiques et les manifestants qui s’opposent à la réforme des retraites, le report à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite provoquera un chômage accru des jeunes.

De trop nombreux Français continuent de penser ou veulent croire que le partage du travail est LA SOLUTION. Ils ne veulent pas admettre que seule la croissance peut nous sortir de l’ornière dans laquelle nous nous sommes placés depuis plus d’un quart de siècle.

La croissance, c’est du travail, du capital et du progrès technique. En France, le capital est honni, le travail est un facteur invariant et le progrès technique est plus subi que recherché sauf quand nous sommes des consommateurs comme en témoigne le succès des iPhone ou iPad.

Depuis plus d’un quart de siècle, nous acceptons un recul de la France à travers le seul indicateur réellement pertinent, le PIB par habitant. Or, la France recule depuis 1998. Elle se place en 11ème position au sein de l’Union européenne et au 17ème rang au niveau de l’OCDE. Du fait de l’augmentation plus rapide de sa population que celle des autres Etats européens, la France doit obtenir un taux de croissance supérieur pour maintenir le niveau de vie de ses habitants.

Or, évidemment, il est facile de considérer qu’un senior en fin de carrière continuant de travailler au-delà de 60 ans vole un emploi à un jeune de 25 ans.

Evidemment, il est connu que le poste occupé par le senior sera récupéré du jour au lendemain par le jeune salarié. A quoi auraient servi 40 années d’expérience si tel était le cas. A quoi aurait servi des années de formation si un jeune devait prendre un poste qui se libère ? L’économie ne se résume pas à une série de cases qu’il faut remplir faute de quoi elle serait vouée à l’autodestruction. L’économie moderne est intiment liée aux gains de productivité. La croissance chinoise en est, une fois de plus, la traduction. L’exode des paysans vers les villes, vers l’industrie et les services génère des gains de productivité d’autant plus forte que l’intégration du progrès technique s’effectue à une vitesse par nature très supérieure à ce que nous avons connue.

A ce titre, nous devrions nous réjouir de la croissance des pays émergents au regard des propos qui étaient tenus dans les années soixante et soixante-dix sur le sous-développement…

Le problème de l’économie française est l’étroitesse de sa population active. Elle se réduit aux personnes de 25 à 55 ans avec en plus 10 % qui sont sans emploi.

Au lieu de perdre du temps sur la question de l’éventuelle substitution des vieux salariés par des jeunes, il serait plus judicieux de travailler sur l’élargissement de la base de production. Il y a un parallèle évident entre l’étroitesse de la population active et le niveau de productivité horaire. Le haut niveau de productivité vise à limiter au maximum le recours au facteur travail. Pour atteindre un haut niveau de productivité, le salarié doit être formé d’où les problèmes d’insertion des jeunes. Du fait de la retraite à 60 ans et du consensus sur la baisse d’efficience du salarié de plus de 50 ans, les entreprises désinvestissent sur le seniors ce qui explique en partie le chômage des plus de 55 ans, chômage qui est néanmoins plus faible que celui des jeunes. Le taux d’emploi des 55-59 ans est dans la moyenne de l’Union européenne, ce n’est qu’à partir de 59 ans que ce taux chute pour atteindre 17 % quand il est de plus de 35 % au sein de l’Union européenne entre 60 et 65 ans. Le départ effectif à la retraite est de 59,5 ans en France contre plus de 60 ans dans les autres pays de l’OCDE. La France a depuis le milieu des années 70 recouru plus que tout autre pays aux préretraites avec le succès que nous connaissons en matière de chômage et en particulier en matière de chômage des jeunes. Il faut avant tout l’avouer les préretraites ont permis à des salariés de partir plutôt à la retraite et cela dans de bonnes conditions financières. L’intérêt général arrivait bien après la satisfaction qui peut être légitime de prendre une retraite agréable et longue. Mais, avec une espérance de vie à la retraite qui atteint désormais 25 ans contre 15 en 1950, pouvons-nous faire comme si rien n’avait changé ?

C’est au moment même où l’étirement de la vie se manifestait de plus en plus nettement que la contraction de la période d’activité s’est accélérée avec la fixation en 1982 de la retraite à 60 ans ainsi qu’avec l’entrée plus tardive sur le marché du travail (études et problèmes d’insertion). Depuis 1980, la durée de la vie active s’est réduite de 8 ans. Par ailleurs, au sein de l’OCDE, la France figure à l’avant dernier rang pour la durée du Travail.

Il faut relever le plafond d’activité et la ligne d’horizon qui borne le temps de travail des actifs français. Le remède à la pénibilité au travail et au mal être au travail qu’une manifestante samedi 16 octobre sur France 2 soulignait en affirmant qu’à « 40 ans elle n’en pouvait plus et que de ce fait à 60 ans elle ne serait qu’une épave », ne passe certainement pas dans la réduction continue du temps de travail.

Le défi des retraites dépasse la simple question du financement des dépenses vieillesse. Il pose la question de la place et du rôle du travail et de l’acceptation des lois de l’économie moderne.

En Allemagne, le report à 69 ans de l’âge de départ à la retraite tout comme au Royaume-Uni. Or, même si cela ne fait plaisir à personne, la prise en compte de certaines réalités se fait plus facilement qu’en France. L’existence d’un minimum de consensus social explique sans nul doute la relative sérénité qui existe dans ces pays face au problème du vieillissement de la population.

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10 2010

Conférence sur les retraites en Russie

Avec les gouvernements confrontés à des déficits de plus en plus élevés et le vieillissement rapide des populations, une remise en cause des systèmes de retraite est attendue depuis longtemps. Mais il y a une forte résistance politique à l’évolution des systèmes.

1) Face au vieillissement de la population, comment les sociétés doivent-elles s’adapter ? Pourquoi la hausse l’âge de la retraite est-elle si difficile à modifier ?

Que signifie vieillissement ? La part des plus de 60 ans augmente du fait de l’allongement de la durée de vie. Nous sommes passés d’une espérance de vie de moins de 30 ans au 18ème siècle à plus de 70 ans au 20ème.

Nous atteindrons d’ici 2070, près de 90 ans. Du quart à plus du tiers de la population sera âgé de plus de 60 ans contre moins de 20 % au 20ième siècle.

Ce vieillissement intervient au moment où l’humanité devrait connaître son pic de population : 8,5 milliards d’habitants en 2050.

Cette situation est le symbole d’importants progrès économiques, sociaux et sanitaires.

Le vieillissement de la population est un phénomène mondial. Il concerne en premier lieu les pays européens mais aussi les pays émergents comme la Chine. Les plus de 65 ans étaient 506 millions en 2008, Ils seront 1,3 milliard en 2040.

Certains pays ont commencé à diminuer : l’Allemagne, plusieurs pays d’Europe central, la Russie…

La stabilisation de la population, un phénomène sans précédent :

Nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle de la stabilisation voire du déclin de la population avec une rapide dégradation du rapport inactifs/actifs. Hors épidémie et guerres, il n’y a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité. La stabilisation de la population interviendra à l’échelle mondiale entre 2040 et 2050. Elle sera précédée d’une baisse de la population active.

• Il y a 50 000 ans, la population humaine se comptait en centaine de milliers. • En – 40 000 avant Jésus Christ : un million d’êtres humains.
• 400 ans avant Jésus Christ, environ 150 millions d’humains. • En 1400, la population a plus que doublé pour atteindre 374 millions. • En 1700, la planète porte 682 millions d’êtres humains, • En 1800, 968 millions.

Il aura fallu 40 000 ans pour atteindre le premier milliard d’habitants. Il faudra 200 ans pour multiplier la population par six et 250 ans pour la multiplier par 9.

De 1950 à aujourd’hui, la progression de la population humaine a été de 150 % ; elle ne devrait augmenter que de 50 % d’ici 2050. Au 1er octobre 2009, la population humaine était évaluée à 6,8 milliards d’habitants.

La Russie a du gérer le problème de la diminution de sa population dès 1992. La population russe a connu près de 20 ans de baisse du fait d’un faible taux de fécondité et du fait de gains réduits en matière d’espérance de vie ainsi que des conséquences de la seconde guerre mondiale.

Il faut souligner qu’en 2009 grâce à la refonte de la politique familiale, la Russie a réussi à enrayer son déclin démographique ce qui prouve qu’il n’y a pas en la matière de fatalité.

Il faut aussi souligner que tout comme l’Allemagne la Russie a réussi à concilier ce déclin démographique avec une forte croissance dans les années 2000.

Mais logiquement le déclin de la population a un effet récessif sur le plan économique. Elle impose une gestion intelligente des ressources.

Le vieillissement de la population, c’est plus de dépenses sociales et moins de forces de travail.

Moins de ressources et plus de charges d’où le risque de blocage du système.

Le modèle de ces 50 dernières années est remis en cause.

Jusqu’à maintenant, les fruits de la croissance ont permis une réduction du temps de travail.

Au début de la vie avec l’allongement des études (avant on travaillait à 14 ans ou à 16 ans ; aujourd’hui, en moyenne après 22 ans). Il s’agit d’un investissement de la société qui permet d’améliorer la productivité à venir des futurs travailleurs.

En diminuant le nombre d’heures : ex les 35 heures….On est passé de plus de 2500 heures à 1400 heures de travail en un siècle

En partant plus tôt à la retraite 60 ans en France en 1982 (65 ans avant)

Avec les gains d’espérance de vie, ce scénario n’est plus tenable. Il faut revoir la clef de répartition.

Partir à la retraite est synonyme de libération par rapport au monde du travail, du lien de subordination.

Il n’y a pas la perception du fait qu’avoir 60 ans en 2010 ne correspond pas à avoir eu 60 ans en 1950. L’espérance de vie était alors de quelques années quand elle est de 20 ans aujourd’hui.

Il nous faut nous adapter mais ne pas être paralysé. Il faut chercher de nouvelles sources de productivité, des investissements et non pas se limiter à un comportement de rentiers stériles.

Il est important que les fonds souverains facilitent la transformation de ressources de court terme en ressources de long terme.

• Il y a un effet retard dans la perception du problème (le problème du vieillissement est connu depuis des décennies mais myopie et diktat du court terme
• Il y a un effet horizon, tous les acteurs se calent sur l’âge légal de départ à la retraite. Plus il est bas, plus les salariés souhaitent partir tôt, plus les employeurs souhaitent se débarrasser tôt de leurs employés.
• Il y a un effet panique aujourd’hui du fait de l’accumulation des crises et de la nécessité de les gérer conjointement

2) La crise des régimes de retraite peut-elle contribuer à la faillite des pays ? Quelles sont les économies les plus concernées ?

Nous sommes entrés dans une période d’incertitudes économiques et financières.

Nous vivons tout à la fois :

• une révolution démographique, • une révolution énergétique et des matières premières
• une révolution économique avec une recomposition rapide de l’économie mondiale.

Les pays de l’OCDE ont acheté la croissance des dernières décennies à crédit ; or il n’y a pas de crédit illimité. Il faut soit trouver de nouveaux gisements de croissance, soit ajuster le système social aux ressources.

Aujourd’hui, il y a concomitamment :

• Excès d’épargne à l’échelle mondiale (réserves de la Chine, des fonds souverains..)
• Excès de dettes publiques
• Excès de liquidités • Insuffisance d’investissements à long terme

Le modèle économique mis en place après 1945 est en bout de course.

Sans croissance, sans gain de productivité, les systèmes d’Etat providence développés par les Etats européens depuis 1945 ne sont pas viables.

La question de la retraite se surajoute à celui des dépenses en faveur de l’emploi, de santé, de dépendance…

En Europe, c’est l’argent public qui maintient le vélo debout. Aux Etats-Unis c’était la dette privée qui depuis 2008 a été relayé par l’argent public.

Comme toujours, les intérêts des débiteurs et des créanciers sont liés. La banqueroute d’un des grands Etats provoquerait un tsunami.

La retraite est un des problèmes mais seulement un des problèmes. Les dettes publiques de l’OCDE frôlent les 100 % du PIB en moyenne ; la retraite en représente aujourd’hui moins de 5 % ; demain 10 %.

Mais l’effet le plus dangereux est l’impact économique. L’ONU a indiqué que le vieillissement de la population freinerait le développement de l’Union européenne de près de 6 points de PIB d’ici 2050.

• Les pays les plus concernés sont les pays de la vieille Europe : population vieillissante, déficits déjà importants et pas de fonds de souverains pour financer les investissements et les dépenses sociales.

• Les Etats-Unis bénéficient d’un fort taux de natalité et d’un potentiel de croissance élevé.

• La Russie a le potentiel de croissance et les réserves de matières premières et d’énergie.

La France est dans une situation intermédiaire du fait de la bonne tenue de sa natalité (vieillissement plus lent que celui de ses partenaires) mais son potentiel de croissance est faible. En revanche, la France demeure un des principaux pays d’accueil des investissements internationaux (le 2ème).

Mais, il n’y a pas de seuil absolu de mise en danger des Etats par rapport à leurs dettes et à leurs engagements sociaux.

Il faut, en effet, prendre en compte :

• Le niveau des dettes (publiques, privées)
• Le niveau des prélèvements
• L’efficacité de l’administration à lever des impôts
• Le niveau du taux d’épargne
• Le niveau de la croissance

Le Japon supporte aisément une dette publique de 200 % du PIB quand la Grèce est au bord de la faillite avec une dette de 135 % du PIB.

Le sujet de la retraite est explosif car il touche tous les étages du système économique et social :

• Redistribution entre générations
• Nombre d’actifs/inactifs
• Dépenses sociales (retraite, santé, dépendance)
• Les populations âgées sont plus sécuritaires et moins portées aux risques et aux investissement à risques

3) Les turbulences sur les marchés financiers réduisent la confiance de l’opinion à l’égard des régimes privés de retraite. Les systèmes privés sont-ils des alternatives viables aux régimes de retraite du gouvernement ?

Les systèmes par répartition sont tout aussi voire plus impactés par la crise que les systèmes par capitalisation. Les ressources de la répartition sont assises sur la masse salariale. La masse salariale française s’est contracté plus de 5 points en 2009 générant une perte de plusieurs milliards d’euros de recettes.

Il ne s’agit pas d’alternative mais de complément. Il y a une logique d’associer aux côtés de la répartition de la capitalisation.

Une façon de financer les dépenses de retraites, c’est de bénéficier des produits des investissements réalisés à l’intérieur et à l’extérieur des pays. L’économie mondiale croît de plus en plus grâce aux pays émergents. Il est indispensable que l’épargne contribue au développement de nos pays, des pays émergents et in fine aux retraités

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation d’excès d’épargne et de sous-investissement à long terme.

Les Etats européens et surtout la France viennent de prendre conscience que l’excès de réglementation peut aboutir à fragiliser l’ensemble du système économique. Ainsi Solvency II et Bale III peuvent au nom de la sécurité a réduire le montant des investissements en actions et en private equity.

La réglementation vient en aide, dans un premier temps, aux Etats qui auront accès à des ressources à moindre coûts mais pénalise la croissance, les entreprises et in fine les épargnants et les futurs retraités.

Tout le monde crie au long concernant la déréglementation financière. Mais le processus a été lancé au milieu des années 80 pour faciliter le financement des déficits des Etats (USA, France…, les fameuses OAT). La déréglementation a été instituée en France par Pierre Bérégovoy et le PS.

4) Comment peut concilier la consommation, la croissance et le financement des systèmes de retraite ?

La logique de faire reposer la croissance sur la consommation a vécu. Ce modèle qui a été celui choisi par les Etats-Unis depuis 20 ans mais aussi par l’Union européenne s’est traduit par un développement de la dette privée et de la dette publique.

La croissance du 21ème siècle repassera par l’investissement.

Nous sommes obligés de franchir un gap technologique.

• Indispensable pour l’environnement
• Indispensable pour compenser la diminution inévitable du nombre d’actifs
• Indispensable pour faire face aux dépenses sociales (retraite, santé…)

Les fonds de pensions et les fonds souverains ont par construction une logique de long terme.

Aujourd’hui, nous avons trop de liquidités de court terme. Il faut recycler l’épargne sur le long terme et casser les enchainements spéculatifs.

Il est indispensable de trouver de nouveaux équilibres :

• Actifs/inactifs par le report de l’âge légal de départ à la retraite
• Consommation/investissement
• Revoir les modalités du retour sur investissement

Nous avons des enseignements à tirer de l’expérience russe qui a réussi à réformer son système de retraite entre 2002 et 2008 avec la mise en place de 3 piliers.

La Russie dispose d’atouts importants : les matières premières et une population active importante pouvant générer des gains de productivité et de la croissance.

Il y a une obligation d’améliorer entre des Etats ayant la même culture et ayant des intérêts communs, des synergies.

Il y a une communauté de destin qui lie la vieille Europe avec la Russie.

L’Europe a toujours été multipolaire et c’est sa source de richesses. L’Europe, c’est Londres, Paris, Rome, Berlin Vienne mais aussi Saint Petersburg et Moscou. L’Europe de Brest à l’Oural de Brest à Vladivostok.

La Russie est tout à la fois arrimée aux anciens pays industrialisés mais aussi un pays émergent. C’est une chance pour l’ensemble du continent qu’il ne faut pas gâcher.

Dans la recherche du nouveau paradigme économique, la Russie doit être un acteur clef en tant qu’investisseur de long terme en Europe et à travers la création de partenariats solides entre les sociétés russes et les sociétés européennes.

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10 2010

Russie entre Occident et Orient

Un pont au-delà de l’Oural

Bien au-delà de l’Oural, en pleine Sibérie, du 6 au 9 septembre dernier, j’ai eu la chance de participer au Forum économique international de Baïkal à Irkoutsk auquel assistaient de nombreux responsables économiques et politiques chinois, coréens, japonais et russes ainsi que de trop rares responsables européens de l’Ouest. A première vue, il apparaît surréaliste de réunir un colloque international à des milliers de kilomètres à l’Est de Moscou mais c’est oublié que le lac Baïkal est la principale réserve mondiale d’eau douce, source d’énergie et de vie. Cette région a, par ailleurs toutes les chances de devenir, demain, un carrefour stratégique majeur dans les prochaines décennies, à la confluence de la Chine, du Japon de la Corée, de l’Inde et la Russie. Durant trois jours, des chefs d’entreprises, des chercheurs, des hommes politiques, des investisseurs ont débattu sur l’avenir des nouvelles technologies, sur l’évolution du secteur de l’énergie et sur le rôle que jouera demain. Les Européens de l’Ouest semblent ignorer que le monde multipolaire est déjà une réalité et que le monde ne s’articule plus exclusivement autour du couple qu’ils formaient avec les Américains.

Le continent européen a changé

Le mur de Berlin est tombé il y a déjà plus de vingt ans. Depuis l’Europe semble pourtant balbutier avec son histoire en refusant d’admettre que nous ne sommes plus en 1947. L’époque n’est plus à panser les plaies entre la France et l’Allemagne ou à endiguer le danger communiste mais à reconstruire un modèle de croissance. L’Union européenne qui en voulant trop étreindre en passant de 15 à 27 a perdu en force et en destin. Depuis de trop nombreuses années, l’Europe subit plus qu’elle ne bénéficie de la mondialisation. Engluée dans ses problèmes d’organisation interne, elle a négligé le rôle et l’apport, à ses frontières, de la Russie qui est une puissance incontournable du fait de ses richesses énergétiques, de ses capacités technologiques et de son positionnement. Or, comme l’a souligné le Président de la République à l’occasion du 13ème Forum économique international de Saint-Pétersbourg au mois de juin, « il n’y a plus de nuage entre la France et la Russie ». Notre pays a un rôle à jouer pour renforcer les liens entre les deux parties du continent européen afin d’éviter qu’un fossé économique ne remplace le mur et cela en notre défaveur.

Nous sommes partenaires bien plus que concurrents

A la différence des relations de concurrence que nous pouvons entretenir avec de nombreux pays des autres continents, nos intérêts avec la Russie sont complémentaires comme le prouvent déjà les nombreux contrats signés à l’occasion du Forum de Saint-Pétersbourg. Les complémentarités entre la France ainsi que les Etats de l’Union européenne et la Russie sont évidentes dans l’efficacité énergétique le développement durable, la recherche, les transports, les liaisons routières et ferroviaires, l’aviation ou l’espace. Nous partageons un grand de nombres de valeurs concernant l’organisation du système financier mondial.

La Russie dont la superficie est 31 fois celle de la France et avec sa population de 141 millions d’habitants est une grande puissance disposant d’importantes réserves de matières premières et d’énergie, ce dont a besoin cruellement l’Europe de l’ouest. La Russie possède également de grandes entreprises de dimension internationale et maîtrisant de nombreuses technologies de pointe. La France dont le savoir faire est reconnu dans les domaines des transports, de la réalisation et de la gestion des infrastructures, des partenariats publics-privés se doit tout comme la Russie de s’adapter à la nouvelle donne mondiale. Elle a pour cela un besoin impérieux de capitaux, besoin d’autant plus important que nos déficits publics captent une part non négligeable de notre épargne. Les fonds souverains en Russie qui pèsent déjà plusieurs centaines de milliards de dollars sont et seront des acteurs clef du développement de ce pays mais ils doivent être également des catalyseurs de croissance pour l’ensemble du continent. La Russie a, en effet, dans ses priorités de préparer l’après pétrole et l’après gaz en valorisant au mieux ses excédents commerciaux issus de la rente énergétique. A court et long terme, nos destins sont liés.

Dépasser nos vulnérabilités respectives

La crise de 2008 nous amène à réfléchir sur notre vulnérabilité. Cette crise n’est pas née en Europe mais ce sont les Etats européens et la Russie qui ont été les plus touchés. Les Etats-Unis, par l’importance de leur marché intérieur mais aussi avec l’ALENA à laquelle participent le Canada et le Mexique, ont mieux résisté. De même, en Asie, un espace de coopération économique prend forme, avec l’ASEAN ainsi qu’autour de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud.

Dessinons l’Alliance Economique Euro-Russe

La Russie a, par son positionnement géographique, le choix de ses alliances. Elle peut se tourner vers l’Asie en privilégiant ses liens avec la Chine, la Corée voire le Japon, essayer de créer un quatuor avec les Etats-Unis, la Chine et l’Inde ou renouer avec son statut de grande puissance en partenariat avec l’Europe. Stratégiquement, culturellement, économiquement, tout porte la Russie a opté pour cette dernière solution à condition que la France et les Européens soient disposés à jouer cette carte. C’est pourquoi à la veille de la présidence française du G 20, il serait important que nous puissions initier avec la Russie une véritable alliance économique Euro-Russe permettant tout à la fois de faciliter les échanges commerciaux et technologiques ainsi que les transferts de capitaux.

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10 2010

Pour un impôt global sur le patrimoine !

540 000 Français acquittent l’ISF et versent à ce titre 3,1 milliards d’euros. 19 000 Français ont bénéficié du bouclier fiscal qui a généré un manque à gagner pour l’Etat de 679 millions d’euros. peuvent bénéficier de ce fameux bouclier fiscal, les contribuables qui ont acquitter plus de 50 % de leurs revenus sous forme d’impôts. Sont pris en compte pour ce calcul, l’impôt sur le revenu, l’ISF, la taxe d’habitation et la taxe foncière de la résidence principale ainsi que la CSG et la CRDS. Les autres impôts comme la redevance, la TVA, les taxes foncières sur les résidences secondaires ne sont retenus.

Est-il scandaleux de plafonner le taux global d’imposition ? De fait, en Allemagne, la Cour constitutionnelle a plafonné le taux global d’imposition à 50 %. Au Danemark, ce taux est de 59 % et en Finlande 60 %. Si lles autres pays n’ont pas institué de tels plafonds, c’est aussi que leur niveau de prélèvements obligatoires est moindre.En France, pour 2011, ce taux devrait être de 42,9 % soit 4 points au-dessus de la moyenne européenne et 6 points au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Depuis des années, l’ISF est décrié. Il faut noter qu’au départ l’introduction du fameux bouclier fiscal avait été réclamé pour traiter le problème des propriétaires terriens de l’Ile de Ré qui devait redevable à l’ISF du seul fait de l’appréciation immobilière de leur île. Sans bénéficier d’augmentation de leurs revenus, ils devenaient riches par l’effet de mode et par le souhait des continentaux d’acquérir une parcelle sur l’Ile de Ré.

Par ailleurs, nul ne peut ignorer que l’ISF est un impôt qui était percé dès le départ du fait de l’exonération dont bénéficient les oeuvres d’art et les biens professionnels.

Ces deux exonérations ont été contreproductives. Certes le marché de l’art est devenu un marché refuge et il est intéressant de placer une partie de sa fortune en tableaux pour échapper à l’ISF. Les oeuvres d’art sont, de ce fait, des placements recherchés. En ce qui concerne les biens professionnels, le dispositif d’exonération freine la croissance des PME, la dilution du capital pouvant entraîner un assujettissement à l’ISF. Par ailleurs, elle conduit certains dirigeants à retarder le passage de témoin. Elle conduit également à réaliser des montages juridiques compliqués pour permettre de passer entre les mailles de l’impôt.

Les mécanismes en faveur du financement des PME ont contribué ces dernières années a atténué la pression fiscale liée à l’ISF.

La France est un des derniers pays à conserver un impôt sur le capital. Vestige de la lutte des classes même si son introduction est intervenue au moment même où le système communiste entrait dans sa dernière ligne droite, il n’en demeure pas moins un symbole puissant d’autant plus puissant qu’il n’est acquitté que par une minorité. Cette situation lui permet d’être populaire dans le sens que la très grande majorité est pour son maintien.

Le projet de suppression envisagé avec en parallèle l’augmentation du taux marginal de l’impôt sur le revenu et la suppression du bouclier fiscal est une source infinie de débats et d’erreurs d’appréciation. Il faut souligner que pour trouver trois milliards d’euros, il faudra augmenter le taux marginal à des niveaux très élevés. Le passage de 41 à 45 % rapporterait moins de un milliard d’euros. Comme l’assiette se rétrécit, plus le niveau de revenu augmente, pour prélever quatre milliards d’euros, le taux marginal devrait être relever au-delà de 60 % avec un risque non négligeable d’expatriation des cadres.

Par ailleurs, cela aboutirait à ponctionner les revenus du travail. La tranche marginale débute pour une part à 70 000 euros. Pouvons nous affirmer que ce montant constitue la frontière entre riches et pauvres ? En supprimant l’ISF, il y a un risque de frapper les classes moyennes et classes moyennes supérieures non détentrices d’un patrimoine important.

L’autre solution serait d’élargir l’assiette de l’ISF et d’instituer un faible taux. Aujourd’hui, les taux s’étagent entre 0,55 % et 1,8 %. Il conviendrait mieux d’instituer un impôt général sur le patrimoine avec des taux entre 0,1 et 0,5 %. Ainsi, au nom de la solidarité, tous les propriétaires et détenteurs de patrimoine quel qu’il soit serait redevable mais à un faible taux. Il faudrait certes admettre qu’un impôt proportionnel ou faiblement progressif n’est pas en soi injuste.

En France, il y a un goût pour l’égorgement fiscal à condition que ce soit le voisin qui en soi la victime. Il faudrait passer à l’idée que ce qui compte c’est non pas la valeur relative de l’impôt acquitté mais la valeur absolue. Vaste programme…

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05

10 2010

pénibilité, la boite de pandore est ouverte

La France sera un des seuls pays de l’OCDE à admettre le principe de pénibilité dans son droit social.

Pour bénéficier de la retraite à 60 ans, il faudra avoir une incapacité physique de 10 %. A priori, chaque année 30 000 personnes devraient être concernées pour plus de 700 000 personnes partant à la retraite. Le surcoût sera pris en charge par la branche en charge des accidents du travail et devrait atteindre près de 500 millions d’euros.

Le risque de dérive n’est pas négligeable. tant pour les employeurs que pour les salariés, la tentation sera forte de passer par le canal de l’inaptitude pour partir à la retraite et pour réguler les effectifs.

Les 30 000 risquent fort de devenir 100 000 comme dans leur temps de la mise en place de l’APA qui devait concerner 800 000 personnes et qui est touchée par 1,2 millions ou comme le dispositif de carrière longue dont le succès avait été plus ou moins sciemment sous-évalué.

Aujourd’hui, 115 000 Français arrêtent de travailler pour inaptitude chaque année avec un coût de 4 milliards d’euros pour la sécurité sociale.

La question de la pénibilité au travail existe et a été renforcée par la réduction du temps de travail qui a accru le stress. La liaison avec le dossier de la retraite est dangereuse car elle aboutit à la création d’un nouveau droit se superposant aux autres.

En outre, la notion de pénibilité est évolutive dans le temps ; travailler la nuit à 20 ans n’est pas la même chose qu’à 50 ans. Travailler sur une chaîne en 1960 n’est pas comparable au chaine actuelle.

Si le critère retenu des 10 % peut apparaître simple, il n’en demeure pas moins qu’il entrouvre une porte qui pourrait se révéler coûteuse.

Les Pays-Bas avaient réussi à diminuer leur taux de chômage au début des années 2000 en jouant en créant une catégorie de salariés inaptes au travail ; il ne faudrait pas que la France réédite ce maquillage de statistiques.

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09 2010

les dangers du dopage en économie

Dans les années soixante-dix, l’excès de keynésianisme avait abouti à la stagflation, mix d’inflation et de stagnation économique avec à la clef le développement du chômage. En ce début de siècle, le keynésianisme provoque non pas la stagflation mais une stagnation qui pourrait virer en déflation. Il est à souligner que depuis des années les économies occidentales sont dopées soit par les déficits publics (en France, le dernier excédent budgétaire est vieux de trente cinq ans) , soit par le développement de l’endettement privé, soit par les deux.

La déconnexion entre les liquidités et les gains de productivité ont généré des bulles spéculatives et ont altéré l’échelle des risques.

Si en 2008/2009, l’objectif était de gagner du temps en évitant un effondrement systémique de la sphère financière ; l’objectif a été atteint. En revanche, s’il était espéré que l’injection de milliers de milliards de dollars suffiraient à relancer l’économie de manière saine et durable, l’exercice était vain. A problèmes structurels, le remède ne peut pas être conjoncturel.

L’exigence d’immédiateté imposée par les médias ainsi que la dictature de l’émotion conduisent à l’adoption de mesures symboliques fortes puis à leur oubli or la crise que nous connaissons n’est pas un phénomène éphémère. Par sa nature, elle suppose une modification en profondeur des structures.

Les pays occidentaux ne semblent pas avoir pris conscience de la réalité de la situation. Ils paient le sou-investissement chronique et le choix pour le présent.

Bénéficiant d’une avance technologique et financière sur les pays émergents, ils considèrent qu’il n’y a pas d’urgence. Il y a une certaine acceptation du déclin indolore dans lequel nous évoluons.

L’incapacité des pouvoirs publics en France de réduire le montant des dépenses publiques qui absorbent plus de la moitié du PIB traduit bien la non prise en compte qu’une nouvelle période de l’histoire s’est ouverte. Des civilisations sont mortes comme l’Egypte, les villes grecques, Rome. la Chine première puissance mondiale jusqu’en 1750 a connu plus de deux siècles d’éclipse. Il semblerait aujourd’hui que sauf réaction rapide dans les prochaines années, la pointe occidentale du continent eurasien connaisse un déclin sur fond de vieillissement démographique et de transformation en parcs d’attraction….

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09 2010

De l’organisation à la croissance

La croissance européenne patine depuis de nombreuses années du fait de son faible taux d’emploi, de la faiblesse de sa recherche/développement, du manque d’intégration de son marché intérieur et de l’incapacité de mettre en place des institutions modernes. Ce qui prévaut pour l’Europe vaut également pour la France.

Le schéma d’organisation institutionnelle comme celui des entreprises est peu en phase avec le développement d’une société en réseaux. Les différentes lois de décentralisation n’ont pas permis de mettre un frein à la tentation centralisatrice et pyramidale. Elles ont abouti à complexifier le paysage institutionnel en diluant les responsabilités et en générant des surcoûts.

Les communes, les groupements de communes, les départements, les régions, les pays… ont imité l’Etat avec la création d’administrations qui auto-justifient leur bien-fondé.

Le système vertical administratif a colonisé l’ensemble des structures d’autant plus facilement que les entreprises françaises sont dirigés par les anciens élèves des grandes écoles dont l’ENA et Polytechnique. Ils ont reproduit ce qu’ils avaient appris tout en y mêlant les techniques de rationalisation anglo-saxonnes.

Les grandes entreprises françaises sont tout à la fois matricielles et pyramidales. L’autorité s’est diluée comme celle de l’Etat avec la montée en puissance des collectivités locales et les autorités administratives indépendantes. Les équipes de travail, les services ont été remplacés par des équipes de projets ou de missions. La chasse au petit chef a abouti à la création de structures en râteau ou plutôt en matrice sur laquelle chacun coulisse au gré des exigences de directions logiquement plus proches mais pas forcément accessibles.

Les Français ont plutôt bien intégré les nouvelles techniques de l’information et de la communication mais son utilisation reste très verticale. L’échange collaboratif reste limité. Les salariés ne peuvent que rarement avoir une vue à 360 degrés de leur poste et avoir une vision globale de leur entreprise. Le droit à l’initiative est encore très cantonné.

Ce mode d’organisation ne permet pas de valoriser les capacités des actifs dont le niveau de formation s’est accru fortement en vingt ans. Un tel mode n’est pas un obstacle dans les pays émergents car ils sont dans une phase de montée en puissance en matière d’offre. En revanche, cela est très pénalisant dans des pays où la croissance repose et reposera de plus en plus sur la création, la recherche…

La Chine connaîtra les mêmes affres que la France. Elle sera déjà d’ici moins de 10 ans confrontée au problème du vieillissement ; sa population active commencera à diminuer dès 2015. Par ailleurs, du fait de sa croissance à deux chiffres, ce pays devra également passer d’un mode de développement militaro-administratif à un mode de développement créatif. La force des Etats-Unis a toujours été d’associe rigueur de l’organisation avec une capacité d’innovation, de remise en question permanente. La Chine pourra-t-elle sortir de son mode de développement actuel. Le Japon qui était la star des années quatre-vingt est englué dans une stagnation depuis de plus de vingt ans du fait du vieillissement et d’un rapport à l’autorité trop prononcé. La Chine devra surmonter des goulets d’étranglements bien plus délicats. Capitaliste et communiste, elle devra, dans les prochaines années, être moins communiste et plus libéral pour continuer de poursuivre sa course en tête faute de quoi elle pourrait bien connaître un réel marasme. L’économie mondiale a survécu à la stagnation japonaise ; elle sera certainement plus touchée par celui de l’économie chinoise car tous les pays industrialisés sont devenus sino-dépendants. La Chine peut désormais fixer les produits sur certains biens car elle a éliminé la concurrence mais cela ne garantit pas qu’elle soit le catalyseur de la croissance de demain d’autant plus qu’elle est vouée à connaître une pénurie en matière d’offre de travail.

La France et l’Europe doivent se réinventer.

Les difficultés de l’Europe pour adopter une nouvelle constitution qui a mobilisé l’énergie des Etats membres durant plusieurs années jusqu’à la ratification ratée de la France ainsi que le difficile règlement de la crise grecque traduit bien l’affadissement de l’idéal européen ou plutôt de son incapacité à se régénérer. Le temps de l’après guerre, de la réconciliation avec l’Allemagne, de la reconstruction est achevée, tout comme celle de la chute du rideau de fer ; or l’Europe semble toujours vouloir ignorer que l’histoire a continué à rouler. La communauté de destin s’effrite car il n’y a plus de projet commun. Les solidarités se fragilisent car les intérêts s’aiguisent quand la croissance se fait faible.

La France, depuis près de 30 ans, renâcle à participer à l’aventure de l’économie mondiale. Les Français ont sanctifié l’esprit de mai 1968 alors qu’ils étaient peu nombreux à y participer il y plus de 40 ans. L’ère des temps mauvais semble inspirer le pays avec la participation d’un représentant d’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle de 2002 et l’existence de partis d’extrême gauche faisant plus de 10 % des voix aux élections. La France broie du noir ; les Français égalitaristes ou plutôt jaloux en diables ne supportent plus celui ou ceux qui ont un peu plus qu’eux. Les hommes de pouvoir tout comme les dirigeants d’entreprise sont honnis. Les joueurs de football sont également transformés en punching-ball des frustrations accumulées.

On lèche, on lâche et on lynche tel est le nouveau slogan qui caractérise le pays. Après le temps de l’encensement, il y a le temps de la suspicion et puis vient celui de la haine. Les riches ne sont pas perçues comme des créateurs de richesse mais comme des nantis vivant sur le dos des pauvres travailleurs. Le bouclier fiscal n’est pas un symbole d’équité fiscal visant à éviter le départ des Français les plus talentueux ; bien au contraire, il s’est transformé en symbole d’une société à deux vitesses, de ceux auxquels l’Etat rembourse une partie des impôts car ils sont riches. Nul ne veut savoir combien ils ont payé d’impôt, ni même combien ils ont rapporté à leur pays… Ils sont riches, ils doivent donc raquer.

Au-delà du lynchage médiatique permanent, les parents voudraient que leurs enfants deviennent fonctionnaires, sportifs de haut niveau ou enfants de la télé…

Société bloquée moins qu’il n’est dit tout comme elle est une des moins inégalitaires d’Occident, la société française est rongée par le manque de destin commun. Elle est à l’unisson de l’Europe mais avec comme spécificité un goût prononcé pour l’autodépréciation ou l’autodénigrement. Il y a une tentation de la chute chez les Français qui se traduit par des phases de déclin plus ou moins longue. Il en fut ainsi dans les années trente. Bien souvent, malheureusement, la sortie du marasme intellectuel passe par un homme providentiel, un grand Roi, les deux Napoléon, Clémenceau, le Général de Gaulle. Le caractère pyramidal de la France hérité de l’époque de la monarchie absolue permet difficilement à la démocratie de s’épanouir en toute tranquillité.

A défaut de souhaiter le retour à un régime autoritaire, force est de constater que le parlementarisme et ses travers ont depuis 1995 repris leurs quartiers. La présidentialisation du régime est plus médiatique que réelle. Le parallélisme avec les Etats-Unis n’est que partiel car la France demeure un Etat centralisé où les collectivités territoriales n’ont qu’un pouvoir de gestion déléguée. Elles n’ont pas de compétences propres sur lesquelles elles peuvent légiférer. La marche vers un système fédéral évoquée par François Léotard il y a une vingtaine d’années est la seule voie pour la modernisation du pays et surtout pour lui permettre de retrouver la confiance.

La fédéralisation de la France casserait la verticalité de notre pays qui se traduit par l’hypertrophie de la région parisienne, par la domination des grandes écoles, par l’hyperpuissance des médias nationaux. L’absence d’entreprises de taille moyenne n’est pas sans lien avec le mode d’organisation du pays. L’entreprise française est une entreprise parisienne cotée au CAC 40 ayant des relations étroites avec les pouvoirs publics. Il faut l’avouer que la France arrive à placer près de 10 entreprises parmi les 100 plus grandes entreprises mondiales, prouvant ainsi qu’elle peut rivaliser au-delà de ses frontières. Mais cette hypercentralisation a empêché le développement d’entreprises régionales, familiales qui font la force de l’Allemagne et qui expliquent les bons résultats de sa balance commerciale. Pour réussir en France, il faut monter à la capitale, pour réussir, il faut entrer dans un grand groupe, pour réussir, il faut au préalable avoir fait ses classes dans les grandes écoles…

L’émergence d’Etats fédérés pourrait redonner aux régions des forces nouvelles obligeant l’Etat central à se réinventer. Bien évidemment, il faudrait que cela s’accompagne d’une remise à plat de la fonction publique pour éviter que la France passe de 5 à 10 millions de fonctionnaires… Mais ce n’est qu’avec des réformes systémiques que l’on peu rebattre les cartes et revenir sur des situations acquises. Sans un choc, la spirale du déclin risque d’emmener la France dans les profondeurs des classements mondiaux.

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07 2010

Les vraies fausses vertus du TGV

Les vraies fausses vertus du TGV

L’hebdomadaire « The Economist » du 23 juillet 2010 consacre un article de fond sur le transport ferroviaire. Cet article conteste le plan de Barack Obama de créer un réseau à grande vitesse reliant certaines grandes métropoles américaines.

Le journaliste met en avant que les pays qui ont opté pour la grande vitesse ont négligé voire sacrifié le fret ferroviaire à l’exception de l’Allemagne. Ainsi, la France qui est le pays qui dispose du réseau à grande vitesse le plus étendu est celui qui a le moins recours pour le transport de marchandises au fret ferroviaire.

The Economist souligne que la réalisation des lignes à grande vitesse nécessite de nombreuses subventions des pouvoirs publics et que par définition les lignes ne peuvent pas recevoir des trains de marchandises. En outre, la grande vitesse a permis de conforter les monopoles publics, le ticket d’entrée étant très élevé.

Le bilan comptable des TGV est en France délicat à conduire du fait du transfert d’une grande partie de la dette de la SNCF sur RFF en charge du réseau lors de la constitution de cette dernière société. Par ailleurs, les relations entre les deux sociétés, en particulier, en ce qui concerne l’entretien des lignes demeurent très opaques. La réalisation des lignes à grande vitesse associe tout à la fois RFF surendettée, les collectivités locales, l’Etat, l’Union européenne et des partenaires privés qui sont concessionnaires des ouvrages. Enfin, la SNCF bénéficie tout à la fois d’aides publiques pour le financement des retraites de ses salariés et pour le financement de certaines obligations de services publics…

Le TGV, au-delà, de cette machinerie comptable, a permis à la SNCF d’améliorer ces dernières années sa rentabilité. Aujourd’hui, le modèle est remis en cause car RFF demande des droits de péage plus élevés afin de pouvoir rembourser sa dette et au moment où l’ouverture à la concurrence des lignes passagers lui offre des possibilités d’accroitre ses recettes.

Le grand argument du TGV serait son caractère non polluant par rapport à l’avion. Cet argument n’est pas sans limite. L’énergie électrique n’est pas propre à 100 % et peut être émetteur de gaz à effet de serre quand elle est issue de centrale au fioul ou au charbon. Du fait du sous-investissement d’EDF ces dernières années, le recours à des centrales traditionnelles ou aux importations seront indispensables pour faire face aux besoins. Par ailleurs, en délaissant le fret, la SNCF a contribué au développement du transport routier en étant, il faut, le souligner, le principal propriétaire de camions en France…

Le transport par camions est bien plus polluant que l’avion qui n’est responsable que de 3 % des émissions des gaz à effet de serre. La France est certes vertueuse pour le transport de personnes grâce au TGV mais l’est beaucoup moins pour le transport de marchandises.

Le transport par avion a été fortement pénalisé du fait d’une concurrence déloyale du train mais aussi au nom d’arguments écologiques dont le bienfondé est plus que relatif. Comme quoi, il faut toujours se méfier de certaines vertus…

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07 2010

La retraite : mode d’emploi 2009

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LA RETRAITE EN QUESTIONS

Philippe Crevel

LA RETRAITE EN QUESTIONS

Préface de Jean-Pierre Gaillard

Introduction

CHAPITRE 1 « VERS UNE NOUVELLE GESTION DE LA VIE »

Une retraite plus longue, une vie active plus courte… Une nouvelle gestion de la vie….

CHAPITRE 2 « LE MILLE FEUILLE DE LA RETRAITE «

La retraite, un droit durement conquis Le système de retraite est intimement lié au statut professionnel des actifs Les différents étages de notre système de retraite Les principaux régimes obligatoires français

CHAPITRE 3 « LE CHANTIER DE LA RETRAITE »

1. 1993, les salariés du privé étrennent la réforme des retraites
2. 1993/2003, dix ans de statu quo 3. La réforme Fillon de 2003, au tour des fonctionnaires…
4. L’objectif d’une retraite au moins égale à 85 % du SMIC
5. Le développement de l’épargne retraite
6. La prime aux carrières longues en question 7. 2007, l’alignement des régimes spéciaux
8. La convergence des régimes est en bonne voie
9. Le rendez-vous 2008 sur les retraites
10. Les principales dispositions de la réforme 2008/2009
11. 41 ans de cotisation pour tous
12. Majoration de la surcote
13. Le cumul emploi-retraite facilité
14. Le dispositif en faveur des carrières longues est durci 15. La majoration pour avoir élevé des enfants 16. Les résultats des courses

CHAPITRE 4 LA RETRAITE DES SALARIES DU SECTEUR PRIVE

1. le fonctionnement du régime général
1.1. La formule de calcul de la pension
1.1.1. Le salaire annuel moyen 1.1.2. Le taux de liquidation
1.1.3. La durée d’assurance au régime général
1.2. Les majorations de trimestres 1.2.1. La majoration pour enfant
1.2.2. La majoration pour enfant handicapé
1.2.3. La majoration pour poursuite d’activité au-delà de 65 ans
1.3. La fixation du montant de la pension
1.3.1. Les majorations applicables aux pensions

2. Les régimes complémentaires des salariés
2.1. Le recueil des points
2.2. Le montant de la pension complémentaire
2.3. Les conditions d’obtention de la retraite à taux plein
2.4. L’évolution des régimes

CHAPITRE 5 « LA RETRAITE DES ARTISANS, DES INDUSTRIELS, DES COMMERÇANTS »

1. Le régime de base 1.1. Le régime pour les activités exercées avant 1973 1.2. Le régime en vigueur pour les activités exercées après 1973
2. Les régimes complémentaires 2.1. La retraite complémentaire des artisans 2.2. La retraite complémentaire des commerçants

CHAPITRE 6 « LES PROFESSIONS LIBERALES »

1. Le régime de base (CNAVPL)
2. Les régimes complémentaires 3. Le régime particulier des avocats

CHAPITRE 7 « LA RETRAITE DES EXPLOITANTS AGRICOLES »

1. Le calcul de la retraite forfaitaire 2. Le calcul de la retraite proportionnelle
3. La retraite complémentaire

CHAPITRE 8 « LES RETRAITES DE LA FONCTION PUBLIQUE »

1. Le régime des fonctionnaires civils, des militaires et des magistrats
1.1. Une retraite à la condition d’avoir accompli 15 ans de service 1.2. Les départs sans condition d’âge
1.3. Les possibilités de recul de l’âge de départ à la retraite
1.4. Le calcul de la pension
1.5. Les bonifications 1.6. L’achat de trimestres
1.7. La décote
1.8. La surcote
1.9. Le minimum garanti
1.10. Les majorations de pension
2. La retraite additionnelle
3. La retraite des agents non-titulaires

CHAPITRE 9 « LES PRODUITS D’EPARGNE POUR LA RETRAITE »

1. Les produits d’épargne retraite collective proposés au sein des entreprises
1.1. Les plans de retraite supplémentaire « article 83 »
1.2. Le Plan d’Épargne Retraite d’Entreprise (PERE)
1.3. Les plans de retraite supplémentaire « article 39 »
1.4. Le Plan Épargne Retraite Collectif (PERCO) et le Plan Épargne Retraite Collectif Interentreprises (PERCOI)
1.4.1. Les bénéficiaires
1.4.2. L’alimentation du PERCO
1.4.3. Le changement d’entreprise
1.4.4. La gestion de l’épargne 1.4.5. Le mode de sortie 1.4.6. La fiscalité à la sortie 1.4.7. Le Plan Épargne Retraite Collectif Interentreprises (PERCOI)
2. Les produits d’épargne retraite individuels
2.1. Le Plan Épargne Retraite Populaire (PERP)
2.1.1. Le public concerné
2.1.2. Comment est gérée l’épargne collectée ? 2.1.3. Les sorties anticipées
2.1.4. La sortie en rente est la sortie de droit commun
2.1.5. La réversion de la rente 2.1.6. Le régime fiscal ET SOCIAL
2.1.7. Le PERP et l’ISF
3. les contrats Madelin
3.1. Un produit d’épargne retraite destiné exclusivement aux indépendants
3.2. Les versements sur les contrats Madelin
3.3. Les différents types de Contrats Madelin et les modes de gestion
3.4. Comment récupérer son épargne 3.5. Des garanties en cas de décès
3.6. Le régime fiscal des Contrats Madelin
4. la Préfon
4.1. La Préfon, un fonds de pension associatif et paritaire
4.2. La Préfon n’est pas exclusivement réservée aux fonctionnaires
4.3. La Préfon est un régime par points
4.4. La rente comme mode de sortie
4.5. Le régime fiscal
5. Les autres compléments de retraite liés à la Fonction publique

CHAPITRE 10 ASSURANCE-VIE, PEA, IMMOBILIER LES AUTRES SOLUTIONS POUR PREPARER SA RETRAITE

1. L’assurance-vie 1.1. La gestion de l’épargne
1.2. Les modes de sortie
1.2.1. La sortie en capital 1.2.2. La sortie en rente
1.3. Les droits de succession 2. Le Plan Épargne en Actions (PEA)
3. L’immobilier, une tentation bien naturelle, mais pas toujours rationnelle
3.1. Acquérir sa résidence principale
3.2. L’immobilier locatif

Chapitre 11 « FACE A LA RETRAITE, ETES VOUS BIEN PREPARE ? »

1. Le test en quinze questions
2. Les résultats
3. L’analyse

CHAPITRE 12 « 37 QUESTIONS ET 37 REPONSES SUR LA RETRAITE »

LES SITES INTERNET ET LES OUVRAGES UTILES

LE GLOSSAIRE

LES ADRESSES UTILES

Remerciements à Olivia Penichou, Séverine Beaudot et Sarah Djari  
INTRODUCTION

Déficit de la Sécurité sociale, dette publique, papy-boom, développement de la dépendance, la retraite est devenue pour un très grand nombre d’entre nous un sujet d’inquiétude. La chute des revenus au moment de la cessation d’activité, et la méconnaissance du fonctionnement de notre système d’assurance vieillesse, il est vrai complexe, sont des sources légitimes d’anxiété accrue par la succession, depuis 1993, des réformes.

Au-delà des inquiétudes, il convient pourtant de souligner que jamais les conditions de vie des retraités n’ont été aussi bonnes. Les retraités disposent, en effet, de revenus sensiblement comparables à ceux des actifs, situation inimaginable avant la Seconde Guerre Mondiale.

Nous avons surtout la chance de vivre de plus en plus longtemps et en meilleure santé. Sous Louis XV, la moitié des enfants mourraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans. Elle atteint, en 2007, 77,2 ans pour les hommes et 84,5 ans pour les femmes. En un demi-siècle, nous avons gagné vingt ans ! Si jusque dans les années soixante, les gains d’espérance de vie reposaient essentiellement sur la diminution de la mortalité infantile, ils sont le fruit, depuis trente ans, de l’allongement de la durée de la vie. En 1914, l’espérance de vie d’une personne âgée de 65 ans était de dix ans ; elle dépasse, aujourd’hui, vingt ans. De 1950 à 2008, le nombre de centenaires est passé, en France, de 200 à plus de 20 000 ; ce nombre double tous les dix ans.

Cet étirement de la vie associé au papy-boom qui n’est que la conséquence du baby-boom des années 1947 à 1965 met à rude épreuve notre système de retraite reposant essentiellement sur la répartition (les cotisations des actifs financent les pensions des actuels retraités). Nous vivons une véritable révolution démographique qui est sans précédent. Cette révolution ne se limite pas qu’à la France, elle concerne non seulement tous les pays industrialisés mais aussi des pays émergents comme la Chine. Le défi de la gestion de la population âgée occupera, pour plusieurs décennies, les devants de la scène. Au-delà des questions de financement, le vieillissement de la population nous oblige à revoir le fonctionnement en profondeur de la société : urbanisme, services de proximité, assistance… La canicule de 2003 a, en la matière, été un révélateur. Malgré la bonne qualité du système de protection sociale, 15 000 personnes essentiellement âgées voire très âgées sont décédées durant le mois d’août 2003.

Le pessimisme n’est pas de mise, la bataille des retraites est loin d’être perdue. Le système bâti après la Seconde Guerre Mondiale demeure solide même si son âge d’or s’achève. De nombreuses solutions existent afin de permettre de bien préparer sa retraite à condition de ne pas s’en remettre au hasard et au temps. Face au défi des retraites, il y a un devoir d’information car c’est en amont de la cessation d’activité qu’il faut agir.

Ce guide a pour objectifs, de manière aussi ludique que possible, de tracer un panorama de la retraite en France, de présenter les grandes lignes des différents systèmes ainsi que de proposer des solutions pour maintenir, voire améliorer, ses revenus après la fin de la carrière professionnelle. Il ne faut pas perdre de vue que si la retraite est un droit, nous en sommes les architectes.

CHAPITRE 1
LA QUESTION INCONTOURNABLE DES RETRAITES

La France consacre une part importante de sa richesse au financement des retraites, plus de 13 % du PIB en 2006 soit 235 milliards d’euros. Ce taux est supérieur à celui de la moyenne des États membres de l’Union Européenne, 10,5 % du PIB en 2006.

Plus de la moitié des retraités touchent une retraite inférieure à 1000 euros par mois. 600 000 retraités touchent l’allocation de soutien aux personnes âgées (minimum vieillesse) soit 628 euros pour un célibataire et 1126 euros pour un couple.

Nous connaissons déjà les grandes lignes de la situation du système de retraite à vingt ou trente ans car il dépend des évolutions de la démographie française de ces cinquante dernières années. Nos régimes de retraite ressemblent à des supertankers ; une fois lancés, les arrêts ou les changements de direction prennent du temps et ne s’improvisent pas.

Le nombre de personnes de plus de 60 ans doublera d’ici 2050 selon l’INSEE . Près d’un habitant sur trois aura plus de 60 ans contre un sur cinq en 2005. La France comptera alors sept habitants de plus de 60 ans pour dix habitants âgés de 20 à 59 ans. La France si elle est confrontée au défi démographique, se trouve dans une meilleure situation que l’Allemagne, l’Italie ou le Japon dont le vieillissement est plus rapide et plus important. Le nombre de retraités passera, de ce fait, de 13,5 millions de retraités à plus de 29 millions de retraités de 2006 à 2050. Le ratio « retraités sur actifs » s’élèvera, sur la même période, de 45 à 83 %.

Une retraite plus longue, une vie active plus courte…

Si la durée de la retraite a doublé en un demi-siècle, la vie professionnelle, en revanche, s’est contractée. Nous entrons, de plus en plus tard, sur le marché du travail et nous en sortons de plus en plus tôt. En 1936, plus de la moitié des jeunes garçons de 13 ans travaillaient ; aujourd’hui, l’âge moyen du début de la vie professionnelle est de 22 ans. Par ailleurs, et cela constitue une spécificité bien française, seulement 37 % des salariés français de 55 à 65 ans ont encore un emploi contre 45 % en Allemagne ou 57 % au Royaume-Uni. La vie active s’est, de ce fait, réduite de huit ans depuis 1945.

Une nouvelle gestion de la vie….

Une nouvelle gestion des âges s’impose. Autrefois, au mieux trois générations cohabitaient et encore de manière temporaire ; aujourd’hui quatre générations sont amenées à se côtoyer durablement. Cette mutation démographique s’accompagne d’un phénomène conjoncturel, l’arrivée à l’âge de la retraite des classes d’âge nombreuses d’après la Seconde Guerre Mondiale. Le baby-boom devenu papy-boom se fera sentir jusqu’en 2030. Le nombre de départs à la retraite qui était inférieur à 500 000 avant l’an 2000 atteint désormais les 750 000. En contrepartie, arrivent sur le marché du travail, les générations de taille plus réduite des années soixante-dix et quatre-vingt.

Cette conjonction de l’allongement de la durée de la vie et du papy-boom n’est pas sans conséquences financières. Nous avons d’un côté plus de pensionnés vivant plus longtemps et ayant eu des carrières longues ; de l’autre un nombre d’actifs stabilisé avec des carrières plus hachées du fait de changements professionnels plus fréquents, de périodes de chômage plus ou moins longues et d’une moindre progression des salaires. Il en résulte des charges en forte progression qui pèsent sur un nombre plus réduit de personnes. L’équation est d’autant plus délicate à résoudre que les marges de manœuvre budgétaires sont faibles du fait du poids de l’endettement public (plus de 1000 milliards d’euros) et du niveau déjà élevé des prélèvements obligatoires (plus de 43 % du PIB).

Ainsi, selon les dernières évaluations du Conseil d’Orientation des Retraites , le poids des dépenses de retraite devrait augmenter pour atteindre 14 % du PIB en 2020 et près de 15 % en 2050. En parallèle, à législation inchangée, le montant du déficit du système de retraite passera de 4,2 à 68,8 milliards d’euros de 2006 à 2050. En 2020, ce déficit atteindra déjà près de 25 milliards d’euros.

Face à ce défi, la France a des atouts : le niveau plus élevé que la moyenne européenne de son taux de fécondité et la forte productivité de ses actifs. Néanmoins, cela ne saurait suffire à maintenir le pouvoir d’achat des futurs retraités, d’autant plus que nous devrons également faire face à la progression des dépenses de santé dont 50 % sont imputables aux personnes de plus de 60 ans et de celles liées à la dépendance évaluées à près de 2 % du PIB d’ici 2050. Plus d’un million de personnes étaient considérées comme dépendantes en 2007 ; ce nombre devrait s’accroître de 5 % par an.

CHAPITRE 2
LE MILLE FEUILLE FRANÇAIS DE LA RETRAITE

La retraite, un droit durement conquis

Le droit à la retraite figure parmi les grands acquis sociaux de notre pays. Or, la France a mis plus de trois cents ans à construire un système de retraite couvrant l’ensemble de sa population. En effet, si le premier régime de retraite a été institué par Colbert sous Louis XIV en faveur des mariniers, il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour la mise en place d’un véritable système de retraite qui ne sera, par ailleurs, réellement généralisé que dans les années soixante-dix. La France était très en retard par rapport à ses principaux partenaires. Les Allemands ont bénéficié d’une couverture vieillesse dès 1889, les Italiens en 1919 et les Anglais en 1925.

Notre système de retraite, du fait de sa longue maturation, ressemble à un mille feuilles, sa complexité étant souvent le fruit de l’histoire. Issu des travaux du Conseil national de la résistance en 1944, il s’inspire du modèle anglais avec la création de la Caisse nationale d’assurance vieillesse mais aussi du modèle allemand avec la cogestion et le rôle donné aux partenaires sociaux. Le régime de retraite français est, avant tout, un système assurantiel ; pour bénéficier d’une pension, il faut, au préalable, avoir eu un emploi. Néanmoins, des dispositifs de solidarité ont été introduits avec, en particulier, le minimum vieillesse rebaptisé, depuis le 1er janvier 2007, « allocation de soutien pour les personnes âgées ».

Si le principe fixé par les ordonnances de 1945 était la création d’un système général d’assurance vieillesse couvrant toute la population, il n’a pas été atteint du fait du maintien des régimes spéciaux ainsi que du refus des commerçants et des industriels d’intégrer le régime des salariés. Jusque dans les années quatre-vingt-dix, plus de 120 régimes de base et plus de 600 régimes complémentaires cohabitaient.

Le système de retraite est intimement lié au statut professionnel des actifs

A chaque statut, son régime de retraite. La retraite des salariés du privé, des commerçants, des agriculteurs, des avocats, des fonctionnaires, des agents de la SNCF… obéissent à des règles spécifiques. Depuis une quinzaine d’années et surtout depuis l’adoption de la loi Fillon en 2003, un processus d’alignement sur le régime général des salariés est engagé. Un regroupement des caisses au niveau du régime de base et également au niveau des régimes complémentaires a été entamé dans le cadre d’un processus de rationalisation.

Les différents étages de notre système de retraite

Le système de retraite français comporte deux grands piliers ou étages : les régimes de base et les régimes complémentaires ; aux premiers la charge de verser un minimum légal ; aux seconds, de nature conventionnelle, d’améliorer ce minimum. A ces deux étages, il faut en ajouter un troisième qui comprend les régimes supplémentaires pouvant être collectifs, c’est-à-dire organisés au sein des entreprises ou individuels quand la personne active décide de se constituer personnellement un complément de retraite.

La France a privilégié le système par répartition à la différence de ses partenaires qui ont opté pour des systèmes mixtes, répartition et capitalisation. Le choix de la répartition n’était pas, loin de là, irrationnel en 1945 du fait d’un nombre réduit de retraités, d’une population active en expansion et d’une croissance élevée mais le faible accroissement de la masse salariale constaté depuis une quinzaine d’années et l’augmentation du nombre de retraités pénalisent désormais la répartition. La capitalisation bénéficie, en revanche, de la forte appréciation des actifs financiers depuis le milieu des années quatre-vingt ainsi que de la mondialisation qui a accru les possibilités de placements. Les deux systèmes se complètent plus qu’ils ne s’opposent. L’aversion des Français vis-à-vis des actions et de la bourse ainsi que la rémanence au sein de la mémoire collective de la faillite des rentiers des années Trente contribuent à discréditer, en France, la capitalisation. Le terme « fonds de pension » est associé à l’ultralibéralisme, aux scandales boursiers ou aux dérives de la mondialisation.

Les partenaires de la France possèdent donc, en règle générale, deux piliers obligatoires, le régime de base par répartition, le pilier complémentaire géré par capitalisation. Le troisième pilier est souvent facultatif et repose sur des produits d’épargne retraite individuels.

RETRAITE PAR REPARTITION : dans le système par répartition, les actifs, tout en accumulant des droits, versent des cotisations qui financent les pensions des retraités. Ce système repose sur une solidarité horizontale intergénérationnelle.

RETRAITE PAR CAPITALISATION : dans le système retraite, les adhérents capitalisent les versements qu’ils effectuent directement ou par l’intermédiaire de leur employeur. La capitalisation repose sur une redistribution verticale, ce sont les versements du passé qui permettent de payer les pensions d’aujourd’hui. Ces versements capitalisés donnent lieu au versement d’une rente ou parfois d’un capital. Le rendement de a capitalisation dépend du montant des cotisations et des placements effectués (placements financiers, immobiliers…).

Au-delà de la distinction capitalisation – répartition, le système de retraite français se caractérise par sa diversité. Aujourd’hui, 36 organismes gèrent ainsi le régime de base obligatoire et plus d’une centaine les régimes complémentaires.

En fonction des aléas de la vie professionnelle, nous pouvons, de ce fait, dépendre de plusieurs régimes de base ainsi que de plusieurs régimes complémentaires. Grâce à l’informatique, de nombreux progrès ont été réalisés dans l’interconnexion des différentes caisses permettant ainsi de simplifier les démarches des futurs retraités.

Les principaux régimes obligatoires français

Les régimes obligatoires de retraite ont versé, en 2007, pour plus de 190 milliards d’euros de prestations ; les organismes d’assurances et de mutuelles au titre de la retraite ont versé 6,4 milliards d’euros .

Le principal régime de base est celui des salariés de l’industrie, du commerce et des services, les salariés représentant plus de 70 % de la population active. En matière de complémentaire, la quasi-totalité des salariés sont couverts par l’ARRCO (Association pour le Régime de la Retraite Complémentaire) ; les cadres et assimilés bénéficient, de plus, du régime complémentaire de l’AGIRC (Association Générale des Institutions des Retraites des Cadres).

Les pensions de base des fonctionnaires, environ 5 millions d’actifs, sont payées directement par l’État. Depuis 2005, une retraite additionnelle a été instituée ; elle joue le rôle de complémentaire. Les agents non titulaires de État et des collectivités territoriales sont rattachés au régime général de base des salariés et à l’IRCANTEC pour la complémentaire.

La Mutualité sociale agricole a la charge de la Sécurité sociale des exploitants agricoles, salariés et non salariés ; elle verse, à ce titre, une retraite de base mais aussi, depuis 2003, une retraite complémentaire obligatoire.

Si les professions libérales relèvent d’un même régime de base, la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL), elles ont conservé des régimes complémentaires distincts (agents généraux d’assurance, experts comptables, chirurgiens-dentistes…). Plus de 300 000 personnes sont concernées.

La retraite de base des commerçants (600 000), des artisans (650 000) et des chefs d’entreprise est gérée depuis le 1er juillet 2006 par le Régime Social des Indépendants (RSI). En ce qui concerne le régime complémentaire, les règles et les caisses sont spécifiques à chacune des catégories concernées.

Si les régimes de base et les régimes complémentaires reposent, en règle générale, sur la répartition, ils diffèrent en ce qui concerne les modalités de calcul des pensions. Les régimes de base prennent pour référence les salaires perçus quand les régimes complémentaires ont recours à un système par points. Les points accumulés pendant la période d’activité sont transformés en rente au moment de la liquidation de la retraite.

CHAPITRE 3 LE CHANTIER PERMANENT DE LA RETRAITE
PLUS DE QUINZE ANS DE REFORMES

Tous les pays, à partir des années quatre-vingt, ont été dans l’obligation de réformer leur système de retraite afin de lisser les effets du vieillissement de la population et du papy-boom. Ces réformes ont modifié les règles de calcul des pensions (période de référence, indexation des pensions, taux de cotisation…). A la différence de la France, de très nombreux pays ont opté pour le recul de l’âge légal de départ à la retraite, le portant en moyenne à 65 ans. Au Danemark comme aux Etats-Unis, l’âge légal a déjà été reculé à 67 ans.

Si les premières études sur les conséquences du papy-boom datent des années quatre-vingt, il faut attendre 1993 pour le lancement de la première réforme des retraites

1993, les salariés du privé étrennent la réforme des retraites

La réforme Balladur de 1993 concerne exclusivement les salariés du secteur privé. En 2003, elle est complétée par la loi Fillon qui aligne, en partie, le régime de la fonction publique sur celui des salariés du privé. En 2007, les régimes spéciaux sont réformés. Il aura fallu, ainsi, 14 ans pour adapter l’ensemble du système français des retraites à la nouvelle donne démographique. Il n’en demeure pas moins que le problème n’est que partiellement résolu.

Afin de remettre en cause le principe de la retraite à 60 ans, considéré comme un acquis social, les gouvernements et les partenaires sociaux ont joué sur la durée de cotisation et sur les règles de calcul des pensions.

Ainsi, la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein a été portée progressivement de 37,5 à 40 ans. En 2008, la durée de 40 ans est la règle pour le régime général des salariés, pour le régime général des professions libérales, pour le régime des exploitants agricoles ainsi que pour celui de la fonction publique. A partir de 2009, il est prévu d’augmenter la durée de cotisation d’un trimestre par an afin d’atteindre 164 trimestres au total, soit 41 ans, en 2012.

En 1993, il a été également décidé pour les salariés du secteur privé que la pension serait calculée sur la base des vingt-cinq meilleures années et non sur les dix meilleures années. Cette modification aboutit à une diminution du montant de la pension.

Les pensions comme les salaires servant de base pour son calcul sont revalorisées en fonction de l’indice des prix hors tabac ; auparavant, c’était l’indice de progression des salaires qui était retenu. En règle générale, ce dernier indice progresse plus rapidement que celui des prix.

Le Gouvernement a prévu, par ailleurs, de transférer une partie des cotisations chômage sur la retraite en fonction de l’amélioration du marché du travail. Un calendrier a été présenté en 2008 par le Premier Ministre François Fillon. Ainsi un relèvement progressif des cotisations vieillesse en trois phases (0,3% en 2009, 0,4% en 2010 et 0,3% en 2011) serait prévu.

Les régimes complémentaires ont plus de souplesse pour gérer le choc démographique. Ils augmentent le prix d’achat des points (ce qui correspond aux cotisations pour le régime de base) et diminuent la valeur du point utilisé pour le calcul de la pension. Les ajustements s’opèrent annuellement. Ils aboutissent à renchérir le coût d’acquisition des points et à diminuer leur valeur. Il en résulte une baisse du rendement des régimes complémentaires.

L’application de l’ensemble de ces mesures entraîne une diminution du taux de remplacement, c’est-à-dire du rapport constitué du montant des pensions sur celui du dernier salaire reçu. Il est passé en moyenne de 80 à 67 % pour les non cadres et de 78 à 58 % pour les cadres.

1993 – 2003, dix ans de statu quo

De 1993 à 2003, peu de changements ont été opérés. L’échec de la réforme d’Alain Juppé en 1995, réforme qui visait, entre autre, à harmoniser les régimes spéciaux sur celui des salariés, a gelé la situation.

Le Gouvernement de Lionel Jospin commanda plusieurs rapports pour analyser la situation et décida la création du Fonds de Réserve des Retraites (FRR) par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 1999. Le FRR est destiné à lisser entre 2020 et 2040 les effets du papy-boom en limitant la hausse des cotisations sociales. Le FRR fonctionne comme un fonds de pension ou comme un fonds souverain. Afin de pouvoir jouer pleinement son rôle, il était prévu de le doter de plus de 150 milliards d’euros provenant des recettes de privatisation et de plusieurs taxes. Or, au 31 décembre 2007, le montant des actifs du FRR n’était que de 34,5 milliards d’euros. La question de son utilité et de son existence est posée régulièrement.

La réforme Fillon de 2003, au tour des fonctionnaires…

Le système de retraite des fonctionnaires a été réformé avec l’adoption de la loi Fillon d’août 2003. La durée de cotisation a été fixée comme pour les salariés du secteur privé à 40 ans. En contrepartie, il a été créé un régime additionnel par points permettant d’intégrer les primes perçues par les fonctionnaires dans le calcul de leur pension.

L’objectif d’une retraite au moins égale à 85 % du SMIC

La loi Fillon a également prévu qu’à terme tout retraité devrait toucher au minimum 85 % du SMIC. Nicolas Sarkozy s’est engagé à atteindre cet objectif d’ici 2012.

Le développement de l’épargne retraite

Après l’abrogation de la loi Thomas sur l’épargne retraite avant l’élection présidentielle de 2002, loi qui n’avait pas été appliquée faute de décrets d’application, le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a inséré un volet « capitalisation » au sein de la loi Fillon. Plusieurs produits d’épargne retraite ont été ainsi créés, le Plan Épargne Retraite Populaire (PERP), le Plan Épargne Retraite Collective (PERCO) et le Plan Épargne Retraite d’Entreprise (PERE).

Une prime aux carrières longues en question

La loi Fillon a également permis aux personnes de moins de 60 ans ayant cotisé à taux plein de prendre de manière anticipée leur retraite. Ce dispositif a rencontré un fort succès. Depuis son instauration en 2006, plus de 515 000 personnes en ont bénéficié. La réussite de cette mesure explique en grande partie la dégradation, ces trois dernières années, des comptes de l’assurance vieillesse. En 2008, son coût est évalué à plus de 2,5 milliards d’euros.

2007, l’alignement des régimes spéciaux

En 2007, le Gouvernement a, par plusieurs décrets, aligné les régimes spéciaux sur le régime général en ce qui concerne la durée de cotisation. Le passage à 40 ans a donné lieu à une négociation au niveau national puis au sein de chaque entreprise ou secteur concerné.

Les décrets publiés intègrent l’augmentation progressive de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein, de 37,5 ans actuellement à 40 ans en 2012, soit la même durée que celle des fonctionnaires et des salariés du privé. La durée de cotisation passera à 151 trimestres (au lieu de 150) au 31 décembre 2008 et augmentera ensuite d’un trimestre au 1er janvier et au 1er juillet de chaque année jusqu’au 1er juillet 2012, puis d’un trimestre au 1er juillet de chaque année jusqu’à atteindre la durée maximum définie à l’article 5 de la loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites.

Une décote pour les salariés des régimes spéciaux partant en retraite sans avoir la durée de cotisation requise a été créée ainsi qu’une surcote pour ceux ayant dépassé cette durée sur le modèle du secteur privé. Enfin, l’indexation des pensions de retraites est pour les régimes spéciaux désormais fixée sur les prix et non plus sur les salaires.

La convergence des régimes est en bonne voie

Depuis une quinzaine d’années, une convergence est constatée entre les différents régimes de retraite en France même si des différences persistent pour le calcul et les conditions d’obtention des pensions.

Les réformes engagées depuis 1993 ne règlent pas l’ensemble du problème comme l’a souligné le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites de 2007. Du fait de l’évolution de l’espérance de vie et du fait qu’arrivent à la retraite des salariés ayant l’ensemble de leurs annuités, le montant des pensions à verser progresse rapidement. Le maintien d’un faible taux d’emploi, autour de 64 % avec, en particulier, un taux d’emploi des seniors (55/65 ans) de 38 %, constitue un handicap majeur pour notre système de retraite essentiellement financé à partir des cotisations sociales assises sur les salaires.

Depuis plus de vingt ans, les entreprises, les pouvoirs publics tout comme les salariés ont favorisé le départ précoce à la retraite. Les Français souhaitent, en effet, majoritairement partir avant 60 ans ; les entreprises ont utilisé l’arme des préretraites pour réduire leurs effectifs et leurs coûts ; les pouvoirs publics ont considéré à tort que cette arme permettait de réduire le chômage, en particulier celui des jeunes. Aujourd’hui, il convient de remettre en cause ce consensus et les mauvaises habitudes qui sont devenues hors de prix.

Le rendez-vous 2008 sur les retraites

La loi Fillon a prévu que les pouvoirs publics et les partenaires sociaux établissent, tous les cinq ans, un bilan et prennent le cas échéant de nouvelles mesures.

Compte tenu de la dégradation plus rapide que prévue des comptes de l’assurance-vieillesse et les projections réalisées par le Conseil d’Orientation des Retraites au mois de novembre 2007, le Gouvernement de François Fillon a décidé d’engager une nouvelle réforme.

Solde des principaux régimes de retraite

2020 2050
CNAV -4,5 -54,9
ARRCO 6,3 0
AGIRC -1,8 -3,3
Fonction Publique de État -18 -42,4
Hypothèses du COR- 2007 et maintien de l’indexation des pensions sur les prix

Les principales dispositions de la réforme 2008/2009

41 ans de cotisation pour tous

Conformément aux engagements pris dans la loi Fillon de 2003, la durée de cotisation passera de 160 à 164 trimestres de 2009 à 2012. Cette mesure concernera les actifs nés après le 1er janvier 1951. Pour les salariés des régimes spéciaux, le passage à 41 ans sera effectif en 2016.

Majoration de la surcote

La surcote qui vise à inciter les salariés ayant atteint plus de 60 ans et ayant obtenu l’ensemble des trimestres à poursuivre leur activité professionnelle serait portée dès la première année à 5 % (3 % actuellement pour la première année, 4 % pour les suivante et 6 % au-delà de 65 ans). Le gain de cette majoration demeurera néanmoins assez faible, en moyenne, une vingtaine d’euros par mois.

Le cumul emploi-retraite facilité

Les règles de cumul emploi-retraite seront amplement assouplies. Ainsi, un retraité pourra reprendre son ancienne activité sans attendre le délai actuel de 6 mois. Par ailleurs, le montant du salaire ne sera plus plafonné. En revanche, dès sa retraite liquidée, il ne pourra pas l’améliorer en reprenant son activité professionnelle sauf s’il l’exerce sous un statut différent (en indépendant s’il était auparavant salarié par exemple).

Le dispositif en faveur des carrières longues est durci

Sans remettre en cause le dispositif en faveur des salariés ayant eu une longue carrière, les pouvoirs publics tentent d’en réduire les effets sur le déficit de l’assurance-vieillesse. Avant même le Rendez-vous de 2008, le Gouvernement a, à travers une circulaire publiée en 2008, modifié les règles de validation des trimestres. Selon cette circulaire, les preuves d’activité à fournir pour valider des périodes qui n’avaient pas donné lieu à versement de cotisations sont plus contraignantes. Auparavant, il suffisait que deux témoins signent un document afin de valider une période d’activité pour laquelle il n’y avait pas de preuve (des abus auraient été constatés du fait de l’absence de plafond pour la validation de trimestres sans preuve). Avec la nouvelle circulaire, faute de preuve matérielle établissant l’activité, comme une feuille de paye, il ne pourra être validé que quatre trimestres. A partir de 2009, ces durées de cotisation requises sont allongées : de un trimestre pour les salariés nés en 1949, de deux pour ceux nés en 1950, de trois pour ceux nés en 1951 et de quatre pour ceux nés en 1952.

La majoration pour avoir élevé des enfants pourrait être modifiée ?

La majoration accordée aux femmes pour avoir élevé des enfants est dans le collimateur des pouvoirs publics pour deux raisons. Son coût est jugé excessif et sa légalité pourrait être remise en cause par la Cour de Justice Européenne du fait qu’elle est discriminatoire. Un précédent jugement avait condamné un dispositif de même nature en vigueur dans la fonction publique.

Les résultats des courses

Depuis 2006, l’assurance-vieillesse enregistre des pertes non négligeables 1,9 milliard d’euros en 2006 et 2007, 4,6 milliards d’euros en 2008).

Compte tenu des dispositions prises depuis 1993, le taux de remplacement pour les générations qui prendront leur retraite continuera de baisser. Le Conseil d’Orientation des Retraites a estimé la chute, en moyenne à 10 points. Pour les cadres, elle pourrait atteindre 20 points. Les fonctionnaires bénéficieront, en revanche, de la montée en puissance du régime additionnel instauré en 2003.

Taux de remplacement à la liquidation des droits à 65 ans

1938-2003 1955-2020 1985-2050
Non cadre, secteur prive CNAV+ARRCO Accord 2003 prolongé 83,6 % 75,6% 64,4 %
Cadre, secteur privé CNAV+ARRCO+AGIRC
Accord 2003 prolongé 64,1 % 55,5 % 42,7 %
Fonctionnaire
avec une prime de 20 % Régime de la fonction publique ou CNRACL (collectivités locales) +
Régime additionnel 68,7 % 68,5 % 69,2 %
Taux de remplacement : montant des pensions perçues par rapport au dernier salaire
Sources COR-Novembre 2007

Au moment de la cessation d’activité, la chute de revenus risque d’être de plus en plus brutale d’autant plus que les règles d’indexation ne favoriseront pas les pensions qui suivent l’inflation et non les salaires. L’écart entre les salaires et les pensions ne peut donc que progresser. Avec le passage de la durée de cotisation à 41 ans, de moins en moins d’actifs auront à 60 ans le nombre de trimestres suffisants pour obtenir une retraite à taux plein. Il faudra soit accepter de travailler au-delà de 60 ans, soit accepter une pension amputée. Les salariés risquent d’être exposés à une double peine, nombre de trimestres insuffisants et application de la décote.

CHAPITRE 4
LA RETRAITE DES SALARIES DU SECTEUR PRIVE

Le régime général des salariés compte plus de 17 millions de cotisants et 11,5 millions de retraités . Il couvre les salariés du secteur privé cadres et non cadres, les salariés agricoles non exploitants ainsi que les dirigeants d’entreprise salariés.

Les salariés du secteur privé bénéficient d’une retraite de base servie par le régime général et d’une retraite complémentaire obligatoire (ARRCO, AGIRC). Ils peuvent également bénéficier de suppléments de retraite collectifs facultatifs ou obligatoires au sein de leur entreprise. Les agents non titulaires de la fonction publique dépendent également du régime général d’assurance-vieillesse ; en revanche pour leur régime complémentaire, ils sont rattachés à l’IRCANTEC.

1. LE FONCTIONNEMENT DU REGIME GENERAL

Le régime général, la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse, constitue le principal régime de retraite en France. Il est géré par les partenaires sociaux même si le rôle de État est déterminant.

1.1. La formule de calcul de la pension

Le montant de la pension (P) versée par le régime général dépend de quatre facteurs :

• Le salaire annuel moyen calculé sur la base des vingt cinq meilleures années : S
• Le taux de liquidation : T
• La durée d’assurance au régime général : d
• La durée de référence : R

La formule de calcul est la suivante :

P= S×T×d/R

1.1.1. Le salaire annuel moyen

Pour tous les salariés nés après le 1er janvier 1948, le nombre d’années de salaire retenu pour le calcul du salaire annuel de référence est de 25 ans. Cette durée était auparavant de 10 ans. Les salariés nés entre 1934 et 1948 ont bénéficié d’un phénomène de lissage (allongement d’un an de la durée de référence pour chaque génération concernée). Le passage de 10 à 25 ans entraîne logiquement une baisse du montant de la pension. Le salaire annuel moyen est calculé à partir des salaires bruts retenus dans la limite du plafond de la Sécurité sociale en vigueur, les salaires étant revalorisés en retenant l’indice des prix à la consommation. 1.1.2. Le taux de liquidation

Le taux de liquidation varie d’un minimum, fonction de l’âge du bénéficiaire jusqu’au taux de 50 % correspondant à la retraite à taux plein.

Le taux maximum de 50 % est donc accordé :

• aux salariés prenant leur retraite à 65 ans ;
• aux salariés de plus de 60 ans ayant totalisé au moins 160 trimestres ;
• aux salariés ayant été déclarés inaptes au travail ;
• aux anciens combattants ou prisonniers de guerre, anciens déportés ou internés ;
• aux mères de famille ouvrières.

Avec la réforme de 2008, le nombre de trimestres passera progressivement de 160 à 164 de 2009 à 2012.

Le taux minoré, donc inférieur à 50 %, est calculé à partir d’un coefficient (décote) qui est fonction de l’année de naissance. Il est calculé en prenant en compte soit le nombre de trimestres manquants pour atteindre 160 trimestres (164 trimestres à partir de 2012), soit le nombre de trimestres nécessaires pour atteindre 65 ans.

Par exemple, un salarié né en 1947 et ayant cotisé 155 trimestres a besoin de 5 trimestres pour atteindre 160 et de 16 pour atteindre 65 ans. On retient donc la valeur « 5 ». Le taux qui lui sera appliqué sera donc de 45% = 50 % – [1×5/100]

Afin de ne pas trop pénaliser les salariés ayant eu des carrières tronquées, un taux plancher a été prévu.

Taux plancher applicable aux salaries
en fonction de leur année de naissance

Année de naissance coefficient Taux de liquidation plancher
Avant 1944 1,25 25 %
1944 1,1875 26,25 %
1945 1,125 27,5 %
1946 1,0625 28,75 %
1947 1 30 %
1948 0,9375 31,25 %
1949 0,875 32,5 %
1950 0,8125 33,75 %
1951 0,75 35 %
1952 0,6875 36,25 %
Après 1952 0,625 37,25 %

Pour calculer le nombre de trimestres retenus pour le taux de liquidation, il est pris en compte l’ensemble des trimestres dans le régime de base et les autres régimes obligatoires cotisés et assimilés ainsi que ceux qui ont été rachetés. Les trimestres supplémentaires dont bénéficient les femmes et les parents ayant élevé un enfant handicapé ainsi que les trimestres cotisés dans un pays de l’Union européenne ou dans un pays ayant signé une convention sur ce sujet avec la France sont également pris en compte.

1.1.3. La durée d’assurance au régime général

Cette durée est différente de celle mentionnée ci-dessus, étant directement liée à l’affiliation au régime salarié. Elle est calculée en retenant le salaire perçu. Ainsi, depuis 1972, pour valider un trimestre, il faut avoir cotisé sur la base de 200 fois le SMIC horaire de l’année concernée. Même en travaillant un mois, il est possible, de ce fait, de valider un trimestre.

Les périodes assimilées concernent essentiellement les congés maladie, les congés maternité, les périodes d’inactivité pour cause d’accident du travail, les périodes de chômage indemnisé, les préretraites, le service national à condition d’avoir été salarié avant l’appel sous les drapeaux, les périodes de guerre…

1.2. Les majorations de trimestres

1.2.1. La majoration pour enfant

Chaque enfant ouvre droit, au profit de sa mère, à un trimestre pour sa naissance ou pour son adoption. Un trimestre supplémentaire est accordé chaque année à la condition que l’enfant soit sous la responsabilité de la mère et qu’il ait moins de 16 ans. Le nombre de trimestres supplémentaires est, par ailleurs, plafonné à 7 permettant un total de 8 (7 plus celui lié à la naissance ou à l’adoption).

1.2.2. La majoration pour enfant handicapé

Un enfant handicapé ouvre droit à une majoration d’un trimestre supplémentaire (par période d’éducation de 30 mois) au père et à la mère ainsi qu’à toute personne l’ayant eu à sa charge. Cette majoration est plafonnée à 8 trimestres.

1.2.3. La majoration pour poursuite d’activité au-delà de 65 ans

Les personnes de plus de 65 ans n’ayant pas atteint le nombre de trimestres requis (160 en 2008) et continuant à travailler bénéficient d’une majoration du nombre de leur trimestre de 2,5 % pour chaque trimestre supplémentaire travaillé.

1.3. La fixation du montant de la pension

Le montant de la retraite varie entre un minimum appelé « minimum contributif », à ne pas confondre avec le minimum vieillesse, et un maximum qui est égal à 50 % du salaire annuel moyen calculé en retenant les vingt-cinq meilleures années revalorisées et retenues dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale.

Le minimum contributif vise à relever le montant de pension de salariés ayant eu de faibles salaires durant leur vie professionnelle. La loi Fillon de 2003 a fixé comme objectif de porter à 85 % du SMIC le montant du minimum contributif applicable pour un salarié ayant la totalité de ses trimestres. Cet objectif a été réaffirmé dans le cadre du Rendez-vous sur les retraites de 2008. Il devrait être atteint en 2012 avec une possibilité de le réserver aux seules personnes ayant une durée minimale de cotisation fixée par décret.

1.3.1. Les majorations applicables aux pensions

La majoration pour enfant

Le père comme la mère ayant eu au moins trois enfants ont le droit à une majoration de 10 % du montant de leur pension. Un enfant mort né est pris en compte.

Le conjoint à charge peut également ouvrir droit à une majoration de la pension.

La surcote

La loi Fillon a instauré un mécanisme pour inciter les seniors de plus 60 ans à poursuivre leur activité au-delà des 160 trimestres. Depuis le 1er janvier 2007, la première année de travail ouvre droit à une majoration de 3 %, les suivantes de 4 % et de 6 % au-delà de 65 ans. Une augmentation des taux est à l’étude Devant le peu de succès de la surcote. Selon une étude de la CNAV publiée en 2008, la surcote n’a eu aucun impact. Elle a bénéficié à 7,6 % de personnes de plus de 60 ans quand, avant son introduction, 7 % des actifs pouvant obtenir une retraite à taux plein continuaient à travailler. A compter de 2009, le montant de la surcote passe à 5 %.

2. LES REGIMES COMPLEMENTAIRES DES SALARIES

Compte tenu du caractère plafonné de la retraite de base, il a été institué, initialement de manière facultative, puis à partir de 1972 de manière obligatoire, une couverture complémentaire. L’ARRCO (Association pour le Régime de Retraite Complémentaire des salariés) couvre l’ensemble des salariés, cadres compris quand l’AGIRC (Association Générale des Institutions de Retraite des Cadres) est réservé aux seuls cadres et assimilés. Ces deux régimes sont gérés de manière paritaire par les représentants des salariés et des employeurs.

La retraite ARRCO concerne 18 millions de salariés et 11,3 millions de retraités. La retraite AGIRC concerne 3,7 millions de salariés et 2,2 millions de retraités.

Comme pour le régime de base, les deux régimes complémentaires fonctionnent selon le principe de la répartition ; en revanche, ce sont des systèmes par points. Les cotisations prélevées sur les salaires sont utilisées pour financer les pensions des retraités ; en contrepartie, ces cotisations sont converties en points qui cumulés d’année en année permettront de calculer le montant de la future pension. A chaque point est attachée une valeur d’achat (prix d’achat du point) et une valeur à la liquidation (connue seulement au moment de la cessation d’activité). C’est pourquoi les deux régimes complémentaires sont dits à cotisations définies ; le montant des cotisations étant prédéterminé quand celui des pensions est fixé au moment de la liquidation. Ils se distinguent des régimes à prestations définies pour lesquels le montant des pensions est fixé par avance et conditionne le montant des cotisations.

2.1. Le recueil des points

Les caisses complémentaires tiennent pour chaque salarié un compte qui récapitule l’ensemble des points acquis en fonction des cotisations versées. Pour obtenir le nombre de points, il faut diviser le montant des cotisations par le prix d’achat du point appelé « salaire de référence ». Au 1er avril 2008, le prix d’achat du point ARRCO est de 13,9684 euros et celui de l’AGIRC de 4,8727 euros.

Comme pour le régime de base, les salariés, sous certaines conditions, peuvent racheter des points. Il est possible d’obtenir des points gratuits en validant des périodes d’arrêt maladie, de périodes de guerre ou service national (sous réserve d’avoir été affilié au préalable à l’AGIRC ou à l’ARRCO) ainsi que des périodes de chômage indemnisé.

2.2. Le montant de la pension complémentaire

Le montant de la retraite complémentaire est égal au nombre de points obtenus durant sa carrière professionnelle multiplié par la valeur du point au moment de la liquidation.

Au 1er avril 2008, la valeur du point ARRCO est de 1,1648 euro et celui de l’AGIRC de 0,4132 euro. Ainsi, si vous prenez en 2008 votre retraite à 65 ans et que vous avez accumulé 7000 points ARCCO et 13 000 points AGIRC, le montant de la pension est égale à : 1,1648×7000 + 0,4132×13 000 soit 13 525,2 euros par an, soit une pension mensuelle de 1127,1 euros.

2.3. Les conditions d’obtention de la retraite à taux plein

Pour obtenir une retraite complémentaire à taux plein, il faut avoir 65 ans. Néanmoins, en vertu d’un accord collectif renouvelé depuis 1982, il est possible de l’obtenir, sans abattement, dès 60 ans à la condition d’avoir validé 160 trimestres au titre du régime de base. Le surcoût pour les régimes complémentaires est financé par une cotisation spécifique affectée à l’Association pour la gestion du fonds de financement de l’AGIRC et de l’ARRCO (AGFF). L’accord signé par les partenaires sociaux le 13 novembre 2003 arrive à expiration au 31 décembre 2008. Le 16 juillet 2008, il a été prorogé jusqu’au 1er avril 2009 à charge d’ici cette date pour les partenaires sociaux d’établir un nouvel accord permettant de poursuivre le versement des retraites complémentaires dès 60 ans en prenant en compte également le passage de la durée de cotisation à 164 trimestres.

A défaut d’avoir le nombre de trimestres suffisants ou en cas de départ de manière anticipée entre 55 et 60 ans, la pension est minorée.

Les pensions de l’ARCCO et de l’AGIRC sont, en revanche, majorées en fonction du nombre d’enfants que leur bénéficiaire a eu à sa charge.

2.4. L’évolution des régimes

La situation financière des régimes complémentaires est moins problématique que celle du régime de base car ils peuvent jouer, avec plus de souplesse, sur la valeur de rachat et sur celle du point, le premier augmentant plus vite que les prix et le second moins vite. De ce fait, depuis 2003, le rendement des régimes complémentaires a baissé de 6 %. Cette tendance devrait se poursuivre, en particulier pour l’AGIRC, avec l’arrivée à l’âge de la retraite des cadres du baby-boom beaucoup plus nombreux que ceux des générations précédentes. A la différence de la CNAV, les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC disposent de réserves financières, 56 milliards d’euros pour l’ARRCO et 17,5 milliards d’euros pour l’AGIRC, leur permettant ainsi d’atténuer l’impact du papy-boom.

CHAPITRE 5
LA RETRAITE DES ARTISANS, DES INDUSTRIELS, DES COMMERÇANTS

Depuis 1973, le régime de retraite de base des artisans et des commerçants est aligné sur celui des salariés. Pour les activités exercées avant 1973, ils bénéficient d’un système de base par point.

Depuis le 1er janvier 2006, le Régime Social des Indépendants (RSI) a été créé par fusion des caisses de retraite et maladie des commerçants et des artisans. Elle assure également la couverture maladie des professions libérales.

Créée en 1979 pour les artisans et en 2004 pour les commerçants, la retraite complémentaire garantit une retraite équivalente à celle des salariés non cadres. En cas de décès de l’assuré, une pension de réversion peut également être versée au conjoint survivant.

1. LE REGIME DE BASE

Comme pour les salariés, la retraite peut être prise à partir de 60 ans. A 65 ans, elle est accordée au taux plein. Des départs anticipés avant 60 ans sont possibles pour carrière longue ou du fait de l’existence d’un handicap. Pour le calcul de la retraite, il convient de distinguer les années de travail effectuées avant et après 1973.

1.1. Le régime pour les activités exercées avant 1973

En fonction de la classe de cotisations choisie par le commerçant ou l’artisan, un nombre de points était accordé. Pour obtenir le montant de la retraite, il suffit de multiplier le nombre total de points par leur valeur qui est actualisée chaque année. Le calcul de la pension après 1972 peut avoir un impact sur celle d’avant 1973 en particulier si l’assuré ne justifie pas d’un taux plein.

1.2. Le régime en vigueur pour les activités exercées après 1973

La retraite de base reprend les principes du régime général des salariés.

La formule de calcul est la suivante

P= RAM×T×d/D

RAM : revenu annuel moyen
T : Taux
d : nombre de trimestres d’assurance artisan ou commerçant après 1972
D : durée de référence

Le revenu annuel moyen est calculé sur la base des revenus perçus pendant les vingt-cinq meilleures années dans la limite du plafond de la Sécurité sociale. Comme pour les salariés, le nombre des meilleures années pris en compte est progressivement passé de 10 à 25.

Pour les salariés ayant exercé des activités relevant de plusieurs statuts, le nombre des meilleures années est calculé au prorata de la durée d’assurance dans chaque régime.

Le taux le plus favorable de 50 % est accordé à condition d’avoir validé 160 trimestres pour les générations nées après 1948 ou d’avoir atteint 65 ans. Pour les générations nées à compter de 1949, la durée de cotisation sera accrue de 2009 à 2012 d’un trimestre de telle façon qu’à partir de 1953, le nombre de trimestres requis sera de 164.

La validation des trimestres obéît aux mêmes règles que celles en vigueur pour le régime général.

2. LES REGIMES COMPLEMENTAIRES

2.1. La retraite complémentaire des artisans

La retraite complémentaire des artisans a été créée en 1979. Il s’agit d’un système par points géré par le RSI.

2.2. La retraite complémentaire des commerçants

La retraite complémentaire des commerçants, créée le 1er janvier 2004, a remplacé l’ancien régime des conjoints qui existait depuis 1978.

Les droits acquis jusqu’au 31 décembre 2003 sont calculés en fonction de la durée du mariage, de l’âge du conjoint et la durée d’activité. Elles prennent la forme d’une majoration de la pension de base.

Depuis le 1er janvier 2004, le régime complémentaire obligatoire des commerçants est aligné sur celui des artisans.

CHAPITRE 6
LES PROFESSIONS LIBERALES

A l’exception des avocats, toutes les professions libérales sont rattachées à la même caisse pour le régime de base, la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse des Professions Libérales (CNAVPL), comportant onze sections professionnelles gérant pour chaque catégorie de professions libérales leur régime complémentaire.

La loi Fillon de 2003 a instauré un régime général de base par points pour les professions libérales. Depuis le 1er janvier 2004, les conditions d’attribution sont alignées sur celles des salariés ; en revanche, les modalités de calcul diffèrent.

Sont concernés, les agents généraux d’assurance, les architectes, les géomètres, les experts agricoles et fonciers, les ingénieurs, les auxiliaires médicaux, les chirurgiens dentistes, les experts comptables, les médecins, les officiers ministériels, les vétérinaires, les notaires et les sages-femmes, les pharmaciens…

1. LE REGIME DE BASE (CNAVPL)

Le montant de la pension est calculé au moyen de trois paramètres : le nombre de points acquis par l’assuré, la valeur du point fixée par décret et le taux de liquidation variable en fonction de la durée d’assurance.

Les trimestres validés avant le 1er janvier 2004 sont convertis en points à raison de 100 points par trimestre.

A compter du 1er janvier 2004, le nombre de points acquis est déterminé en fonction des revenus professionnels soumis à cotisations.

Il peut être attribué des points supplémentaires en cas d’accouchement ou en cas d’incapacité.

La valeur du point a été fixée, au 1er janvier 2008, à 0,518 euro.

2. LES REGIMES COMPLEMENTAIRES

Chaque profession libérale s’est dotée de son régime complémentaire par points qui peut comporter des sous-sections.

3. LE REGIME PARTICULIER DES AVOCATS

Les avocats libéraux et salariés relèvent de la Caisse nationale des barreaux français qui gère le régime de base et le régime complémentaire. Le barreau de Paris a, par ailleurs, institué un régime supplémentaire d’assurance vieillesse.

La loi Fillon de 2003 a aligné le régime de base des avocats sur celui des autres professions libérales. Cet alignement est entré en vigueur au 1er janvier 2004.

CHAPITRE 7
LA RETRAITE DES EXPLOITANTS AGRICOLES

La retraite agricole est prise en charge par un organisme de droit privé, « La Mutualité Agricole » qui joue le rôle de Sécurité sociale du monde agricole. Ce régime couvre l’exploitant ainsi que sa famille. Il offre une couverture de base et une complémentaire obligatoire depuis 2003.

Les conditions d’attribution de la retraite sont alignées sur celle des salariés. En revanche, les modes de calcul diffèrent.

La retraite de base comprend :

• la retraite forfaitaire dont le montant est fonction de la durée de l’activité agricole ;
• la retraite proportionnelle dont le montant est fonction du nombre d’années de cotisations.

1. LA RETRAITE FORFAITAIRE

La retraite forfaitaire est attribuée à tous les exploitants non-salariés, à leur conjoint et aux membres de leur famille ayant exercé une activité agricole à titre principal.

Son montant est égal à celui de l’allocation aux vieux travailleurs salariés soit en 2008, 3097,21 euros pour une carrière complète. A défaut, elle est proratisée en fonction du nombre d’années.

La formule de calcul de la retraite forfaitaire : nombre d’années d’activité non salariée agricole à titre exclusif ou principal × (retraite forfaitaire intégrale / durée d’assurance exigée pour obtenir un taux plein)

2. LA RETRAITE PROPORTIONNELLE

La retraite proportionnelle est accordée au chef d’exploitation et aux membres de la famille collaborateurs pour toute carrière accomplie depuis le 1er janvier 1994. Depuis le 1er janvier 1999, le conjoint collaborateur peut également en bénéficier.

Jusqu’en 2003, la retraite proportionnelle était déterminée en multipliant les points acquis par cotisation (éventuellement revalorisés) par la valeur du point (3,640 euros par an en 2008). A compter de 2004, ce produit est proratisé en rapportant l’ancienne durée de 37,5 ans sur la durée applicable à la génération de l’assuré. La loi Fillon de 2003 a, en effet, fixé l’harmonisation de la durée de cotisation à 40 ans pour 2008.

La formule de calcul est la suivante : nombre de points × Valeur du point × (durée d’assurance de 37,5 ans/durée d’assurance exigée pour obtenir un taux plein)

Comme pour les salariés, la retraite agricole peut être minorée en cas de carrière incomplète ou bénéficier du mécanisme de la surcote. Des majorations pour enfants sont également prévues.

3. LA RETRAITE COMPLEMENTAIRE

Les exploitants agricoles sont, depuis le 1er janvier 2003, obligatoirement couverts par un régime complémentaire géré par la Mutualité sociale agricole. Le système est à points. Pour obtenir la pension complémentaire, il convient d’avoir faire valoir ses droits au titre de la retraite de base. L’objectif de ce régime est de permettre aux exploitants agricoles de percevoir une pension (base et complémentaire) au moins égale à 85 % du SMIC.

4. LA REFORME DU MINIMUM VIEILLESSE AGRICOLE

Le Premier Ministre, François Fillon, a annoncé, le 9 septembre 2008, plusieurs mesures en faveur de la retraite agricole dont le montant est, en moyenne, inférieure à celle des autres actifs.

Ainsi, les non-salariés agricoles justifiant 17,5 années d’activité pourront bénéficier d’un minimum de retraite calculé sur la base de l’Allocation de solidarité pour les personnes âgées (minimum vieillesse), soit un minimum de 633 euros au 1er septembre 2008. Par ailleurs, les veuves pourront bénéficier à partir de 2010 de la retraite complémentaire obligatoire acquise par leur conjoint et ne seront plus obligées de trouver d’autres sources de revenus. Ce dispositif concernera 350 000 retraités soit près de 20 % des retraités du secteur agricole. Son coût a été évalué 190 millions d’euros.

CHAPITRE 8 LES RETRAITES DE LA FONCTION PUBLIQUE

La France compte 5,2 millions de fonctionnaires en activité et 2,9 millions en retraite. Après le régime général des salariés, c’est le principal système de retraite en France. Avec la loi Fillon de 2003, la durée de cotisation a été alignée sur celle du régime général et un système de retraite additionnelle a été introduit.

1. LE REGIME DES FONCTIONNAIRES CIVILS, DES MILITAIRES ET DES MAGISTRATS

Les fonctionnaires ne dépendent pas du régime général de l’assurance vieillesse ; ils sont affiliés au régime prévu par le Code des pensions civiles et militaires de retraite. Les règles sont spécifiques même si la loi Fillon de 2003 a rapproché le régime des fonctionnaires de celui des salariés.

1.1. Une retraite à la condition d’avoir accompli 15 ans de service

Tout fonctionnaire a droit à une retraite après avoir effectué au moins 15 ans de service et après avoir été radié des cadres. La radiation peut intervenir par démission ou de manière automatique si le fonctionnaire a atteint la limite d’âge. Celle-ci est fixée à 65 ans pour les emplois sédentaires et à 60 ans pour les emplois classés dans les catégories actives. Certains emplois dits actifs ont une limite d’âge qui peut varier entre 50 (en particulier les infirmiers et les surveillants des services pénitentiaires) et 65 ans. Comme pour les salariés, un dispositif pour carrière longue a été institué afin de permettre des départs avant la date limite.

Sont prises en compte pour le calcul de la pension, les années d’activité dans la fonction publique État, dans la fonction publique territoriale, dans la fonction publique hospitalière, dans les établissements publics administratifs et dans certains établissements publics industriels et commerciaux.

Les services militaires et les interruptions d’activité pour les enfants nés après le 1er janvier 2004 sont pris en compte dans la durée de services effectifs. En revanche, le temps passé en disponibilité n’est pas intégré.

1.2. Les départs sans condition d’âge

Les fonctionnaires ayant eu au moins trois enfants ou un enfant handicapé ne sont pas soumis à la condition d’âge.

La loi du 11 février 2005 a, par ailleurs, prévu un dispositif de retraite anticipée pour les fonctionnaires handicapés.

1.3. Les possibilités de recul de l’âge de départ à la retraite

Les fonctionnaires ayant un enfant à charge ou invalide au moment de la radiation légale peuvent la différer dans une limite de trois ans.

De même, les fonctionnaires ayant trois enfants vivants peuvent reculer d’un an l’âge de la radiation (les trois enfants doivent être vivants quand le fonctionnaire a 50 ans).

Les fonctionnaires n’ayant pas le nombre de trimestres suffisants pour justifier une retraite à taux plein peuvent poursuivre, dans la limite de 10 trimestres, leur activité.

1.4. Le calcul de la pension

La pension est calculée en fonction de deux éléments :

• L’année d’ouverture des droits
• La durée des services et bonifications

L’année d’ouverture des droits correspond à celle durant laquelle le fonctionnaire remplit la condition des 15 ans de service et la condition d’âge.

La durée des services et bonifications correspond au nombre de trimestres pour obtenir une retraite au taux maximal de 75 %. Ce nombre évolue depuis l’adoption de la loi Fillon en fonction de la date d’ouverture des droits. Jusqu’en 2003, le pourcentage des pensions de la fonction publique était calculé sur la base de 2% multiplié par le nombre d’années de service soit un maximum de 75 % après 37,5 années de service.

Avec l’adoption de la loi Fillon, la durée de référence pour atteindre 75 % a été progressivement portée à 40 ans. Le passage à 41 ans s’effectuera au même rythme que les salariés de droit privé (un trimestre de plus par an jusqu’en 2012).

Allongement de la durée de cotisation en fonction de l’année de départ à la retraite des fonctionnaires

Année d’ouverture des droits Durée des services et bonifications
2004 152
2005 154
2006 156
2007 158
2008 160

Pour un fonctionnaire souhaitant prendre sa retraite en 2008, né en 1945, occupant un poste actif et ayant ses 15 années de service, la durée exigée sera de 154.

La formule de calcul :

P=(75 %×n/N)×T

P : pension de base
n : nombre de trimestres effectifs et bonifications
N : nombre de trimestres exigés
T : traitement déterminé par un indice

Le traitement retenu est celui de l’indice correspondant à l’emploi, le grade et l’échelon occupé pendant 6 mois au moins avant la radiation des cadres ; à défaut des 6 mois, l’emploi précédent.

1.5. Les bonifications

Les bonifications sont des trimestres supplémentaires donnés gratuitement en contrepartie de sujétions particulières.

Ainsi, des bonifications sont données pour des périodes de services civils en dehors de l’Europe, en fonction du nombre d’enfants, pour l’exécution d’un service aérien, pour service dans un sous-marin…

1.6. L’achat de trimestres

Les fonctionnaires ont la possibilité de racheter jusqu’à 12 trimestres correspondant aux années d’études.

1.7. La décote

Comme pour les salariés du privé, depuis 2006, les fonctionnaires qui tous régimes confondus n’ont pas atteint le nombre de trimestres exigé se voient appliquer une décote. L’introduction du système est progressive jusqu’en 2019. Le coefficient de minoration passera de 0,125 % à 1,25 % de 2006 à 2015. Par ailleurs, le mécanisme prend en compte également l’âge du fonctionnaire concerné.

1.8. La surcote

Quand un fonctionnaire poursuit son activité après avoir obtenu, tous régimes confondus, le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein au-delà de 60 ans, une surcote est appliquée. Elle est de 0,75 % par trimestre supplémentaire soit 3 % par an avec un maximum de 20 trimestres.

1.9. Le minimum garanti

La loi Fillon a réformé le dispositif de minimum garanti. Un dispositif transitoire est en vigueur jusqu’en 2013. A partir de 2014, le minimum de pension sera égal au traitement de base correspondant à la valeur de l’indice 227 revalorisée en fonction de l’indice des prix à la consommation et pour une durée de service de 40 ans.

1.10. Les majorations de pension

La pension peut être majorée de 10 % si le fonctionnaire a eu trois enfants ; chaque enfant au-delà du troisième entraîne une majoration de 5 %.

2. LA RETRAITE ADDITIONNELLE

Dans le cadre de la négociation de la loi Fillon de 2003, il était prévu l’introduction d’une retraite additionnelle afin de prendre en compte les primes dans le calcul des pensions des fonctionnaires.

Depuis le 1er janvier 2005, un régime de retraite additionnel par répartition et par points a été instauré.

Les rémunérations de toutes natures ne rentrant pas dans le calcul de la retraite de base (primes, indemnités, supplément familial, indemnités de jury…) sont prises en compte dans la limite de 20 % du traitement indiciaire brut. Le taux de cotisation est de 10 % pris en charge à 50 % par l’employeur et déductible de l’impôt sur le revenu.

Comme pour les complémentaires du privé, les cotisations servent à acquérir des points dont la valeur à la liquidation permettra de calculer le montant de la pension. Si la liquidation intervient après 60 ans, une majoration est appliquée.

3. LA RETRAITE DES AGENTS NON TITULAIRES

Les agents non titulaires de la fonction publique relèvent du régime général pour la retraite de base et de l’IRCANTEC pour la retraite complémentaire. Cette dernière caisse a également la charge des agents de la fonction publique n’ayant pas atteint les 15 années de service. Les règles de calcul de la retraite complémentaire sont proches de celles en vigueur pour les salariés de droit privé.

CHAPITRE 9
LES PRODUITS D’EPARGNE
DESTINES EXCLUSIVEMENT A LA PREPARATION DE LA RETRAITE

Les fonds de pension et la capitalisation ont mauvaise presse en France. Associés à « l’ultra-capitalisme », les fonds de pension sont jugés immoraux du fait de la recherche de gains à court terme. La faillite des rentiers des années Trente ainsi que les scandales Enron ou Maxwell n’ont fait que renforcer la méfiance des Français.

Mais au-delà de ces images d’Épinal, il y a une toute autre réalité. Les Français pratiquent la capitalisation depuis des années. Les cotisations annuelles versées sur des contrats d’épargne retraite atteignent 11 milliards d’euros et l’encours s’élève à près de 105 milliards d’euros. 6,5 millions d’actifs sur un total de 22 millions disposent d’un produit d’épargne retraite. Les prestations versées s’élèvent à plus de 5 milliards d’euros par an.

A ces chiffres, il conviendrait d’ajouter l’assurance-vie, le placement préféré des Français après le Livret A, dont l’encours dépasse 1100 milliards d’euros. En effet, les contrats d’assurance-vie servent en partie à préparer la retraite.

Si les Français sont opposés à l’introduction d’un système reposant uniquement sur la capitalisation, ils plébiscitent le développement d’un système mixte associant capitalisation et répartition. A la question « quel est l’avenir pour le système de retraite ? », 52 % des Français optent pour le système mixte, 27 % pour la répartition pure et 9 % pour la capitalisation pure .

Il convient de distinguer :

• Les produits d’épargne retraite collective proposés au sein de l’entreprise ;
• Les produits d’épargne retraite individuelle ;
• Les produits d’épargne non destinés exclusivement à la retraite.

1. LES PRODUITS D’EPARGNE RETRAITE COLLECTIVE PROPOSES AU SEIN DES ENTREPRISES

Des entreprises, essentiellement les grandes, proposent des systèmes de retraite supplémentaire à leurs salariés. Près de 2,5 millions de salariés bénéficient ainsi d’une couverture retraite par leur entreprise. Au sein des PME (1 à 49 salariés), seulement 11 % des salariés ont accès à un produit d’épargne salariale. Ils sont donc encore moins à bénéficier d’un produit « retraite ». Des mesures en faveur de l’intéressement et de la participation ont été prises, à la fin de l’année 2007, afin de faciliter leur développement au sein des PME. D’autres dispositions devraient être adoptées en 2008 ou en 2009.

Par ailleurs, la loi sur la participation et l’actionnariat de 2007 a institué pour toutes les entreprises ayant mis en place un plan d’épargne d’entreprise (PEE) une obligation de négociation sur l’épargne retraite tous les cinq ans.

Trois produits sont mis à disposition des salariés :

• Les contrats article 83 ;
• Les contrats article 39 ;
• Le Plan Épargne Retraite Collectif (PERCO).

1.1. Les plans de retraite supplémentaire « article 83 »

Les contrats « article 83 » (en référence à l’article du code général des impôts qui fixe le régime fiscal de ce produit) sont des contrats d’assurance de groupe à cotisations définies souscrits par les entreprises au profit de leurs salariés. Leur création dépend du bon vouloir de l’employeur même si souvent ils font l’objet d’accords collectifs avec les partenaires sociaux.

Ces contrats peuvent bénéficier à tous les salariés ou à des catégories homogènes (cadres, cadres de direction…).

L’employeur doit financer obligatoirement tout ou partie des cotisations. Leur montant peut être modifié annuellement. Elles représentent, en moyenne, entre 3 et 5 % du salaire brut.

En cas de changement d’entreprise, le compte peut être transféré. Si la nouvelle entreprise n’est pas équipée d’un contrat « article 83 », le salarié peut conserver son compte dans son ancienne entreprise ; en revanche, il ne peut y effectuer de versements, ni bénéficier de ceux de son ancien employeur.

Les cotisations versées sont investies sur des supports financiers.

La sortie s’effectue en rente et est fonction du capital accumulé. Des sorties en capital sont possibles en cas de décès, d’invalidité ou en cas d’expiration des droits à l’assurance chômage.

En tant que système à cotisations définies, le montant de la rente n’est connu qu’au moment de la liquidation.

Les cotisations du salarié sont déductibles de l’impôt sur le revenu dans la limite de 8 % de la rémunération, plafonnée à 8 fois le montant du plafond de la Sécurité sociale. Par ailleurs, cette déduction est intégrée dans l’enveloppe fiscale instituée pour le PERP.

Avantages

• Les plans de retraite « article 83 » constituent des avantages importants pour les salariés bénéficiaires ; • Ces régimes sont, en règle générale, pris en charge par les entreprises ;
• Les droits ne sont pas perdus en cas de changement d’entreprise.

Inconvénients

• Réservés fréquemment aux salariés des grandes entreprises et aux cadres, les plans « article 83 » ne couvrent qu’un peu plus de 10 % de la population active française ; • La sortie s’effectue exclusivement en rente à la différence du PERCO ;
• Le montant de la rente n’est connu qu’au moment de la liquidation.

1.2. Le Plan Épargne Retraite d’Entreprise (PERE)

Le Plan Épargne Retraite d’Entreprise (PERE), créé par la loi Fillon de 2003 est tout à la fois un produit collectif et individuel, obligatoire et facultatif. Il marie l’article 83 et le PERP.

Ainsi, en plus des cotisations obligatoires prévues dans le cadre de l’article 83, le salarié peut de manière volontaire effectuer des versements supplémentaires. Ces derniers sont déductibles de l’impôt sur le revenu dans les mêmes conditions et dans la même enveloppe fiscale que ceux du PERP.

Avantages

• Le PERE est un produit souple qui permet aux salariés de n’avoir qu’un seul produit d’épargne retraite.

Inconvénients

• Du fait de sa complexité et de la concurrence du PERCO, le PERE est rarement proposé aux salariés.

1.3. Les plans de retraite supplémentaire « article 39 »

A la différence des plans « article 83 », les plans « article 39 » sont des régimes à prestations définies, le montant de la prestation étant connu dès le départ du contrat. Deux catégories peuvent être distinguées. La prestation peut correspondre à un pourcentage du dernier salaire perçu avant la retraite. Elle peut être également fixée en fonction d’un objectif total de pension. Elle est alors égale à la différence entre ce que perçoit le salarié au titre des régimes obligatoires et l’objectif établi. Dans le premier cas, il s’agit d’un régime chapeau et dans le second d’un régime additif.

Comme pour l’article 83, l’article 39 peut concerner tout ou partie des salariés de l’entreprise. Les catégories de salariés doivent être homogènes. Dans les faits, l’article 39 est réservé aux cadres dirigeants afin de les inciter à rester jusqu’à la retraite au sein de l’entreprise.

Pour bénéficier de ce type de contrat, il faut obligatoirement rester dans l’entreprise jusqu’à la liquidation de ses droits pour la retraite. Il n’y a pas de possibilité de transfert d’une entreprise vers une autre.

Les contrats article 39 sont financés exclusivement par l’employeur qui les met en œuvre soit par accord collectif, référendum ou décision unilatérale.

La sortie s’effectue obligatoirement en rente avec une possibilité de réversion en cas de décès du bénéficiaire. La rente est soumise à la fiscalité des rentes et pensions.

Avantages

• Les régimes à prestations définies sont particulièrement intéressants pour les salariés ayant de fortes rémunérations et dont le taux de remplacement des régimes obligatoires est faible ;
• Le montant des droits est connu par avance ;
• Les cotisations sont prises en charge par les entreprises.

Inconvénients

• Comme pour l’article 83, l’article 39 est généralement réservé aux cadres des grandes entreprises ;
• Les droits accumulés par le salarié peuvent être perdus en cas de changement d’entreprise même si des dérogations sont possibles ;
• La sortie obligatoire en rente peut être jugée pénalisante.

1.4. Le Plan Épargne Retraite Collectif (PERCO) et le Plan Épargne Retraite Collectif Interentreprises (PERCOI)

Au 31 mars 2008, plus de 60 000 entreprises ont ouvert un PERCO au profit de leurs salariés parmi lesquels près de 360 000 ont effectué des versements. L’encours du PERCO atteint 1,5 milliard d’euros. Le PERCO pâtit des messages contradictoires des pouvoirs publics qui veulent favoriser l’épargne salariale tout en relançant la consommation par le déblocage de cette épargne.

Le Plan Épargne Retraite Collectif a été créé par la loi Fillon de 2003. Il s’agit d’un plan d’épargne salariale destiné à la préparation de la retraite, facultatif et mis en œuvre dans un cadre collectif au sein de l’entreprise.

Pour créer un PERCO, l’entreprise doit au préalable s’être dotée d’un Plan Épargne Entreprise. Il nécessite un accord du comité d’entreprise ou une ratification à la majorité des deux tiers des salariés de l’entreprise. Depuis la loi pour le développement de la participation et de l’actionnariat salarié du 30 décembre 2006, toute entreprise disposant d’un plan d’épargne d’entreprise (PEE) depuis au moins 5 ans est tenue de négocier la mise en place d’au moins un produit d’épargne retraite.

1.4.1. Les bénéficiaires

Tous les salariés, sans distinction de catégories, peuvent accéder au PERCO mais l’ouverture du plan est facultative.

1.4.2. L’alimentation du PERCO

Le salarié peut alimenter son PERCO par quatre moyens :

• L’intéressement ; • La participation ;
• Le versement volontaire ; • Le reversement des sommes placées sur le PEE.

L’employeur peut compléter les versements des salariés par un abondement. Celui-ci est limité à trois fois les versements des salariés et plafonné à 16 % du plafond annuel de la Sécurité sociale soit 5324 euros pour 2008. L’abondement de l’employeur est exonéré d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales. Il est, en revanche, soumis aux prélèvements sociaux (CSG, RDS, prélèvement social soit 11 % en 2008, 12,1 % en 2009 avec l’instauration de la taxe RSA et 12 % à compter de 2010).

Les produits capitalisés sont exonérés durant la vie du plan mais soumis aux prélèvements sociaux à la sortie.

1.4.3. Le changement d’entreprise

En cas de changement d’entreprise, plusieurs possibilités s’offrent aux titulaires d’un PERCO.

Si la nouvelle entreprise dispose également d’un PERCO, le salarié peut soit transférer les avoirs de son compte sur ce plan, soit les conserver sur celui de l’ancien employeur. Si le nouvel employeur ne possède pas de PERCO, les avoirs sont conservés sur le PERCO de l’ancien employeur. Le salarié peut y faire des versements mais il ne peut pas bénéficier de l’abondement de l’employeur.

1.4.4. La gestion de l’épargne

L’épargne recueillie ne peut être utilisée que pour acquérir des SICAV ou des parts de fonds communs de placement d’entreprise. Plusieurs choix de gestion, plus ou moins risqués, doivent être proposés au souscripteur.

1.4.5. Le mode de sortie

Les sommes placées sur le PERCO sont logiquement bloquées jusqu’au départ à la retraite. Des sorties anticipées sont néanmoins admises en cas d’invalidité, de décès du titulaire du plan, de surendettement, de fin de droits aux allocations chômage et en cas d’acquisition de la résidence principale ou de sa remise en état.

Le règlement du PERCO peut prévoir soit une sortie en rente, soit une sortie en capital, soit les deux au libre choix des bénéficiaires. Le choix entre la rente ou le capital doit s’effectuer au moment du déblocage des fonds.

1.4.6. La fiscalité à la sortie

A la sortie, le capital ne supporte que les prélèvements sociaux de 11 % en 2008 (12,1 % avec la taxe RSA en 2009, puis 12 % en 2010). La rente du PERCO est assimilée à une rente versée à titre onéreux. De ce fait, elle n’est considérée comme un revenu pour le calcul de l’impôt sur le revenu que pour une fraction de son montant qui est fonction de l’âge de son bénéficiaire au moment de la liquidation des droits.

Imposition de la rente à la sortie

Fraction imposable de la rente Âge du bénéficiaire
70 % Si l’intéressé a moins de 50 ans
50 % Si l’intéressé a de 50 à 59 ans
40 % Si l’intéressé a de 60 à 69 ans
30 % Si l’intéressé a plus de 70 ans

1.4.7. Le Plan Épargne Retraite Collectif Interentreprises (PERCOI)

Les entreprises, et en particulier les PME, peuvent se regrouper afin de créer un PERCO qui prend alors le nom de Plan Épargne Retraite Collective Interentreprises

Avantages

• Le PERCO est un produit d’épargne retraite souple permettant de sortir en capital ou en rente. Il peut être alimenté par différents moyens avec un apport possible de l’entreprise ; • Le PERCO est égalitaire dans son mode de fonctionnement car ouvert à tous les salariés ;
• La faible taxation à la sortie est incitative.

Inconvénients

• Le PERCO est un produit d’épargne salariale et suppose que l’entreprise soit dotée d’un PEE. De ce fait, il est aujourd’hui faiblement développé dans les PME. • Le PERCO est un produit d’épargne volontaire ; le salarié doit effectuer des versements pour bénéficier de l’abondement de l’entreprise ;

2. LES PRODUITS D’EPARGNE RETRAITE INDIVIDUELS

Si la création du Plan Épargne Retraite Populaire est récente, plusieurs catégories de Français avaient accès, depuis de nombreuses années, à des produits d’épargne retraite individuelle bénéficiant d’un régime fiscal incitatif. Ainsi, depuis 1967, les fonctionnaires avec la Pré fon et les indépendants, depuis 1994, avec les Contrats Madelin bénéficient d’avantages fiscaux pour se constituer des compléments de revenu pour la retraite.

2.1. LE PLAN D’EPARGNE RETRAITE POPULAIRE (PERP)

Au 31 mars 2008, un peu plus de deux millions de Français avaient souscrit un Plan Épargne Retraite Populaire. L’encours atteint 3,5 milliards d’euros. Si ces résultats sont loin de ceux escomptés par les professionnels, ils témoignent néanmoins d’un réel besoin de la part de la population. L’âge moyen des souscripteurs est inférieur à celui des titulaires de contrats d’assurance-vie, 42 contre 48 ans et 18 % des souscripteurs ont moins de 30 ans. En revanche, les versements sur le PERP demeurent faibles ; l’encours moyen était de 1700 euros en 2007. Deux tiers des épargnants ont versé moins de 500 euros sur leur PERP. Un versement de 800 euros par an sur vingt ans génèrera une rente de 80 euros par mois ; rien de très enthousiasmant.

Le PERP repose sur un contrat d’assurance de groupe souscrit auprès d’une association, le Groupement Épargne Retraite Populaire

Le PERP est un contrat d’assurance avec une sortie en rente qui ne peut intervenir qu’au moment du départ à la retraite ou à partir de 60 ans. Tout souscripteur d’un PERP est membre de droit d’une association, le Groupement Épargne Retraite Populaire, qui a pour missions de le représenter, de l’informer et de le défendre le cas échéant vis-à-vis de l’assureur qui gère son contrat. A cette fin, chaque PERP est doté d’un comité de surveillance indépendant de l’assureur et d’une assemblée des participants qui doit se réunir au moins une fois par an afin de valider la gestion de l’assureur et les éventuelles modifications apportées au PERP.

2.1.1. Le public concerné

Le PERP est accessible à toute personne active ou non, salariée ou non. Une même personne peut avoir plusieurs PERP. Il peut être ouvert en complément d’un autre produit d’épargne retraite collectif ou individuel. Théoriquement, il n’y a pas de limite d’âge mais de nombreux établissements refusent d’ouvrir un PERP à leurs clients âgés de plus de 65 ans.

Les versements

Les versements sur les PERP peuvent être libres ou périodiques en fonction des contrats. A la différence du Plan Épargne en Actions, il n’y a pas de plafond pour le PERP. En règle générale, des frais d’entrée et de gestion sont prélevés par l’assureur en charge du PERP.

2.1.2. Comment est gérée l’épargne collectée ?

Les créateurs du PERP ont souhaité instituer plusieurs garanties afin de sécuriser l’argent collecté et de permettre à la liquidation des droits le versement d’une rente.

Les épargnants peuvent opter pour des PERP en euros qui présentent peu de risques mais qui ne permettent pas de bénéficier de la valorisation des places boursières. Ils peuvent également choisir des PERP multi-supports, leur épargne étant placée en partie sur des supports boursiers comme des SICAV ou des fonds communs de placements. Ces produits offrent généralement des gains plus importants sur le long terme. Le PERP est par nature un produit d’épargne longue.

En cas de produit faisant appel à des supports boursiers, un processus de sécurisation progressive de l’épargne a été institué, plus l’épargnant se rapproche de la retraite, plus son épargne est déconnectée des fluctuations éventuelles des marchés financiers. Sur demande explicite, l’épargnant peut renoncer à cette sécurité.

Des PERP à points sont également proposés. Les versements ouvrent droit, comme dans le cadre des retraites complémentaires, à des points qui sont transformés en rente au moment de l’ouverture des droits.

Les actifs du PERP sont, par ailleurs, cantonnés, c’est-à-dire qu’ils sont isolés des autres placements, l’argent du PERP ne peut servir qu’à payer les rentes du PERP.

2.1.3. Les sorties anticipées

Si logiquement, les fonds sont bloqués jusqu’au départ en retraite, quatre cas de déblocage anticipé sont prévus :

• Invalidité ;
• Fin de droit aux allocations chômage ;
• Cessation d’activité non salariée à la suite d’un jugement de liquidation judiciaire ;
• Pour les mandataires sociaux, absence de contrat de travail ou de mandat social depuis au moins deux ans.

2.1.4. La sortie en rente est la sortie de droit commun

Un produit « retraite » a pour objectif de fournir à son titulaire un complément de revenu ; la sortie en rente est, de ce fait, le mode de sortie logique. Avec l’allongement de la durée de la vie, la rente est un gage de sécurité et de tranquillité.

La sortie de droit commun pour le PERP est donc la rente mais deux exceptions ont été instituées :

• le titulaire d’un PERP dont l’épargne capitalisée est faible peut percevoir un capital ;
• les souscripteurs de PERP peuvent récupérer, à l’échéance, leur capital afin d’acquérir leur résidence principale à condition de ne pas avoir été propriétaire avant le dénouement du plan.

2.1.5. La réversion de la rente

Les contrats de PERP prévoient la possibilité de réversion ou de versement d’une rente d’éducation pour les enfants en cas de décès du titulaire. Ces options sont ouvertes au moment de la liquidation du plan. Elles ont, pour conséquence, de diminuer le montant de la rente versée.

2.1.6. LE REGIME FISCAL ET SOCIAL

A l’entrée

Le point fort du PERP est la possibilité de déduire des versements du revenu imposable. Cette déduction est limitée à 10 % des revenus professionnels plafonnés à huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale soit pour 2008 un maximum de 26 620 euros.

Pour les personnes ayant de faibles revenus ou ne disposant pas de revenus professionnels, la limite de déduction est fixée à 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 3327 euros pour la déclaration 2008.

Depuis 2007, le PERP a été familiarisé ; ainsi, un couple ayant un PERP peut doubler le montant de la déduction fiscale.

Par ailleurs, si l’enveloppe fiscale n’a pas été totalement utilisée, elle est reportable sur l’une des trois années suivantes.

Le système de la déduction sur le revenu imposable avantage les contribuables soumis à des taux élevés.

Ainsi, un ménage ayant versé, sur son PERP, 2000 euros :

• bénéficiera d’une économie d’impôt de 800 euros si son taux marginal d’imposition est de 40 % ;
• bénéficiera d’une économie d’impôt de 600 euros si son taux marginal d’imposition est de 30 % ;
• bénéficiera d’une économie d’impôt de 280 euros si son taux marginal d’imposition est de 14 %.

A la sortie

Les rentes versées dans le cadre du PERP sont imposables dans les mêmes conditions que les pensions. Elles bénéficient d’un abattement de 10 % et sont soumises aux prélèvements sociaux (CSG, RDS, contribution assurance maladie de 1 %).

En cas de sortie en capital, le contribuable peut demander un étalement de son imposition sur cinq années.

2.1.7. Le PERP et l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF)

Durant la phase de constitution de l’épargne, les versements et les gains réalisés n’entrent pas dans la base de l’ISF.

A la sortie, le capital correspondant aux rentes est imposable sauf si le titulaire a effectué des versements réguliers durant au moins 15 ans et qu’il a demandé la liquidation de son plan au moment de la cessation d’activité.

Avantages

• Le PERP est un produit réellement étudié afin de procurer un complément de revenu au moment de la cessation d’activité ; • La déduction fiscale sur le revenu imposable est intéressante pour les contribuables aisés ;
• Le PERP offre de nombreuses possibilités de gestion.

Inconvénients

• La sortie en rente peut être perçue comme une contrainte même si elle s’inscrit dans la logique d’un produit « retraite » ;
• Les règles de sécurisation mises en œuvre afin d’éviter tout problème de financement des pensions nuisent au rendement du produit ;
• L’avantage fiscal à l’entrée est fonction du taux d’imposition ; il est donc peu attractif pour les épargnants faiblement ou pas imposés.

3. LES CONTRATS MADELIN

L’épargne retraite peut rencontrer le succès comme en témoignent les résultats des contrats Madelin. En 2008, près d’un indépendant sur deux a souscrit à un tel contrat. Plus de 1,2 million de contrats ont été ouverts. Si ce produit avait été décrié lors de son lancement en 1994, il est, aujourd’hui, plébiscité. Les indépendants dont la couverture était, par nature, moins bonne que celle des salariés ont compris tout l’intérêt de pouvoir se constituer, en franchise fiscale, un supplément de retraite. Le législateur s’est largement inspiré des contrats Madelin pour élaborer le PERP. Les contrats sont également souscrits dans un cadre associatif mais le formalisme est plus léger que pour le PERP.

3.1. Un produit d’épargne retraite destiné exclusivement aux indépendants

Les contrats Madelin s’adressent aux indépendants exerçant une activité non-salariée et non-agricole. Sont concernés :

• Les commerçants ;
• Les artisans ;
• Les professions libérales ;
• Les dirigeants de société.

Un conjoint collaborateur non salarié peut également souscrire un Contrat Madelin.

Les Contrats Madelin intègrent fréquemment une prévoyance complémentaire et une assurance pour perte d’emploi.

3.2. Les versements sur les contrats Madelin

A la différence du PERP, le souscripteur doit s’engager à verser un montant minimum chaque année. Cette cotisation minimale est indexée sur le plafond annuel de la Sécurité sociale. Le titulaire peut majorer cette cotisation jusqu’à dix fois son montant.

Il est possible d’effectuer des rachats de cotisations pour les années durant lesquelles le titulaire était non-salarié et non couvert par un Contrat Madelin.

3.3. Les différents types de Contrats Madelin et les modes de gestion

Comme pour les PERP, trois grands types de Contrats Madelin sont proposés aux indépendants :

• Les contrats à points ;
• Les contrats en euros ;
• Les contrats en unités de comptes.

Les Contrats Madelin sont par définition des produits à long terme, il est donc assez logique de privilégier les placements en unités de comptes.

La quasi-totalité des contrats proposés prévoient des gestions dites « à horizon ». Elles permettent une sécurisation progressive de l’épargne en fonction de l’âge du titulaire et garantissent ainsi sa rente.

Par ailleurs, les contrats comportent en règle générale une large gamme de supports d’investissement plus ou moins exposés aux risques.

3.4. Comment récupérer son épargne

L’épargne capitalisée est logiquement restituée sous forme de rente lors de la cessation d’activité après 60 ans.

Avant l’échéance du contrat, l’épargne ne peut être récupérée qu’en cas :

• d’invalidité ; • de cessation d’activité non-salariée à la suite d’une décision de liquidation judiciaire.

Comme pour le PERP, une possibilité de sortie en capital est prévue pour les titulaires qui acquièrent en tant que primo-accédants leur résidence principale.

3.5. Des garanties en cas de décès

En cas de décès avant le versement de la rente, les contrats peuvent prévoir des garanties au profit d’un bénéficiaire désigné par le souscripteur.

Logiquement, le Contrat Madelin s’interrompt au décès du rentier ; néanmoins des possibilités de réversion sont proposées ; l’option de réversion doit être exercée, au plus tard, à la liquidation de la rente.

3.6. Le régime fiscal des Contrats Madelin

Le régime fiscal des Contrats Madelin a été aligné sur celui des PERP. Les deux produits partagent la même enveloppe fiscale.

Ainsi, les cotisations versées sur un contrat Madelin sont déductibles jusqu’à 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, augmenté de 15 % de la fraction du bénéfice imposable comprise entre une et 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 61 559 euros pour 2008 ou si cette limite est plus avantageuse, 10 % du plafond annuel de Sécurité sociale, soit 3327 euros en 2008.

La prévoyance complémentaire et l’assurance contre la perte d’emploi donnent droit à des déductions fiscales.

A la sortie, la rente est soumise au même régime que les pensions de retraite. Elle bénéficie de l’abattement de 10 % et est soumise aux contributions sociales (CSG, RDS et 1 % maladie).

Pour l’ISF, les Contrats Madelin obéissent aux mêmes règles que les PERP. Le capital correspondant aux rentes est imposable sauf si le titulaire a effectué des versements réguliers durant au moins 15 ans et qu’il a demandé la liquidation de son plan au moment de la cessation d’activité.

Avantages

• Les Contrats Madelin améliorent la couverture sociale des travailleurs indépendants avec à la clef une déduction fiscale non négligeable ;
• La large offre de contrats permet aux non-salariés de choisir celui qui correspond le mieux à leurs besoins ;
• Les Contrats Madelin sont transférables d’une compagnie d’assurance à une autre.

Inconvénients

• L’obligation d’un versement annuel minimum peut constituer un frein à la souscription d’un Contrat Madelin ; • La sortie en rente peut être dissuasive.

4. LA PREFON

Depuis 1967, les fonctionnaires ont accès à un fonds de pension, la Préfon (Prévoyance des Fonctionnaires). Elle comptait 390 000 adhérents en 2008 dont 70 000 retraités allocataires. Le montant des cotisations s’élève à 460 millions d’euros et l’encours à 8 milliards d’euros.

4.1. La Préfon, un fonds de pension associatif et paritaire

La Préfon est une association « Loi 1901 » dirigée par des syndicats de la fonction publique. L’épargne collectée est gérée par la CNP ainsi que par trois réassureurs.

4.2. La Préfon n’est pas exclusivement réservée aux fonctionnaires

La Préfon permet aux fonctionnaires d’accéder de manière facultative à un supplément de retraite par capitalisation. Elle est aussi accessible aux agents non-titulaires, aux contractuels, aux fonctionnaires hors cadre ou détachés, aux veufs ou veuves de fonctionnaires et aux conjoints ou Pacsés.

4.3. La Préfon est un régime par points

Les cotisations annuelles réparties en treize classes (de 219 à 6570 euros) servent à acheter des points dont la valeur, au moment de l’ouverture des droits, permettra de calculer la rente.

L’épargnant peut racheter une à plusieurs années de cotisations dans la limite de l’enveloppe fiscale créée pour le PERP.

A la différence du PERP, l’épargnant ne peut pas choisir les supports sur lesquels est investie son épargne. La Préfon a privilégié les placements obligataires au détriment des placements actions.

4.4. La rente comme mode de sortie

La sortie s’effectue sous forme de rente sur demande de l’intéressé après 60 ans (il est possible d’avancer jusqu’à 55 ans la sortie ou de la repousser jusqu’à 70 ans).

Des garanties décès et des possibilités de réversion sont offertes aux adhérents à la Préfon.

4.5. Le régime fiscal

Depuis le 1er janvier 2004, le régime fiscal de la Préfon a été aligné sur celui du PERP.

Avantages

• La Préfon est un des premiers régimes d’épargne retraite en France. Ce régime était attractif du fait de l’existence d’un avantage fiscal conséquent.

Inconvénients

• La création du PERP qui offre plus de diversité et de souplesse réduit l’intérêt de la Préfon ;
• Le mode de gestion peu dynamique retenu par la CNP nuit à la rentabilité du placement.

5. LES AUTRES COMPLEMENTS DE RETRAITE LIES A LA FONCTION PUBLIQUE

Le régime de Retraite Complémentaire des Hospitaliers (CRH), créé en 1961, possède plus de 170 000 adhérents et 115 000 allocataires. Le régime repose à la fois sur la répartition et la capitalisation.

Le COREM (Complément Retraite Mutualiste) qui a repris le CREF (régime supplémentaire de retraite par capitalisation réservé aux fonctionnaires de l’éducation nationale) est désormais accessible à tous les épargnants fonctionnaires et non fonctionnaires. Il offre un complément de retraite ouvrant droit au même avantage fiscal que le PERP. Il compte près de 300 000 adhérents dont 51 000 allocataires.

L’aPERF, l’association pour Épargne Retraite des Fonctionnaires, propose en priorité aux membres de la fonction publique deux PERP, un PERP multi-supports et un PERP par points (les titulaires accumulent en proportion de leurs versements des points qui seront à la liquidation transformés en rente).


CHAPITRE 10 ASSURANCE-VIE, PEA, IMMOBILIER LES AUTRES SOLUTIONS POUR PREPARER SA RETRAITE

A la question « quels produits d’épargne envisagez-vous de souscrire pour préparer financièrement votre retraite ? », les Français répondent majoritairement l’assurance-vie et les comptes sur livret. Si ces derniers ne peuvent en aucun cas constituer un placement en vue de la retraite, l’assurance-vie peut être considérée comme une bonne solution. Les comptes sur livret comme le Livret A sont, en effet, des placements à court terme certes sans risque mais qui offrent de faibles rendements sur longue période. Le Plan Épargne en Actions est, en revanche, un instrument à ne pas négliger dans le cadre d’une stratégie d’épargne plus offensive. Enfin, il y a l’immobilier, valeur refuge par excellence, mais qui n’est pas un placement sans défaut.

1. L’ASSURANCE-VIE

Au 30 juin 2008, l’assurance-vie représentait 1132 milliards d’euros soit plus de 60 % du PIB ou l’équivalent de la dette publique. Plus de 12 millions de Français ont ouvert un contrat d’assurance-vie.

L’assurance-vie est un contrat d’assurance individuelle dont l’objectif initial était la transmission d’un patrimoine à une personne de son choix. L’assurance-vie permettait de déroger aux règles traditionnelles de la succession.

Dans les faits, l’assurance-vie est devenue le couteau suisse de l’épargne en France. Bénéficiant d’avantages fiscaux non négligeables, elle répond à une série de besoins des épargnants : épargne à moyen terme, préparation de la retraite et de la succession, opération de défiscalisation…

La grande force de l’assurance-vie provient de sa souplesse. L’épargne demeure disponible ; la sortie peut s’effectuer en capital ou en rente ; l’épargnant a le choix entre une multitude de solutions pour placer son épargne (fonds euros, unités de compte, mode de gestion plus ou moins sécurisé, versements libres, versements à prime périodique ou unique…).

1.1. La gestion de l’épargne

Comme pour le PERP, les épargnants peuvent opter pour des contrats en euros comportant peu de risques (l’épargne est investie essentiellement en SICAV monétaires ou en obligations) ou pour des contrats en unités de comptes (SICAV actions, SICAV obligataires). Dans le cadre de contrats en unités de comptes, l’épargnant peut arbitrer entre les différentes options qui lui sont proposées (gestion directe) ou laisser à son gestionnaire le soin de le faire en fonction d’objectifs prédéfinis (gestion profilée).

L’épargnant est libre de sortir à tout moment mais toute sortie avant huit ans est soumise à une imposition plus lourde.

1.2. Les modes de sortie

1.2.1. La sortie en capital

Après huit ans, l’épargnant peut choisir entre :

• L’assujettissement des gains issus de son épargne à l’impôt sur le revenu ;
• L’assujettissement des gains à un prélèvement obligatoire de 7,5 %.

Le souscripteur bénéficie, par ailleurs, d’un abattement fixé à 4 600 euros pour un célibataire ou à 9 200 euros pour un couple.

Les produits sont également soumis aux prélèvements sociaux (CSG, RDS et contributions sociales) soit en 2008 un total de 12,1 % (avec la création de la taxe de 1,1 point pour le financement du Revenu de solidarité active (RSA).

Avant huit ans, l’épargnant peut également choisir entre :

• L’assujettissement de ses gains à l’impôt sur le revenu (en cas de rachat total, le montant taxé est égal à la différence de l’épargne remboursée et de l’épargne versée par l’épargnant ; en rachat partiel, les produits imposés sont proportionnels aux sommes retirées) ;
• L’application d’un prélèvement obligatoire (35 % si le rachat intervient avant la 5ème année, 15 % si le rachat intervient entre la 5ème et la 8ème année).

La sortie progressive

L’épargnant peut décider d’opérer une sortie progressive en fonction de ses besoins. En jouant sur les abattements de 4 600 ou 9 200 euros, il peut ainsi réduire fortement la facture fiscale tout en continuant à faire fructifier l’épargne laissée sur le contrat.

1.2.2. La sortie en rente

Pour des raisons de sécurité, l’épargnant peut opter pour une sortie en rente qui une fois décidée ne sera plus modifiable. Le contrat peut prévoir des cas de réversion qui diminuent le montant de la rente versée.

Les rentes viagères ne sont imposables que sur une fraction de leur montant et en fonction de l’âge du rentier au début du versement. La rente est ainsi imposée à :

• 70 % de sa valeur si le titulaire a moins de 50 ans ;
• 50 % de sa valeur si le titulaire a entre 50 et 59 ans ;
• 40 % de sa valeur de la rente si le titulaire a entre 60 et 69 ans ;
• 30 % de sa valeur de la rente si le titulaire a plus de 70 ans.

Les rentes viagères sont soumises également aux prélèvements sociaux (11 % en 2008 auxquels il faut ajouter 1,1 point de contribution supplémentaire pour le financement du RSA).

L’assurance-vie est un outil d’épargne assez adapté à la préparation de la retraite du fait qu’il offre une grande liberté à l’épargnant. La poursuite de son succès dépend du maintien de son régime fiscal que tous les gouvernements tentent de durcir. La tentation d’un alourdissement de la fiscalité à la sortie est forte afin de favoriser les produits « retraite et dépendance ».

1.3. Les droits de succession

Même si l’allègement des droits de succession a réduit l’intérêt de l’assurance-vie, elle demeure néanmoins un précieux outil pour préparer une succession surtout si le souscripteur effectue des versements avant 70 ans.

En effet, en cas de versements réalisés avant 70 ans, les sommes reçues par les héritiers sont exonérées de droits de succession à hauteur de 152 000 euros. Au-delà de ce montant, elles sont taxées à 20 %.

En cas de versements effectués après 70 ans par le souscripteur, les sommes reçues par les héritiers sont imposées. Si les produits capitalisés sont exonérés, le montant qui correspond aux primes est soumis aux droits de succession dans les conditions normales après application d’un abattement de 30 500 euros.

En cas de versements des primes avant et après 70 ans, les deux régimes s’appliquent au prorata des sommes concernées.

Avantages

• L’assurance-vie est un placement multi-usage avec une fiscalité à la sortie relativement intéressante ;
• Comme pour le PERP, il n’est pas soumis à un plafond de versement ;
• A défaut de choisir un réel produit d’épargne retraite, l’assurance-vie est une bonne solution de repli.

Inconvénients

• II convient de surveiller les frais de gestion qui peuvent réduire fortement le rendement des contrats ;
• Les pouvoirs publics peuvent être tentés de modifier de manière rétroactive le régime fiscal et social de l’assurance-vie ;
• Le conservatisme des épargnants et des distributeurs a abouti à ce que l’épargne soit investie à près de 80 % dans des fonds euros qui ne sont pas sur le long terme très rémunérateurs.

2. LE PLAN ÉPARGNE EN ACTIONS (PEA)

Le Plan Épargne en Actions n’est pas en soi un produit destiné à préparer sa retraite. Néanmoins, son régime fiscal attractif et sa souplesse constituent des atouts à ne pas négliger même si son plafond peut en limiter l’intérêt. 16 % des ménages français disposent d’un PEA.

Le PEA est une enveloppe fiscale offrant la possibilité à son titulaire d’acheter et de vendre en franchise fiscale des titres.

Les titres éligibles au PEA sont très variés (actions de sociétés françaises et de l’Union européenne, OPCVM à dominante actions françaises et européennes…).

La durée d’un PEA est d’au moins 8 ans. Tout retrait avant cette durée entraîne la clôture automatique du plan. Après 8 ans, les retraits sont possibles sans clôture du plan, mais il est alors impossible d’effectuer de nouveaux versements.

Le plafond de versement est de 132 000 euros pour un célibataire et de 264 000 euros pour un couple.

En cas de retrait avant 5 ans, le plan est clos. Si le seuil annuel de cession dépasse 20 000 euros, les gains nets constatés depuis l’ouverture du plan sont taxés à

• 33,5 % (prélèvements sociaux compris) si le retrait est réalisé avant l’expiration de la 2ème année ;
• 27 % (prélèvements sociaux compris) si le retrait est réalisé entre la 2ème et la 5ème année.

Si les gains sont inférieurs à 20 000 euros, ils sont exonérés. Seuls les prélèvements sociaux sont exigés.

En cas de retrait entre la 5ème et la 8ème année, le plan est clos. Les gains sont exonérés mais soumis aux prélèvements sociaux.

En cas de retrait après 8 ans, le plan n’est pas clos mais aucun nouveau versement n’est possible. Les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu mais soumis aux prélèvements sociaux. Le titulaire du PEA peut sortir tout ou partie du capital ou demander le versement d’une rente. Dans ce dernier cas, les prélèvements sociaux ne sont dus que sur une fraction de la rente en fonction de l’âge du titulaire au moment du premier versement :

Les prélèvements sociaux sont calculés sur

• 70 % de la valeur de la rente si le titulaire a moins de 50 ans ;
• 50 % de la valeur de la rente si le titulaire a entre 50 et 59 ans ;
• 40 % de la valeur de la rente si le titulaire a entre 60 et 69 ans ;
• 30 % de la valeur de la rente si le titulaire a plus de 70 ans.

Avantages

• Le PEA permet de gérer de manière dynamique son épargne en s’affranchissant de la contrainte fiscale ;
• La gestion est simple et souple, la sortie peut s’effectuer en rente ou en capital ;
• La sortie en rente qui est exonérée d’impôt et en partie de prélèvements sociaux peut constituer un complément de revenu très attractif.

Inconvénients

• Le PEA est par définition un produit à risques qui dépend des résultats de la bourse ;
• Son plafonnement le handicape pour garantir un montant substantiel de revenus à son titulaire.

3. L’IMMOBILIER, UNE TENTATION BIEN NATURELLE, MAIS PAS TOUJOURS RATIONNELLE

3.1. Acquérir sa résidence principale

57 % des Français sont propriétaires de leur résidence principale selon l’INSEE, soit beaucoup moins que les Luxembourgeois (81 %), les Irlandais (79 %) ou les Allemands (78 %) L’aspiration à devenir propriétaire reste très forte en France surtout dans la perspective de préparer sa retraite.

Ainsi selon l’étude réalisée par le CSA pour le Cercle des Épargnants au mois de février 2008, 78 % des Français souhaitent afin de préparer leur retraite être propriétaire de leur résidence principale, loin devant le fait d’épargner sur un contrat d’assurance-vie (60 %) ou sur un PERP (15 %).

Ce souhait se retrouve dans le fait que 73 % des ménages français partant à la retraite sont propriétaires de leur résidence principale. Être propriétaire permet, sans nul doute, d’économiser le montant du loyer, charge qui a eu tendance à s’accroître ces dernières années et qui peut peser fortement sur les revenus après la cessation d’activité.

L’attrait de l’immobilier, au-delà de sa valeur financière, est également psychologique. La possession d’une résidence principale est un élément d’enracinement et de sécurité indéniable. Mais, ce placement n’est pas sans défaut. En effet, il convient de prendre en compte que le logement ou la maison peut être inadapté aux besoins générés par la cessation d’activité, soit trop petit pour une vie permanente en couple, soit trop grand depuis le départ des enfants, soit sur plusieurs niveaux…. Compte tenu des fluctuations du marché immobilier, la revente de la résidence principale n’est pas une source absolue de plus-values. Par ailleurs, l’acquisition à la retraite d’un logement en centre ville ou en bord de mer peut se révéler très coûteuse. Il n’en demeure pas moins que la possession de la résidence principale au moment de la cessation d’activité constitue une garantie et est un peu une voie de passage obligée.

Avantages

• La possession de la résidence principale durant la vie active permet de réduire les charges après la cessation d’activité qui se traduit par une chute de revenus ; • La possession de la résidence principale est un gage d’enracinement et de sécurité tant matérielle que psychologique.

Inconvénients

• La résidence principale acquise durant la vie professionnelle peut s’avérer inadaptée au moment de la retraite du fait du départ des enfants, de sa configuration (habitation sur plusieurs niveaux, à l’étage…) ou de son emplacement ; • Le marché de l’immobilier connaît des fluctuations nationales comme locales pouvant rendre difficile la revente d’un bien acquis quelques années auparavant.

3.2. L’immobilier locatif

Avec la multiplication des dispositifs fiscaux, Robien et Borloo, l’investissement dans l’immobilier locatif s’est développé ces dernières années. Il est apparu comme un des moyens de se constituer un capital et une source de revenus. De nombreux organismes financiers proposent des montages plus ou moins transparents afin de financer, sans apport ou presque, l’achat d’un logement ou d’une maison. La multiplication des opérations constitue un danger à terme. L’investissement locatif n’est pas sans risque car son rendement dépend du paiement des loyers, de la maîtrise des charges. La valorisation du capital est aléatoire et dépend de la situation du marché national mais aussi local de l’immobilier.

Le rendement de l’investissement locatif est en moyenne de 3 %, soit à un niveau inférieur à celui de l’assurance-vie.

L’immobilier locatif peut être une diversification mais ne saurait à lui seul être le placement miracle pour préparer sa retraite.

Avantages

• L’immobilier locatif bénéficie d’un soutien fiscal important de la part des pouvoirs publics en relation avec le manque récurrent de logements en France ;
• Le régime d’amortissement ouvre la possibilité de financer l’acquisition d’un logement sans peser sur les ressources en recourant aux emprunts et aux déductions fiscales.

Inconvénients

• La multiplication des opérations immobilières Robien ou Borloo altère leur rentabilité. Il ne faut pas oublier que pour bénéficier des ces régimes, il convient de respecter certaines conditions (loyer plafonné et revenus du locataire également). Par ailleurs, de nombreuses réalisations ont été conçues plus dans une optique fiscale que dans une optique de placement d’où des risques de déconvenues au moment de la revente des biens immobiliers concernés (problème de qualité, d’emplacements…). Il convient de prêter attention au choix des intermédiaires et des villes retenues pour les investissements ;
• Le rendement de l’immobilier locatif a été inférieur à celui des placements financiers ces vingt dernières années.

FACE A LA RETRAITE, ÊTES-VOUS BIEN PREPARE ?

En quinze questions et quelques minutes, ce petit questionnaire, purement indicatif, vous permet d’évaluer votre situation au regard de la retraite. En fonction du nombre de points obtenus et de votre âge, vous aurez une première idée sur les actions à entreprendre afin d’améliorer votre niveau d’information et votre future retraite.

Cochez la lettre correspondant à votre réponse

Êtes-vous ?

salarié du secteur privé, du régime agricole, agent non titulaire d’une collectivité publique ou d’une entreprise publique ne relevant pas d’un régime spécial B
commerçant, artisan, professions libérales, chef d’entreprise, indépendant, exploitant agricole C
fonctionnaire de État, des Collectivités territoriales, militaire, salarié assujetti à un régime spécial pour la retraite, salarié d’un établissement public administratif A

Avez-vous réalisé une simulation de votre future retraite durant les deux dernières années ?

Oui B
Non D

Avez-vous déjà demandé conseils pour votre retraite auprès de votre assureur, de votre banquier, de votre conseiller en gestion de patrimoine ou de votre expert-comptable durant les deux dernières années ?

Oui A
Non D

Êtes-vous propriétaire de votre résidence principale ?

Oui A
Non D

Avez-vous investi dans l’immobilier locatif ?

Oui B
Non D

Ne répondre que si vous êtes salarié

Votre entreprise a-t-elle mis en place un système de retraite supplémentaire de retraite (article 83, article 39 ou PERCO) ou en tant que fonctionnaire, bénéficiez-vous du système de retraite additionnelle ?

Oui A
Non D

Ne répondre que si vous n’êtes pas salarié

Avez-vous souscrit un contrat Madelin ?

Oui A
Non D

Questions destinées aux salariés et aux non-salariés

Souhaitez-vous partir à la retraite

Avant 60 ans ? D
A 60 ans ? C
Entre 60 et 65 ans ? B
Après 65 ans ? A

Épargnez-vous pour préparer votre retraite ?

Oui A
Non D

Si vous avez répondu « non » à la question précédente, avez-vous l’intention d’épargner

Dans l’année ? B
D’ici 2 ans ? B
D’ici cinq ans ? C
Ne le sais pas ? D

Avez-vous souscrit un contrat d’assurance-vie ?

Oui A
Non D

Détenez-vous un Plan Épargne en Actions ?

Oui B
Non C

Avez-vous ouvert un Plan Épargne Retraite Populaire ou disposez vous d’un contrat d’épargne retraite individuelle Préfon, COREM, CRH… ?

Oui A
Non C

Avez-vous l’intention de poursuivre une activité professionnelle après la liquidation de votre retraite ?

Oui A
Non D
Ne sais pas C

Êtes-vous couvert contre le risque de dépendance ?

Oui B
Non C

Nombre de lettres obtenues Valeur de la lettre Valeur x Nombre
A 4 points B 3 points C 2 points D 0 point total - -


Vous avez moins de 35 ans :

Vous avez moins de 15 points

La retraite n’est pas votre sujet majeur de préoccupation et cela est compréhensible. Vous avez certainement d’autres priorités (acquisition de la résidence principale, réalisation d’un projet personnel ou professionnel). Néanmoins, d’ici cinq à dix ans, vous avez tout intérêt à commencer à étudier la question. En effet, vous appartenez à une génération qui sera particulièrement concernée par le problème du financement des retraites.

Vous avez entre 16 et 32 points

Sans être votre sujet de préoccupation numéro un, vous commencez à réfléchir au financement de votre future retraite. Certainement conscient de la diminution du taux de remplacement, vous avez décidé de consacrer une partie de votre épargne à des produits qui peuvent, le cas échéant, vous garantir un complément de revenus. D’ici quelques années, il sera sans doute nécessaire de demander des conseils à votre assureur ou à votre banquier afin d’optimiser vos placements.

Vous avez plus de 33 points

Pour une personne de moins de 35 ans, vous êtes prévoyante et vous avez certainement accès à des systèmes supplémentaires au sein de votre entreprise. Il n’en demeure pas moins qu’aucune situation n’est acquise une fois pour toutes. Il convient régulièrement de réaliser un bilan patrimonial et d’adapter éventuellement les produits d’épargne en fonction de l’évolution du marché et des objectifs à réaliser (achat de la résidence principale, création d’entreprise…).

Vous avez entre 36 et 50 ans

Vous avez moins de 20 points

Rien de dramatique mais il convient néanmoins de se prendre rapidement en mains. En effet, ce sont les 36 – 50 ans des années 2000 qui seront particulièrement touchés par la réforme des retraites. Nés dans les années soixante et soixante-dix, ces générations devront supporter les avantages et les inconvénients de l’allongement de la durée de la vie. Côté avantages, vous avez de fortes chances de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Coté inconvénients, vous serez confronté à une baisse du rendement des retraites et à la montée en puissance de la dépendance. De ce fait, afin d’en atténuer les effets financiers, vous avez tout intérêt à commencer, le plus tôt possible, à vous préoccuper de votre retraite. Il n’est pas inutile de demander l’avis d’un spécialiste (assureur, banquier, conseiller en gestion de patrimoine…) afin de vous guider au mieux. La préparation de votre future retraite ne s’improvise pas.

Vous avez entre 21 et 35 points

Vous êtes au milieu du gué. Vous avez, sans nul doute, mesurer l’ampleur des problèmes auxquels vous serez confronté au moment de la cessation d’activité. Vous bénéficiez, peut-être, d’un contrat de retraite supplémentaire. Vous avez encore quelques années pour optimiser votre situation en choisissant les bons produits d’épargne retraite. Il serait judicieux de demander quelques conseils et de réorienter une partie de votre épargne vers des placements à plus long terme.

Vous avez plus de 35 points

Conscient du défi de l’allongement de la vie en matière de financement, vous êtes, a priori, bien couvert face à ce risque. Compte tenu des modifications permanentes de la législation et des évolutions des marchés financiers, vous devez régulièrement analyser votre situation afin de réaliser d’éventuels arbitrages au sein de vos placements ou de votre patrimoine. A partir de 40 ans, il faut prendre en compte le risque de dépendance qui peut toucher vos parents.

Vous avez plus de 51 ans

Vous avez moins de 25 points

Aucune situation n’est catastrophique, mais il est plus que temps de vous préoccuper de votre future retraite. Il est indispensable de réaliser une simulation de vos futurs droits à la retraite et une étude patrimoniale avant de prendre des décisions. L’ouverture d’un contrat d’assurance-vie ou le cas échéant l’acquisition d’une résidence principale constitue des solutions à envisager. Par ailleurs, vous devez vous renseigner sur les éventuels dispositifs qui existent au sein de votre entreprise pour préparer votre retraite (PERCO, article 83…)

Vous avez entre 26 et 40 points

Vous êtes conscient que d’ici quelques années vous serez confronté à une diminution de vos revenus et vous avez commencé à vous y préparer. Du fait de l’allongement de la durée de la vie et des modifications qui seront apportées à notre système obligatoire de retraite, il est nécessaire de rester vigilant et de réorienter progressivement votre épargne sur des placements dédiés à la préparation de la retraite.

Vous avez plus de 40 points

A priori, vous êtes bien préparé. A dix ans de l’âge de la retraite, il n’est pas inutile de demander une analyse approfondie de l’ensemble de votre situation afin de procéder aux derniers arbitrages et de saisir quelques opportunités compte de l’évolution des marchés financiers. Vous devez commencer à réfléchir à plusieurs options de sortie de l’activité professionnelle : sortie progressive ou définitive, reprise d’une activité à temps partiel après le départ à la retraite, développement d’une activité de consultant… Par ailleurs, à partir de 55 ans, vous devez engager une réflexion sur votre future vie après la cessation d’activité. Souhaitez-vous ou non déménager pour habiter au bord de la mer ou auprès de votre famille ? Quels engagements associatifs pensez-vous développer ? Quels sports entendez-vous faire ? Il est préférable de prendre ces décisions avant de partir à la retraite et non une fois les liens coupés avec le monde professionnel.

TOUT OU PRESQUE CE QUE AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LA RETRAITE ET SUR LES MOYENS DE L’AMELIORER

37 questions et 37 réponses pour mieux appréhender le système français des retraites.

Les retraites sont-elles condamnées à diminuer ?

Le niveau de vie relatif des retraités (par rapport aux salariés) baissera dans les prochaines années. Cette baisse pourra atteindre 36 % pour les pensions régime général . Depuis 2003, les retraités ont perdu de 1,2 à 2,5 % (en fonction de leur régime) de pouvoir d’achat. L’écart avec les salaires est de 8 %. D’ici 2050, le taux de remplacement (rapport entre le montant de la pension et le dernier salaire) devrait se situer entre 58 et 67 % pour les non-cadres contre 73 % en 2006 et entre 38 et 51 % pour les cadres contre 58 %.

A partir de quel âge faut-il se préoccuper de la retraite ?

C’est autour des quarante ans qu’il convient de réfléchir à la préparation de sa future retraite. Plus on commence tôt à s’en préoccuper, moins le coût est élevé. Bien évidemment, durant la première partie de sa vie professionnelle, le financement de compléments de retraite ne saurait être une priorité compte tenu du montant des revenus, des remboursements d’emprunt et des charges familiales. A quarante ans, au milieu de sa carrière professionnelle, les besoins futurs sont mieux appréhendés tout comme les moyens que l’on peut y consacrer.

Auprès de qui s’informer pour préparer sa retraite ?

Les études d’opinion soulignent que les Français se jugent mal informés en matière de retraite (plus de 55 % selon une enquête CSA-CECOP de février 2008) ; or, aujourd’hui, les sources d’information sont nombreuses. Les caisses de retraite et la CNAV, en particulier sont à votre disposition comme les caisses de retraite complémentaires. Sur Internet, il est facile d’évaluer en quelques minutes sa future retraite (site du Cercle des Épargnants, www.cercledesepargnants.fr ou le site www.marel.fr par exemple) et d’obtenir des conseils pratiques (site www.info-retraite.fr). De même, il existe de nombreux guides techniques qui peuvent aller au-delà des informations contenues dans celui-ci (voir annexe). Compte tenu de la complexité du sujet, le recours à un expert n’est pas inutile. Votre assureur, votre banquier, votre conseiller en gestion en patrimoine ou votre expert comptable sont à même de vous donner de précieux renseignements et de vous aider à choisir les bons placements ou de vous épauler pour faire prévaloir vos droits.

En quoi consiste le relevé de situation individuelle ?

Depuis le 1er juillet 2007, les Français peuvent obtenir un état des lieux des droits acquis en matière de retraite ainsi qu’une évaluation de leur future pension. Les assurés qui ont eu 50 ans en 2007 ont déjà reçu un relevé de situation individuelle ; ceux qui ont entre 45 et 50 ans, le reçoivent en 2008 ; ceux qui ont entre 40-45 et 50 ans à compter de 2009. Par ailleurs, à partir de 2010, les assurés atteignant 35, 40, 45 ou 50 ans dans l’année en cours recevront automatiquement ce relevé. En fonction des éléments en possession des régimes de retraite, une évaluation de la future retraite, l’estimation indicative globale (EIG), sera réalisée. Elle sera envoyée automatiquement à tous les assurés, tous les cinq ans jusqu’au départ à la retraite à leur dernière adresse postale par un des organismes de retraite dont ils dépendent.

Que faut-il conserver comme documents en vue de sa retraite ?

Même si l’administration a accompli de réels progrès en matière de reconstitution de carrière, il n’en demeure pas moins qu’il est préférable de conserver tous ses bulletins de salaire et tous les relevés de situation adressés par les régimes complémentaires. Ces documents permettent de rectifier d’éventuels erreurs ou oublis de l’administration. Il ne faut pas également perdre de vue les plans d’épargne retraite souscrits, le cas échéant, dans le cadre professionnel (PERCO, retraite supplémentaire article 83…).

A quel âge pouvons-nous partir à la retraite ?

Logiquement à partir de 60 ans, nous pouvons partir à la retraite mais cela ne signifie pas que le salarié puisse toucher une pension du régime général à taux plein. Pour cela, il faut avoir cotisé 160 et prochainement 164 trimestres ou avoir 65 ans. Il en est de même pour l’obtention des pensions des régimes complémentaires (l’alignement avec le régime général fait l’objet d’un accord entre les partenaires sociaux soumis à renégociation régulière)

Peuvent obtenir une pension à taux plein :

• A partir de 55 ans, les bénéficiaires de la retraite anticipée « travailleurs handicapés » ;
• A partir de 56 ans, les bénéficiaires de la retraite anticipée « longue carrière » ;
• A partir de 60 ans pour les personnes déclarées inaptes au travail ;
• A partir de 60 ans pour les titulaires de la carte d’ancien combattant, pour les anciens prisonniers de guerre, pour les déportés, internés politiques ou de la Résistance ;
• A partir de 60 ans, pour les mères de famille ouvrières ;
• A partir de 60 ans pour les titulaires d’une pension d’invalidité.

Les salariés relevant de régimes spéciaux peuvent, sous certaines conditions, partir avant 60 ans.

A partir de quand faut-il effectuer les démarches administratives pour bénéficier de sa retraite ?
La retraite est un droit mais elle doit se demander auprès des services compétents. Compte tenu des démarches à réaliser auprès des différentes caisses, il est prudent pour éviter toute rupture de revenus, de déposer sa demande au moins quatre mois avant la date choisie pour le départ en retraite.

Auprès de qui effectuer sa demande de retraite ?

Vous êtes salarié, la demande peut être réalisée pour le régime de base sur Internet (www.cnav.fr). Elle peut être également effectuée auprès de la Caisse d’assurance maladie sauf si vous habitez en Île-de-France. Dans ce cas, il convient de s’adresser à la Caisse nationale des travailleurs salariés (CNAVTS). Pour les salariés du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle, l’interlocuteur est la Caisse régionale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés. Pour les salariés des DOM-TOM, ils doivent consulter les caisses générales de Sécurité sociale. Pour obtenir leur retraite complémentaire, les salariés doivent s’adresser à l’ARRCO ou à l’AGIRC s’ils sont cadres. La demande peut également être réalisée sur Internet (www.arrco.fr, www.agirc.fr).

Les fonctionnaires doivent s’adresser au service du personnel dont ils dépendent. Les salariés agricoles sont pris en charge par la Mutualité sociale agricole. Les non-salariés doivent déposer leur demande auprès des caisses auxquels ils sont affiliés.

Si vous avez été rattaché à des régimes différents durant votre carrière professionnelle, vous avez la possibilité de retenir la caisse de votre choix pour effectuer votre demande. La caisse choisie se charge de collecter l’ensemble des données auprès des autres caisses. Cette règle ne s’applique que pour les retraites de base.

Quelles sont les conditions pour bénéficier du dispositif instauré pour les longues carrières ?

Avec l’adoption de la loi Fillon, les salariés, les travailleurs indépendants et les fonctionnaires ayant commencé à travailler avant 17 ans et pouvant justifier de 168 trimestres d’assurance peuvent sous certaines conditions partir à la retraite avant 60 ans.

Âge de départ à la retraite Durée d’assurance tous régimes confondus Durée de cotisations tous régimes confondus Trimestres validés en début de carrière
56 ou 57 ans 168 trimestres 168 trimestres 5 trimestres avant la fin de l’année civile des 16 ans (4 pour les personnes nées en cours de 4ème trimestre)
58 ans 168 trimestres 164 trimestres 5 trimestres avant la fin de l’année civile des 16 ans (4 pour les personnes nées en cours de 4ème trimestre)
59 ans 168 trimestres 160 trimestres 5 trimestres avant la fin de l’année civile des 17 ans (4 pour les personnes nées en cours de 4ème trimestre)

Quels sont les régimes spéciaux ?

Les principaux régimes spéciaux concernent :

• Les salariés de la SNCF, de la RATP ;
• Les salariés des industries électriques et gazières ;
• Les salariés des mines ;
• les marins ;
• les clercs et les employés de notaire ;
• les ouvriers de l’Opéra de Paris ; • les salariés de la Banque de France ;
• les salariés de la Comédie française.

Les régimes spéciaux se différencient des régimes de base par les règles de cotisations ainsi que par les modalités de calculs des pensions et d’ouverture des droits. La réforme de 2007 a entamé un processus d’harmonisation avec le régime général notamment pour la durée de cotisation.

Les préretraites sont-elles supprimées ?

Fin 2006, 700 000 Français bénéficient d’une préretraite, d’une dispense de recherche d’emploi ou d’une retraite anticipée. Ce chiffre ne prend pas en compte les préretraites financées par les employeurs. Néanmoins, les entrées en préretraite publique ont été divisées par trois depuis 2001 et concernent désormais 15 000 personnes par an. Le gouvernement entend durcir le régime des préretraites afin de dissuader les entreprises d’y recourir.

Deux dispositifs de préretraite demeurent en vigueur. Le premier permet aux salariés de plus de 57 ans et trois mois, victimes d’un licenciement économique, de bénéficier d’une préretraite versée par le Fonds national de l’emploi après négociation entre l’administration et l’employeur. Le second concerne les travailleurs de l’automobile.

Par ailleurs, les chômeurs âgés peuvent bénéficier de dispositifs de maintien d’une indemnisation jusqu’à la retraite sans obligation de recherche d’emploi (460 000 chômeurs concernés).

En quoi consiste une préretraite ?

La préretraite est différente de la retraite anticipée. En règle générale, en tant que préretraité, le salarié bénéficie d’une allocation spécifique versée jusqu’à la date où il pourra liquider ses droits à la retraite.

L’employeur peut-il nous obliger à partir à la retraite ?

Un employeur du secteur privé ne peut pas obliger un salarié avant 65 ans à prendre sa retraite. Sauf dérogation, toute rupture du contrat de travail à son initiative serait considérée comme un licenciement. En cas de départ de retraite, l’employeur est tenu de verser « indemnités de départ à la retraite » qui sont, en règle générale, plus importantes quand il est à l’origine de la mise à la retraite.

En ayant cotisé le nombre de trimestres nécessaire et en ayant plus de 60 ans, avons-nous intérêt à continuer à travailler ?

Oui, depuis 2004, si vous avez atteint le nombre de trimestres requis (160 et progressivement 164) et si vous continué à travailler, une surcote est appliquée. La pension est majorée pour chaque trimestre supplémentaire. La première année donne droit à une majoration de 3 %, les suivantes de 4 % et au-delà de 65 ans de 6 %. La réforme de 2008 devrait relever le taux à 5 % pour les premières années.

Est-il intéressant de racheter des trimestres ?

Du fait d’études longues ou de période d’inactivité, il est fort probable qu’à 60 ans, nous serons de moins en moins nombreux à avoir cotisé 160 ou 164 trimestres. La législation permet de récupérer des trimestres en procédant à un versement pour la retraite également appelé « rachat de trimestres ». Le montant dépend de l’âge et du montant du salaire. Plus on se rapproche de l’âge de la retraite et plus le salaire est élevé, plus le montant du rachat l’est également. Il varie de 950 à 5 850 euros. Le rachat des trimestres pour le régime général ouvre droit à une augmentation des retraites complémentaires sous réserve que cette disposition ne soit pas remise en cause dans le prochain accord AGIRC/ARRCO.

Il est également possible de racheter des points aux régimes complémentaires dans la limite de 70 points par année d’étude et dans la limite de trois ans. Le montant est fonction de l’âge du bénéficiaire au moment du versement qui doit être effectué en une seule fois.

Qui est concerné par le minimum vieillesse ?

Le minimum vieillesse n’existe plus depuis le 1er janvier 2007. Il a pris la forme d’une allocation différentielle unique dénommée Allocation de Solidarité aux Personnes Agées (ASPA). Elle est versée à 600 000 personnes, soit 4 % de la population de plus de 60 ans. Ce nombre décroît d’année en année. Cette allocation complète la pension perçue afin que toute personne âgée d’au moins 65 ans obtienne un minimum de pension. Le plafond de ressources retenues pour le calcul de l’allocation est, en 2008, de 643,29 euros par mois pour une personne seule et de 1 126,77 euros pour un ménage. L’ASPA est payé par État

Le nombre d’enfants est-il pris en compte pour le calcul de la retraite ?

Les enfants permettent de majorer le nombre de trimestres pour les mères de famille et ouvrent droit à des bonifications de la pension pour le régime de base comme pour les régimes complémentaires.

Mes stages d’été rémunérés et mon service national peuvent-ils être comptabilisés pour le calcul de ma retraite ?

Pour les emplois d’été en ce qui concerne les étudiants, il faut avoir cotisé sur une rémunération égale à 200 fois le SMIC horaire de la période concernée. Le service national est pris en compte à condition d’avoir cotisé au régime général avant ou après.

L’employeur n’a pas versé les cotisations, que pouvez-vous faire ?

En cas de refus ou d’incapacité de l’employeur de régulariser la situation, vous pouvez demander à verser l’arriéré de cotisations à condition de prouver l’existence de l’activité.

La réversion, comment fonctionne-t-elle ?

A la disparition d’un des époux, les régimes de retraite reversent une partie des droits acquis au conjoint ou aux ex-conjoints. Les modalités de calcul et d’attribution varient en fonction des régimes.

En ce qui concerne le régime de base, pour bénéficier d’une réversion, le conjoint survivant doit avoir plus de 51 ans au 1er juillet 2007 ou plus de 50 ans au 1er juillet 2009. Au 1er janvier 2011, la condition d’âge sera supprimée. La réversion est égale à 54 % de la retraite principale du conjoint. Elle est accordée sous condition de ressources. En cas de remariage, les droits sont partagés entre les conjoints au prorata de la durée respective de chaque mariage. Les régimes complémentaires octroient, sans condition de ressources, des pensions de réversion. Depuis le 1er juillet 2004, il convient de noter que le régime des réversions des non-salariés a été aligné sur celui du régime général. En 2007, près de 2,5 millions de personnes bénéficient d’une pension de réversion. Le président de la République s’est engagé à relever de 54 à 60 % le taux des pensions de réversion. Le taux passera à 56 % au 1er janvier 2009, à 58 % en 2010 et à 60 % en 2011.

Pouvons-nous partir progressivement à la retraite ?

La retraite progressive permet de percevoir une partie de sa retraite de base et complémentaire tout en poursuivant à temps partiel son activité. Pour le régime général, la retraite progressive est possible à partir de 60 ans à condition d’avoir cotisé 150 trimestres et d’exercer une seule activité à temps partiel inférieure de 20 % à la durée légale de travail. Le montant de la pension est fonction de la durée du travail à temps partiel pour les salariés. Pour les non-salariés, elle est fonction de la perte de revenus liée au caractère partielle de l’activité. La retraite progressive est intéressante pour ceux n’ayant pas le nombre suffisant de trimestres et qui souhaitent tout en réduisant leur temps de travail, améliorer leur future retraite.

Mise à la retraite ou départ à la retraite ?

Un employeur ne peut procéder à une mise à la retraite sauf dérogations que si le salarié a plus de 65 ans et bénéficiant ainsi d’une retraite à taux plein. Le salarié peut, en revanche, à son initiative prendre sa retraite. Les conventions collectives de branche fixent fréquemment les conditions de départ à la retraite. Les dispositions sont plus avantageuses pour le salarié en cas de mise à la retraite qu’en cas de départ volontaire (durée de préavis et indemnités). A compter du 1er janvier 2010, le dispositif de mise à la retraite d’office par les employeurs sera supprimé.

Comment évoluera le montant de votre retraite après votre cessation d’activité ?

Depuis 1993 pour le régime de base et depuis 2003 pour la fonction publique, le montant des pensions des régimes de base évolue en fonction de l’indice des prix à la consommation. La loi de financement de la Sécurité sociale peut modifier le taux d’indexation sur proposition des partenaires sociaux réunis en conférence par le ministre en charge de la Sécurité sociale. Les points des régimes complémentaires sont revus chaque année selon des règles propres à chaque régime.

Quels impôts et quels prélèvements sociaux sur les pensions de retraite ?

Les pensions de base et des régimes complémentaires sont assimilées à des salaires et sont, à ce titre, assujetties à l’impôt sur le revenu et bénéficient de l’abattement de 10 %. Les retraités doivent déduire 6,6% de cotisation CSG et 0,5 % de cotisation RDS. Pour les retraités ayant des revenus modestes, le taux de la CSG est ramené à 0 % ou à 3,8 %. Une cotisation d’assurance maladie de 1 % (1,6 % pour les retraités relevant du régime local d’Alsace Moselle) est prélevée sur les retraites complémentaires. Les retraités à faibles revenus peuvent en être exonérés.

Pouvez-vous travailler pendant votre retraite ?

Le Gouvernement entend favoriser le cumul emploi – retraite. Vous pouvez cumuler votre pension avec une activité relevant d’un autre régime. Si vous avez été salarié, vous pouvez vous installer comme indépendant, commerçant ou artisan et continuer à recevoir votre pension. Si vous décidez d’occuper un emploi relevant du même régime que votre pension, vous devez respecter certaines conditions.

Le cumul n’est possible que dans la limite du dernier salaire. Le salaire ou les revenus de l’emploi occupé et les pensions reçues ne peuvent pas dépasser le montant du dernier salaire ; ce plafond ne peut pas être inférieur à 160 % du SMIC. Par ailleurs, il n’est pas possible de travailler pour son ancien employeur durant les six mois qui suivent la cessation d’activité. Dans tous les cas, il faut informer ses caisses de retraite de base et ses complémentaires. La loi de 2008 sur les retraites devrait modifier le régime du cumul emploi-retraite en supprimant le délai de 6 mois.

La retraite par capitalisation est-ce l’avenir ?

La retraite par capitalisation fonctionne selon un axe vertical ; l’épargne collectée aujourd’hui sert à financer les retraites de demain. La retraite par répartition obéit à une logique horizontale, les cotisations versées par les actifs financent les actuels retraités. Son équilibre dépend de l’évolution de la masse salariale, c’est-à-dire de l’évolution des salaires et du nombre d’emplois. Celui de la capitalisation dépend du montant des versements et des rendements des placements. La capitalisation est moins sensible que la répartition aux évolutions démographiques. Les deux systèmes sont complémentaires. La répartition permet d’offrir une retraite de base ; la capitalisation permet de tirer profit de la croissance mondiale.

Quel est le poids économique des fonds de pension ?

Les fonds de pension représentent plus de 16 000 milliards de dollars en 2006, soit huit fois le PIB français. Au sein de l’OCDE, le poids moyen des fonds de pension est de 72 % (130 % aux Pays-Bas, 74 % aux Etats-Unis, 77 % au Royaume-Uni et 5 % en France). Les fonds souverains financés essentiellement par les recettes générées par l’exportation de l’énergie et des matières premières disposent de plus de 3 000 milliards de dollars d’actifs.

Avec la multiplication des crises boursières, est-il raisonnable de confier tout ou partie de sa retraite à la capitalisation ?

Les places boursières subissent régulièrement, en moyenne une fois tous les dix ans, des crises qui s’apparentent avant tout à des corrections. En raison de ces crises, le placement action est un placement de moyen voire de long terme. Or, sur vingt ou trente ans, il demeure le placement le plus intéressant. La capitalisation ne repose pas, par ailleurs, que sur les actions. Les gestionnaires placent également l’argent collecté sur des fonds monétaires et obligataires. Ils doivent respecter des règles dites prudentielles afin de permettre le paiement des pensions. Plus le titulaire d’épargne retraite se rapproche de la date de cessation d’activité, plus ses actifs sont sécurisés pour ne pas subir les effets d’un éventuel krach financier. L’épargne retraite obéit à des règles assurantielles strictes.

Quelle est la meilleure solution pour améliorer sa retraite ?

Nous sommes tous différents face à la retraite. En effet, notre situation financière à la cessation d’activité dépend de notre carrière professionnelle, du patrimoine accumulé, du nombre d’enfants, du lieu de résidence… Il n’y a donc pas de solution unique et miracle. Une étude individualisée est nécessaire avant de prendre des décisions en ayant recours à des simulations sur la situation patrimoniale et sur le montant futur de la pension.

Que choisir en priorité : Immobilier ou Épargne ?

La possession de la résidence principale constitue un des principaux souhaits des Français. Elle constitue au-delà de la valeur psychologique une garantie et une source d’économies pour les retraités. Il convient de souligner que les dépenses de logement représentent, en moyenne, plus du quart des revenus. Il est donc intéressant d’être propriétaire à condition d’avoir remboursé les éventuels emprunts au moment du départ à la retraite. En revanche, il serait hasardeux de miser exclusivement sur l’immobilier pour préparer sa retraite compte tenu des fluctuations du marché immobilier et des modifications fréquentes de la législation fiscale en la matière. Le recours à des placements financiers offre généralement plus de souplesse et peut dégager des rendements supérieurs.

Quels sont les différents types de suppléments de retraite proposés par les entreprises ?

Les entreprises peuvent proposer à leurs salariés des suppléments de retraites. Ils peuvent être réservés à quelques personnes (dirigeants par exemple) ou à une ou plusieurs catégories homogènes de salariés. Ces produits peuvent bénéficier à tous les salariés ou à ceux qui en font la demande (PERCO qui est ouvert par définition à tous les salariés). Les produits proposés peuvent être à cotisations ou à prestations définies.

Perco, article 83, article 39, PERCO…. Comment s’y retrouver ?

L’épargne retraite ressemble à un beau maquis corse ; pour s’y retrouver, il suffit d’en connaître les règles. Il faut distinguer ce qui relève de la sphère individuelle, le PERP ou l’assurance-vie par exemple, de ce qui appartient à la sphère professionnelle. Les entreprises, essentiellement les grandes, proposent, en effet, de plus en plus souvent, à leurs salariés des suppléments de retraite. En revanche, les PME qui emploient plus de 60 % des salariés français n’offrent que très rarement des compléments « retraite ». Les pouvoirs publics essaient de modifier la situation en adoptant des mesures d’incitation fiscale et en encourageant les entreprises à négocier sur le sujet.

Lors de l’embauche, il convient de prendre en compte l’existence de tels suppléments. De même, il faut conserver les preuves de participation à de tels suppléments afin de faire prévaloir ses droits à l’occasion du départ en retraite et même si l’on a quitté, depuis de nombreuses années, l’entreprise.

L’article 83 est un système dit à cotisations définies, le montant de la pension n’est connu qu’à la liquidation des droits comme pour le régime de base. Il est souvent réservé à une ou plusieurs catégories de salariés, les cadres par exemple. L’article 39 recouvre des produits à prestations définies, le montant de la pension est connu dès la souscription. Ils sont souvent réservés aux cadres dirigeants et ont tendance à disparaître du fait des provisions que les entreprises doivent constituer. L’obtention de la pension est conditionnée, dans la grande majorité des cas, au maintien jusqu’à la cessation d’activité au sein de l’entreprise. Les produits, article 83 ou article 39, sont, en règle générale, intégralement pris en charge par l’entreprise.

Le Plan Épargne Retraite Collectif (PERCO) possède plusieurs qualités : sa souplesse, son caractère facultatif pour les salariés, la participation de l’employeur à travers l’abondement. Le salarié peut y verser les fruits de la participation, de l’intéressement, transférer tout ou partie de son PEE et effectuer des versements personnels. Le PERCO concerne tous les salariés d’une entreprise sans référence aux catégories professionnelles.

PEA, PERP ou Assurance-vie ?

Les objectifs de ces trois produits d’épargne diffèrent. Le Plan Épargne en Actions (PEA) est un placement par nature à risques, les versements étant placés en actions. Cet instrument est intéressant dans une logique de diversification de ses actifs. C’est un produit de moyen et long terme. Le Plan Épargne Retraite Populaire (PERP) est un produit destiné exclusivement à la préparation à la retraite. L’assurance-vie est, en revanche, un produit multi-usage. Il peut servir tout à la fois à épargner pour la concrétisation d’un investissement à moyen terme, pour la constitution d’une rente en vue de la cessation d’activité ou pour le règlement de la succession. Les trois produits se complètent plus qu’ils ne s’opposent. Le PERP bénéficie d’un avantage fiscal à l’entrée, l’assurance-vie étant dotée d’un régime fiscal attractif à la sortie. Le PERP en bloquant l’épargne jusqu’à la cessation d’activité avec une sortie en rente évite les tentations d’utiliser l’argent ainsi capitalisé pour d’autres usages que le financement de la retraite. Le PEA est plafonné mais est très souple d’utilisation.

Le PERP, échec ou succès ?

Plus de deux millions de Français ont souscrit un Plan Épargne Retraite Populaire (PERP) depuis sa création. La moyenne d’âge des souscripteurs est inférieure à celle des titulaires des contrats d’assurance-vie. L’encours de ce produit dépasse 3,5 milliards d’euros. Le PERP connaît le même taux de croissance que les Contrats Madelin à leurs débuts. Le PERP souffre avant tout d’un manque de communication et de certaines lourdeurs techniques n’incitant guère les professionnels à le proposer à leurs clients. Pour un produit d’épargne à long terme, il est regrettable que les épargnants privilégient des PERP en fonds euros. Le recours aux unités de comptes (avec la sélection de fonds actions) est à encourager. En effet, sur une période d’épargne de plus de quinze ans, le rendement des actions est historiquement supérieur à celui des autres placements. Avant toute souscription d’un PERP, il convient de regarder avec attention le montant des commissions à l’entrée (droits perçus par l’assureur), les commissions sur les arbitrages (en cas de modification des fonds sur lesquels l’épargne versée est placée), les frais sur encours (frais perçus annuellement pour la gestion du produit). Les PERP dotés d’une large gamme de fonds sont à privilégier.

Pourquoi les comptes sur livret ne sont pas adaptés pour préparer sa retraite ?

Par définition, l’épargne retraite est un placement de long terme. La période de constitution de l’épargne peut s’étirer sur dix, vingt ans, voire plus et la période de versement de la pension peut également durer plus de vingt ans. De ce fait, choisir un placement à court terme revient à courir un grand prix de Formule 1 avec une 2 CV. Pour préparer financièrement sa retraite, le recours à des produits d’épargne intégrant des actions sous forme d’unités de compte apparaît plus judicieux que les comptes sur livret, Livret A, livret bleu et autres dont les rendements sont liés aux taux d’intérêt à court terme. A l’exception du Livret A et assimilés, la fiscalité des comptes sur livret est très élevée par rapport à celle de l’assurance-vie ou du PERP.

Pourquoi les Français n’investissent pas leur épargne de long terme en actions ?

80 % de l’encours de l’épargne retraite et plus de 75 % de celui du PERP sont investis en titres de taux. Les Français n’investissent qu’avec parcimonie leur épargne en actions. Cette réticence s’explique tant par notre méconnaissance relative des règles économiques et financières que par la volonté de minimiser les risques. Nos traditions paysannes ainsi que l’antienne sur la faillite des rentiers des années trente nous conduisent à choisir les valeurs de court terme qui offrent de faibles rendements. En plus, nous investissons en bourse au plus mauvais moment quand les valeurs sont au plus haut et vendons au plus mauvais moment en période de crise. Il en résulte évidemment des frustrations. Malgré les crises boursières, 1987, 1997, 2000 et 2007, les actions figurent parmi les meilleurs placements. Il y a, en la matière, un important travail de pédagogie à conduire.

La réforme des retraites de 2008 en quelques mots ?

La loi sur les retraites de 2003 avait prévu un rendez-vous d’étape en 2008 afin d’étudier les éventuels ajustements nécessaires pour assurer l’équilibre des régimes de base. Compte tenu de la dégradation plus rapide que prévue des comptes des caisses d’assurance vieillesse, les pouvoirs publics ont décidé de jouer sur la durée de cotisation et sur l’emploi des seniors.

A l’occasion de ce rendez-vous qui a réuni les partenaires sociaux et le Gouvernement, il a été, en effet, confirmé comme il avait été prévu en 2003, le passage progressif de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein de 160 à 164 trimestres d’ici 2012 en ce qui concerne les salariés du privé et les fonctionnaires. Pour les salariés relevant d’un régime spécial, le passage à 164 trimestres est prévu en 2016.

Le Gouvernement a annoncé le basculement d’une partie des cotisations chômage sur la vieillesse du fait de l’amélioration de la situation du marché de l’emploi.

Compte tenu du faible taux d’emploi des seniors en France, 38 %, le Gouvernement a décidé de passer le montant de la surcote à 5 %, de favoriser le cumul emploi-retraite et de développer les retraites progressives. Le versement de l’indemnité de départ en retraite sera lié à l’obtention d’une retraite à taux plein et son montant sera majoré si la durée requise est dépassée.

Les entreprises qui ne négocieront pas des accords sur l’emploi des seniors seront financièrement pénalisées. Le montant de la taxe s’élèvera à 1 % des rémunérations versées. Les employeurs ne seront pas soumis à pénalité en cas d’absence d’accords avec les partenaires sociaux s’ils ont élaboré un plan en faveur de l’emploi d’action relatif à l’emploi des salariés âgés. Ce plan devra néanmoins recevoir l’avis du Comité d’entreprise ou à défaut des délégués du personnel.

Les mises en retraite d’office seront supprimées à compter du 1er janvier 2010. De même, les limites d’âge, en particulier dans la fonction publique, seront remises en cause.

La réforme de 2008 comporte un volet en faveur des retraités aux faibles revenus. L’allocation de soutien aux personnes âgées devrait être d’ici 2012 augmentée de 12 %.

Le relèvement du minimum contributif avec un objectif de 85 % du SMIC pour 2012 sera ciblé sur les salariés ayant une durée de cotisation minimale, durée qui sera fixée par décret.

Le taux des pensions de réversion pour le régime général et les régimes alignés passera à 56 % au 1er janvier 2009, à 58 % au 1er janvier 2010 et à 60 % au 1er janvier 2011.

Enfin, la revalorisation des pensions s’effectuera au 1er avril et non plus au 1er janvier afin de mieux prendre en compte l’évolution des prix de l’année en cours.

OUVRAGES DE REFERENCE

• Retraite et prévoyance d’entreprise : mémento pratique Francis Lefebvre
• Préparer et bien vivre sa retraite : Prat Éditions, guide 2008
• Préparer votre retraite : Intérêts privés – 2005
• Épargne retraite, le guide pratique par Anna Dubreuil et Eric Giraud : Prat Éditions, guide 2008
• L’épargne retraite des salariés par G Briens, F Duprat-Cerri et Ph Berquin : Éditions l’Argus de l’assurance
• Seniors, votre futur a de l’avenir par Gabrielle Rolland : Robert Laffont 2008
• Fiscalité, placements et réductions d’impôt par Gervais Morel, David Écochard : Revue Banque Édition
• Les Retraites sous la direction de Florence Legros : Economica – 2007
• Urgence Retraites par Jacques Bichot : Seuil – 2008
• Les fonds de pension en questions par Laure Delahousse : Lextenso éditions – 2008
• La Care révolution de Martin Vial : Nouveaux débats Publics – 2008  
SITE INTERNET DE REFERENCE

www.cercledesepargnants.fr : site du Cercle des Épargnants
www.cor-retraites.fr : site du Conseil d’Orientation des Retraites, organe d’études et de concertation entre les principaux acteurs du domaine des retraites
www.observatoire-retraites.org : site de l’Observatoire des Retraites
www.securite-sociale.fr : le site de la Sécurité sociale www.info-retraite.fr : site d’information publique sur les retraites
www.marel.fr : site développé par Info-retraite permettant la simulation du montant des revenus à l’âge de la retraite
www.retraite.gouv.fr : site du Gouvernement dédié à la question des retraites
www.cnav.fr : site de la Caisse nationale d’assurance vieillesse www.acoss.fr : agence centrale des organismes de sécurité sociale www.agirc.fr : le site de la retraite complémentaire des cadres www.arrco.fr : site de la retraite complémentaire des salariés
www.le-rsi.fr : site du régime social des indépendants (commerçants, artisans…)
www.insee.fr : site de l’Institut national de la statistique et des études économiques
www.ined.fr : site de l’Institut national des études démographiques
www.ofce.sciences-po.fr : site de l’Observatoire français des conjonctures économiques www.oecd.org : site de l’OCDE

GLOSSAIRE

Abondement : versement effectué par l’employeur au profit de ses salariés sur des produits d’épargne retraite comme le Plan Épargne Retraite Collectif.

Age légal de départ à la retraite : âge à partir duquel les droits à la retraite peuvent être ouverts.

AGIRC (Association Générale des Institutions de Retraites des Cadres) : régime pour la retraite complémentaire des cadres et assimilés du secteur privé.

Allocation de solidarité aux personnes âgées : depuis le 1er janvier 2007 l’allocation de solidarité aux personnes âgées recouvre les anciennes attributions du minimum vieillesse. Ces allocations sont servies sans contrepartie de contribution et destinées à porter les revenus de personnes âgées défavorisées à un niveau décent. Pour une personne seule, le montant minimum de revenus retenus est de 633,13 euros au 1er septembre 2008.

Annuité : les régimes de retraite dits en annuités calculent la pension en fonction d’une durée de cotisation (160 trimestres pour le régime général en 2008 afin d’obtenir la retraite à taux plein) à la différence des régimes par point qui calculent la pension en fonction du nombre de points acquis, chaque année, en fonction du montant des cotisations versées.

ARRCO (Association des Régimes de Retraite Complémentaire) : régime pour la retraite complémentaire applicable aux salariés non cadres et cadres ainsi qu’assimilés du secteur privé de l’industrie, du commerce, des services et de l’agriculture.

Article 39 : fait référence à l’article 39 du Code général des impôts qui facilite fiscalement l’instauration par les entreprises de système supplémentaire. L’article 39 du CGI permet notamment la mise en oeuvre de système à prestations définies, le montant de la rente versée est connu par avance, au moment de la souscription, et non au moment de la liquidation des droits.

Article 83 : (toujours en référence à l’article du Code général des impôts) produit d’assurance-vie collectif souscrit par l’entreprise pour ses salariés avec une sortie en rente. C’est un contrat à cotisations définies, le taux de cotisation est fixé au préalable.

Assurance-vie : produit de capitalisation qui garantit à l’assuré le versement d’un capital ou d’une rente augmenté des intérêts à l’échéance du contrat. Bénéficiant d’un régime fiscal spécifique, l’assurance-vie est un des produits d’épargne préféré des Français. Permet tout à la fois de préparer un projet à moyen terme, sa retraite ou sa succession.

CGP (Conseiller en Gestion de Patrimoine) : professionnel dont l’objectif est de trouver le meilleur équilibre entre risques et rentabilité dans les affaires financières et personnelles de son client, et dont les compétences s’étendent du conseil pour les placements et prêts à la négociation auprès des assureurs ou auprès des banquiers pour obtenir les meilleurs tarifs au bénéfice de ses clients.

CNAV (Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse) : régime général de la Sécurité sociale en charge de la retraite de base des salariés du commerce, des services et de l’industrie. Le régime général de la sécurité sociale regroupe 16,6 millions de cotisants et 11,5 millions de retraités.

Contrat Madelin : produit d’assurance retraite par capitalisation volontaire, réservé aux professions libérales, aux commerçants, aux artisans et aux dirigeants de société ainsi qu’à leur conjoint.

Décote et Surcote : la décote est une diminution des droits à pension, lorsque le retraité choisit de partir avant d’avoir cotisé le nombre d’annuités nécessaires pour bénéficier d’une carrière complète. La surcote est au contraire une majoration des droits à pension du fait de la poursuite de la carrière professionnelle au-delà de la carrière complète. Décote et surcote visent à encourager les actifs à accroître la durée de la vie active.

Dispense de recherche d’emploi : à partir de 57 ans et demi et dans certains cas dès 55 ans, un chômeur indemnisé peut demander à être dispensé d’accomplir des actes de recherche d’emploi tout en conservant ses indemnisations. Cette disposition est appelée à disparaître progressivement dès 2009 et ne sera logiquement plus accordée à partir de 2012.

Durée d’assurance : la durée d’assurance sert de base pour le calcul de pension de base. Elle correspond au total des trimestres validés de cotisation

Fonds de pension : système d’épargne retraite géré de manière collective et alimenté par des cotisations versées par les salariés et les employeurs, accumulées jusqu’à l’âge de la retraite. Le montant de la rente dépend de la valorisation du capital constitué par l’accumulation des cotisations.

GERP (Groupement d’Épargne Retraite Populaire) : le GERP est une association ayant comme missions de représenter et de défendre les titulaires de Plan Épargne Retraite Populaire auprès des compagnies d’assurances dont ils dépendent.

Liquidation : la liquidation correspond au calcul des droits à la retraite et constitue un préalable pour le versement de la première pension.

M@rel : simulateur permettant d’évaluer le montant de sa future retraite sur Internet (www.marel.fr) développé par le Groupement intérêt public regroupant 36 organismes en charge de la retraite de base et de la retraite complémentaire

Minimum contributif : pour les actifs ayant cotisé, la retraite ne peut pas être inférieure à un montant réévalué en fonction de l’inflation. Ce montant minimum est calculé en tenant compte de la durée de cotisation et de certaines majorations (enfants, personnes à charge…). Pour un salarié ayant cotisé à taux plein, le minimum varie de 584,48 à 638,68 euros en fonction des majorations accordées.

PEE (Plan d’Épargne Entreprise) : système d’épargne collectif et facultatif au sein de l’entreprise permettant au salarié de se constituer et de gérer un portefeuille titres pouvant être alimenté par la participation et par l’intéressement. Pour la mise en place d’un PERCO, il est nécessaire que l’entreprise soit dotée, au préalable, d’un PEE.

PEI (Plan d’Épargne Interentreprises) : PEE commun à plusieurs entreprises.

Pension : revenu régulier perçu jusqu’au décès.

Pension de réversion : au décès d’un cotisant et sous certaines conditions, des membres de son entourage (essentiellement le ou les conjoints en cas de divorce), appelés ayant droits, peuvent bénéficier de tout ou partie de sa rente, appelée pension de réversion.

PERE (Plan d’Épargne Retraite Entreprise) : produit d’épargne de retraite collectif supplémentaire à cotisation défini proposé par l’employeur et qui permet aux salariés d’effectuer à titre individuel des versements.

PERCO (Plan d’Épargne Retraite Collective) : produit d’épargne retraite collectif facultatif mis en œuvre au sein de l’entreprise, créé par la loi Fillon de 2003. Ce produit permet aux salariés de verser tout ou partie des sommes versées dans le cadre de la participation et de l’intéressement. Ils peuvent également effectuer des versements volontaires et bénéficier d’un abondement de l’employeur.

PERCOI (Plan d’Épargne Retraite Collective Interentreprises) : PERCO commun à plusieurs entreprises.

PERP (Plan d’Épargne Retraite Populaire) : produit d’épargne retraite individuelle créé par la loi Fillon de 2003 bénéficiant d’une déduction fiscale pour les versements et d’une sortie en rente.

Point de retraite : De nombreux régimes de retraite notamment complémentaires sont des régimes par points. Le cotisant obtient un certain nombre de points chaque année en fonction du montant de ses cotisations. Sa retraite sera calculée, à la cessation d’activité, à partir du nombre de points accumulés multiplié par la valeur du point fixé au moment de la liquidation. L’équilibre des régimes par points est réalisé en ajustant tant par le montant d’achat des points que par sa valeur au moment du départ à la retraite.

Retraite de base : premier niveau de retraite obligatoire, à l’exemple du régime général de la Sécurité sociale pour les salariés du secteur privé.

Retraite complémentaire : deuxième niveau de retraite obligatoire qui complète le régime de base. Les régimes ARRCO pour tous les salariés et AGIRC pour les salariés cadres sont deux régimes de retraite complémentaire.

Rente : revenu régulier versé jusqu’au décès de l’assuré.

Système par répartition : système fondé sur la solidarité intergénérationnelle, les cotisations versées par les actifs sont redistribuées aux actuels retraités sous forme de pensions.

Système par capitalisation : les actifs d’aujourd’hui épargnent en vue de leur propre retraite. Les cotisations versées font l’objet de placements financiers ou immobiliers. L’épargne capitalisée permet le versement d’une rente ou d’un capital au moment de la cessation d’activité. Le montant de la rente dépend du montant de l’épargne capitalisée. Ce système dépend en partie de l’évolution des taux d’intérêt, de l’évolution de la valeur des actions et de celle des biens immobiliers. Le système par capitalisation est associé aux fonds de pension qui ont la charge de les gérer. Les fonds de pension peuvent être publics ou privés ; ils peuvent être soumis à des règles prudentielles strictes afin de limiter les risques de non versement des rentes (sécurisation des actifs, assurance des fonds, cantonnement des actifs…)

Taux d’emploi : rapport entre les personnes ayant un emploi sur l’ensemble ou une partie de la population pouvant exercer une activité à titre professionnel. Le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) est en France l’un des plus faibles d’Europe.

Taux de liquidation : taux utilisé appliqué au revenu annuel moyen pour calculer le montant de la pension au moment du départ à la retraite. Ce taux ne peut pas dépasser 50 % pour le régime de base et est obtenu à condition que le salarié ait cotisé le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein, c’est-à-dire 160 trimestres en 2008.

Taux plein : taux de liquidation maximum de retraite de base, pour un assuré ayant cotisé un nombre de trimestres suffisants. Pour les régimes de base des salariés du privé, des artisans et des commerçants, par exemple, le taux plein est de 50%.

Taux de remplacement : rapport entre le montant de la pension perçue par le retraité à la liquidation de ses droits à la retraite et le niveau de son dernier revenu d’activité brut.

Trimestre cotisé : durée d’assurance qui a donné lieu au versement de cotisations dans le régime de base des salariés

Trimestre validé : durée prise en compte pour déterminer le taux de liquidation de la pension. Les trimestres validés comprennent les trimestres cotisés, les trimestres assimilés tous régimes confondus (salarié et non salarié).

Valeur du point : valeur définie par un organisme de retraite, à multiplier par le nombre de points accumulés durant sa carrière pour donner droit à un certain montant de retraite complémentaire. A titre d’exemple, au 1er avril 2008 la valeur annuelle du point AGIRC s’élevait à 0,4132 € et celle du point ARRCO à hauteur de 1,1648 €.

REGIME DE BASE SALARIE

Départements concernés Caisses Régionales d’Assurance Vieillesse
Moselle (57), Bas-Rhin (67)
Haut-Rhin (68) Crav d’Alsace-Moselle
36, rue du Doubs
67011 Strasbourg Cedex 1

Dordogne (24), Gironde (33),
Landes (40), Lot-et-Garonne (47),
Pyrénées-Atlantiques (64) Cram Aquitaine
80, avenue de la Jallère
33053 Bordeaux Cedex

Allier (03), Cantal (15),
Haute-Loire (43), Puy-de-Dôme (63). Cram Auvergne
Cité administrative – rue Pélissier
63036 Clermont-Ferrand Cedex 9

Côte-d’Or (21), Doubs (25), Jura (39), Nièvre (58),
Haute-Saône (70), Saône-et-Loire (71), Yonne (89), Territoire de Belfort (90) Cram Bourgogne et Franche-Comté
38, rue de Cracovie
ZAE Capnord
21044 Dijon Cedex
Côtes d’Armor (22), Finistère (29), Ille-et-Vilaine (35), Morbihan (56) Cram de Bretagne
236, rue Châteaugiron
35030 Rennes Cedex 9

Cher (18), Eure et Loir (28),
Indre (36), Indre et Loire (37),
Loir et Cher (41), Loiret (45). Cram Centre
30, boulevard Jean Jaurès
45033 Orléans Cedex 01

Charente (16), Charente-Maritime (17),
Corrèze (19), Creuse (23),
Deux-Sèvres (79), Vienne (86),
Haute-Vienne (87) Cram Centre-Ouest
37, avenue du Président René Coty
87048 Limoges Cedex

Paris (75), Seine-et-Marne (77), Yvelines (78), Essonne (91), Hauts-de-Seine (92), Seine-Saint-Denis (93), Val-de-Marne (94), Val d’Oise (95) Cnav Ile-de-France
75951 Paris Cedex 19

Aude (11), Gard (30), Hérault (34), Lozère (48), Pyrénées-Orientales (66). Cram Languedoc-Roussillon
29, cours Gambetta
CS49001 34068 Montpellier Cedex 2

Ariège (09), Aveyron(12),
Haute-Garonne (31), Gers (32), Lot (46),
Hautes-Pyrénées (65),
Tarn (81), Tarn et Garonne (82) Cram Midi-Pyrénées
2, rue Georges Vivent
31065 Toulouse Cedex

Ardennes (08), Aube (10),
Marne (51), Haute-Marne (52), Meurthe et Moselle (54), Meuse (55), Vosges (88). Cram Nord-Est 81 à 85, rue de Metz
54073 Nancy Cedex

Aisne (02), Nord (59),
Oise (60), Pas-de-Calais (62), Somme (80). Cram Nord-Picardie
11, allée Vauban
59662 Villeneuve d’Ascq Cedex

Calvados (14), Eure (27),
Manche (50), Orne (61),
Seine Maritime (76) Cram de Normandie
45, avenue du Grand Cours
76028 Rouen Cedex 1

Ain (01), Ardèche (07), Drôme (26), Isère (38), Loire (42), Rhône (69), Savoie (73), Haute-Savoie (74). Cram Rhône-Alpes 35, rue Maurice Flandin
69436 Lyon Cedex 3

Alpes de Haute-Provence (04),
Hautes-Alpes (05), Alpes-Maritimes (06),
Bouches-du-Rhône (13), Corse du Sud (2A), Haute-Corse (2B), Var (83), Vaucluse (84). Cram du Sud-Est
35, rue George
13386 Marseille Cedex 20

Martinique CGSS de la Martinique Place d’Armes
97210 le Lamentin Cedex 2

Guyane CGSS de la Guyane
Espace Turenne Radamonthe
Route de Raban
BP 7015
97307 Cayenne Cedex

Guadeloupe CGSS de la Guadeloupe
Quartier de l’Hôtel de Ville
BP 486
97159 Pointe-à-Pitre Cedex

Réunion CGSS de la Réunion 4, boulevard Doret
97704 Saint-Denis Messag Cedex 9

REGIMES COMPLEMENTAIRES
CICAS

Les caisses de retraite Arrco et Agirc proposent des centres d’information, de conseil et d’accueil des salariés, appelés CICAS :

Département Adresse
Ain (01) Cicas de l’Ain
27, rue des Bons-Enfants 01 000 Bourg-En-Bresse
Tél. : 0 820 200 014 Aisne (02) Cicas de l’Aisne
55, rue de Crécy – BP 85
02000 LAON
Tél. : 0 820 200 075 Allier (03) Cicas de l’Allier
« Sésame », 1-3, rue Berthelot – BP 654 03006 MOULINS CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Alpes-de-Haute-Provence (04) Cicas des Alpes-de-Haute-Provence
« Le Gallion » – 5, allée des Fontainiers
04000 DIGNE-LES-BAINS
Tél. : 0 820 200 014 Hautes-Alpes (05) Cicas des Hautes-Alpes
3 bis, avenue du Maréchal-Foch
05000 GAP
Tél. : 0 820 200 014 Alpes-Maritimes (06) Cicas des Alpes-Maritimes
16, rue Paul-Déroulède
06000 NICE
Tél. : 0 820 200 014 Ardèche (07) Cicas de l’Ardèche
« Le Vendôme » – Av. du Vanel
07000 PRIVAS
Tél. : 0 820 200 014 Ardennes (08) Cicas des Ardennes
18E, av. Georges-Corneau – (allée de la Polyclinique)
08100 CHARLEVILLE-MÉZIÈRES
Tél. : 0 820 200 015 Ariège (09) Cicas de l’Ariège
Résidence « Lakanal » – 16, allée de Villote
09000 FOIX
Tél. : 0 820 200 246 Aube (10) Cicas de l’Aube
6, rue du Pont-Royal – BP 125
10004 TROYES CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Aude (11) Cicas de l’Aude
3, allée de Bezons
11000 CARCASSONNE
Tél. : 0 820 200 014 Aveyron (12) Cicas de l’Aveyron
3 bis, rue Raynal – BP 3516
12035 RODEZ CEDEX
Tél. : 0 820 200 246 Bouches-du-Rhône (13) Cicas des Bouches-du-Rhône
141, av. du Prado 13008 Marseille
Tél. : 0 820 200 014

Calvados (14) Cicas du Calvados
2 bis, bd Aristide-Briand – BP 56
14007 CAEN CEDEX 01
Tél. : 0 820 200 075 Cantal (15) Cicas du Cantal
54, rue des Carmes
15000 AURILLAC
Tél. : 0 820 200 015 Charente (16) Cicas de la Charente
10, rue de la Rochefoucauld
16000 ANGOULÊME
Tél. : 0 820 200 246 Charente-Maritime (17) Cicas de la Charente-Maritime
Immeuble « Le Sextant » – Le Bout Blanc – Rue de la Trinquette
17000 LA ROCHELLE
Tél. : 0 820 200 246 Cher (18) Cicas du Cher
54-58, Avenue Jean Jaurès
18000 BOURGES
Tél. : 0 820 200 701 Corrèze (19) Cicas de Corrèze
18, bd du Salan
19100 BRIVE-LA-GAILLARDE
Tél. : 0 820 200 246 Corse-du-Sud (20 A) Cicas de la Corse-du-Sud
14, av. Antoine-Serafini
20000 AJACCIO
Tél. : 0 820 200 014 Haute-Corse (20 B) Cicas de la Haute-Corse
7, rue Notre-Dame-de-Lourdes
20200 BASTIA
Tél. : 0 820 200 014 Côte-d’Or (21) Cicas de la Côte-d’Or
26, rue Jeannin
21000 DIJON
Tél. : 0 820 200 015 Côte-d’Armor (22) Cicas de la Côte-d’Armor
« Le Gallion » – 2 A, rue Saint-Vincent-de-Paul
22000 SAINT-BRIEUC
Tél. : 0 820 200 075 Creuse (23) Cicas de la Creuse
52, av. Gambetta
23000 GUÉRET
Tél. : 0 820 200 246 Dordogne (24) Cicas de la Dordogne
1, rue Saint-Front – BP 7024
24007 PÉRIGUEUX CEDEX
Tél. : 0 820 200 246 Doubs (25) Cicas du Doubs
11 A, rue Chopard – BP 2805
25011 BESANÇON CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Drôme (26) Cicas de la Drôme
Immeuble « Centre Gare Valence » – 50, rue Denis-Papin
26000 VALENCE
Tél. : 0 820 200 014 Eure (27) Cicas de l’Eure
« Résidence du Cheval Blanc » – 24-26, rue de la Harpe
27000 ÉVREUX
Tél. : 0 820 200 075 Eure-et-Loir (28) Cicas de l’Eure-et-Loir
63, avenue du Maréchal-Maunoury
28000 CHARTRES
Tél. : 0 820 200 701 Finistère (29) Cicas du Finistère
36 Quater, boulevard Dupleix
29000 Quimper
Tél. : 0 820 200 075 Gard (30) Cicas du Gard
40, bd Victor-Hugo
30000 NÎMES
Tél. : 0 820 200 014 Haute-Garonne (31) Cicas de la Haute-Garonne
55, allée Jean-Jaurès
31000 TOULOUSE
Tél. : 0 820 200 246 Gers (32) Cicas du Gers
56, av. des Pyrénées
32000 AUCH
Tél. : 0 820 200 246 Gironde (33) Cicas de la Gironde
12, place Ravezies
33055 BORDEAUX CEDEX
Tél. : 0 820 200 246 Hérault (34) Cicas de l’Hérault
Les portes d’Antigone Bât A
43, place Vauban
34000 MONTPELLIER
Tél. : 0 820 200 014 Ille-et-Vilaine (35) Cicas de l’Ille-et-Vilaine
8, pl. du Colombier
35011 RENNES CEDEX
Tél. : 0 820 200 075 Indre (36) Cicas de l’Indre
21, cours Saint-Luc – BP 153
36003 CHÂTEAUROUX CEDEX
Tél. : 0 820 200 701 Indre-et-Loire (37) Cicas de l’Indre-et-Loire
22, rue du Dr-Herpin – BP 2610
37026 TOURS CEDEX
Tél. : 0 820 200 701 Isère (38) Cicas de l’Isère
48, av. de l’Europe
38029 GRENOBLE Cedex 2
Tél. : 0 820 200 014 Jura (39) Cicas du Jura
Immeuble « le Président » – 11, pl. de Verdun
39000 LONS-LE-SAUNIER
Tél. : 0 820 200 015 Landes (40) Cicas des Landes
26, bd Ferdinand-de-Candau
40000 MONT-DE-MARSAN
Tél. : 0 820 200 246 Loir-et-Cher (41) Cicas du Loir-et-Cher
6, quai Saint-Jean – BP 17
41003 BLOIS CEDEX
Tél. : 0 820 200 701 Loire (42) Cicas de la Loire
3, pl. Antonin-Moine – BP 120
42003 SAINT-ÉTIENNE CEDEX 1
Tél. : 0 820 200 014 Haute-Loire (43) Cicas de la Haute-Loire
17, pl. Michelet – BP 199
43005 LE-PUY-EN-VELAY CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Loire-Atlantique (44) Cicas de la Loire-Atlantique
12, rue du Président-Herriot – BP 60702
44007 NANTES CEDEX 01
Tél. : 0 820 200 246 Loiret (45) Cicas du Loiret
16, rue de la République
45000 ORLÉANS Tél. : 0 820 200 701 Lot (46) Cicas du Lot
51, bd Gambetta
46000 CAHORS Tél. : 0 820 200 246 Lot-et-Garonne (47) Cicas du Lot-et-Garonne
18, rue Camille-Desmoulins
47000 AGEN Tél. : 0 820 200 246 Lozère (48) Cicas de la Lozère
23, rue de la Chicanette
48000 MENDE
Tél. : 0 820 200 014 Maine-et-Loire (49) Cicas du Maine-et-Loire
10, av. de Contades
49000 ANGERS
Tél. : 0 820 200 246 Manche (50) Cicas de la Manche
36, rue du Neufbourg – BP 471
50001 SAINT-LÔ CEDEX Tél. : 0 820 200 075 Marne (51) Cicas de la Marne
51, rue des Moissons – BP 2735
51059 REIMS CEDEX Tél. : 0 820 200 015 Haute-Marne (52) Cicas de la Haute-Marne
7, rue Dutailly – BP 176
52005 CHAUMONT CEDEX Tél. : 0 820 200 015 Mayenne (53) Cicas de la Mayenne
53, rue du Pont-de-Mayenne
53000 LAVAL
Tél. : 0 820 200 246 Meurthe-et-Moselle (54) Cicas de la Meurthe-et-Moselle
Immeuble « Joffre » Saint Thiebaut – BP 80628 – 13-15, bd Joffre
54010 NANCY CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Meuse (55) Cicas de la Meuse
9,allée des Voges – Côte Sainte-Catherine
55000 BAR-LE-DUC CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 – 03 29 79 73 82

Morbihan (56) Cicas du Morbihan
5, rue Simone Signoret – Espace Le Transat – Le Plénéno
56100 LORIENT
Tél. : 0 820 200 075 Moselle (57) Cicas de la Moselle
27, Place Saint-Thiébault
57000 METZ
Tél. : 0 820 200 015 Nièvre (58) Cicas de la Nièvre
18, rue Hoche
58000 NEVERS
Tél. : 0 820 200 015 Nord (59) Cicas du Nord
11/15, avenue Foch 59000 LILLE Tél. : 0 820 200 075 Oise (60) Cicas de l’Oise
Résidence « Square Saint-Joseph » – 10, rue des Arbalétriers
60000 BEAUVAIS
Tél. : 0 820 200 075 Orne (61) Cicas de l’Orne
24, rue du Pont-Neuf – BP 303
61009 ALENÇON CEDEX
Tél. : 0 820 200 075 Pas-de-Calais (62) Cicas du Pas-de-Calais
8, rue Wacquez-Glasson – BP 411
62027 ARRAS CEDEX
Tél. : 0 820 200 075 Puy-de-Dôme (63) Cicas du Puy-de-Dôme
Bâtiment « Le Képler » – ZI du Brezet – 15 bis, Avenue de l’Agriculture
63017 CLERMONT-FERRAND Cedex 02
Tél. : 0 820 200 015 Pyrénées-Atlantiques (64) Cicas des Pyrénées-Atlantiques
19, rue du Maréchal-Joffre – BP 614
64006 PAU CEDEX
Tél. : 0 820 200 246 (
Hautes-Pyrénées (65) Cicas des Hautes-Pyrénées
24, rue du Corps franc Pommiès
65000 TARBES
Tél. : 0 820 200 246 (0,09 € TTC/mn à partir d’un poste fixe
Pyrénées-Orientales (66) Cicas des Pyrénées-Orientales
4, allée des Villas-Amiel
66000 PERPIGNAN
Tél. : 0 820 200 014 Bas-Rhin (67) Cicas du Bas-Rhin
2, rue de Reutenbourg
67205 OBERHAUSBERGEN
Tél. : 0 820 200 015 Haut-Rhin (68) Cicas du Haut-Rhin
143, av. Aristide-Briand – BP 2439
68067 MULHOUSE CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Rhône (69) Cicas du Rhône
103, cours Gambetta
69003 LYON
Tél. : 0 820 200 014 (
Haute-Saône (70) Cicas de la Haute-Saône
5, rue des Bains
70000 VESOUL
Tél. : 0 820 200 015 Saône-et-Loire (71) Cicas de la Saône-et-Loire
7, rue Denon – BP 132
71104 CHALON-SUR-SAÔNE CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Sarthe (72) Cicas de la Sarthe
25 bis, av. Général-de-Gaulle
72000 LE MANS
Tél. : 0 820 200 246 Savoie (73) Cicas de la Savoie
365, rue de la République
73000 CHAMBÉRY
Tél. : 0 820 200 014 Haute-Savoie (74) Cicas de la Haute-Savoie
4, avenue de Chambéry – BP 470
74021 ANNECY Cedex
Tél. : 0 820 200 014 Paris Centre-Est (1er, 2e, 10e, 19e arrdts) Cicas Paris Centre-Est (1er, 2e, 10e, 19e arrdts)
15-17, rue de Chabrol
75010 PARIS
Tél. : 0 820 200 701 Paris Est (3e, 4e, 11e, 12e, 20e arrdts) Cicas Paris Est (3e, 4e, 11e, 12e, 20e arrdts)
16, avenue du Bel Air
75012 PARIS
Tél. : 0 820 200 701 (
Paris Sud (5e, 6e, 13e, 14e arrdts) Cicas Paris Sud (5e, 6e, 13e, 14e arrdts)
9, rue Stanislas
75006 PARIS
Tél. : 0 820 200 701 Paris Ouest (7e, 15e, 16e arrdts) Cicas Paris Ouest (7e, 15e, 16e arrdts)
74, rue des Cévennes
75015 PARIS
Tél. : 0 820 200 701 Paris Nord-Ouest (8e, 9e, 17e, 18e arrdts) Cicas Paris Nord-Ouest (8e, 9e, 17e, 18e arrdts)
6 bis, Cité Rougemont face au 22 de la rue Bergère
75009 PARIS
Tél. : 0 820 200 701 Seine-Maritime (76) Cicas de la Seine-Maritime
Immeuble « Le Bretagne » – 57, av. de Bretagne BP 1120
76175 ROUEN Cedex 1
Tél. : 0 820 200 075 Seine-et-Marne (77) Cicas de la Seine-et-Marne
13, av. Thiers
77008 MELUN CEDEX
Tél. : 0 820 200 701 Yvelines (78) Cicas des Yvelines
2, rue du Pont Colbert – Bât. Montcalm
78000 VERSAILLES
Tél. : 0 820 200 701 Deux-Sèvres (79) Cicas des Deux-Sèvres
2, rue du Petit-Banc
79000 NIORT
Tél. : 0 820 200 246 Somme (80) Cicas de la Somme
19, passage du Logis-du-Roi
80043 AMIENS CEDEX 1
Tél. : 0 820 200 075 Tarn (81) Cicas du Tarn
3, lices Georges-Pompidou
81000 ALBI
Tél. : 0 820 200 246 Tarn-et-Garonne (82) Cicas du Tarn-et-Garonne
Résidence « Manet » – 31, rue Ingres
82000 MONTAUBAN
Tél. : 0 820 200 246 Var (83) Cicas du Var
54, bd de Strasbourg
83000 TOULON
Tél. : 0 820 200 014 Vaucluse (84) Cicas du Vaucluse
3 bis, rue de la Balance
84000 AVIGNON
Tél. : 0 820 200 014 Vendée (85) Cicas de la Vendée
Les espaces Graham Bell – Impasse Jeanne Dieulafoy
85000 LA-ROCHE-SUR-YON
Tél. : 0 820 200 246 Vienne (86) Cicas de la Vienne
14, rue Magenta – BP 60989
86038 POITIERS CEDEX
Tél. : 0 820 200 246 Haute-Vienne (87) Cicas de la Haute-Vienne
Immeuble « Winston » – 62, rue Turgot
87000 LIMOGES
Tél. : 0 820 200 246 Vosges (88) Cicas des Vosges
8, rue Antoine-Hurault – BP 178
88005 ÉPINAL CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Yonne (89) Cicas de l’Yonne
17, rue Bourneil
89000 AUXERRE
Tél. : 0 820 200 015 (
Territoire-de-Belfort (90) Cicas du Territoire-de-Belfort
21, quai Vauban – BP 202
90004 BELFORT CEDEX
Tél. : 0 820 200 015 Essonne (91) Cicas de l’Essonne
35-37, avenue Carnot – BP2
91101 CORBEIL-ESSONNES CEDEX
Tél. : 0 820 200 701 Hauts-de-Seine (92) Cicas des Hauts-de-Seine
171, Avenue Georges Clémenceau
92000 NANTERRE
Tél. : 0 820 200 701 Seine-Saint-Denis (93) Cicas de la Seine-Saint-Denis
10 bis, rue Émile-Connoy
93200 SAINT-DENIS
Tél. : 0 820 200 701 Val-de-Marne (94) Cicas du Val-de-Marne
10, pl. Salvador-Allende (près de la Mairie)
94000 CRÉTEIL Tél. : 0 820 200 701 Val-d’Oise (95) Cicas du Val-d’Oise
Centre du Val-d’Oise – 11, rue des Italiens
95000 CERGY
Tél. : 0 820 200


FONCTIONNAIRES

1) Fonctionnaires de l’État (plus de 15 ans)

Régime de Base

Service des Pensions de l’État Service des Pensions
10, boulevard Gaston-Doumergue
44964 Nantes Cedex 9
Régime Complémentaire

Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP) Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP)
Caisse des Dépôts et Consignations
Rue du Vergne
33 059 Bordeaux Cedex
Régime par capitalisation (facultatif)
Préfon Service de Gestion administrative
2, avenue du 8 mai 1945
95202 Sarcelles Cedex
aPERF Avenir (Association nationale pour l’Épargne Retraite des Fonctionnaires)

Ce produit s’adresse aux cadres supérieurs du public et du privé(Association des anciens élèves de l’ENA, Fédération des grands corps techniques de État, Syndicat des médecins hospitaliers) PERP aPERF Avenir
c/o Le Cercle des Épargnants
11, boulevard Haussmann
75009 Paris

2) Fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (plus de 15 ans)

Régime de Base

Caisse nationale de retraite des agents des collectivités Locales (CNRACL) et Fonds Spécial des Pensions des Ouvriers des établissements industriels de l’État (FSPOEIE) Caisse des dépôts et consignations
Rue du Vergne – 33059 Bordeaux Cedex Tél. : 05 56 11 41 23

Régime Complémentaire

Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP) Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP)
Caisse des Dépôts et Consignations
Rue du Vergne
33 059 Bordeaux Cedex

3) Fonctionnaires de l’État, fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (moins de 15 ans)

Régime de Base

Caisse Nationale Assurance Vieillesse (Régime général de la Sécurité Sociale) Voir adresses plus haut
.
Régime Complémentaire

Institution des retraites complémentaires des agents non titulaires de l’État et des collectivités publiques (IRCANTEC) Caisse des dépôts et consignations
24, rue Louis Gain – 49939 Angers Cedex 9
Tél. : 02 41 05 25 25
Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP) Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP)
Caisse des Dépôts et Consignations
Rue du Vergne
33 059 Bordeaux Cedex

4) Fonctionnaires relevant de ministères, et Telecom

MINISTERES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES Direction des Ressources humaines
Sous-direction Gestion–emplois
23, rue Lapérouse – 75775 Paris Cedex 7
Tél. : 01 43 17 66 99

AGRICULTURE, ALIMENTATION, PÊCHE et AFFAIRES RURALES Direction générale de l’Administration
Sous-direction du Développement professionnel et des Relations sociales
251, rue de Vaugirard – 75732 Paris Cedex 15
Tél. : 01 49 55 55 66
CULTURE Direction de l’Administration générale
Service du Personnel et des Affaires sociales
4, rue de la Banque – 75002 Paris
Tél. : 01 40 15 85 32
DÉFENSE Direction de la Fonction militaire et du Personnel civil
Service des Pensions des armées
Bureau « Cellule fonctionnaires » 5, place de Verdun – 17016 La Rochelle Cedex
Tél. : 05 46 50 23 08
JEUNESSE, ÉDUCATION NATIONALE et RECHERCHE
ET SPORTS Direction des Affaires financières
Sous-direction des Affaires statutaires, Emplois et Rémunérations
Service des Pensions 31, avenue Georges-Clemenceau – BP 228
44505 La Baule Cedex
Tél. : 02 40 62 71 00
AFFAIRES SOCIALES, TRAVAIL et SOLIDARITÉ
SANTÉ, FAMILLE et PERSONNES HANDICAPÉES Direction de l’Administration générale, du Personnel et du Budget
Service des Ressources humaines Bureau des Retraites, des Pensions et des Accidents du travail
26, boulevard Vincent-Gâche – BP 66314
44263 Nantes Cedex 02
Tél. : 02 40 99 36 00
ÉQUIPEMENT, TRANSPORTS, LOGEMENT, TOURISME et MER Direction du Personnel, des Services et de la Modernisation
Sous-direction du Travail et des Affaires sociales Bureau des Pensions
Boulevard Léo-Lagrange – BP 299
83008 Draguignan Cedex
Tél. : 04 98 10 73 00
INTÉRIEUR, SÉCURITE INTÉRIEURE et LIBERTÉS LOCALES Direction du Personnel, de la Formation et de l’Action sociale Sous-direction de l’Action sociale
Bureau des Pensions et Allocations d’invalidité
BP 247 – 83007 Draguignan Cedex
Tél. : 04 94 60 48 00
JUSTICE Direction de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE)
Sous-direction Ressources humaines et Relations sociales
Bureau des Pensions
107, rue du Landreau – BP 22424
44324 Nantes Cedex 03
Tél. : 02 51 89 88 80
OUTRE-MER Direction des Affaires politiques, administratives et financières
Bureau des Personnels d’administration centrale et de la Formation 27, rue Oudinot – 75358 Paris 07 SP
Tél. : 01 53 69 21 33
ECONOMIE, FINANCES ET INDUSTRIE Service des Pensions
10, boulevard Gaston-Doumergue
44264 Nantes Cedex 02
Tél. : 02 40 08 80 40
POSTE et FRANCE TÉLÉCOM Service des Pensions de La Poste et de France Télécom
Avenue de la Résistance – BP 144
22302 Lannion Cedex

LE REGIME SOCIAL DES INDEPENDANTS (RSI)
ARTISANS ET COMMERCANTS

La CANAM (Caisse d’assurance maladie des Professions indépendantes (artisan, commerçant, profession libérale), la CANCAVA (Caisse nationale de compensation d’assurances vieillesse des artisans) et l’ORGANIC (Organisme gérant l’assurance vieillesse, invalidité et décès des travailleurs indépendants du commerce, de l’industrie et des services) ont fusionné le 1er juillet 2006 pour devenir la Caisse nationale du RSI (Régime Social des Indépendants).

Département Adresse
Drôme (26)- Isère (38)- Savoie (73)- Haute Savoie (74) RSI des ALPES BP 50000 38327 Eybens Cedex
Tel. 04 38 42 00 00 Fax. 04 38 42 00 69
www.alpes.le-rsi.fr

Bas Rhin (67)- Haut Rhin (68) RSI ALSACE
Espace Européen de l’Entreprise -
17, avenue de l’Europe 67300 Schiltigheim
Tel. 0811 88 67 68 Fax. 03 88 33 88 73

Martinique – Guadeloupe – Guyane RSI ANTILLES-GUYANE
rue Piétonne – ZAC de Rivière Roche – BP 558 97242 Fort de France Cedex
Tel. 05 96 42 78 00 Fax. 05 96 50 62 66 www.antillesguyane.le-rsi.fr

Dordogne – Gironde – Lot-et-Garonne – Landes – Pyrénées-Atlantiques RSI AQUITAINE
3 rue Jean Claudeville – Technoparc Bordeaux Lac – 33525 Bruges cedex
Tel. 05 56 43 47 00 Fax. 05 56 43 47 40
www.aquitaine.le-rsi.fr

Allier – Puy de Dôme – Cantal – Haute Loire RSI AUVERGNE
33-35 avenue du Maréchal Leclerc
63057 Clermont-Ferrand cedex 1
Tel. 04 73 14 75 75 Fax. 04 73 14 75 85
www.auvergne.le-rsi.fr

Calvados – Orne – Manche RSI BASSE-NORMANDIE
37 rue Fred Scamaroni
14039 Caen cedex 9
Tel. 08 11 46 78 14 Fax. 02 31 23 97 01
www.bassenormandie.le-rsi.fr

Côte d’Or – Saône et Loire – Nièvre – Yonne RSI BOURGOGNE
41 rue de Mulhouse – 21000 Dijon
Tel. 03 80 77 53 00 Fax. 03 80 77 53 39
www.bourgogne.le-rsi.fr

Ille et Vilaine – Côtes d’Armor – Finistère – Morbihan RSI BRETAGNE
1 allée Adolphe Bobierre – CS 64320
35043 Rennes Cedex
Tel. 02 99 02 53 53 – Fax. 02 99 02 55 90
www.bretagne.le-rsi.fr

Eure et Loir – Loiret – Loir et Cher – Cher – Indre – Indre et Loire RSI CENTRE
20 avenue des Droits de l’Homme
BP 71149 – 45001 Orléans cedex 1
Tel. 0820 20 96 26 – Fax. 02 38 84 88 90 www.centre.le-rsi.fr

Ardennes – Aube – Marne – Haute – Marne RSI CHAMPAGNE-ARDENNE 16 rue du Clou dans le Fer
51096 Reims cedex
Tel. 0811 88 51 52 – Fax. 03 26 61 40 60

Haute Corse – Corse du Sud RSI CORSE
quartier Finosello -rue Maréchal Lyautey – BP 522 – 20189 Ajaccio cedex 2
Tel. 04 95 23 70 30 – Fax. 04 95 23 70 31
www.corse.le-rsi.fr

Alpes Maritimes – Var RSI COTE D’AZUR
455 Promenade des Anglais – Porte de l’Arénas – Hall C – 06291 Nice cedex 3
Tel. 0811 888 006 – Fax. 04 92 00 28 60
www.coteazur.le-rsi.fr

Haute Saône – Doubs – Jura – Territoire de Belfort RSI FRANCHE-COMTE
3 route de Châtillon le Duc, ZAC de Valentin – BP 3005 – 25045 Besançon cedex
Tel. 03 81 54 36 00 – Fax. 03 81 88 31 50
Eure – Seine Maritime RSI HAUTE-NORMANDIE
7 Avenue du Mont Riboudet
BP 642 – 76007 Rouen cedex 1
Tél : 0811 46 78 18 Fax : 02 35 79 95 62
www.hautenormandie.le-rsi.fr

Essonne – Val de Marne – Seine et Marne RSI ILE-DE-FRANCE CENTRE
BP 50652 – 75826 Paris cedex 17
Tel. 01 64 10 40 77 – Fax. 01 64 37 31 16
www.idfest.le-rsi.fr

Yvelines – Hauts de Seine – Val d’Oise RSI ILE-DE-FRANCE OUEST
35 avenue Philippe Auguste
75011 Paris
Tel. 01 55 34 20 00 – Fax. 01 55 34 20 01
www.idfouest.le-rsi.fr

Lozère – Gard – Hérault – Aude – Pyrénées Orientales RSI LANGUEDOC-ROUSSILLON
43 avenue du Pont Juvenal – CS 19019
34965 Montpellier cedex 2
Tel. 0 825 028 098 – Fax. 04 67 13 77 60
www.lr.le-rsi.fr

Haute-Vienne – Corrèze – Creuse RSI LIMOUSIN
31 avenue Baudin – BP 229
87006 Limoges cedex
Tel. 0820 20 10 88 – Fax. 05 55 32 36 61
www.limousin.le-rsi.fr

Moselle – Meuse – Meurthe et Moselle – Vosges RSI LORRAINE
5 bis rue Saint Léon – BP 80421
54001 Nancy cedex
Tel. 03 83 91 93 93 – Fax. 03 83 91 93 99
www.lorraine.le-rsi.fr

Lot – Aveyron – Tarn et Garonne – Gers – Hautes-Pyrénées – Ariège – Tarn – Haute-Garonne RSI MIDI-PYRENEES
11 rue de la Tuilerie
BP 13801 – 31138 Balma cedex
Tel. 05 61 61 68 68 – Fax. 05 61 61 68 10
www.midipyrenees.le-rsi.fr

Nord – Pas-de-Calais RSI NORD PAS-DE-CALAIS
45 rue de Tournai – 59045 Lille cedex
Tel. 03 28 14 01 00 www.npdc.le-rsi.fr

Mayenne – Sarthe – Maine et Loire – Loire Atlantique – Vendée RSI PAYS DE LA LOIRE
44952 Nantes cedex 9
Tel. 02 28 07 35 35 – Fax. 02 28 07 35 00

Aisne – Oise – Somme RSI PICARDIE
646 rue de Cagny
80094 Amiens cedex 3
Tel. 03 22 46 81 50 – Fax. 03 22 46 81 51

Deux Sèvres – Vienne – Charente – Charente Maritime RSI POITOU-CHARENTES
24 rue des Grands Champs – BP 8712 (pôle retraite)
79027 Niort cedex 9
Tel. 05 49 77 24 77 – Fax. 05 49 06 98 04
www.poitoucharentes.le-rsi.fr

Hautes Alpes – Alpes de Haute Provence – Vaucluse – Bouches du Rhône

RSI PROVENCE ALPES
215 ancien chemin de Cassis
13297 Marseille cedex 09
Tel. 0 811 46 78 90 – Fax. 04 91 82 55 25
www.provencealpes.le-rsi.fr

Ain – Loire – Rhône – Ardèche RSI REGION RHONE
69 avenue Duquesne 69452 Lyon cedex 06
Tel. 0 821 200 030 – Fax 04 72 44 59 66

Réunion RSI REUNION
135 avenue Marcel Hoarau – BP 290
97494 Sainte Clotilde cedex
Tel. 02 62 92 42 00 – Fax. 02 62 92 42 22
www.reunion.le-rsi.fr

PROFESSIONS LIBERALES
CNAVPL (Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse des Professions Libérales) CNAVPL – 102, rue de Miromesnil 75008 PARIS
Tél. 01.44.95.01.50 Fax 01.45.61.91.37
Internet : www.cnavpl.fr

FONLIB (régime de retraite complémentaire facultatif en capitalisation des professions libérales) FONLIB
102 rue de Miromesnil
75008 PARIS Tel : 01 44 95 01 50

CARCD Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens Dentistes 50 Avenue Hoche
75381 PARIS Cedex 08 Tel : 01 40 55 42 42

CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France) 46 rue St Ferdinand 75841 PARIS Cedex 17 Tel : 01 40 68 32 00

CARPIMKO (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs Kinésithérapeutes, Pédicures Podologues, Orthophonistes et Orthoptistes) 6 Place Charles de Gaulle
78882 SAINT-QUENTIN EN YVELINES Cedex
Tel : 01 40 55 42 42

CARPV (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Vétérinaires) 64 avenue Raymond Poincaré
75016 PARIS Tel : 01 47 70 72 53

CARSAF (Caisse Autonome de Retraite des Sages Femmes Françaises) 2 Avenue Hoche
75008 PARIS Tel : 01 45 51 52 91

CAVAMAC (Caisse d’Allocation Vieillesse des Agents généraux et des Mandataires non salariés de l’Assurance et de la Capitalisation) 104 rue Jouffroy d’Abbans
75847 PARIS cedex 17
Tel : 01 44 01 18 00

CAVEC (Caisse d’Allocation Vieillesse des Experts – Comptables) 21 rue de Berri
75403 PARIS Cedex 08
Tel : 01 44 95 68 10

CAVOM (Caisse d’Assurance Vieillesse des Officiers Ministériels, des officiers publics et des compagnies judiciaires) 21 rue de Berri
75403 PARIS cedex 08
Tel : 01 44 95 68 00

CAVP (Caisse d’Assurance Vieillesse des Pharmaciens)

45 rue Caumartin
75441 PARIS cedex 09 Tel :01 42 66 90 37

CRN (Caisse de Retraite des Notaires) 43 Avenue Hoche
75008 PARIS
Tel 01 53 81 75 00

CNBF (Caisse Nationale des Barreaux Français) 11, boulevard de Sébastopol 75038 PARIS CEDEX 01
Tél. 01.42.21.32.30

PROFESSIONS AGRICOLES

Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole CCMSA
Les Mercuriales
40 rue Jean Jaurès
93547 BAGNOLET CEDEX
Tél : 01 41 63 77 77 Fax : 01 41 63 72 66
01 – Ain MSA de l’Ain
15, avenue du Champ de Foire, 01059 BOURG-EN-BRESSE CEDEX 9
Tél. : 04.74.45.99.00
Fax : 04.74.45.98.98
http://www.msa01.fr

02 – Aisne MSA de l’Aisne
Rue Turgot, 02008 LAON CEDEX 9
Tél. : 03.23.23.65.00 -Fax : 03.23.23.65.99
http://www.msa02.fr

03 – Allier MSA de l’Allier
20 avenue Meunier, 03011 MOULINS CEDEX
Tél. : 0.810.10.20.03 (coût d’un appel local) Fax : 04.70.35.35.35
http://www.msa-auvergne.fr

04/ 05 – Alpes de Haute-Provence / Hautes Alpes Fédération Alpes Vaucluse
25 bis avenue Commandant Dumont, BP 79, 05015 GAP CEDEX
Tél. : 04.92.40.11.00 – Fax : 04.92.51.49.23
http://www.msa05.fr

06 – Alpes-Maritimes MSA des Alpes-Maritimes
17 rue Robert Latouche, 06294 NICE CEDEX 3
Tél. : 04.93.72.68.00 – Fax : 04.93.72.69.00
http://www.msa06.fr

07 – Ardèche MSA de l’Ardèche
5 avenue du Vanel, BP 614, 07006 PRIVAS CEDEX
Tél. : 04.75.66.42.00 – Fax : 04.75.64.08.69
http://www.msa07.fr

08 – Ardennes MSA Marne-Ardennes-Meuse
30 avenue Jean-Jaurès, 08108 CHARLEVILLE MEZIERES
Tél. : 0 810 08 04 03 (n° Azur – coût d’un appel local)
Fax : 03.24.59.52.98
http://www.msa085155.fr

09 – Ariège MSA de l’Ariège
26 allées de Villote, BP 36
09014 FOIX CEDEX
Tél. : 05.61.65.75.75 – Fax : 05.61.02.66.52
http://www.msa-mps.fr

10 – Aube MSA Sud Champagne
1 avenue du Maréchal Joffre, BP 531
10032 TROYES CEDEX
Tél. : 0 810 00 52 10 (n° Azur – coût d’un appel local) http://www.msa10-52.fr

11 – Aude MSA de l’Aude
6 rue du Palais
11011 CARCASSONNE CEDEX 9
Tél : 04.68.55.11.66 – Fax :f 04.68.47.84.82 http://www.msa11-66.fr

12 – Aveyron MSA Tarn-Aveyron-Lot
17 avenue Victor Hugo
12022 RODEZ CEDEX 9
Tél. : 05.65.75.39.39 – Fax : 05.65.68.11.81
http://www.msa-tal.fr

13 – Bouches-du-Rhône MSA des Bouches-du-Rhône
152 avenue de Hambourg
13416 MARSEILLE CEDEX 20
Tél. : 04.91.16.58.58 – Fax : 04.91.72.28.01
http://www.msa13.fr

14 – Calvados MSA Côtes Normandes
37 rue de Maltot
14026 CAEN CEDEX 9
Tél. : 02.72.96.14.50 – Fax : 02.31.25.39.79
http://www.msa-cotesnormandes.fr

15 – Cantal MSA du Cantal
9 rue Jean de Bonnefon
15011 AURILLAC CEDEX
Tél. : 0.810.10.20.15 (n° Azur – coût d’un appel local) Fax : 04.71.64.49.51
http://www.msa-auvergne.fr

16 – Charente MSA de la Charente
46 Bd du Docteur Charles Duroselle, 16916 ANGOULEME CEDEX 9
Tél. : 05.45.97.80.80 – Fax : 05.45.92.62.38
http://www.msa16.fr

17 – Charente-Maritime MSA de la Charente-Maritime
Le Fief Montlouis, 17106 SAINTES CEDEX
Tél. : 05.46.97.50.50 – Fax : 05.46.92.56.21
http://www.msa17.fr

18 – Cher MSA Coeur de Loire
7 rue de l’Ile d’Or, 18032 BOURGES CEDEX
Tél. : 02.48.55.40.40 – Fax : 02.48.55.40.02
http://www.msa-beauce-coeurdeloire.fr

19 – Corrèze MSA Corrèze Champeau, 19019 TULLE CEDEX
Tél. : 0.820.210.110 – Fax : 05.55.26.26.67
http://www.msa-limousin.fr

20 – Corse MSA de la Corse
Parc Cunéo d’Ornano, BP 407 20175 AJACCIO CEDEX
Tél. : 04.95.29.27.02 – Fax : 04.95.29.27.64

21 – Côte-d’Or MSA de Bourgogne – Côte d’Or :
14 rue Félix Trutat, 21046 DIJON CEDEX
Tél. : 03.80.63.22.00 – Fax : 03.80.63.23.23
http://www.msa-bourgogne.fr

22 – Côtes d’Armor Fédération MSA Côtes d’Armor
12 rue de Paimpont
22025 SAINT-BRIEUC CEDEX 1
Tél. : 02.96.78.87.00 – Fax : 02.96.78.87.59
http://www.msa22.fr

23 – Creuse MSA du Limousin Creuse : 28 avenue d’Auvergne, BP 169 23015 GUERET CEDEX
Tél. 0.820.210.110 – Fax : 05.55.51.30.14
http://www.msa-limousin.fr

24 – Dordogne Fédération MSA Dordogne Lot et Garonne
9 rue Maleville
24012 PERIGUEUX CEDEX
Tél. : 05.53.02.67.00 – Fax : 05.53.09.55.85
http://www.msa24.fr

25 – Doubs MSA de Franche-Comté
13 avenue Elisée Cusenier, 25090 BESANCON CEDEX 9
Tél. : 03.81.65.60.60 – Fax : 03.81.65.60.09
http://www.msafranchecomte.fr

26 – Drôme MSA de la Drôme
29 rue Frédéric Chopin, 26025 VALENCE CEDEX 9
Tél. : 04.75.75.68.68 – Fax : 04.75.42.57.14
http://www.msa26.fr

27 – Eure MSA de l’Eure
32 rue Politzer 27036 EVREUX CEDEX
Tél. : 02.32.23.43.43 – Fax : 02.32.28.00.98
http://www.msa-haute-normandie.fr

28 – Eure-et-Loir MSA de l’Eure-et-Loir
5 rue Chanzy, 28037 CHARTRES CEDEX
Tél. : 02.37.30.45.00- Fax : 02.37.30.45.04
http://www.msa-beauce-coeurdeloire.fr

29 – Finistère MSA du Finistère
3 rue Hervé de Guébriant
29412 LANDERNEAU CEDEX
Tél. : 02.98.85.79.79 – Fax : 02.98.85.79.09
Email : contact@msa29.fr
http://www.msa29.fr

30 – Gard MSA du Gard
Rue Edouard Lalo, 30924 NIMES CEDEX 9
Tél. : 04.66.63.68.68 – Fax : 04.66.63.68.90
http://www.msalanguedoc.fr

31 – Haute-Garonne MSA de Haute-Garonne
61 allée de Brienne
31064 TOULOUSE CEDEX 9
Tél. : 05.61.10.40.40 – Fax : 05.61.22.46.64
http://www.msa-mps.fr

32 – Gers MSA du Gers
1 rue Maréchal Lannes, 32000 AUCH
Tél. : 05.42.54.04.00 – Fax : 05.42.54.04.04
http://www.msa-mps.fr

33 – Gironde MSA de la Gironde
13 rue Ferrère, 33052 BORDEAUX CEDEX
Tél. : 05.56.01.83.83 – Fax : 05.56.79.35.98
http://www.msa33.fr

34 – Hérault MSA de l’Hérault
Place Chaptal, C.S. 59501, 34262 MONTPELLIER CEDEX 2
Tél. : 04.67.34.80.00 – Fax : 04.67.34.84.00
http://www.msalanguedoc.fr

35 – Ille-et-Vilaine MSA de l’Ille-et-Vilaine
La Porte de Ker Lann – Rue Charles Coudé, Bruz, 35027 RENNES CEDEX 9
Tél. : 02.99.01.80.80- Fax : 02.99.31.52.16
http://www.msa35.fr

36 – Indre MSA de l’Indre
33-35 rue de Mousseaux
36025 CHATEAUROUX CEDEX
Tél. : 02.54.29.46.46 – Fax : 02.54.29.45.55
http://www.msa36.fr

37 – Indre-et-Loire MSA de Touraine
Site de l’Indre-et-Loire : 31 rue Michelet 37040 TOURS CEDEX 9
Tél. : 02.47.31.61.61- Fax : 02.47.59.18.60
http://www.msa-touraine.fr

38 – Isère MSA des Alpes du Nord
Site de l’Isère : 5 place Gustave Rivet, 38048 GRENOBLE CEDEX
Tél. : 0.810.73.74.38 – Fax : 04.76.88.76.88
http://www.msaalpesdunord.fr

39 – Jura MSA de Franche-Comté
Site du Jura : 10 rue des Perrières, 39034 LONS LE SAUNIER CEDEX
Tél. : 03.84.35.25.25 Fax : 03.81.65.60.09
http://www.msafranchecomte.fr

40 – Landes MSA des Landes : 70 rue Alphonse Daudet, 40286 ST PIERRE DU MONT CEDEX
Tél. : 05.58.06.55.55 Fax : 05.58.75.19.76
http://www.msa40.fr

41 – Loir-et-Cher MSA de Touraine Loir-et-Cher 19, avenue de Vendôme
41023 BLOIS CEDEX
Tél. : 02.54.44.87.87 – Fax : 02.54.74.82.97
http://www.msa-touraine.fr

42 – Loire Fédération MSA Ardèche Loire
43 avenue Albert Raimond, BP 80051, 42275 ST PRIEST EN JAREZ CEDEX
Tél. : 04.77.91.55.54 – Fax : 04.77.91.55.58
http://www.msa42.fr

43 – Haute-Loire MSA de la Haute-Loire
11 boulevard du Président Bertrand, BP 175, 43005 LE PUY-EN-VELAY CEDEX
Tél. : 04.71.07.23.23 – Fax : 04.71.02.22.67
http://www.msa43.fr

44 – Loire-Atlantique MSA de Loire-Atlantique
2 impasse de l’Espéranto, Saint Herblain, 44957 NANTES CEDEX 9
Tél. : 02.40.41.39.39 – Fax : 02.40.20.34.09
http://www.msa44.fr

45 – Loiret MSA Coeur de Loire – Loiret
11 avenue des Droits de l’Homme, BP 9200, 45924 ORLEANS CEDEX 9
Tél. : 02.38.60.55.55 – Fax : 02.38.60.56.80
http://www.msa-beauce-coeurdeloire.fr

46 – Lot MSA Tarn-Aveyron-Lot
159 rue du Pape Jean XXIII, BP 279
46014 CAHORS CEDEX 9
Tél. : 05.65.35.43.82 – Fax : 05.65.22.18.73
http://www.msa-tal.fr/

47 – Lot-et-Garonne Fédération MSA Dordogne Lot et Garonne
1 quai du Docteur Calabet
47913 AGEN CEDEX 9
Tél. : 0 811 65 47 00 – Fax : 05.53.47.29.72
http://www.msa47.fr

48 – Lozère MSA de la Lozère
10 Cité des Carmes, 48007 MENDE
Tél. : 04.66.49.79.20 – Fax : 04.66.49.79.59
http://www.msalanguedoc.fr

49 – Maine-et-Loire MSA de Maine-et-Loire
49938 ANGERS CEDEX 9
Tél. : 02.41.31.75.75 – Fax : 02.41.31.78.99
http://www.msa49.fr

50 – Manche MSA Côtes Normandes – Manche 9 place du Champ de Mars, BP 205 50005 SAINT-LO CEDEX
Tél. : 02.72.96.14.50 – Fax : 02.33.06.42.01
http://www.msa-cotesnormandes.fr

51 – Marne MSA Marne – Ardennes – Meuse
24 boulevard Louis Roederer
51077 REIMS CEDEX
Tél. : 0 810 51 04 03 (n° Azur – coût d’un appel local) – Fax : 03.26.40.87.50
http://www.msa085155.fr

52 – Haute-Marne MSA Sud Champagne 4 avenue Emile Cassez – BP 2030
52917 CHAUMONT CEDEX 09 Tél. : 0 810 00 52 10 (n° Azur – coût d’un appel local) – Fax : 03 25 32 67 http://www.msa10-52.fr/

53 – Mayenne MSA Mayenne Orne Sarthe
76, boulevard Lucien Daniel
53082 LAVAL CEDEX 9
Tél. : 02.43.91.41.41 – Fax : 02.43.91.16.14
http://www.msa-mayenne-orne-sarthe.fr

54 – Meurthe-et-Moselle MSA Lorraine – Meurthe-et-Moselle 15, avenue Paul Doumer
54507 VANDOEUVRE LES NANCY CEDEX
Tél. : 03.83.50.35.00 – Fax : 03.83.56.65.86
http://www.msalorraine.fr

55 – Meuse MSA Marne – Ardennes -Meuse
Place Saint Paul, BP 83
55112 VERDUN CEDEX
Tél. : 0 810 55 04 03 (n° Azur – coût d’un appel local) Fax : 03.29.83.38.16
http://www.msa085155.fr

56 – Morbihan MSA du Morbihan
10 avenue du Général Borgnis Desbordes, BP 30 326, 56026 VANNES CEDEX
Tél. : 02.97.46.52.52 – Fax : 02.97.40.92.81
http://www.msa56.fr

57 – Moselle MSA Lorraine – Moselle :
17 avenue André Malraux
57778 METZ CEDEX 9
Tél. : 03.87.55.76.00 – Fax : 03.87.63.09.89
http://www.msalorraine.fr/

58 – Nièvre MSA de Bourgogne – Nièvre Place du Champ de Foire
58017 NEVERS CEDEX
Tél. : 03.86.93.50.00 – Fax : 03.86.93.50.09
http://www.msa-bourgogne.fr

59 – Nord MSA du Nord
Adresse postale : 59716 LILLE CEDEX 9
Accueil : 33, rue du Grand But
59160 CAPINGHEM
Tél. : 03.20.00.21.99 -Fax : 03.20.00.20.00
http://www.msa59.fr

60 – Oise Fédération Picardie – MSA de l’Oise
8, avenue Victor Hugo, BP 70828
60010 BEAUVAIS CEDEX
Tél. : 03.44.06.81.00 – Fax : 03.44.06.81.01
http://www.msa60.fr/

61 – Orne MSA Mayenne-Orne-Sarthe
52 boulevard 1er Chasseurs
61011 ALENCON CEDEX
Tél. : 02.33.31.40.00 – Fax : 02.33.31.41.97
http://www.msa-mayenne-orne-sarthe.fr

62 – Pas-de-Calais MSA du Pas-de-Calais
1 rue André Gatoux
62024 ARRAS CEDEX
Tél. : 03.21.24.60.62 – Fax : 03.21.24.60.84
http://www.msa62.fr

63 – Puy-de-Dôme MSA du Puy-de-Dôme
75 boulevard François Mitterrand
63041 CLERMONT-FERRAND CEDEX 1
Tél. : 0 810 10 20 63 (n° Azur – coût d’un appel local) – Fax : 04.73.43.75.11
http://www.msa-auvergne.fr

64 – Pyrénées-Atlantiques MSA des Pyrénées-Atlantiques
1 place Marguerite Laborde
64017 PAU CEDEX 9
Tél. : 05.59.80.72.72 – Fax : 05.59.80.72.27
http://www.msa64.fr/

65 – Hautes-Pyrénées MSA des Hautes-Pyrénées
22 rue de Cronstadt
65022 TARBES CEDEX 9
Tél. : 05.62.34.39.95 – Fax : 05.62.51.07.46
http://www.msa-mps.fr

66 – Pyrénées-Orientales MSA des Pyrénées Orientales
23 rue Broussais, BP 89924
66017 PERPIGNAN CEDEX 9
Tél. : 04.68.55.11.66 – Fax : 04.68.82.66.66
http://www.msa11-66.fr

67 – Bas-Rhin MSA Alsace Bas-Rhin
10, rue sainte Marguerite
67099 STRASBOURG CEDEX
Tél. : 03.88.81.75.75 – Fax : 03.88.81.75.27
http://www.msa-alsace.fr

68 – Haut-Rhin MSA Alsace Haut-Rhin
9, rue de Guebwiller
68023 COLMAR CEDEX
Tél. : 03.89.20.78.68 – Fax : 03.89.20.78.29
http://www.msa-alsace.fr

69 – Rhône MSA du Rhône
35, rue du Plat, BP 2612
69232 LYON CEDEX 02
Tél. : 04.78.92.63.63 – Fax : 04.78.42.43.66
http://www.msa69.fr

70 – Haute-Saône MSA de Franche-Comté – Haute-Saône / Territoire de Belfort
Rue René Hologne
70021 VESOUL CEDEX 9
Tél. : 03.84.96.31.00 – Fax : 03.81.65.60.09
http://www.msafranchecomte.fr

71 – Saône-et-Loire MSA de la Saône-et-Loire
46, rue de Paris
71023 MACON CEDEX 9
Tél. : 03.85.39.51.51 – Fax : 03.85.39.51.80
http://www.msa71.fr

72 – Sarthe MSA Mayenne-Orne-Sarthe
30, rue Paul Ligneul
72032 LE MANS CEDEX 9
Tél. : 02.43.39.43.39 – Fax : 02.43.39.43.43
http://www.msa-mayenne-orne-sarthe.fr

73 – Savoie MSA des Alpes du Nord – Savoie
106 rue Juiverie
73016 CHAMBERY CEDEX
Tél. : 0.810.73.74.38 – Fax : 04.79.62.89.10
http://www.msaalpesdunord.fr

74 – Haute-Savoie MSA des Alpes du Nord – Haute-Savoie
2, boulevard du Fier
74993 ANNECY CEDEX 9
Tél. : 0.810.73.74.38 – Fax : 04.50.57.92.92
http://www.msaalpesdunord.fr

75 Paris – 77 Seine-et-Marne – 78 Yvelines – 91 Essonne – 92 Hauts-de-Seine – 93 Seine-Saint-Denis – 94 Val-de-Marne – 95 Val-d’Oise MSA de l’Ile de France
Adresse postale : 75691 PARIS CEDEX 14
Accueil : 161, avenue Paul Vaillant Couturier
94250 GENTILLY
Tél. : 01.49.85.50.00 – Fax : 01.49.85.55.05
http://www.msa-idf.fr

76 – Seine-Maritime MSA de la Seine-Maritime
Cité de l’Agriculture
76236 BOIS GUILLAUME CEDEX
Tél. : 02.35.12.70.70 – Fax : 02.35.61.59.55
http://www.msa-haute-normandie.fr

79 – Deux-Sèvres MSA des Deux-Sèvres
12, avenue Bujault, 79042 NIORT CEDEX
Tél. : 05.49.06.30.30 – Fax : 05.49.06.30.49
http://www.msa79.fr

80 – Somme Fédération Picardie – MSA de la Somme
27, rue Frédéric Petit
80019 AMIENS CEDEX 9
Tél. : 03.22.82.62.62 – Fax : 03.22.82.63.05 http://www.msa80.fr

81 – Tarn MSA Tarn-Aveyron-Lot
14 rue de Ciron
81017 ALBI CEDEX 9
Tél. : 05.63.48.40.40 – Fax : 05.63.48.40.99
http://www.msa-tal.fr/

82 – Tarn-et-Garonne MSA du Tarn-et-Garonne
180, avenue Marcel Unal
82014 MONTAUBAN CEDEX
Tél. : 05.63.21.61.61 – Fax : 05.63.21.61.79
http://www.msa82.fr

83 – Var MSA du Var
143 rue Jean Aicard
83013 DRAGUIGNAN CEDEX
Tél. : 04.94.60.38.38 – Fax : 04.94.68.47.58
http://www.msa83.fr

84 – Vaucluse MSA du Vaucluse
1 place des Maraîchers
84056 AVIGNON CEDEX 9
Tél. : 04.90.13.66.66 – Fax : 04.90.87.72.05
http://www.msa84.fr

85 – Vendée MSA de Vendée
33 boulevard Réaumur
85011 LA ROCHE SUR YON CEDEX 9
Tél. : 02.51.36.88.88 – Fax : 02.51.36.88.55
http://www.msa85.fr

86 – Vienne MSA de la Vienne
37 rue de Touffenet 86042 POITIERS CEDEX
Tél. : 05.49.44.54.26 – Fax : 05.49.01.80.40
http://www.msa86.fr

87 – Haute-Vienne MSA du Limousin – Haute-Vienne
Impasse Sainte-Claire
87041 LIMOGES CEDEX
Tél. : 0.820.210.110 – Fax : 05.55.49.87.35
http://www.msa-limousin.fr

88 – Vosges MSA Lorraine Vosges 8, avenue du Général de Gaulle, BP 277 88017 EPINAL CEDEX
Tél. : 03.29.64.88.00 – Fax : 03.29.82.00.71
http://www.msalorraine.fr

89 – Yonne MSA de Bourgogne Yonne 14 bis, rue Georges Guynemer
89023 AUXERRE CEDEX
Tél. : 03.86.47.37.69 – Fax : 03.86.47.37.87
http://www.msa-bourgogne.fr

90 – Territoire-de-Belfort MSA de Franche-Comté Haute-Saône Territoire de Belfort Rue René Hologne
70021 VESOUL CEDEX 9
Tél. : 03.84.96.31.00 – Fax : 03.81.65.60.09
http://www.msafranchecomte.fr

97 – DOM 4 Caisses générales de sécurité sociale (CGSS)
CGSS de Guyanne Espace Turenne Radamonthe Route de Raban, BP 7015, 97307 CAYENNE CEDEX

CGSS de la Réunion 4, boulevard Doret, 97405 St DENIS CEDEX

CGSS de la Guadeloupe Quartier de l’Hôtel de Ville, BP 486, 97159 POINTE-A-PITRE

CGSS de la Martinique Place d’armes, Le Lamentin, 97210 LE LAMENTIN Cedex 2

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07 2010

L’industrie, les services et l’avenir de l’Europe

Depuis vingt ans, la quasi-totalité des pays européens sont confrontés à un processus de désindustrialisation. Pour se rassurer, politiques et experts indiquaient qu’il s’agissait d’un phénomène en trompe l’œil. La baisse des effectifs industriels était imputée à l’externalisation des activités de service. Or, selon une étude la Direction Générale du Trésor, les destructions d’emplois industriels en France entre 1980 et 2007 ont été occasionnées à :

- 25 % par des transferts d’emplois industriels vers les services

- 30 % par des gains de productivité

- 45 % par la concurrence étrangère

La désindustrialisation s’est accélérée après l’adoption des 35 heures mais le phénomène ne touche pas exclusivement la France. L’Allemagne du fait de son positionnement, les produits industriels de qualité, et du fait de la force de son capitalisme familial a mieux résisté.

L’emploi industriel s’est, en 20 ans, contracté de :

- 45 % au RU

- 32 % aux USA

- 25 % au Japon

- 20 % en zone euro

Sur les dix dernières années, l’emploi industriel a baissé de 14 % dans l’UE et de 19 % en France.

Le recul de la zone euro s’explique par la faiblesse des gains de productivité. En France, ils ont progressé de + 20 % entre 1990 et 2009, soit environ un point par an quand la progression est de 3 points aux Etats-Unis. De ce fait, la productivité du travail avec une base 100 en 2002 était en 2009 de 116 aux Etats-Unis contre 102 eu Europe.

La traduction du déclin industriel français se manifeste par le déficit récurrent de sa balance commercial et par la contraction de ses parts de marché au sein du commerce mondial qui sont passés de 5,8 à 3,8 de 1995 à 2008.

Au rythme actuel, l’Union européenne ne représentera plus, en 2040, que 5 % de la production mondiale contre 21 % en 2009.

A défaut d’industrie, l’Europe et la France se transforment en espace de loisirs en accueillante des millions de tourismes. Cette transformation peut certes amener des emplois mais ne saurait en aucun cas garantir un bon taux de croissance.

Les services touristiques dégagent de faibles gains de productivité qui sont les seuls à nous permettre de renouer avec une croissance forte et durable.

Le développement des services touristiques n’est pas une source de progrès comme en témoigne le niveau des salaires proposés dans ce secteur. Ainsi, le salaire moyen dans les services non financiers est inférieur de 21 % à celui du salaire moyen français et de 31 % inférieur à celui proposé par le secteur manufacturier.

Le secteur du tourisme est soumis à des aléas économiques forts et, en outre, nous ne sommes pas capables de valoriser les 72 millions de touristes étrangers qui visitent la France. Ils dépensent moins chez nous que quand ils se rendent aux Etats-Unis, en Espagne ou en Italie.

De toute façon, l’avenir ne passe pas exclusivement et loin de là par l’activité touristique.

Au-delà des incertitudes économiques et financières, au-delà de la menace démographique (financement des retraites, des dépenses de santé et de la dépendance, diminution de l’appétence aux risques), c’est par Schumpeter que le salut viendra. L’Europe doit renouer avec l’esprit de découvertes et consacrer une part plus importante de ses richesses à la recherche. En effet, les dépenses de recherche ne sont que de 1,2 % du PIB en Espagne et en Italie, de 2,1 % en France, de 2,6 % en Allemagne quand elles sont de 3 % aux Etats-Unis et de 3,5 % au Japon. Le nombre de chercheurs est de 16 pour 10 000 emplois en Italie, de 21 en Espagne, de 44 en Allemagne, de 45 en France mais de 79 pour 10 000 aux Etats-Unis et de 83 pour 10 000 au Japon. Enfin, les brevets triadiques (par million d’habitants) s’élèvent à 6 en Espagne, à 12 en Italie, à 40 en France quand ils dépassent 75 en Allemagne, 94 en Suède et 115 au Japon

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07 2010

La France des mauvais jours

Quand la crise d’une équipe de football devient le sujet phare de la vie publique avec en toile de fond des relents poujadistes, quand les rumeurs sur la cupidité des uns et des autres devient le leitmotiv de la presse, quand les riches sont montrés du doigt, quand l’exigence d’égalité devient l’alpha et l’oméga de tous les papiers de la presse (à ce titre, les journalistes oublient de signaler qu’ils bénéficient d’un abattement fiscal spécifique mais cette niche fiscale est bien gardée…), il y a comme un parfum de malaise au sein de la société.

La France est un des pays les moins inégalitaires de l’OCDE. L’écart entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est inférieur à 4 (3,6). Le système de redistribution sociale accapare près du tiers de la richesse nationale ; la France compte plus de 5 millions de fonctionnaires. Nous sommes loin de la pseudo jungle ultra-libérale dépeinte par certains.

Il est stupéfiant de constater qu’une personnes gagnant, avant impôt plus de 4500 euros par mois ou un célibataire percevant plus de 69 000 euros sont considérés comme riches. Il est stupéfiant de constater que le bouclier fiscal qui vise à empêcher que les impôts directs excèdent 50 % des revenus perçus soit considéré comme un instrument d’iniquité.

Il est affligeant qu’un ministre soit mis en cause du fait d’agissements non avérés de sa femme ce qui semble nier la possibilité pour un conjoint d’un élu d’avoir une carrière professionnelle indépendante.

Il est étonnant de s’en prendre aux élus qui touchent leur retraite en même temps que la rémunération de Ministre quand la loi autorise le cumul emploi/retraite sans restriction depuis le 1er janvier 2009. Il est logique de dénoncer l’élu s’il bénéficie de passe droit sans relation avec l’exercice de ses fonctions ; il est anormal de le vilipender du fait qu’il respecte la loi. Il ne faudra pas s’étonner si la politique n’attire plus des talents à force d’être déconsidérée à ce point.

L’équipe de France de football désunie est à l’image du pays. Il est sidérant de l’incapacité de consensus sur les grands sujets de société. Ainsi, au moment où nous traversons la crise économique la plus grave depuis 1929, au moment même où la dette publique atteint des sommets et que le risque d’effondrement du système d’Etat providence n’est pas une chimère, la classe politique ne montre pas l’exemple de la nécessaire unité.

Comment comprendre qu’en quelques mois Martine Aubry passe d’un accord de principe sur le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à une opposition sans concession ? Bien évidemment, elle a besoin de se prémunir de la gauche de la gauche mais il y a des limites dans l’irresponsabilité.

De même, les divisions au sein de l’UMP, fruits de jalousie et de vieille rancœur caractérisent certes l’esprit de clocher cher à la France mais reflète avant tout un goût pour l’autodestruction.

Le soixante-dixième anniversaire de l’appel du 18 juin aurait du conduire les uns et les autres à réfléchir à la notion de nation et d’analyser les causes qui ont conduit à cet appel, criant symbole de la faillite de la 3ème République. Au-delà de la voix d’un Homme seul, il y avait surtout l’affaissement général d’un pays en proie aux divisions et au déclin. Il est urgent de retrouver le chemin de l’union et de croire en un avenir commun à tous les Français.

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06 2010

Le report logique de l’âge légal de départ à la retraite

La croyance de la fin du travail était communément acceptée en France. Ces trente dernières années avaient donné raison aux partisans de cette religion. Le passage de la retraite à 60 ans et les 35 heures en constituaient les deux symboles les plus visibles. Il faut y ajouter l’entrée de plus en plus tardive dans la vie active. De ce fait, depuis 1970, la vie active s’est raccourcie de plus de 8 ans. Dans le même temps, l’espérance de vie a gagné plus de 10 ans.

En portant progressivement de 60 à 62 ans, l’âge de départ à la retraite, le Gouvernement a pris une décision courageuse mais qui ne remet en rien et loin de là l’équilibre travail/loisirs (dans le sens société du loisir). En effet, d’ici 2018, l’espérance de vie devrait s’accroitre de deux ans soit justement l’allongement prévu sachant que les gains sont essentiellement réalisés après 65 ans grâce aux progrès sanitaires et au meilleur suivi des seniors.

Les mauvais grincheux soulignent que du fait de faible taux d’emploi des seniors, en lieu et place des retraités, nous aurons des chômeurs en fin de droit. Or, dans tous les pays, c’est-à-dire tous nos partenaires, qui ont relevé l’âge de départ à la retraite, le taux d’emploi s’est amélioré. Si la France a un faible taux d’emploi des seniors, c’est avant tout la conséquence d’anticipations tant de la part des employeurs que de la part des salariés. Les employeurs n’investissent pas en formation sur des salariés de plus de 50 ans ou de 55 ans du fait de leur départ programmé autour de 60 ans. Les salariés ne sont pas enclins à se remettre en cause après 50 ans sachant les difficultés à trouver un emploi mais aussi en raison de la proximité de la retraite. Le relèvement de l’âge légal modifiera la donne.

Les recettes malthusiennes ont échoué. La France a, durant des années, pratiqué avec délice les préretraites afin de favoriser l’emploi des jeunes. A la clef, le taux de chômage des moins de 25 ans a toujours été dans notre pays supérieur à la moyenne européenne. La mise à la retraite ou en préretraite crée des coûts publics sans garantie aucune qu’ils soient couverts par une création de richesse dans le secteur privé.

La sortie de la crise, tout comme la résolution du problème de financement des retraites ne passeront que par la croissance et par l’emploi. La France mais plus largement l’Europe doivent générer des gains de productivité pour effacer les ardoises du passé et dégager des recettes pour financer les dépenses sociales de demain. Ce n’est pas en bridant le moteur économique que de tels gains pourront être trouvés. Il faut au contraire améliorer le fonctionnement du marché du travail et favoriser l’investissement productif à long terme.

La pénibilité est mise en avant pour rejeter cette réforme. Or, pour se convaincre qu’un actif de 60 ans, d’aujourd’hui, n’a rien à voir avec un actif de 60 ans de 1950, il suffit de regarder des photos d’époque, de remémorer nos grands-parents. Il y a une réelle amélioration des conditions de vie et de travail qui joue en faveur d’un maintien au travail. Certes, il demeure des métiers pénibles, certes, la pression morale a remplacé la violence physique du travail mais les actifs ont bénéficié de la tertiarisation de l’emploi ainsi que la diminution du nombre d’heures.

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06 2010

Financer l’économie à long terme, un vieux débat

Jérôme Glachant, jean Hervé Lorenzi, Alain Quinet et Philippe Trainar ont présenté un rapport sur les investissements et investisseurs de long terme dans le cadre du Conseil d’Analyse Economique.

Partant du constat bien connu que la France ne souffre pas d’une insuffisance de l’épargne mais d’un problème d’affectation de l’épargne, il recherche comment améliorer son allocation en vue d’assurer un meilleur financement de l’économie.

Les rapporteurs soulignent que les investisseurs à long terme se font rares du fait de la réglementation (Bâle II et III, Solvency II) et du fait d’une recherche plus rapide du retour sur investissement. Il faut noter que l’Etat ou plutôt les Etats concourent à cette situation en ponctionnant une grande partie de l’épargne longue.

La France est par ailleurs handicapée par l’absence de fonds de pension qui permettent d’irriguer les entreprises et qui ont par nature une vision à long terme.

Les rapporteurs souhaitent trouver au sein de la réserve d’épargne 30 à 40 milliards d’euros afin de les réorienter vers des investissements de croissance de long terme (appareil productif avec un double objectif faire face aux défis environnementaux et du vieillissement).

A cet effet, ils demandent une meilleure prise en compte des vertus de la rente. Ils proposent comme la FFSA le basculement d’une partie de l’assurance-vie en assurance retraite avec une sortie en rente qui serait fiscalement encouragée.

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Les dix propositions du rapport :

Proposition 1
Dédier des véhicules associant public et privé à des projets ciblés l’investissement long terme.

Proposition 2
Concevoir un système d’assurance contre les risques financiers systémiques qui limitent les exigences de couverture en capitaux propres des institutions financières.

Proposition 3
Reconnaître les spécificités des investisseurs long terme en accordant un statut d’investisseur structurel de long terme d’« ISLT » aux investisseurs ayant pour caractéristique de travailler sur fonds permanents en situation d’activité courante.

Proposition 4
Ajouter dans les contrats d’assurance-vie une option retraite combinant sorties en rente et en capital et bénéficiant d’avantages fiscaux en sortie si l’option est souscrite avant 55 ans.

Proposition 5
Pour les investisseurs structurels (ISLT de la proposition 3) : introduire le coût historique amorti comme base de comptabilisation des investissements financiers ou, à défaut, accorder le régime du coût amorti aux investissements de long terme.

Proposition 6
Simplifier et assurer la neutralité de la fiscalité des rentes viagères acquises à titre onéreux quel que soit l’âge du bénéficiaire.

Proposition 7
Favoriser le développement du PERP en le faisant bénéficier d’une plus grande neutralité fiscale.

Proposition 8
Favoriser le développement de fonds fermés d’actions cotées, y compris small et mid caps.

Proposition 9
Créer des fonds fermés dédiés au financement des fonds propres des entreprises innovantes regroupant du capital-risque et des actions « small caps ».

Proposition 10
Favoriser l’accès indirect des PME aux marches obligataires par la mise en place d’une plate-forme commune d’émission d’obligations sécurisés permettant le refinancement des prêts aux PME.

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06 2010

La France endettée mais pas bien notée

Pourquoi la France est bien notée malgré un déficit public de 8 % et une dette de plus de 80 % du PIB

L’écart de taux dit spread avec les taux consentis à l’Etat considéré le plus vertueux d’Europe, l’Allemagne, sont faibles, de 0,2 à 0,4 point traduisant que la signature française est excellente.

Jamais ou presque l’Etat a pu s’endetter à des taux aussi faibles. C’est, il faut le souligner, un avantage de l’euro.

Cette facilité liée aux politiques monétaires laxistes menées par les autorités monétaires a conduit au surendettement des Etats mais aussi des entreprises et des ménages.

Malgré une dette supérieure à celle de l’Espagne, la France bénéficie de la confiance des investisseurs pour trois grandes raisons.

La première est liée à la capacité de son administration à lever vite et bien des impôts, des cotisations et des taxes. A la différence de l’Etat grec, l’Etat, en France, peut augmenter sans sourciller les impôts. Ainsi, en 2009, l’ensemble des revenus du patrimoine ont subi une ponction de un point pour financer le RSA. Les pertes en ligne (fraude, évaporation diverse) sont relativement faibles.

La seconde raison est liée au fort taux d’épargne, plus de 16 % du revenu disponible brut prouvant que les ménages disposent de marges pour payer des impôts supplémentaires ou pour souscrire à des emprunts. En relation avec ce dernier point, les Français, en tant que particuliers, sont faiblement endettés à la différence des Espagnols ou des Américains. Il est de 76 % du PIB contre plus de 150 % aux Etats-Unis, de 140 % en Espagne ou de 153 % au Royaume-Uni.

Parmi les autres raisons figurent le potentiel de la croissance du pays et la capacité du gouvernement à réformer.

La France possède encore des positions fortes dans des secteurs à forte croissance : l’aéronautique, l’espace, les transports, la pharmacie… Malgré quelques soubresauts, les pouvoirs publics aboutissent à moderniser la gestion publique et à revenir sur certains acquis considérés comme sacrés. Ainsi, l’OCDE a souligné que la France faisait partie des Etats ayant réalisé un des efforts les plus importants pour maîtriser les dépenses de retraite. De même, la transformation de l’imposant secteur public issu des nationalisations de 1945 et de 1981/1982 s’est effectuée sans trop de casse même dans les secteurs très sensibles que sont l’énergie, la poste ou les telecom. Demeure comme dernière grande citadelle les transports ferroviaires.

Bien évidemment, la relative clémence des agences de notation n’est pas immuable. Un faux pas dans le cadre de la réforme des retraites ou la poursuite du dérapage du déficit public conduiraient les investisseurs à jeter à un œil critique sur les comptes publics d’autant plus que le potentiel de croissance tend à s’éroder. En la matière, le maintien d’une économie compétitive est un impératif qui passe par un effort accru dans les domaines de la formation et de la recherche développement.

02

06 2010

Enjeux de la réforme des retraites : mai 2010

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La double caractéristique du système français :

• Une hypertrophie de la répartition qui représente 95 % des dépenses retraite. La capitalisation (individuelle et collective) représente 5 % des dépenses retraites contre 25 % en moyenne chez nos partenaires ;
• Un système qui encourage les départs précoces du marché du travail (avant 60 ans) tout en assurant, actuellement, une quasi-parité de pouvoir d’achat pour les salaires moyens entre actifs et retraités.

Les dépenses retraites s’élèvent à plus de 245 milliards d’euros soit 44 % des dépenses sociales et 13,5 % du PIB.

1. La France et la retraite, un vieux couple à problèmes

L’histoire mouvementée : plus de 300 ans pour bâtir un système de retraite

Le premier régime de retraite français a été créé par Colbert au profit des mariniers. L’Etat souhaitait attirer des marins qui avaient tendance à préférer les drapeaux hollandais, anglais, génois ou corsaire. Il s’agissait d’un régime par capitalisation. En 1790 est institué le régime de retraite des fonctionnaires.

Avec l’industrialisation, les grands secteurs d’activité développeront des systèmes spécifiques de retraite qui, aujourd’hui, correspondent aux régimes spéciaux : énergie, transports, mines…

Pour les autres secteurs, de 1848 à 1939, une dizaine de lois ont été votées afin d’instituer en vain une couverture générale vieillesse. L’opposition des syndicats qui récusaient le paternalisme patronal et les employeurs hostiles à l’instauration d’un système obligatoire ainsi que l’instabilité gouvernementale ont freiné la mise en place d’un véritable système de retraite à la différence de l’Allemagne (régime vieillesse mis en place par Bismarck en 1889). La moitié de la population active était couverte en 1939.

Vichy a, en 1941, fait adopter un régime de retraite par répartition pour l’ensemble des salariés, principe repris par l’ordonnance du 19 octobre 1945. Cette ordonnance prévoyait l’instauration d’un système unique de sécurité sociale gérée de manière paritaire couvrant tous les risques.

Or, dès le départ, l’ordonnance ne fut pas respectée :

• Les régimes spéciaux n’ont pas été intégrés • Les indépendants (commerçants, professions libérales, chefs d’entreprise) ont rejeté le système qui était entre les mains des syndicats.

Il a fallu attendre les années soixante dix pour aboutir à une relative généralisation du système de retraite français.

En 1990, il y avait :

• Plus de 120 régimes de base • Plus de 300 régimes complémentaires qui sont devenus obligatoires (loi de 1972 pour les salariés)

Le choix du « tout répartition » logique en 1945 du fait des circonstances économiques et sociales

Le contexte politique et économique de l’après seconde guerre mondiale a conduit au développement d’un régime par répartition. Dans un pays en ruine et meurtri, la répartition permettait de verser immédiatement des pensions à un nombre, par ailleurs, réduit de retraités : espérance de vie faible (60 ans en 1950) et classes d’âge touchés par la première guerre et la dénatalité). L’augmentation de la population active (immigration et baby-boom) et la croissance ont conforté ce choix.

2. les enjeux démographiques 2010/2050

• 2005 : 12,6 millions de plus de 60 ans soit 20 % de la population française
• 2050 : 22,3 millions soit 32 % de la population française

Allongement de la durée de vie plus que papy-boom : 16 ans de gagner en 60 ans et doublement de la durée de la retraite

L’espérance de vie avait été étale autour de 30 ans du Moyen Age jusqu’en 1790 puis a progressé lentement. Elle avait atteint 60 ans en 1939. L’espérance de vie est passée de 66 ans en 1950 à plus de 80 ans en 2010 (78 ans pour les hommes et 84,5 ans pour les femmes). En 2050, elle devrait être de 84 ans pour les hommes et de 89 ans pour les femmes. Le gain est de 2 à 3 mois par année. Une jeune femme sur deux qui nait en 2010 connaitra l’année 2110. L’espérance de vie à 60 ans a doublé en 50 ans. Elle est de 22,2 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes.

Rétrécissement de la vie active par les deux bouts : – 8 ans en 50 ans

Depuis la seconde guerre mondiale, la vie active a été raccourcie à l’entrée avec l’allongement de la durée des études (âge entrée moyen de 22 ans en 2009 quand, en 1936, la moitié des hommes travaillaient à 16 ans) et sortie à 59 ans contre 65 ans avant 1981. En 50 ans, la réduction de la vie active a été de 8 ans. En contrepartie, la productivité horaire a fortement progressé.

Le papy-boom, enfant du baby-boom effet réel mais limité

L’arrivée à l’âge de la retraite des enfants du baby-boom accentue le défi des retraites mais sans en changer la donne. L’impact de l’allongement de la durée de la vie est plus élevé que l’effet volume. Jusqu’en 2020, c’est environ 750 000 départs à la retraite par an contre 500 000 il y a 10 ans. Relative baisse de la fécondité et stabilisation de la population active

La France possède un des meilleurs taux de fécondité d’Europe, autour de 1,9 enfant par femme contre 1,3 en Italie. Ce quasi-renouvellement des générations ne modifie qu’à la marge le problème du financement des retraites.

Plus de retraités, moins d’actifs…

• 4 actifs pour un retraité en 1960
• 1,5 actif pour un retraité en 2010
• 1,3 actif pour un retraité en 2030
• 1,2 actif pour un retraité en 2050

Phénomène français mais pas spécifiquement français

Le problème du financement des retraites concerne tous les pays industrialisés mais aussi les pays émergents.

Les populations russe, allemande ou japonaise diminuent déjà depuis plusieurs années. Parmi les pays industrialisés les moins concernés : les Etats-Unis du fait d’une forte immigration et d’un fort taux de natalité

La Chine avec la pratique (même mal respectée) de l’enfant unique sera dans les 20 prochaines années confrontée à un réel problème de gestion de ses anciens actifs. Le flux d’épargne chinoise qui aujourd’hui finance les vieux pays industrialisés pourrait se tarir.

La population mondiale devrait atteindre son summum entre 2040 et 2050 autour de 8,5 à 9 milliards d’habitants, la population active commencera à décliner autour de 2035. Hormis accidents (guerres) et épidémies, ce double déclin est sans précédent.

3. La France au milieu du gué

Contrairement à une idée reçue, la France a, depuis 1993, procédé à des ajustements importants. Selon l’OCE (étude 2009), la France figure en tête pour les efforts réalisés.

Les réformes engagées depuis 1993 :

• Passage des 10 meilleures aux 25 meilleures années pour le calcul des retraites du secteur privé
• Allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 puis à 41 ans • Indexation des retraites (et de l’assiette servant de base au calcul de la pension) sur les prix et non sur les salaires
• Baisse du rendement des régimes complémentaires (baisse de 30 %)
• Alignement de la durée de cotisation des fonctionnaires sur celles du privé • Instauration d’une décote et d’une surcote,
• Réformes des régimes spéciaux

La conséquence de ces réformes c’est à terme des pensions moins élevées : baisse du taux de remplacement de 10 à 20 points entre la génération née en 1938 et celle de 1985.

Il y a eu en parallèle un processus de rapprochement des régimes de base et des régimes complémentaires. Il ne reste plus que 36 régimes de base et une centaine de régimes complémentaires

4. la réforme 2010, une étape de plus ou la dernière avant la réforme systémique

Pourquoi un rendez-vous en 2010. La loi de 2003 prévoyait un rendez-vous tous les 4 ans. Le premier a eu lieu en 2008 (rendez-vous manqué car il intervenait après les négociations sur les régimes spéciaux). Le second devait intervenir en 2012. L’élection présidentielle de 2012 et la crise ont incité à anticiper ce rendez-vous.

Nouvelles études du Conseil d’Orientation des Retraites

Les régimes vieillesse enregistrent des déficits de plus de 10 milliards d’euros, les déficits d’aujourd’hui sont ceux qui étaient attendus pour 2020.

La stagnation de la masse salariale a entrainé un manque à gagner d’environ 4 milliards d’euros. En outre, le transfert des cotisations chômage sur les cotisations retraite a été reporté du fait de la dégradation de la situation de l’emploi.

Le Conseil d’Orientation des Retraites a revu ses scénarii en intégrant une baisse du taux de productivité du facteur travail et un retour du plein emploi entre 2020 et 2025 ou un maintien à 7 % de ce taux. Initialement le plein emploi était prévu pour 2010.

Le besoin de financement varie à l’horizon 2050 de 1,7 à 3 points soit deux fois plus par rapport aux prévisions de 2007.Il faudrait en 2020 entre 40 et 50 milliards d’euros et en 2050 entre 71 et 114 milliards d’euros.

Quelles sont les tendances à l’étranger

• Recul de l’âge légal de départ à la retraite (moyenne 65 ans avec une tendance d’aller vers 67 ans)
• Allongement des durées de cotisation
• Plafonnement des taux de cotisation (Allemagne)
• Développement des régimes professionnels d’épargne retraite avec affiliation automatique ou obligatoire

Les curseurs de la réforme de 2010

Pour équilibrer le régime il faudrait soit augmenter les cotisations de 10 points ou relever l’âge de départ de plus de 10 ans ou baisser les pensions de plus d’un tiers.

Le report de l’âge légal : le passage à 62 ans permet une économie de 6 milliards d’euros par an. L’idée retenue serait un passage à 62 ans (un trimestre par an à partir de 2011 avec également un report de l’âge de la retraite à taux plein (indépendamment de la durée de cotisation) qui est de 65 ans aujourd’hui.

L’allongement de la durée de cotisations : 41,5 ou 42 ans en 2020 et 43,5 ans à terme.

Les mesures dites de solidarité : (gains limités financièrement mais visibles politiquement)

Prélèvements sur les revenus du patrimoine : prélèvements sociaux portés de 12,1 à 13,1 % ; augmentation éventuelle de la CRDS (hors bouclier fiscal)

L’éventuelle création d’une tranche supplémentaire sur l’impôt sur le revenu pour alimenter le fonds de solidarité vieillesse

La poursuite de la baisse du rendement des régimes complémentaires

Pour info :

Un point de CSG : 11 milliards d’euros dont 7 sur les revenus du travail
Un point de cotisation sociale : de 4 à 5 milliards d’euros

Et après

Le Conseil d’Orientation des Retraites a indiqué que ces réformes permettraient d’effacer de 30 à 70 % des besoins de financement.

Il y aura d’autres réformes, d’autres ajustements à moins d’un retour durable de la croissance et du plein emploi.

Sinon : baisse du rendement des pensions et nécessité de réformer structurellement le système.

La Pologne, la Suède et l’Italie ont adopté un système général de retraite par points et en comptes notionnels intégrant dans le calcul des pensions l’espérance de vie à la retraite. Ce système se gère plus facilement que le système actuel qui est à prestations définies.

5. Quelle place pour l’épargne retraite et les assureurs ?

Depuis plus de vingt ans, les Français affirment qu’ils sont pour un système mixte répartition/capitalisation or la capitalisation demeure marginale.

12 % des entreprises proposent à leurs salariés un supplément retraite quand 65 % proposent des compléments retraite.

L’épargne retraite c’est

• 12 milliards d’euros de cotisations • 125 milliards d’euros d’encours • 6 milliards d’euros de prestations • 5 à 6 millions d’actifs couverts

60 % via l’entreprise ; 40 % à titre individuel.

Pourquoi l’épargne retraite ne se développe-t-elle pas en France ?

• Il y a l’effet suspicion, la capitalisation contre la répartition jugée sociale
• Il y avait l’impression que le système était immuable (cela s’effrite) • Il y a la méconnaissance de l’économie et de la finance • Il y a une désinformation • Il y a trop de produits, complexes et à faibles rendements tant pour les assureurs que pour les clients

En revanche, l’épargne retraite ne souffre pas d’un manque d’incitation fiscale : la France est au 4ème rang en la matière derrière l’Allemagne, la République Tchèque et le Canada.

L’épargne retraite en France, c’est plus de 13 types de produits individuels et collectifs : articles 39/82/83 ; Prefon, Corem, Perp, Perco, Madelin…

Les Français ne sont pas hostiles bien au contraire

Les Français souhaitent partir tôt (autour de 60 ans) et conserver le meilleur pouvoir d’achat possible. Le système par répartition ne peut plus répondre à ces deux exigences.

L’épargne retraite peut générer de la souplesse en permettant aux actifs de fixer plus librement leur âge de départ et de se constituer un supplément de revenus.

Avec la baisse inévitable du taux de remplacement, il y a pourtant un espace pour l’épargne retraite individuel ou collective. Elle devrait être à même d’assurer de 10 à 15 % des revenus des futurs retraités. Il faudrait dans les trente à quarante prochaines années, multiplier par trois ou quatre le montant des cotisations.

Pistes de réformes :

• Simplification de l’offre ;
• Distinguer ce qui relève de l’épargne salariale et de l’épargne retraite en entreprise (Perco, PEE, intéressement, participation) ;
• Harmonisation fiscale et sociale entre les produits et au niveau de la rente.

Propositions FFSA soutenues par Generali

Collectif

• La FFSA propose l’élargissement des possibilités de versements sur des contrats collectifs (article 83) à cotisations définies (versements facultatifs des salariés et abondements de l’employeur).
• Sur l’article 39 (prestations définies, retraite chapeau), la profession reste silencieuse dans l’attente d’un projet de réforme qui devrait intervenir à l’automne et aboutir à une fermeture progressive de ce type de contrats.

Individuel

• La FFSA propose de simplifier la gestion technique des Plans d’Epargne Populaire, la possibilité de lui adjoindre des garanties prévoyance et dépendance et la faculté d’abondement de la part d’un employeur.
• La FFSA soutient l’idée de la transformation des contrats d’assurance-vie en assurance-retraite après une certaine durée de détention. La sortie s’effectuerait en rente avec un traitement fiscal adapté. • A ce titre, la fédération a demandé une simplification des règles fiscales applicables à la rente.

01

06 2010

Ne pas avoir peur du mot "faillite"

Depuis 2007, le terme « faillite » hante le débat politique et économique. Les propos de François Fillon avait choqué quad il avait parlé que la France courrait à la faillite. Depuis ce sont des banques qui ont fait faillite ou qui ont été sauvé de la faillite. L’affaire grecque a démontré durant le printemps 2010 que des Etats n’étaient pas à l’abri de la banqueroute en raison d’une dette publique en dérapage non contrôlé.

C’est aussi le Conseil d’Orientation des Retraites qui souligne que si rien n’est fait le système de vieillesse court à sa perte. A ce titre, un récent sondage commandé par le Cercle des Epargnants à l’institut CSA souligne que deux tiers des Français considèrent que nos régimes de vieillesse sont menacés de faillite.

Le mot est fort mais il témoigne tout à la fois de la gravité de la situation et du désarroi de l’opinion publique.

Gravité de la situation car la crise économique qui frappe les anciens pays industrialisés est loin d’être terminée et est de nature structurelle.

La crise est née économique mais s’est concrètement manifesté au grand jour sous la forme d’une crise financière. La bulle financière alimentée par les faibles taux d’intérêt et la généralisation de technique de dilution des risques financiers a par son éclatement révélé les problèmes auxquels sont confrontés les pays anciennement industrialisés et en premier lieu l’Europe.

Depuis près d’une décennie, la croissance occidentale a été favorisée par l’importation de produits à bas coûts, par l’argent pas cher généré par les taux d’intérêt des banques centrales et par le réinvestissement des pays émergents qui recyclaient une partie, voire une grande partie de leurs excédents commerciaux.

L’argent facile conduit toujours à la spéculation, au bulle, à leur éclatement. L’argent facile rime aussi avec affaissement des gains de productivité qui sont les moteurs de la croissance forte et durable.

Les banques ont offert de la croissance mais sans en s’affranchissant des fondamentaux. Les banquiers sont-ils coupables ? Peut-être mais tout le monde était heureux de bénéficier d’un peu (en Europe) et un peu plus aux Etats-Unis du vent fort de la croissance mondiale. Nul ne criait à l’escroquerie quand le crédit permettait à un nombre croissant d’Américains de devenir propriétaires.

L’amplification des déséquilibres ne pouvait qu’amener l’éclatement de la bulle. Le déficit commercial américain dépassait les 800 milliards de dollars en 2007 sans que des mesures de correction puissent intervenir du fait que la monnaie chinoise est liée au dollar. En outre, les Etats-Unis comme les autres pays sont dopés par les bas prix des pays émergents. Il n’y a plus d’offre national pour un certain nombre de produits qui sont made China ou made in Vietnam à plus de 60 %.

Les tensions inflationnistes provoquées par l’envolée des cours des matières premières et des produits agricoles ont sonné la fin de la récréation. Les ardoises privées devaient être payées.

Aujourd’hui, certains considèrent que les problèmes rencontrés par les Etats ne sont que la traduction des plans de sauvetage des banques. De ce fait, par syllogisme, il n’aurait pas fallu aider les banques pour sauvegarder la solidité des Etats.

Mais s’il n’y avait pas eu de plan pour les banques, c’est l’ensemble de l’économie qui tombait et les économies des contribuables.

Certes, une partie de la dette privée a été nationalisée mais ce transfert n’est en rien responsable de la situation catastrophique des finances publiques. La dette française qui était de 21 % du PIB en 1981 dépasse désormais les 75 %. Depuis 1974, le budget de l’Etat n’a pas été en excédent. Au Japon, depuis vingt ans, la dette publique n’en finit pas d’enfler au point qu’elle atteint 200 % du PIB. La crise financière est une goutte d’eau dans l’océan des dettes publiques.

Les marchés qui ne sont que la somme d’investisseurs condamnent aujourd’hui une dérive vieille de plusieurs décennies. Quand l’espoir d’un retour réel de la croissance constituait un gage de remboursement, tout allait bien. Mais quand les perspectives de croissance sont autour de 1 point, les capacités de remboursement sont plus incertaines surtout quand le niveau de prélèvements obligatoires est élevé ou que la fraude fiscale rend toute augmentation des impôts virtuelle.

L’Europe a été attaquée du fait qu’elle accumule de faibles prévisions de croissance, un niveau de prélèvements élevés (autour de 40 % quand aux Etats-Unis, ce taux est de 30 %), de faibles gains de productivité (autour de 1 % quand ils sont de 3 % aux Etats-Unis), un vieillissement prononcé de la population, une faible mobilité de la population et une faible solidarité des Etats membres du fait de l’absence de mécanismes de correction en cas de crises et de gouvernement économique.

Nul n’ignorait que la zone euro n’était pas une zone monétaire optimale. Avec un budget européen qui représente 1 % du PIB et dont 60 % est affectée à l’agriculture qui occupe 2 % de la population active, il était évident qu’en cas de divergences internes, il fallait que les tensions puissent s’exprimer. Avec la disparition des dévaluations, les spreads sur les taux ont servi de fusibles au point de faire disjoncter l’ensemble du système européen.

Le plan d’urgence a permis d’enrayer la crise mais ses fondements demeurent.

Cette crise européenne cristallise :

- La faillite de l’Etat providence

- La faillite de la non-organisation européenne

La faillite de l’Etat providence est triple. La progression des dépenses publiques et les engagements à venir débouche sur un toujours plus de déficits et de prélèvements. Deuxièmement, l’Etat providence est une source d’insatisfaction. L’Europe n’a jamais réussi à endiguer réellement le chômage et tout particulièrement la France. Les pays dont le taux de dépenses publiques est le plus élevé ont eu sur la période les taux de chômage les plus importants. L’Europe du Nord est une exception mais ils ont su tout à la fois maîtriser leurs dépenses sur les dernières années et réduire leurs déficits. Troisièmement, l’Etat providence se traduit pas toujours moins de dépenses de fonctionnement et toujours moins de dépenses d’investissement. Les dépenses sociales représentent plus de 60 % des dépenses publiques. L’investissement est limité à la portion congrue.

Le développement de l’Etat providence a anémié la prise de risque et les gains de productivité. Le problème, c’est de changer de paradigme et de démonter des années de mesures considérés comme des droits. Car contrairement à des idées reçues, le coût des politiques sociales n’a pas cessé de s’accroître. En France, du RMI au RSA en passant par la CMU, aux aides pour le logement…, depuis vingt ans, des efforts considérables ont été réalisés par la collectivité, un effort dont le financement a été renvoyé aux générations à venir. Nous sommes tous favorables à la solidarité à condition de ne pas la payer. Aujourd’hui, il y a une nécessité d’étudier l’efficience de l’ensemble de l’Etat providence…

22

05 2010

20 minutes 12 mai 2010

Plus de leviers en France

« Les Espagnols sont dans une situation délirante », ajoute Mathieu Plane, économiste à l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures économiques). Ce qui n’est pas le cas de la France qui, si « elle va également vers la rigueur », possède déjà plus de leviers que la Grèce et l’Espagne.

Cependant, Nicolas Bouzou prévient : « Si nous ne sommes pas rigoureux, si aucune réforme n’est entreprise, concernant notamment les retraites et la suppression des niches fiscales, là notre dette publique risque d’être attaquée. » Et le salaire des fonctionnaires passera à la casserole. Mais, pour le moment rassure l’économiste, « c’est de la science fiction ».

Des mesures alternatives

« Et nous ne sommes qu’à deux ans d’une élection présidentielle », renchérit, non sans ironie, Philippe Crevel, économiste au Cercle des Epargnants. Plutôt que d’en arriver à réduire les salaires, le gouvernement français a ainsi envisagé des mesures alternatives afin de réduire les déficits dont le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Tout est finalement dans la confiance des marchés financiers. « Etant donnée la taille de l’économie française, il n’y a pas d’angoisses sur nos capacités de remboursement », estime Philippe Crevel qui ajoute qu’il faudrait que la France se retrouve « dans la même situation que les Grecs » pour que les fonctionnaires français ne subissent à leur tour des réductions de salaires.
Corentin Chauvel

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14

05 2010

Europe, cherche pilote désespérément …

Faible perspectives de croissance, des déficits publics non maîtrisés depuis des années, une population vieillissante, l’absence de politiques communes et de projets communs une soif de précaution couplée à une aversion du risque, l’Europe est en proie aux doutes et aux affres du déclin.

La crise grecque qui est devenue européenne et voire un peu plus n’est qu’un symbole du malaise qui est plus profond et qui date de plusieurs années. L’Europe n’a pas su opérer sa mutation après la chute de l’URSS et du mur de Berlin. La réunification de l’Europe s’est réalisée sans enthousiasme et surtout sans réel projet. L’élargissement de l’Union européenne a été plus contraint par les évènements que voulu. De même, la création de l’euro en 1999 a couronné un processus engagé dès la fin des années soixante avec le plan Werner et auquel étaient attachés les personnalités historiques de l’Europe d’après guerre. Fruit de concessions tant de la part de la France qui a du se résoudre à accepter la politique monétaire de l’Allemagne que de la part de l’Allemagne qui ne voulait pas des Etats de l’Europe du Sud, l’euro n’est pas né sous une bonne étoile. L’adhésion des peuples s’est fait par défaut ; la monnaie commune est devenue le bouc émissaire de tous les problèmes européens : inflation, déficit de la balance commerciale, rigueur avec le pacte de Maastricht…

Les difficultés éprouvées pour sauver la Grèce qui pèse 2,6 % du PIB de la zone euro démontre l’état de l’Union européenne. La crise économique et financière de 2008/2009 s’est muée en crise politique. En 2008, les investisseurs se méfiaient des banques et ‘eux-mêmes. Aujourd’hui, la méfiance a envahi les Etats qui ont absorbé une partie de la dette privée. Accuser les spéculateurs, le marché qui n’existe que dans les mots est un peu facile. Face à l’indécision des gouvernements, face à leur incapacité à assainir leurs finances, les investisseurs veulent voir avant de jouer et non s’engager en pure perte.

La crainte du scénario à la japonaise (faible croissance, dépréciation des actifs) commence à s’emparer de l’Europe d’où la chute des cours de bourses. Or, la chute de la maison européenne a obligatoirement un impact sur l’économie mondiale. Les investisseurs sont désormais à la recherche de valeurs sûres qui sont rares. Le rendement des actifs ne peut que diminuer dans ces conditions.

Depuis sa création, l’Europe est à la dérive. L’échec du fait en particulier de la France du traité constitutionnel qu’elle voulait et qui était porté par Valéry Giscard d’Estaing a confirmé que le vieux continent s’enfermait dans un huis clos.

Le rejet du traité constitutionnel s’est organisé autour du thème du libéralisme. Le traité a été considéré comme le vecteur du libéralisme en vigueur dans les pays anglo-saxons. Cette lecture excessive traduit bien le fait que l’Europe récuse la notion de risque. Le principe de précaution est devenu un leitmotiv. Le blocage du ciel européen durant plusieurs jours au mois d’avril 2010 a démontré toute la force de ce principe et l’incapacité des Européens d’organiser en commun le rapatriement de leurs ressortissants.

Le risque récusé s’exprime par l’omniprésence de l’Etat providence qui par sa taille ne réussit même plus à atteindre ses objectifs.

Les Etats européens sont de mauvaises nounous, le preuve est donnée par le taux de pauvreté et le taux de chômage. Les Etats absorbent en moyenne plus de 45 % du PIB mais sont de plus en plus incapables de répondre aux besoins de leur population. De plus en plus de citoyens sont laissés au bord de la route, incapables de rentrer dans les mécanismes d’aides.

La faillite des Etats providences est de deux natures : leur incapacité résoudre les problèmes économiques et sociaux, leur incapacité à maîtriser leurs dépenses.

Plus grave, la tentation de pouvoir embrasser une partie croissante de la population dans un système généralisé de protection sociale a généré un refus du risque, de l’initiative individuelle… Il y a plus d’intérêts à jouer du système ou de jouer en dehors que jouer avec et pour le système.

La Grèce en est le parfait exemple. Avec une économie étatisée à plus de 40 % du PIB, la population est tout à la fois incitée à consommer sans modération des biens publics et à frauder pour échapper aux prélèvements obligatoires.

L’Europe s’est le refus de l’aventure économique ou humaine. Bien que nous soyons deux fois plus riches que dans les années soixante, nous sommes incapables de lancer de nouveaux programmes spatiaux ou de nouveaux concordes. Les aventuriers que nous connaissons mais qui sont détestés sont les financiers, les traders, les spéculateurs…

L’Europe a ravi à la Chine au XVIème siècle le leadership car les Etats, les villes, les hommes et les femmes se sont tournés vers l’extérieur. Ils ont accepté l’aventure, les découvertes, les remises en cause. De Christophe Colomb à Einstein en passant par Copernic et bien d’autres, l’Europe a été le berceau des découvertes. La Chine qui était alors la première puissance mondiale a refusé l’extérieur et s’est enfermé dans le déclin durant plusieurs siècles.

L’Europe, première puissance commerciale, première marché de consommation est entrée dans une phase de déclin confortable depuis plus de vingt ans. Elle n’a bénéficié que partiellement de la mondialisation et des NTIC. De phénomènes de rattrapages internes ont été enregistrés : l’Irlande, l’Espagne, certains pays d’Europe de l’Est. Il n’en demeure pas moins que l’écart avec les Etats-Unis s’est accru et qu’il ne peut que s’accroitre si un nouvel élan n’est pas donné avec à la clef de sévères remises en cause.

L’affaire grecque devrait amener les dirigeants et la population à admettre que le système d’Etat providence actuel est à bout de souffle et qu’il est contreproductif socialement et économiquement. Le démantèlement est nécessaire mais peut ne pas rimer avec appauvrissement. La question lancinante du logement, en France, montre que l’allocation des ressources est aujourd’hui inefficace et pernicieuse. Le logement social est vécu comme un droit à vie et non comme un phénomène de transition. Dès qu’il y a automaticité, il y a risque d’abus.

Il faut redonner l’envi du risque et le récompenser ce qui signifie non pas d’augmenter les impôts mais de les diminuer. Il faut redonner un nouvel élan à la construction européenne avec un projet mobilisateur. Les Etats européens devront dans les prochaines années ouvrir leurs frontières afin de retrouver une concurrence et dynamisme sur le marché du travail. L’immigration limitée à l’extrême telle qu’elle est pratiquée dans plusieurs pays dont la France (l’immigration officielle est de 70 000 par an) joue en défaveur de la croissance. Sauf à vouloir se transformer en musée et en zone de repos international, l’Europe se doit avoir un volant supplémentaire de population active. Il y a corrélation entre croissance économique et croissance de la population.

08

05 2010

Le bonneteau de l’enfer

La crise financière de 2007/2008 née du laxisme des banques centrales et des autorités de régulation s’est mue en gigantesque jeu de bonneteau. Les banques on transféré aux Etats une partie de leurs créances douteuses aux Etats qui ont, par ailleurs, lancé de vastes programmes de relance. La dette privée s’est transformé en dette publique sachant qu’un grand nombre d’Etats depuis plus de trente ans vivent à crédit.

Certains ont imaginé que le transfert de dettes suffirait à régler la crise et de relancer l’économie. C’était oublier que la crise est avant tout économique et qu’il faut à jour ou l’autre rembourser les emprunts même quand ils sont souscrits par des Etats souverains.

Certes, il n’y a rien de scandaleux de s’endetter si les recettes permettent de couvrir les remboursements ultérieurs. Or, les marchés doutent du futur de la croissance européenne qui plafonne au mieux à 2 %. En outre, du fait du vieillissement de la population, le passif social ne peut que s’accroître. D’un côté, la croissance est entravée par une population en déclin ; de l’autre la part des dépenses publiques ne peut que progresser.

La Grèce ne pouvait qu’attirer l’attention des investisseurs en cumulant absence de transparence, taux de fécondité faible, endettement élevé, part du secteur public élevé et problèmes sociaux…

La France dont le déficit public est supérieur à 8 % du PIB et dont la dette atteindra cette année les 80 % du PIB est jugée n’est pas attaquée non pas au nom de sa bonne gestion passée mais au nom du niveau élevé de l’épargne des ménages et de leur faible endettement. Des marges de manœuvre demeurent pour soit augmenter les impôts, soit pour placer des obligations du Trésor. En outre, jusqu’à maintenant, au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Les investisseurs en proie aux doutes et à la recherche de sécurité privilégient les Etats-Unis, la France et l’Allemagne.

Au moment où les gouvernements cherchent de nouvelles recettes fiscales, il convient de réfléchir au rôle de l’épargne. Las pays qui ont les plus fort taux de croissance sont ceux qui ont les taux d’épargne les plus élevés à l’exception des Etats-Unis. Le taux d’épargne chinois est de 40 %. Les Etats-Unis acquièrent l’épargne qui leur manque en vendant de la sécurité (financière et militaire) d’autant plus facilement qu’ils sont le plus grand marché de consommation. Le faible niveau de prélèvements, 29 % du PIB, constitue un attrait et une garantie pour les investisseurs qui considèrent que l’Etat fédéral peut à tout moment résoudre son problème de déficit. Le fait que sous Bill Clinton le poids de la dette a fortement reculé démontre la réversibilité de la situation américaine à la différence de ce qui prévaut en Europe.

L’horizon se couvre pour l’Europe. La contrainte financière imposera des plans de rigueur qui auront un impact d’autant plus élevé que les pays européens sont drogués à la dépense publique depuis des années. Le sevrage sera difficile mais peut être porteur d’une croissance plus saine. La croissance est entravée par la faiblesse de la concurrence, par une étatisation trop poussée des économies et par une mauvaise allocation des ressources qui fuient le risque comme la peste.

La locomotive allemande dont la population décroit depuis plus de 5 ans ne pourra pas satisfaire à tous les besoins de l’Europe. Elle exigera des gains de productivité ce qui suppose une maîtrise des coûts. Les salaires allemands ont progressé plus lentement que ceux des pays de l’Europe du Sud.

L’Europe qui depuis la chute du mur de Berlin tente de régler ses problèmes institutionnels est une coquille vide avec un Président qui a avoué qu’il ne voulait pas du poste.

Il n’y a plus de projet européen, il ne reste que des problèmes européens, une monnaie commune sans politique économique, une Europe dont le symbole est la politique agricole commune au temps de l’économie tertiaire, une Europe incapable de mettre en place des régimes sociaux communs aux Etats membres, une Europe qui a reculé face aux Etats nations qui s’en servent comme bouc émissaire. La génération de Jean Monnet est partie mais n’a pas été remplacée…

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05

05 2010

On perd toujours au bonneteau

La crise financière de 2007/2008 née du laxisme des banques centrales et des autorités de régulation s’est mue en gigantesque jeu de bonneteau. Les banques on transféré aux Etats une partie de leurs créances douteuses aux Etats qui ont, par ailleurs, lancé de vastes programmes de relance. La dette privée s’est transformé en dette publique sachant qu’un grand nombre d’Etats depuis plus de trente ans vivent à crédit.

Certains ont imaginé que le transfert de dettes suffirait à régler la crise et de relancer l’économie. C’était oublier que la crise est avant tout économique et qu’il faut à jour ou l’autre rembourser les emprunts même quand ils sont souscrits par des Etats souverains.

Certes, il n’y a rien de scandaleux à s’endetter si les recettes permettent de couvrir les remboursements ultérieurs. Or, les marchés doutent du futur de la croissance européenne qui plafonne au mieux à 2 %. En outre, du fait du vieillissement de la population, le passif social ne peut que s’accroître. D’un côté, la croissance est entravée par une population en déclin ; de l’autre la part des dépenses publiques ne peut que progresser.

La Grèce ne pouvait qu’attirer l’attention des investisseurs en cumulant absence de transparence, taux de fécondité faible, endettement élevé, part du secteur public élevé et problèmes sociaux…

La France dont le déficit public est supérieur à 8 % du PIB et dont la dette atteindra cette année les 80 % du PIB est jugée n’est pas attaquée non pas au nom de sa bonne gestion passée mais au nom du niveau élevé de l’épargne des ménages et de leur faible endettement. Des marges de manœuvre demeurent pour soit augmenter les impôts, soit pour placer des obligations du Trésor. En outre, jusqu’à maintenant, au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Les investisseurs en proie aux doutes et à la recherche de sécurité privilégient les Etats-Unis, la France et l’Allemagne.

Au moment où les gouvernements cherchent de nouvelles recettes fiscales, il convient de réfléchir au rôle de l’épargne. Las pays qui ont les plus fort taux de croissance sont ceux qui ont les taux d’épargne les plus élevés à l’exception des Etats-Unis. Le taux d’épargne chinois est de 40 %. Les Etats-Unis acquièrent l’épargne qui leur manque en vendant de la sécurité (financière et militaire) d’autant plus facilement qu’ils sont le plus grand marché de consommation. Le faible niveau de prélèvements, 29 % du PIB, constitue un attrait et une garantie pour les investisseurs qui considèrent que l’Etat fédéral peut à tout moment résoudre son problème de déficit. Le fait que sous Bill Clinton le poids de la dette a fortement reculé démontre la réversibilité de la situation américaine à la différence de ce qui prévaut en Europe.

L’horizon se couvre pour l’Europe. La contrainte financière imposera des plans de rigueur qui auront un impact d’autant plus élevé que les pays européens sont drogués à la dépense publique depuis des années. Le sevrage sera difficile mais peut être porteur d’une croissance plus saine. La croissance est entravée par la faiblesse de la concurrence, par une étatisation trop poussée des économies et par une mauvaise allocation des ressources qui fuient le risque comme la peste.

La locomotive allemande dont la population décroit depuis plus de 5 ans ne pourra pas satisfaire à tous les besoins de l’Europe. Elle exigera des gains de productivité ce qui suppose une maîtrise des coûts. Les salaires allemands ont progressé plus lentement que ceux des pays de l’Europe du Sud.

L’Europe qui depuis la chute du mur de Berlin tente de régler ses problèmes institutionnels est une coquille vide avec un Président qui a avoué qu’il ne voulait pas du poste.

Il n’y a plus de projet européen, il ne reste que des problèmes européens, une monnaie commune sans politique économique, une Europe dont le symbole est la politique agricole commune au temps de l’économie tertiaire, une Europe incapable de mettre en place des régimes sociaux communs aux Etats membres, une Europe qui a reculé face aux Etats nations qui s’en servent comme bouc émissaire. La génération de Jean Monnet est partie mais n’a pas été remplacée…

05

05 2010

Les âges de la retraite

En matière de retraite, de nombreuses confusions sont commises sur la notion d’âge.

Il y a au moins cinq âges qui recouvrent différentes situations juridiques, sociales et économiques.

Ainsi, il y a l’âge d’ouverture des droits qui est également appelé l’âge légal de départ à la retraite. Il correspond à l’âge à partir duquel il est possible de liquider ses droits à la retraite. Pour les salariés du privé, il est, en France, de 60 ans. Dans certains secteurs, il peut être à 50, 55 voire au-delà de 60 ans.

Deuxièmement, il y a l’âge de la retraite à taux plein, c’est l’âge d’obtention d’une pension complète sans décote. Cet âge est fixé à 65 ans en France.

Troisièmement, il y a l’âge de mise à la retraite d’office, c’est à dire l’âge à partir duquel l’employeur peut se séparer de son salarié au motif du départ à la retraite. Il a té repoussé depuis le 1er janvier 2009 de 65 à 70 ans en France pour les salariés de la CNAV.

Quatrièmement, il y a l’âge de cessation d’activité, c’est l’âge auquel le salarié cesse de travailler sans obligatoirement liquider ses droits à la retraite. Il peut être en situation de chômage, de préretraite. Cet âge est inférieur à 60 ans en France.

Cinquièmement, il y a l’âge de liquidation des droits, c’est à dire l’âge auquel la personne liquide sa pension.

28

04 2010

Endiguement ou effet domino

En 2010, il ne s’agit pas de lutter contre la tentation hégémonique de l’URSS mais d’éviter la contagion de la crise grecque à d’autres pays de la zone euro.

La Grèce qui représente environ 2 % du PIB de l’Union européenne et compte 11 millions d’habitants menace avec sa dette publique de 300 milliards d’euros la stabilité de la principale puissance économique et commercial mondial dont le PIB dépasse 18 000 milliards de dollars.

Or, aujourd’hui, il y a une nécessité d’endiguer la Grèce pour éviter un effet domino. L’Europe et surtout la zone euro traversent sa première grande crise.

Que la Grèce puisse avoir un déficit public excessif ne devrait surprendre personne car ce Etat, depuis son indépendance, n’a que très rarement enregistré des excédents budgétaires.

Que ce déficit soit supérieur à 10 % voire 12 % du PIB en 2009 quand il était annoncé à 8 % n’est pas non plus une surprise car les statistiques ont toujours été élastiques dans ce pays.

Il n’en demeure pas moins que la zone euro est sous tension du fait que la Grèce pour faire face à ses engagements doit emprunter à hauteur de 8 % soit plus de 5 points au-dessus du taux pratiqué pour les emprunts allemands à 10 ans. Or, avec une inflation de 2 ou 3 points, le taux réel pratiqué est de plus de 5 points, soit une prime de risque importante et difficilement supportable à moyen terme.

L’Allemagne a renâclé à venir en aide aux Grecques afin d’éviter le précédent. La population allemande qui a du supporter des efforts importants tant pour réaliser l’unification et pour améliorer la compétitivité de l’économie (baisse de salaire, augmentation de la TVA) ne veut pas payer pour les Grecques considérés comme peu vertueux. Les Allemands ne veulent pas devenir les pompiers des Etats laxistes.

Les Etats membres de l’Union ont décidé d’accorder une enveloppe de prêts pouvant aller jusqu’à 30 milliards d’euros au taux de 5 % en contrepartie de quoi la Grèce était invitée avec le concours du FMI de restaurer ses finances.

La Grèce se caractérise par le poids de son secteur public, environ 40 % du PIB et par le rôle du travail au noir.

Les services qui représentent plus de 70 % de la valeur ajoutée sont dominés en ce qui concerne le secteur privé par le tourisme.

Il y a de ce fait peu de relais de croissance d’autant plus que la population stagne du fait d’un des plus faibles taux de fécondité de l’Union , 1,29 ce qui rapproche ce pays de l’Allemagne.

La mise en œuvre du plan de rigueur devrait se traduire par une contraction du PIB de plus de 2 points cette année et de plus d’un point en 2011.

Après la Grèce, la zone euro compte-t-elle d’autres maillons faibles ?

Certains pensent à l’Espagne et au Portugal. L’Espagne souffre d’une hypertrophie du secteur du bâtiment et de la spéculation immobilière de ces dernières années. En revanche, sa dette et sa duration sont mieux maîtrisées qu’en Grèce. Le Portugal, du fait de sa taille réduite, constitue une menace relative tout comme l’Irlande.

Les Etats européens disposent d’une arme que les Etats d’Amérique latine n’avaient pas dans les années 80 et 80 pour assainir leurs finances, les impôts. La base taxable de l’Irlande, de l’Italie, de la France ou de l’Espagne est beaucoup plus large que celle qui prévalait en Argentine ou au Brésil à l’époque.

Néanmoins, les Etats de l’Union pensaient avoir deux ou trois ans de répit pour passer de la pire crise depuis 1929 à l’indispensable assainissement de leurs finances publiques. Ce délai de grâce a été supprimé avec comme conséquence une croissance en berne.

La zone euro risque d’être le parent pauvre de la reprise économique faute d’avoir pu mettre en place des politiques structurelles à l’échelle européenne.

L’Union opte pour un régime de basse pression économique avec comme danger une déstructuration progressive de son système de protection sociale.

A force de ne pas s’adapter, les pays européens préfèrent que les marchés et la Commission de Bruxelles décident à leur place.

L’effet domino ne devrait pas intervenir tout comme la sortie d’un Etat de la zone euro. Le prix à payer serait supérieur aux gains. Si la Grèce sortait, elle pourrait certes déprécier sa monnaie mais elle serait poussée à la banqueroute. Elle devrait rembourser en euros et les taux pour s’endetter dépasserait de loin les 8 % actuels. Si jouer sur la valeur de la monnaie est impossible et si la mobilité du travail est faible ce qui est le cas au sein de la zone euro, il faut instituer des mécanismes de correction. Il y a un devoir européen de doper la croissance grecque car à 5 ou à 8 % cet Etat ne pourra pas rembourser sauf à provoquer une révolution de la part d’un peuple au sang chaud qui ne supportera pas longtemps la rigueur.

21

04 2010

Philippe Crevel interviewé, le mardi 13 avril 2010, sur la réforme des retraites au 20 heures de France 2

Philippe Crevel, à la veille de la présentation du rapport du COR sur les retraites, a été interviewé dans le cadre du journal de 20 heures de France 2 sur le système de retraite dans la fonction publique.

pour regarder la vidéo, au sein de la rubrique archive de France 2

15

04 2010

Les cycles court terme en politique ou l’antienne des malheurs de l’exécutif en France

De septennat en quinquennat, la vie politique française depuis plus de trente ans est rythmée par des cycles en vertu desquels l’exécutif en vient toujours à abandonner ses promesses et ses idéaux afin de tenter de récupérer une opinion et des médias qui le rejettent.

Le pouvoir est dans notre pays, en soi, illégitime. L’opinion, la rue l’emportent toujours à un moment on un autre. Puis, au niveau des symboles, il convient de souligner que les lieux d’exercice du pouvoir, l’Elysée, Matignon, la Palais Bourbon n’ont pas été construits initialement pour la Présidence de la république, les services du Premier Ministre ou la Chambre des députés. Les révolutions ont eu raison des anciens lieux de pouvoirs transformés en musées ou détruits comme pour les Tuileries. La France n’en a toujours pas terminé avec le raccourcissement de Louis XVI, la fin du Second Empire ou l’humiliation de 1940 ainsi qu’avec les guerres coloniales.

Les élections confèrent à l’exécutif un sursis qui peut durer de quelques mois à deux ans mais rarement plus. C’est le mythe des cent jours, de la lune de miel… Durant cette période, il est pour utiliser une expression de franglais « médiamaker ». Il est générateur d’actualités. Il est créateur d’évènements positifs. C’est tout neuf et tout beau. Les journalistes relaient alors avec complaisance les faits et gestes des nouveaux puissants. Drogués par cette illusion de puissance, les responsables en viennent à commettre toute forme d’excès et à perdre le sens de la mesure. Notre tradition royaliste prend le dessus amenant la presse et l’opinion à se retourner. Et puis, il est toujours amusant de condamner ce que l’on a tellement aimé. Le pouvoir de « médiamaker » devient « mediataker ». Il est obligé de réagir, de se justifier par rapport aux allégations de la presse, des blogs… Il court derrière l’actualité. De pyromane, il est transformé en pompier impuissant. A peine, un incendie est éteint que plusieurs autres prennent aux quatre coins de la France. L’opposition et les syndicats n’ont qu’à jeter que quelques gouttes d’huile à jeter pour embraser de multiples foyers qui durant la première période n’auraient donné lieu qu’à quelques lignes au fonds d’une rubrique. Un responsable de FO avait un soir dans le bureau d’un ministre de la santé déclaré que la démocratie sociale, c’est-à-dire la force de la rue mue par des organisations qui ne représentent que quelques pour cents de la population active l’emporte toujours sur la démocratie politique. Ce coup de menton n’est pas sans fondement.

Face aux déchainements médiatiques, face à la baisse dans les sondages, les gouvernements en viennent à abandonner leur programme. En règle générale, ils essaient de colmater les brèches en décidant la pause dans les réformes et en obéissant aux diktats de la presse. Ils en arrivent à pratiquer une politique inverse à leurs engagements.

En 1981, François Mitterrand est élu sur la base d’un changement net d’orientation de la politique économique. Dès 1982 avec la défaite aux cantonales et surtout en 1983, après les résultats catastrophiques des municipales et la dégradation de la situation économique, l’exécutif décide la pause dans les réformes. La bataille de l’école privée, en 1984 aura raison de l’esprit du 10 mai 1981. La nomination de Laurent Fabius comme Premier Ministre et le départ des ministres communistes confirment la modification du cap ce qui n’empêchera pas la droite de gagner les élections législatives de 1986.

La première cohabitation de 1986-1988 n’échappera pas à la règle même si elle demeure comme une période durant laquelle un gouvernement oser mettre en œuvre une grande partie. Les manifestations étudiantes et la mort de Malik Oussekine ont néanmoins provoqué une césure ; il y a avant et après cette mort. Avant Jacques Chirac est dans la certitude de gagner l’élection présidentielle ; après il tente de ne pas mourir. Sa défaite a marqué l’histoire politique de ses vingt dernières années. Pour gagner l’élection suivante, le pouvoir se doit de na pas appliquer son programme et gérer au fil de l’eau. Telle a été la leçon qui a, à tort, été retenue de cette première cohabitation.

La période 1988-1993 est marquée par la lente déliquescence sur fonds d’affaires du pouvoir socialiste. Il n’en demeure pas moins qu’elle comprend deux partie, la première avec Michel Rocard, Premier Ministre populaire qui instaure la CSG et tente de réformer le pays en conservant les acquis libéraux du précédent gouvernement, la seconde avec les gouvernements d’Edith Cresson et de Pierre Bérégovoy impopulaires qui sont ballotés par les évènements.

La seconde cohabitation se veut différente de la première du fait que François Mitterrand ne se représente pas et qu’Edouard Balladur entend ne pas commettre les erreurs de son ancien mentor et désormais concurrent. Il veillera à appliquer avec un extrême pragmatisme le programme de 1993 ce qui n’empêchera de buter sur le Contrat d’Insertion professionnelle. Dès la fin de l’année de 1993 et surtout à partir du mois de mars 1994, la période de grâce est terminée. La descente aux enfers sera lente mais tracée jusqu’à la défaite en 1995.

L’élection de Jacques Chirac donnera lieu à la plus courte lune de miel. Dès la fin de l’année, le pouvoir doit abandonner son ardeur réformatrice et se contenter de gérer le quotidien. Les grandes manifestations de l’hiver 95 cumulées avec les affaires ainsi que les divisions au sein de la majorité incitent le pouvoir à anticiper les élections législatives en 1997, une année avant la fin de la législature. Le pari fut perdu du moins pour la conservation de Matignon mais se révéla judicieuse pour la réélection de Jacques Chirac.

Le quinquennat « matignoneste » de Lionel Jospin et de la gauche plurielle commença dans le bonheur avec le retour de la croissance et les 35 heures. Tout réussissait au nouveau Premier Ministre. Son équipe était appelée la « dream team » avec Dominique Strauss-Kahn, Elisabeth Guigou, Martine Aubry, Dominique Voynet… L’assassinat du Préfet Erignac, la difficile application des 35 heures rendues obligatoires dans le dos du patronat, les divisions à gauche fissurèrent l’édifice. Le balancier mis à gauche toute au début de la législature se déplaça à droite avec un Laurent Fabius devenu Ministre de l’Economie et qui se voulait être le Tony Blair français. L’impôt sur le revenu fut abaissé et les stocks options favorisées. Lionel Jospin ne franchit pas le premier tour offrant à Jacques Chirac, tout étonné, une élection à la soviétique.

Avec 82 % des voix, la légitimité aurait pu être forte et durable or elle ne résista pas à l’épreuve de la tradition. Jean-Pierre Raffarin, au début, avec son côté bon sens près de chez-vous » fut très populaire et entrepris de réformer le système de retraite. La canicule de 2003 et l’usure des bonnes formules génèrent un désamour au point où la droite perdit les élections régionales et cantonales de 2004 ainsi que l’élection européenne de 2005. Impopulaire, l’exécutif dut subir une défaite humiliante avec le référendum concernant le Traité constitutionnel européen voulu par la France et écrit sous l’autorité de Valéry Giscard d’Estaing. Dominique de Villepin a en quelques mois connu la même fatalité, l’envol dans les sondages, le côté tout est possible puis la douche froide avec l’échec du CIE et l’affaire clairstream.

2007 rererebelotte… Nicolas Sarkozy avait prouvé qu’il pouvait être mediamaker sur longue période en tant que ministre de l’intérieur. Il le fut durant toute la campagne électorale. Par son dynamisme, il continua au-delà des quelques incompréhensions provoquées par le yacht de Bolloré ou son escapade estivale aux Etats-Unis durant l’année 2007 à créer le mouvement et à maintenir le cap. La crise en lui conférant un rôle international renforça sa stature. La victoire relative de l’UMP à l’élection européenne de 2009 lui donna un sursis tout comme la popularité de son Premier Ministre. Il n’en demeure pas moins qu’au fil des mois, la presse a repris son droit à détruire, à créer l’actualité. D’offensif, le pouvoir est devenu défensif. Les Ministres courent de plus en plus derrière les incendies allumées pour certains par eux-mêmes, par leurs collègues. Toutes les décisions sont mauvaises. Il en fut ainsi avec le plan de vaccination comme il en est aujourd’hui avec les expropriations en Vendée et en Charente Maritime après les inondations liées à la tempête Xynthia. Il y a quelques semaines, toute la presse considérait qu’il fallait détruire les maisons ; aujourd’hui, c’est scandaleux de priver de leur maison des familles…

Englué dans l’histoire du bouclier fiscal, terrible mot pour un principe qui devrait faire l’objet d’un consensus (est-il normal que plus de la moitié de ses revenus soit affectée aux impôts), le pouvoir en vient à vouloir taxer les riches ce qui signifie en France taxer les cadres moyens et les cadres supérieurs, c’est-à-dire ceux qui sont déjà les plus imposés. A vouloir obéir à l’opinion publique, le pouvoir risque de se désagréger.

La remise en cause du bouclier fiscal pourrait intervenir dans le cadre de la réforme des retraites. Il est fort à parier qu’à deux ans de l’élection présidentielle, de peur de se mettre à dos la démocratie sociale, le pouvoir décide de modifier avec prudence les paramètres avec comme conséquences de mécontenter tout le monde. Augmentation des contributions, allongement de la durée de cotisation, étude pour l’avenir de la retraite par points et du report de l’âge légal de départ à la retraite… Rel pourrait être le programme de la négociation.

09

04 2010

Colloque sur l’épargne retraite et la dépendance : Argus de l’assurance 30 mars 2010

Philippe Crevel est intervenu à l’occasion du colloque organisé le 30 mars 2010 au Pavillon Dauphine par l’Argus de l’Assurance sur l’épargne retraite et la dépendance.

Accéder à la présentation de Philippe

Ci-dessous le plan

Pas de problème d’épargne :

Le taux d’épargne est à son plus haut : plus de 16 % du revenu disponible brut

L’assurance-vie a renoué avec une croissance à deux chiffres

Les produits ne manquent pas : articles 39/82/83/ Madelin/PERP/PERCO/Prefon/Corem

Les Français seraient-ils fâchés avec l’épargne retraite ?

Oui à croire les statistiques des produits de la loi de 2003 :

• 1,4 million de PERP encours 5 milliards d’euros + 23 % en un an
• 500 000 Perco ouverts : encours 3 milliards d’euro : + 63 % en un an

L’épargne retraite est-elle fiscalement pénalisée ?

Non, la France figure même dans le peloton de tête des pays pour els avantages fiscaux et sociaux dont bénéficient l’épargne retraite, en 4ème position derrière la République Tchèque, l’Allemagne et le Canada mais devant les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

Le problème est ailleurs

L’épargne retraite, une goutte d’eau en France par rapport à la répartition

L’épargne retraite n’a pas rencontré le succès car le taux de remplacement de la retraite par répartition est élevé et du fait de l’absence de régimes professionnels : 85 % des revenus des retraités sont issus de la répartition

Des produits d’épargne ont longtemps joué le rôle de substitut aux produits d’épargne retraite : l’assurance-vie, véritable couteau suisse. En vertu de quoi, les épargnants se réorienteraient vers des nouveaux venus.

Complexité et incohérence

La mauvaise monnaie chasse la bonne

Quand on assigne à un produit plusieurs objectifs, il n’en atteint aucun :

Perco tout à la fois produit d’épargne salariale et d’épargne retraite

Perp : produit populaire destiné à une clientèle à taux marginal élevé

La retraite par répartition est difficile à appréhender ce qui complique le marché de l’épargne retraite. Même avec les relevés de situation individuelle, la connaissance de son niveau de revenus à la retraite est délicate.

La retraite par capitalisation n’est pas non plus source de grande lisibilité :

Régimes fiscaux et sociaux qui diffèrent d’un produit à un autre : exemple les sorties en rente

Dans ce paysage tourmenté, il serait dangereux de vouloir le redessiner.

Il faut trouver de la cohérence :

L’idéal serait de pouvoir constituer un second et un troisième piliers

La réforme systémique si elle était engagée pourrait dégager une espace pour la création de véritables 2èmes piliers.

Pour les produits individuels, il y a la tentation de réinventer un second assurance-vie avec le risque de déshabiller Paul pour habiller Jacques.

Un produit retraite est un produit avec sortie en rente.

Pour avoir des sorties en capital, il y a d’autres produits et cela répond à d’autres objectifs.

Il y a évidemment des moyens d’améliorer le PERP

• Rendre la rente plus flexible et l’intégrer en prenant en compte le cycle de vie
• Aligner le taux technique garanti sur celui en vigueur pour les Contrats Madelin
• Accepter les rétrocessions tout en les affichant
• Intégrer de la prévoyance dans le PERP

Pour la dépendance, le PERP aura déjà du mal à financer les retraites. Pour la dépendance, les sommes sont telles qu’il ne faut leurrer l’épargnant.

06

04 2010

Les curseurs du Rendez-vous 2010

Depuis vingt ans, la question de l’avenir de nos retraites est au cœur du débat public. De la parution du Livre Blanc de Michel Rocard en 1991 au Rendez-vous de 2010, la France tente de relever le double défi de l’allongement de la durée de la vie et du papy-boom.

Le système de retraite de plain-pied dans le triangle de tous les dangers :

La montée des périls s’accroit au fil des jours. La vérité c’est que nous avons, pour les déficits des régimes de retraite, dix ans d’avance sur les prévisions les plus sombres. En effet, nous sommes entrés dans le vif du problème avec le départ des premières générations nombreuses d’après guerre. L’année dernière, plus de 700 000 actifs ont pris leur retraite.

Ce système qui repose sur la solidarité intergénérationnelle est également en péril du fait d’évolutions démographiques structurelles et conjoncturelles..

L’objectif n’est pas de remettre en cause la retraite par répartition mais bien de la préserver et de la conforter. Notre système de retraite est au cœur de notre contrat social tel qu’il avait été défini, en 1944, par le Général de Gaulle.

Nous ne pouvons pas ignorer que le déficit du régime de base de la Sécurité sociale dépassera, cette année, 10 milliards d’euros et que les régimes complémentaires comme l’Agirc et l’Arrco puisent déjà dans leurs réserves au point qu’elles auront totalement disparues dans trois ans. Du fait de l’évolution de la démographique, nous sommes passés de 4 cotisants pour un retraité au début des années soixante dix à aujourd’hui, 1,5 ; d’ici 20 ans, ce rapport sera de 1,3 et de 1,2 en 2050. Les gains d’espérance de vie, un trimestre par qui ont conduit au doublement de la durée de la retraite en un demi-siècle ont obligatoirement des incidences sur l’équilibre de nos régimes…
La crise économique actuelle n’a fait qu’accélérer le processus en empêchant le basculement des cotisations chômage sur les cotisations retraite provoquant un manque à gagner de 6 milliards d’euros et réduisant également le montant des cotisations perçues du fait de la stagnation de la masse salariale.

L’art des possibles

Depuis 1993, année d’ouverture du chantier de la retraite, les gouvernements et les partenaires sociaux ont touché à plusieurs curseurs. La choix de la réforme au fil de l’eau s’est imposée en France comme ailleurs car les régimes de retraite sont des tankers qui ne se manipulent qu’avec douceur faute de quoi ils peuvent s’échouer en provoquant d’importantes marées noires.

En 2010, quels sont les curseurs disponibles et comment les actionner ? Convient-il de prendre davantage aux actifs ? Faut-il explicitement ou implicitement réduire le pouvoir d’achat des futurs retraités ? Faut-il accroître le coût du travail en augmentant les cotisations ?

L’allongement de la durée de cotisation La durée de cotisation a été portée de 37,5 à 40 ans puis à 41 ans. Elle pourrait conformément à l’esprit de la loi Fillon qui prévoit de maintenir constant le rapport entre la durée de cotisation et l’espérance de vie durant la retraite être portée à 41,5 ans en 2020 voire à 43,5 en 2050. Aller au-delà semble bien difficile !

Reculer les âges légaux, une délicate évidence A la différence de certains de nos partenaires, la France n’a pas touché à l’âge légal de départ à la retraite transformé à tort ou à raison en graal. Avec l’allongement de la durée de cotisation que ce soit pour l’âge légal de 60 ans ou pour celui de la retraite à taux plein à 65 ans, une évolution est inévitable sous réserve de laisser le temps aplanir les tensions.

La retraite par points, l’objectif du prochain rendez-vous des retraites d’après 2012
Aujourd’hui, les pensions sont calculées sur la base des 25 meilleures années pour les salariés du privé et des 6 derniers mois pour les fonctionnaires, faut-il aller au-delà en retenant l’ensemble de la carrière ? Une telle évolution ne pourrait être réalisée qu’à travers une réforme globale du système et l’instauration d’un régime général unifié par points et en comptes notionnels. Cette transformation aurait l’avantage d’offrir à notre système de retraite une cure de jeunesse et de la simplicité. Cette mutation souhaitée par de nombreux experts ainsi que par la CFDT exige un fort consensus social et au préalable un large débat public qui pourrait intervenir à l’occasion, par exemple, de la prochaine élection présidentielle.

La nécessaire mais non exclusive augmentation des ressources Il faut oser l’avouer, nous ne pourrons pas nous passer d’une augmentation des recettes du fait de l’ampleur des dépenses à financer. Le maintien de la compétitivité de nos entreprises et du pouvoir d’achat des Français, moteurs de la croissance, limite néanmoins les marges de manœuvre en la matière. Un arbitrage entre cotisations et CSG devra être négocié.

Oser la réforme

Les réformes menées depuis 1993, avec notamment l’application de la simple indexation sur les prix, aboutissent à une baisse du taux de remplacement, c’est-à-dire le rapport entre la pension versée et le dernier salaire reçue. Cette baisse dans les vingt prochaines années est évaluée entre 10 points pour les non-cadres et 20 points pour les cadres.
Si le recours aux curseurs permettra d’atténuer une partie la dérive des déficits, il n’assure pas le maintien du taux de remplacement.

Assurer l’avenir des retraites par le collectif et l’individuel

Pour maintenir la solidarité et solidifier le pacte social, il faut garantir un taux minimal de remplacement. Celui-ci doit être essentiellement atteint par la répartition mais aussi par des régimes assurantiels. Jusqu’à maintenant, Il faut avouer qu’en la matière, nous avons pratiqué l’expérimentation avec peu de succès en multipliant les dispositifs. Le plan d’épargne retraite populaire est tout sauf populaire et le Perco est tout à la fois un produit d’épargne salariale et de retraite or quand on fixe à un dispositif deux objectifs, il n’en atteint aucun.

Impliquer davantage les entreprises
Les prochaines années seront marquées par la poursuite du processus d’unification des caisses de retraite. Aux 120 régimes de base et 600 régimes complémentaires de 1990, ne devraient rester que quelques grandes caisses ayant la charge de gérer l’ensemble de la répartition. De ce fait, les partenaires sociaux disposent d’un nouvel espace pour créer de véritables régimes professionnels offrant des suppléments de retraite à l’échelle des entreprises ou des branches avec affiliation automatique ou obligatoire des salariés comme cela se pratique en Suède, en Allemagne ou en Italie.

De l’assurance-vie à l’assurance retraite Cet étage collectif demandé par les salariés devra être complété par un étage individuel ouvert à tous. Aujourd’hui, à défaut de trouver un bon produit retraite, les Français se sont rabattus sur l’assurance-vie, le véritable produit d’épargne populaire en France, 12 millions de contrats et 1300 milliards d’euros d’encours. A côté des assurances dommages (voiture, habitation), prévoyance (complémentaire santé) et vie (succession), il est temps de couvrir le champ de la retraite. C’est pourquoi il serait judicieux de partir de l’assurance-vie, le couteau suisse de l’épargne française. A cette fin, il suffirait de lui adjoindre une lame supplémentaire en créant un volet retraite. Les Français disposeraient ainsi d’une poche spécifique dans leurs contrats d’assurance-vie ouvrant droit à une rente au moment du départ à la retraite. La rente pourrait être défiscalisée, seules les contributions sociales étant appliquées. L’assuré, pour alimenter cette poche retraite, pourrait, soit le faire directement, ou à partir d’autres placements en franchise d’impôt jusqu’à l’âge, par exemple, de 55 ans. Afin de favoriser le financement de nos entreprises, il conviendrait d’éviter que ce type de placement soit soumis à des contraintes réglementaires byzantines que l’Europe entend imposer, avec Solvency II, au secteur de l’assurance tandis que les fonds de pension anglo-saxons ont négocié pour y échapper.

Les gouvernements et les partenaires sociaux devront être des artistes du possible afin de sauver la répartition mais ce pragmatisme nécessaire ne doit pas les empêcher de créer de nouveaux espaces de négociation et d’étendre des systèmes d’assurance qui donnent pleine satisfaction aux Français. Entre l’art du possible et la réforme, une route peut être tracée pour plusieurs décennies.

06

04 2010

La jalousie, le bouclier, taxe carbone et son voisin

Hier les 200 cents familles, aujourd’hui les 20 000 bénéficiaires du bouclier fiscal. Le débat politique aime résumer la richesse ou la pseudo richesse à quelques chiffres qui sonnent bien dans les oreilles des Français.

Créé lors du précédent quinquennat par le Gouvernement de Dominique de Villepin et sous la houlette du Ministre du budget de l’époque, Jean-François Copé, le bouclier fiscal vise à plafonner le montant des impôts acquittés par un contribuable par rapport à ses revenus.

Sont pris en compte dans les impôts, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur la fortune, la taxe d’habitation, la CSG et la CRDS. Le plafond maximal d’imposition fixé à 60 % des revenus a été descendu à 50 % au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

La polémique sur le bouclier fiscal est intimement lié au rapport que les Français ont vis-à-vis de la réussite et de l’argent.

La réussite personnelle est admise pour les sportifs et pour les artistes qui bien souvent préfèrent s’expatrier pour échapper au fisc. En revanche, la réussite des chefs d’entreprise est une injustice comme celle de son voisin.

Au lieu de se focaliser sur le montant des remboursements, il faudrait analyser le montant des impôts payés par les contribuables concernés par le bouclier fiscal. En outre, ce fameux bouclier ne prend pas en compte les impôts indirects comme la TVA. Les riches ou supposés riches sont aussi consommateurs. Et puis, il n’est pas inutile de revenir à l’origine de ce bouclier institué pour éviter que des contribuables propriétaires de terrains dans des zones soumises à une importante spéculation foncière soient contraints de vendre à défaut de pouvoir payer l’ISF.

En Allemagne, il est admis que les impôts ne puissent pas dépasser 50 % des revenus et c’est à ce titre que l’impôt sur le patrimoine a été supprimé par la Cour constitutionnel de Karlsruhe.

En France, il a été écrit qu’à partir de 4000 euros par mois, un actif entre dans la dangereuse catégorie des nantis. Évidemment, les patrons osant toucher plus de 100 000 euros sont des malfaiteurs voire des psychopathes à raccourcir de suite.

Les opposants au bouclier fiscal soulignent qu’il coûte cher, environ 500 millions d’euros et qu’il n’a fait revenir aucun expatrié. Ces derniers auraient bien tort compte tenu de l’absence de consensus et de l’instabilité chronique de la loi fiscale. Comment créer de la confiance quand une fois la disposition votée, elle est déjà remise en cause ?

Les Français ne supportent les impôts qu’à condition que ce soit son voisin qui les acquitte. Ainsi, la taxe carbone jugée positive dans le principe a été rejetée car susceptible d’entamer le pouvoir d’achat même si l’Etat s’était engagé à la rembourser. Sa suppression a permis d’éviter le montage d’une splendide usine à gaz, spécialité fiscale française difficilement exportable. La notion d’impôt proportionnel est en France mal comprise. Il est pourtant simple d’admettre qu’un contribuable gagnant 1000 paiera 400 d’impôt quand celui gagnant 100 en paiera 40 avec le même taux de 40 %. Gagnant 10 fois plus, il paie 10 fois plus d’impôt. Pour favoriser la création de richesse et l’innovation mais aussi pour lutter contre la fraude fiscale, un système simple d’imposition est toujours plus efficace qu’un système truffé de niches, d’exonérations et d’abattements…

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03 2010

Désindustrilisation et désindustrialisation

Il y a désindustrialisation et désindustrialisation

La crise économique a accéléré le processus de désindustrialisation que la France et tous les vieux pays industrialisés connaissent depuis de nombreuses années. Ce processus revêt deux formes : des délocalisations et des externalisations.

Les délocalisations sont régies par deux règles : la recherche de couts de production plus faibles et la nécessité de produire dans les futures grandes zones de consommation. La contrainte du coût de production est d’autant plus élevé que les produits concernés ne sont pas positionnés en haut de gamme. Le prix est ainsi déterminant sur les voitures d’entrée de gamme et de gammes moyennes. Depuis des décennies, il est appris que les produits allemands sont « price maker » quand les produits sont « price taker ». Les firmes françaises sauf dans le domaine du luxe ne dictent pas leurs prix à leurs acheteurs. La qualité des produits allemands, leur réputation et aussi un savoir faire indéniable dans la commercialisation permet à l’Allemagne de dégager des excédents commerciaux année après année. Même si ces dernières années, les coûts salariaux ont été maîtrisés, ils sont comparables à ceux de la France. Le positionnement des produits et la structure de l’économie expliquent le décalage entre les deux pays. Certes, avec une population en diminution, le PIB par habitant croît plus facilement et les gains de productivité impactent moins l’emploi.

Les délocalisations ne sont pas en soi condamnables si elles n’entrainent pas le départ des centres de recherche, des directions de pilotage, de stratégie, de marketing des entreprises. Dans un pays où le niveau de formation des jeunes augmente fortement, il est logique que les emplois suivent cette évolution. La tertiairisation des emplois dans l’industrie témoigne de l’élévation des compétences : plus de recherche, plus d’innovation, plus de services. Ce qui doit rester en France ce n’est pas obligatoirement les usines mais bien les centres névralgiques des sociétés, les sièges sociaux, les directions financières, les directions du marketing, les directions en charge de la conception du marketing, la communication, les relations publiques… Les entreprises fonctionnent selon le principe des réseaux, réseaux de compétences et de production. Les délocalisations posent le problème des sous-traitants qui n’ont comme solution soit de suivre, si c’est possible, leur entreprise nourricière, de fermer ou de se repositionner, ce qui n’est pas loin de là toujours évident. L’Allemagne a réussi à limiter la désindustrialisation en jouant sur la qualité et l’innovation. La légendaire force du réseau de PME assises sur des familles et sur des banques explique la résistance des sous-traitants en Allemagne.

La désindustrialisation est souvent perçue que sous l’angle des délocalisations. Or, au nom du fonctionnement en réseaux et de la spécialisation des entreprises sur leur cœur de métier, elles externalisent de nombreux services. Il en a résulté une forte baisse de l’emploi industriel. Ce phénomène est d’autant plus remarqué que l’industrie doit de plus en plus intégrée de plus en plus de services pour vendre : crédit à la consommation, assistance, information… Or, pour assurer ces fonctions de service, les industriels ont fait appel à des entreprises spécialisées : banques, assureurs, sociétés de leasing… De plus, les emplois de service sont de plus en plus externalisés. Autrefois, étaient concernés les emplois liés, par exemple, au ménage, à la restauration mais désormais toutes les fonctions de service sont concernés : marketing, communication, gestion, distribution… Si trois quarts des emplois sont liés au tertiaire, cela ne signifie pas que l’industrie ne demeure pas au centre et qu’elle n’est pas le cœur des réseaux. Il est vain de croire que la France se recouvrira d’usines dans les prochaines années. Les ateliers de production demeureront dans les pays à faibles coûts de main d’œuvre. A supposer qu’ils reviennent en France, il n’est pas certain que ce soit une bonne nouvelle concernant notre capacité à rester en tête de peloton des puissances économiques…

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03 2010

Engagement public, la Grèce, le Japon, l’Italie, la France et les autres

La Grèce a payé très chère ses omissions en matière de comptabilité publique et le mauvais étalement dans le temps de sa dette (la maturité de sa dette). Les marchés où plutôt les acteurs des marchés financiers ont également reproché l’absence de volonté publique pour assainir les finances publiques. Mais, la Grèce n’est qu’un épiphénomène compte tenu du faible poids de sa dette dans le volume total de la dette de l’OCDE ou de l’Union européenne. Par ailleurs, la Grèce est derrière le Japon, l’Italie ou l’Islande en matière d’engagements publics. Elle est juste devant la Belgique, la Hongrie, la France et les Etats-Unis. L’importance du déficit structurel explique le mouvement de mauvaise humeur des marchés. le problème est que tous les Etats sont confrontés à l’augmentation possible de leur déficit structurel avec l’augmentation prévisible des dépenses de santé et de retraite. selon les études du CBO, l’évolution de ces dépenses pourraient empêcher tout assainissement budgétaire aux Etats-Unis d’ici 2050. Les dépenses fédérales au titre de Medicare et de Medicaid passeraient de 5,3 à 12,2 % du PIB d’ici 2050. Les dépenses liées à la retraite publique passeraient de 4,8 à 5,7 % du PIB. Les dépenses sociales pourraient représenter 46 % des dépenses fédérales en 2050 contre 20 % en 2010. A défaut de retournement de tendance, le déficit de l’Etat fédéral serait en 2050 de plus de 8 % du PIB.

La dérive des comptes publics peut se traduire par un retour de l’inflation, une remontée des taux d’intérêt (une hausse de 1 pt imputable à l’augmentation de la dette publique de plus de 36 % est possible), une moindre croissance avec à la clef une augmentation des prélèvements ainsi qu’une dépréciation de la monnaie.

Jusqu’à présent les grands Etats ont réussi à placer facilement leurs titres du fait que les investisseurs sont à la recherche de sécurité. Les Etats-Unis qui restent la première puissance économique bénéficient toujours d’un engouement. Les autorités fédérales ont du réduire la maturité moyenne de la dette avec comme conséquence une augmentation prévisible des taux courts. Actuellement, elles empruntent à faibles coûts du fait de la politique des taux courts pratiqués par les banques centrales.

la France a fait un choix inverse en optant pour des placements longs jusqu’à 50 ans.

Il n’en demeure pas moins que l’Europe demeure vulnérable du fait de la faible coordination des politiques économiques de ses Etats membres et de l’apparition sur le devant de la scène de divisions comme en témoignent les derniers échanges franco-allemands.

Le fort endettement des Etats européens et le niveau excessif de leurs déficits structurels démontrent que les critères de Maastricht n’ont pas été suffisamment sévères. Autoriser en période de croissance de maintenir des déficits autour de 3 % du PIB (tout en sachant que les chiffres étaient faussés de un à 2 points) a placé l’Union européenne en position de faiblesse. le désendettement n’a été effectif que dans un nombre réduit de pays et de manière insuffisante. La France, l’Italie, la Belgique, la Grèce sont les mauvais élèves de la classe depuis 20 ans.

Si dans les années 80 et 90, l’Europe avec Jacques Delors et des responsables politiques nationaux pro-européens avait réussi à imposer tout à la fois le marché unique et l’euro avec à la clef la mise en oeuvre de réformes de structures importantes, la situation est totalement différente aujourd’hui. La Commission est faible et l’Europe est devenue un bouc-émissaire.

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03 2010

La lettre d’Agir Pour Ma Retraite N°2 : mars 2010


Edito de la première page de la lettre d’information Agir Pour Ma Retraite N°2 : Mars 2010

Selon une étude de l’OCDE réalisée parmi 16 pays membres, les pensions, du fait des réformes engagées ces vingt dernières années, diminueront en moyenne de 22 % pour les hommes et de 25 % pour les femmes. La France est un des pays où la baisse est la plus marquée. Les modifications de la base de calcul, et des règles d’indexation ainsi que le passage à 25 ans expliquent, en grande partie, la diminution des pensions qui seront, dans le futur, fournies.
Toute réforme des retraites pose le problème de la répartition de la charge entre actifs et inactifs que ce soit dans les systèmes par répartition ou par capitalisation. Elle pose également la question de la place accordée au secteur public et au secteur privé. En France, 85 % de la rémunération des retraités est assurée par le secteur public. Ce taux est très largement au-dessus de la moyenne de l’OCDE ou de l’Union européenne. La tendance est au rééquilibrage en faveur des systèmes privés. Les actifs sont appelés dans tous les pays à travailler plus longtemps et à prendre en charge, sous forme d’épargne, directement ou indirectement, une part croissante de leur future retraite. Nos partenaires développent des systèmes privés à adhésion obligatoire ou facultative avec la possibilité d’affiliation automatique.
Pour atteindre le taux de remplacement moyen de l’OCDE qui est de 59 % du dernier salaire individuel, il faudrait accroître l’effort d’épargne, en France, de quatre points du salaire. Le report de l’âge légal de départ à la retraite et celui de la retraite à taux plein aboutiraient à réduire ce déficit d’épargne. Cette tendance au sein de l’OCDE bute en France sur le fait que la retraite ne repose que sur un pilier constitué du régime de base et des régimes complémentaires, obligatoire et reposant sur la répartition. Le second pilier qui chez nos partenaires repose sur des régimes professionnels n’existe que marginalement, en France, et enfin le troisième pilier celui de l’épargne individuelle demeure évanescent malgré la création en 2003 du PERP. Le passage à un système de retraite par points et en comptes notionnels ne résoudrait en rien la problématique du financement des retraites. En revanche, en conduisant à une fusion de l’Agirc et de l’Arrco avec le régime général, il ouvrirait un espace pour la création d’un véritable second pilier. Sur ce point, la polémique sur les « retraites chapeau » n’aurait pas du aboutir à leur diabolisation mais à leur généralisation en reprenant le concept qui avait prévalu en 1947 avec l’instauration des complémentaires rendues obligatoires pour tous les salariés en 1972.

Lire la suite de la lettre

04

03 2010

Lettre du Cercle n° 44 – Mars 2010

Au sommaire de la lettre d’information du Cercle des Epargnants du mois de mars 2010, la numéro 44 :

- Ne pas confondre assurance-vie et dette publique

- Les frais de gestion en France et chez nos partenaires

- Les résultats du PERP et du Madelin

- Pourquoi le Livret A fait une bonne année 2009 ou presque…

- Les Français, les fourmis de l’OCDE

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03 2010

L’Europe sous pression

L’euro comme la livre sterling baissent. L’euro est ainsi tombé à son plus bas niveau par rapport au dollar depuis le 18 mai 2009 à 1,34 et la livre sterling est passée sous la barre des 1,5 dollar pour s’établir lundi 1er mars, à 1,4973 dollar, son plus bas niveau depuis avril 2009. Depuis le début de l’année, la dépréciation de la livre atteint plus de 7 % et celle de l’euro 10 %. Il était, il y a encore peu de temps, de bon ton de faire reposer une partie de nos problèmes sur l’euro dont l’appréciation pénalisait notre économie. Certes, cette appréciation ne gênait aucunement l’Allemagne qui accumule les excédents commerciaux et concernait dans les faits peu de secteurs en France. En effet, notre pays réalise une grande partie de son commerce extérieur au sein de la zone euro. En outre, la réévaluation de l’euro diminuait le coût des matières premières et de l’énergie.

Aujourd’hui, l’Europe et la France sont rappelées à leurs tristes réalités. L’accès de faiblesse de l’euro et de la livre témoigne des doutes qu’inspirent les politiques économique set budgétaires mises en œuvre sur le vieux continent.

La crise européenne débute par un manque de transparence dans les finances publiques grecques. Tous les Etats, surtout avec l’obligation de respecter les fameux critères de Maastricht, ont comme les entreprises, multiplié les jeux d’écriture pour présenter des bilans plus présentables.

Elle prospère du fait des doutes que les investisseurs portent sur la capacité des Européens à assainir leurs comptes. Les difficultés du Royaume-Uni, lié à l’importance de son déficit public, sa dépendance à la sphère financière et aux hésitations de son gouvernement en pleine campagne électorale démontrent que la vieille Europe n’inspire pas confiance. Le refus des Islandais de rembourser les dettes contractées auprès des épargnants anglais ou hollandais soulignent que l’opinion publique est peu favorable à subir une cure d’austérité.

La crise européenne prospère aussi sur le manque de solidarité entre les Etats, pour le moment justifié par le peu d’empressement des Allemands à venir en aide aux Grecs. L’Allemagne, le pays le plus vertueux, n’a guère envie de se transformer en pompier des pays dépensiers. Elle se fait tirer l’oreille pour bien souligner qu’il est hors de question qu’elle ouvre à tout à chacun des lignes de financement. La crise monétaire frappe tout à la fois un pays de la zone euro et un pays qui a refusé d’y entrer, un pays de taille modeste et une ex grande puissance. Elle traduit l’incapacité de l’Union d’être un acteur économique de premier plan. Les égoïsmes et l’absence de vision stratégique ont eu raison des beaux plans des pères fondateurs de l’Europe et de ceux de Valéry Giscard d’Estaing

La crise est aussi le révélateur d’un processus de déclin plus large. L’Europe, depuis deux décennies, connaît des résultats économiques inférieurs à celles des autres grandes zones. Les investisseurs préfèrent investir aux Etats-Unis qui concilient sécurité et un rendement certes inférieur à la Chine (qui ne possède pas le même niveau de sécurité) mais supérieur à celui qui existe en Europe.

02

03 2010

CARTOGRAPHIE DE L’EMPLOI EN FRANCE

CARTOGRAPHIE DE L’EMPLOI EN FRANCE
POIDS DE L’HISTOIRE ET DES SPECIFICITES ECONOMIQUES DES DIFFERENTES REGIONS

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Note réalisée à partir des données INSEE sur l’emploi et sur la démographie (série 2009)

L’INSEE, dans une étude publiée au mois de février 2010, a, à partir des résultats du dernier recensement de la population, établit une cartographie de l’emploi en France.

Cette étude comporte peu de surprises dans le sens où elle confirme des idées bien ancrées. Elle sous-estime les évolutions en cours et les conséquences à venir du vieillissement de la population. La France est, aujourd’hui, tout à la fois un pays urbain, plus de 75 % de la population vit en ville, et tertiarisé, également trois actifs sur quatre travaillent dans le secteur tertiaire ou dans des fonctions logistiques au sein de grands groupes industrielles.

La décomposition de la France par l’INSEE

Pour l’INSEE, cinq principaux groupes de régions peuvent être distingués.

La France tertiaire du grand Sud Est (Midi Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Paca, Rhône-Alpes). Dans cette zone, l’emploi est plutôt qualifié et féminisé. Le travail à temps partiel y est fortement représenté.

La France industrielle du Nord et de l’Est (Nord Pas de Calais, Lorraine, Alsace) qui est assez jeune, diplômée

La France agricole de l’Ouest et du Sud Ouest (Basse Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine, Limousin et Auvergne) avec un emploi moins jeune et moins qualifié.

L’Ile de France est tertiarisée et féminisée avec une proportion élevée de diplômés et de jeunes. Cette région absorbe les régions avoisinantes (Centre, Haute Normandie, Champagne Ardennes, Picardie…).

La Corse se caractérise par une forte tertiarisation, un emploi moins féminin et un nombre moins élevé de diplômés. L’INSEE considère que la Corse est dans une situation intermédiaire entre le continent et les DOM sur les points de la situation en matière d’emplois.

La France métropolitaine compte 25,6 millions d’actifs dont 46,6 % sont des femmes. Le taux varie de 43 en Corse, le plus faible à 48,4 % (le plus élevé) en Ile de France. Ces taux peuvent être soumis à discussion du fait que dans les TPE, dans les commerces, l’emploi du conjoint n’est pas obligatoirement comptabilisé.

Les jeunes représentent entre 19 et 23 % des actifs selon les régions.

L’emploi tertiaire

Les régions à forte dominante tertiaire sont : l’Ile de France, Paca et la Corse. L’emploi tertiaire représente en Corse 80 % de l’emploi total pour une moyenne de 75 % en France.

L’Ile de France en concentrant les sièges sociaux rassemblent une large de l’emploi dit qualifié. 50 % des emplois en Ile de France sont des emplois de cadre ou des emplois qualifiés contre 40 % en moyenne et un tiers en Corse.

Les emplois tertiaires en Paca et en Corse sont de deux natures : fonction publique et services liés au tourisme.

En Auvergne, en Bourgogne, en Basse Normandie, l’emploi tertiaire est inférieur à 70 %. Et l’emploi des cadres est de 33 %.

Les diplômés se concentrent dans les régions d’Ile de France, de Paca, de Rhône-Alpes et du Languedoc Roussillon.

Les régions à faible niveau de formation avec un coefficient rural plus élevé sont : la Bourgogne, la Champagne Ardenne, la Basse Normandie, les Poitou-Charentes. La Bourgogne comme la Basse Normandie est confrontée à un rapide processus de désindustrialisation. La proximité de Lyon et de Paris a transformé la Bourgogne en zone de passage et non plus en zone de création.

L’Emploi salarié

L’emploi salarié est l’apanage des régions industrielles ou des régions à forte activité tertiaire capitalistique (Ile de France, Nord-Pas de Calais, Lorraine, Alsace, Haute Normandie) Dans ces régions, l’emploi salarié représente 90 % du total contre moins de 85 % en Corse, en Auvergne, dans le Limousin, en Midi Pyrénées ou dans le Languedoc Roussillon.

Emploi à temps partiel

La Corse et l’Ile de France sont les régions qui recourent le moins au temps partiel, 15 % de l’emploi contre 18 % en moyenne. La Corse a bénéficié d’un taux de croissance supérieur à la moyenne durant les années 2000 ; par ailleurs la structure d’emplois (fonction publique et TPE) explique ce moindre recours.

Il en est de même pour les CDD qui représentent moins de 14 % de l’emploi en Ile de France, Alsace et Corse contre près de 20 % dans les Pays de la Loire.

Point particulier sur la Corse

La Corse se distingue des autres régions par le faible poids du salariat et par le faible recours au temps partiel ou aux CDD. En revanche, le nombre d’emplois d’encadrement et qualifiés y est plus faible que la moyenne européenne. A la différence de PACA et du Languedoc Roussillon, la proportion de jeunes diplômées y est plus faible.

Le poids de la fonction publique et de l’industrie du BTP structure fortement l’économie de la Corse tout comme l’activité touristique durant la période estivale.

Sur ces dernières années, le poids du BTP s’est accru avec le développement du tourisme et le PEI. La composition de l’emploi ne s’est que marginalement modifié malgré l’augmentation rapide de la population du fait du poids de la population âgée et de la forte dominante de la fonction publique.

La structure économique évolue avec l’apparition de nombreuses TPE spécialisées soit dans l’agroalimentaire ou le BTP. La structuration de l’emploi dans les prochaines années est liée à la capacité des entreprises corses de maintenir et d’attirer les diplômés et de leur offrir des emplois en phase avec leurs qualifications.

18

02 2010

Les maux et les mots de la réforme des retraites : fev 2010

Le défi des retraites ne se limite pas à la question du financement des régimes d’assurance-vieillesse. Il s’inscrit dans un processus démographique sans précédent qui prend trois aspects :

• L’augmentation par allongement de la durée de vie du nombre des personnes de plus de 60 ans ;
• La stabilisation puis le déclin de la population active ;
• La stabilisation et le déclin de la population totale.

Ce processus concerne, en premier lieu, les pays occidentaux mais aussi les pays émergents voire les pays en développement. Entre aujourd’hui et 2050, tous les Etats ou presque devront résoudre les problèmes que génère cette mutation démographique : financement des retraites, financement de la dépendance et de l’assurance maladie, gestion de l’emploi des seniors…

A l’exception des périodes de guerre et de grandes épidémies, jamais le monde n’a été confronté à un tel défi qui est de nature structurelle et qui comprend tout à la fois des aspects économiques, financiers et sociaux. Les guerres, la peste, le choléra étaient des accidents conjoncturels.

L’instauration de la couverture vieillesse accompagne le développement économique des Etats. Le passage de la société agricole à la société industrielle avec à la clef l’urbanisation a conduit les pouvoirs publics à instituer des dispositifs d’assurance vieillesse. L’assurance vieillesse devient une réalité selon les pays à partir de la première révolution industrielle autour des années 1870 pour se généraliser après la seconde guerre mondiale. Les pays à fort consensus et ayant connu un développement industriel rapide ont été les premiers à mettre en œuvre de larges couvertures vieillesse. La France, plus rurale, moins industrialisée et moins consensuelle, a longtemps tergiversé avant de créer un régime de retraite par répartition obligatoire avec la publication des ordonnances de 1944.

L’octroi d’une retraite constitue au départ une récompense, un dédommagement pour l’effort fourni durant des années. Ainsi, le premier régime de retraite français concerne les marins qui donnaient bien souvent leur vie au Roi.

Dans un pays marqué par la lutte des classes comme la France, les pensions réparent, en partie, le préjudice subi par « l’exploitation » des salariés par le capital. Le débat actuel sur la pénibilité reprend cette thématique.

La France a opté, en 1944, pour un système d’assurances professionnelles associant les syndicats. Ce système censé couvrir tous les risques et tous les actifs n’a jamais atteint ses objectifs du fait de l’opposition des bénéficiaires des régimes spéciaux (qui préexistaient avant l’adoption des ordonnances) que des indépendants (qui ne voulaient pas être placés sous la coupe des syndicats).

Par ailleurs, l’Etat a toujours joué un grand rôle à travers son pouvoir réglementaire. Il a réduit le champ de la négociation sociale au point que les syndicats ont perdu le contrôle dans les faits de l’assurance-maladie. Aujourd’hui, le pouvoir des syndicats dans l’assurance-vieillesse est, de plus en plus, virtuel. La réforme de 1993 a été réalisé en plein été sous forme de décrets ; les lois ultérieures ont donné lieu à des négociations mais selon un calendrier et en retenant les paramètres fixés par l’Etat.

La division syndicale a facilité le transfert de responsabilités au profit de l’Etat. Les syndicats sont, de toute façon, assez heureux d’imputer aux pouvoirs publics l’impopularité des mesures. Ils se cantonnent dans un rôle d’opposants tout en étant officiellement gestionnaires des régimes sociaux.

La France s’est engagée dans la réforme des retraites depuis 1993 afin de limiter l’impact sur les équilibres des régimes de retraite de l’allongement de la durée de vie et de l’arrivée à l’âge de la retraite des enfants du baby-boom en jouant sur les critères paramétriques du système (durée de cotisation, base de calcul de la retraite…).

Les différents plans n’ont jamais adopté ou pris dans le cadre d’un consensus. Un syndicat comme la CFDT a, en 2003, appuyé l’initiative du Gouvernement au prix de divisions internes.

Dix sept ans après le premier train de réformes, le système de retraite entre dans une période de tempête du fait que, depuis 2007, les classes nombreuses du baby boom arrivent à l’âge de la retraite et que l’allongement de la durée de vie poursuit son allongement. La crise a ajouté une composante conjoncturelle à ces facteurs structurels en privant les régimes de base de près de 5 milliards d’euros en 2010.

Les simulations réalisées pour le rapport 2007 sur les retraites par le Conseil d’Orientation des Retraites apparaissent dépassées car elles reposaient sur un taux de chômage de 4,5 % ; une productivité de 1,8 % et d’une croissance de 2 %. Ces hypothèses ont été balayées par la crise. Le COR considère qu’il faudra près de 9 ans pour effacer les scories de la crise sur les équilibres financiers des comptes sociaux. Les résultats du régime de base retraite en 2010 an sont ceux qui étaient prévus en 2020.

Face à cette dérive structurelle et conjoncturelle, le Président de la République a lancé un cycle de négociations qui comporte plusieurs enjeux.

Une des raisons de ce cycle est de prouver aux marchés financiers et donc aux investisseurs internationaux qu’au moment où la dette publique dépasse 80 % du PIB, la France est capable de se réformer et de maîtriser ses déficits publics.

Le second enjeu est de démontrer à l’électorat de droite que le Président et le Gouvernement n’ont pas renoncé à réformer. Il a réussi à piéger Martine Aubry sur le report de l’âge légal.

Depuis le début de son quinquennat, le Président essaie de diviser le front syndical en soulignant leurs divergences (FO est pour le statuquo, la CFDT pour la réforme systémique, la CGC est ouverte au report à 62 ans, la CGT est attentiste…).

Officieusement, les partenaires sociaux, la majorité et une partie de l’opposition sont d’accord sur les grands principes d’une réforme. L’exception française en matière d’âge légal de départ à la retraite n’est pas tenable. Depuis 1945, la durée moyenne de la retraite a été multipliée par deux et celle de la vie active s’est contractée de 8 ans. En 1936, la moitié des jeunes de 14 ans travaillaient ; en 2010, l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22,5 ans. En 1960, il y avait 4 cotisants pour un retraité, aujourd’hui, il y a 1,5 actifs pour un retraité, en 2030 il y en aura 1,3 et en 2050, 1,2.

Si dans les quarante prochaines années, le nombre de retraités doit être multiplié par deux, celui des actifs a atteint son maximum et devrait décroître sauf immigration dans les prochaines années. Chaque année, plus de 730 000 personnes prennent leur retraite, retraite dont la durée s’allonge en parallèle avec l’espérance de vie.

Les syndicats, en début de négociation, refusent l’idée d’un report de l’âge légal de départ à la retraite qui figure au panthéon des acquis sociaux. Mais, les 60 ans jouent le rôle de butoir. Les salariés comme les entreprises se calent sur cet âge pour gérer leur carrière et leur personnel. Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas de problème d’emploi des seniors en France. Le taux d’emploi des 50/59 ans est même supérieur en France à celui de la moyenne européenne ; entre 54 et 59 ans il est de 56 % contre 59 %. C’est pour la tranche d’âge des 60/65 ans où il est nettement en dessous de la moyenne. 16 % des Français sont encore en activité entre 60 et 65 ans contre plus de 30 % au sein de l’Union européenne. Ceux qui poursuivent leur activité au-delà de 60 ans sont essentiellement les cadres et les femmes ne disposant pas des trimestres suffisant pour obtenir une retraite à taux plein. Les 60 ans organise le monde du travail. Bouger le curseur modifiera les comportements. Tous les autres pays ont utilisé ce paramètre. Nos partenaires ont choisi de fixer l’âge de départ entre 65 et 67 ans en moyenne.

La France en privilégiant l’allongement de la durée de cotisation a choisi de contourner le problème des 60 ans. En effet, avec une entrée plus tardive sur le marché du travail, il y aura de moins de moins d’actifs qui disposeront des 41 ou des 42 annuités à 60 ans. Il n’en demeure pas moins que la vie professionnelle continue à s’organiser autour de ce fameux seuil. Le passage à 62 ans permettrait un gain de 6 milliards d’euros soit le montant du déficit structurel actuel de la CNAV. Pour 2020, il faudrait sans nul doute passer à 64 ans. Le passage à 62 ans, tout comme l’allongement de la durée de cotisation, ne peut être réalisé que de manière progressive. Il est difficile d’annoncer à un salarié de 60 ans qu’il devra travailler d’un coup deux ans de plus. De même, pour une entreprise, il est délicat de gérer avec des à-coups les départs à la retraite.

Les syndicats pensent que l’augmentation des cotisations permettrait de résoudre le problème. Certes, il était prévu dans la loi Fillon de 2003 de transférer une partie des cotisations chômage sur les cotisations retraite avec une hypothèse d’une décrue du chômage. Ainsi, un transfert de 0,4 pont était fixé au 1er janvier 2003, un autre transfert de 0,3 point au 1er janvier 2010 et enfin 0,4 point au 1er janvier 2011. Ce basculement aurait du fournir en fin de processus plus de 6,5 milliards d’euros à la CNAV. La crise avec la remontée du chômage a eu raison de cette opération. Est-il alors possible d’augmenter le taux des cotisations vieillesse ? La France figure dans le peloton de tête en matière de coût du travail. Le relever aboutirait à favoriser un peu plus la désindustrialisation et les délocalisations. Le gain en termes de cotisations serait amputé par les pertes générées par l’augmentation du chômage et la contraction de la masse salariale. En outre, d’autres dépenses sociales pourraient également justifier une augmentation de cotisation ou de la CSG, l’assurance maladie ou la dépendance. Néanmoins, il est possible qu’en fin de négociation, le patronat accepte un relèvement des cotisations s’il obtient en contrepartie un geste des syndicats sur les 60 ans.

Les syndicats réclament la prise en compte de la pénibilité du travail. Cette revendication avait été intégrée dans la loi de 2003. Plus de quatre ans de négociation ont débouché sur un échec. Le patronat refuse la création d’un système automatique de reconnaissance de la pénibilité de peur que se multiplient des régimes spéciaux. Le MEDEF est disposé à la mise en place de commission médicale qui étudierait au cas par cas l’état des salariés. Les organisations syndicales demandent que certains métiers soient classés comme pénibles. Peu de pays se sont engagés dans cette voie du fait de la difficulté à définir la pénibilité. En effet, un travail peut se révéler pénible des années après ou en fonction de l’âge du salarié. Faudra-t-il intégrer le stress, les conditions de transport… ? Une des difficultés provient aussi de notre système de base qui est un régime à prestations définies. Le calcul de la pension intervient au moment de la liquidation. Les salariés ayant été exposés à un travail pénible pourrait bénéficier de trimestres supplémentaires ou à des majorations de droit. Ces dispositifs, lourds à gérer, faussent les modalités de calcul. Dans un système par points et en comptes notionnels, il est possible de prendre en compte, plus facilement, l’espérance de vie et d’accroître le nombre de points pour des travailler exposés.

La CFDT en réclamant une réforme systémique a intégré la difficulté de prendre en compte la pénibilité dans le système actuel. En revanche, le basculement du régime général à prestations définies tel que nous le connaissons aujourd’hui en un système par points et en comptes notionnels est anxiogène car il occasionnerait des transferts de revenus entre retraités ; il y aura forcément des gagnants et des perdants. Il est bien connu que les perdants hurlent quand les gagnants restent silencieux. La révolution systémique ne peut être menée que progressivement et sur les bases d’un large consensus comme en Suède. Cette réforme nécessiterait, en outre, de réaliser la fusion des régimes de base avec l’AGIRC et l’ARRCO. Elle serait par nature anxiogène et ne peut être réalisée qu’après une élection présidentielle. Une telle révolution modifie les règles de calcul des retraites et lisse les effets du vieillissement sur les comptes publics mais elle ne garantit pas pour autant un équilibre automatique. Le passage à un régime en comptes notionnels ne permet de supprimer les déficits. A charge constante, il faut toujours trouver 80 milliards d’euros d’ici 2050.

Autre sujet sensible, la modification du mode de calcul des pensions publiques. Aujourd’hui, les retraites des fonctionnaires sont calculées sur la base des salaires des six derniers mois. Le taux de remplacement atteint plus de 70 % quand il est en moyenne de 60 % dans le privé et que de dernier devrait baisser de près de 10 points d’ici 2050. En outre, depuis 2003, les primes sont, en partie, prises en compte avec le Régime additionnel de la fonction publique. L’harmonisation des modes de calcul entre le public et le privé constitue un chiffon rouge pour les syndicats. Le gouvernement a évoqué le sujet afin de le retirer de l’ordre du jour en signe d’apaisement. Il n’en demeure pas moins que les retraites publiques occasionneront un surcroit de 40 milliards d’euros d’ici 2050.

Le Président de la République a fixé son calendrier en tenant compte des différentes contraintes électorales, syndicales et patronales. Entre les élections législatives et celles de la CFDT ainsi que celles du MEDEF, il était impossible d’aboutir avant l’été. De plus, au sein des grandes entreprises, les syndicats participeront à des élections qui détermineront leur représentativité en vertu de la loi adoptée en 2008.

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02 2010

Les maux et les mots de la retraite

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Le défi des retraites ne se limite pas à la question du financement des régimes d’assurance-vieillesse. Il s’inscrit dans un processus démographique sans précédent qui prend trois aspects :

• L’augmentation par allongement de la durée de vie du nombre des personnes de plus de 60 ans ;
• La stabilisation puis le déclin de la population active ;
• La stabilisation et le déclin de la population totale.

Ce processus concerne, en premier lieu, les pays occidentaux mais aussi les pays émergents voire les pays en développement. Entre aujourd’hui et 2050, tous les Etats ou presque devront résoudre les problèmes que génère cette mutation démographique : financement des retraites, financement de la dépendance et de l’assurance maladie, gestion de l’emploi des seniors…

A l’exception des périodes de guerre et de grandes épidémies, jamais le monde n’a été confronté à un tel défi qui est de nature structurelle et qui comprend tout à la fois des aspects économiques, financiers et sociaux. Les guerres, la peste, le choléra étaient des accidents conjoncturels.

L’instauration de la couverture vieillesse accompagne le développement économique des Etats. Le passage de la société agricole à la société industrielle avec à la clef l’urbanisation a conduit les pouvoirs publics à instituer des dispositifs d’assurance vieillesse. L’assurance vieillesse devient une réalité selon les pays à partir de la première révolution industrielle autour des années 1870 pour se généraliser après la seconde guerre mondiale. Les pays à fort consensus et ayant connu un développement industriel rapide ont été les premiers à mettre en œuvre de larges couvertures vieillesse. La France, plus rurale, moins industrialisée et moins consensuelle, a longtemps tergiversé avant de créer un régime de retraite par répartition obligatoire avec la publication des ordonnances de 1944.

L’octroi d’une retraite constitue au départ une récompense, un dédommagement pour l’effort fourni durant des années. Ainsi, le premier régime de retraite français concerne les marins qui donnaient bien souvent leur vie au Roi.

Dans un pays marqué par la lutte des classes comme la France, les pensions réparent, en partie, le préjudice subi par « l’exploitation » des salariés par le capital. Le débat actuel sur la pénibilité reprend cette thématique.

La France a opté, en 1944, pour un système d’assurances professionnelles associant les syndicats. Ce système censé couvrir tous les risques et tous les actifs n’a jamais atteint ses objectifs du fait de l’opposition des bénéficiaires des régimes spéciaux (qui préexistaient avant l’adoption des ordonnances) que des indépendants (qui ne voulaient pas être placés sous la coupe des syndicats).

Par ailleurs, l’Etat a toujours joué un grand rôle à travers son pouvoir réglementaire. Il a réduit le champ de la négociation sociale au point que les syndicats ont perdu le contrôle dans les faits de l’assurance-maladie. Aujourd’hui, le pouvoir des syndicats dans l’assurance-vieillesse est, de plus en plus, virtuel. La réforme de 1993 a été réalisé en plein été sous forme de décrets ; les lois ultérieures ont donné lieu à des négociations mais selon un calendrier et en retenant les paramètres fixés par l’Etat.

La division syndicale a facilité le transfert de responsabilités au profit de l’Etat. Les syndicats sont, de toute façon, assez heureux d’imputer aux pouvoirs publics l’impopularité des mesures. Ils se cantonnent dans un rôle d’opposants tout en étant officiellement gestionnaires des régimes sociaux.

La France s’est engagée dans la réforme des retraites depuis 1993 afin de limiter l’impact sur les équilibres des régimes de retraite de l’allongement de la durée de vie et de l’arrivée à l’âge de la retraite des enfants du baby-boom en jouant sur les critères paramétriques du système (durée de cotisation, base de calcul de la retraite…).

Les différents plans n’ont jamais adopté ou pris dans le cadre d’un consensus. Un syndicat comme la CFDT a, en 2003, appuyé l’initiative du Gouvernement au prix de divisions internes.

Dix sept ans après le premier train de réformes, le système de retraite entre dans une période de tempête du fait que, depuis 2007, les classes nombreuses du baby boom arrivent à l’âge de la retraite et que l’allongement de la durée de vie poursuit son allongement. La crise a ajouté une composante conjoncturelle à ces facteurs structurels en privant les régimes de base de près de 5 milliards d’euros en 2010.

Les simulations réalisées pour le rapport 2007 sur les retraites par le Conseil d’Orientation des Retraites apparaissent dépassées car elles reposaient sur un taux de chômage de 4,5 % ; une productivité de 1,8 % et d’une croissance de 2 %. Ces hypothèses ont été balayées par la crise. Le COR considère qu’il faudra près de 9 ans pour effacer les scories de la crise sur les équilibres financiers des comptes sociaux. Les résultats du régime de base retraite en 2010 an sont ceux qui étaient prévus en 2020.

Face à cette dérive structurelle et conjoncturelle, le Président de la République a lancé un cycle de négociations qui comporte plusieurs enjeux.

Une des raisons de ce cycle est de prouver aux marchés financiers et donc aux investisseurs internationaux qu’au moment où la dette publique dépasse 80 % du PIB, la France est capable de se réformer et de maîtriser ses déficits publics.

Le second enjeu est de démontrer à l’électorat de droite que le Président et le Gouvernement n’ont pas renoncé à réformer. Il a réussi à piéger Martine Aubry sur le report de l’âge légal.

Depuis le début de son quinquennat, le Président essaie de diviser le front syndical en soulignant leurs divergences (FO est pour le statuquo, la CFDT pour la réforme systémique, la CGC est ouverte au report à 62 ans, la CGT est attentiste…).

Officieusement, les partenaires sociaux, la majorité et une partie de l’opposition sont d’accord sur les grands principes d’une réforme. L’exception française en matière d’âge légal de départ à la retraite n’est pas tenable. Depuis 1945, la durée moyenne de la retraite a été multipliée par deux et celle de la vie active s’est contractée de 8 ans. En 1936, la moitié des jeunes de 14 ans travaillaient ; en 2010, l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22,5 ans. En 1960, il y avait 4 cotisants pour un retraité, aujourd’hui, il y a 1,5 actifs pour un retraité, en 2030 il y en aura 1,3 et en 2050, 1,2.

Si dans les quarante prochaines années, le nombre de retraités doit être multiplié par deux, celui des actifs a atteint son maximum et devrait décroître sauf immigration dans les prochaines années. Chaque année, plus de 730 000 personnes prennent leur retraite, retraite dont la durée s’allonge en parallèle avec l’espérance de vie.

Les syndicats, en début de négociation, refusent l’idée d’un report de l’âge légal de départ à la retraite qui figure au panthéon des acquis sociaux. Mais, les 60 ans jouent le rôle de butoir. Les salariés comme les entreprises se calent sur cet âge pour gérer leur carrière et leur personnel. Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas de problème d’emploi des seniors en France. Le taux d’emploi des 50/59 ans est même supérieur en France à celui de la moyenne européenne ; entre 54 et 59 ans il est de 56 % contre 59 %. C’est pour la tranche d’âge des 60/65 ans où il est nettement en dessous de la moyenne. 16 % des Français sont encore en activité entre 60 et 65 ans contre plus de 30 % au sein de l’Union européenne. Ceux qui poursuivent leur activité au-delà de 60 ans sont essentiellement les cadres et les femmes ne disposant pas des trimestres suffisant pour obtenir une retraite à taux plein. Les 60 ans organise le monde du travail. Bouger le curseur modifiera les comportements. Tous les autres pays ont utilisé ce paramètre. Nos partenaires ont choisi de fixer l’âge de départ entre 65 et 67 ans en moyenne.

La France en privilégiant l’allongement de la durée de cotisation a choisi de contourner le problème des 60 ans. En effet, avec une entrée plus tardive sur le marché du travail, il y aura de moins de moins d’actifs qui disposeront des 41 ou des 42 annuités à 60 ans. Il n’en demeure pas moins que la vie professionnelle continue à s’organiser autour de ce fameux seuil. Le passage à 62 ans permettrait un gain de 6 milliards d’euros soit le montant du déficit structurel actuel de la CNAV. Pour 2020, il faudrait sans nul doute passer à 64 ans. Le passage à 62 ans, tout comme l’allongement de la durée de cotisation, ne peut être réalisé que de manière progressive. Il est difficile d’annoncer à un salarié de 60 ans qu’il devra travailler d’un coup deux ans de plus. De même, pour une entreprise, il est délicat de gérer avec des à-coups les départs à la retraite.

Les syndicats pensent que l’augmentation des cotisations permettrait de résoudre le problème. Certes, il était prévu dans la loi Fillon de 2003 de transférer une partie des cotisations chômage sur les cotisations retraite avec une hypothèse d’une décrue du chômage. Ainsi, un transfert de 0,4 pont était fixé au 1er janvier 2003, un autre transfert de 0,3 point au 1er janvier 2010 et enfin 0,4 point au 1er janvier 2011. Ce basculement aurait du fournir en fin de processus plus de 6,5 milliards d’euros à la CNAV. La crise avec la remontée du chômage a eu raison de cette opération. Est-il alors possible d’augmenter le taux des cotisations vieillesse ? La France figure dans le peloton de tête en matière de coût du travail. Le relever aboutirait à favoriser un peu plus la désindustrialisation et les délocalisations. Le gain en termes de cotisations serait amputé par les pertes générées par l’augmentation du chômage et la contraction de la masse salariale. En outre, d’autres dépenses sociales pourraient également justifier une augmentation de cotisation ou de la CSG, l’assurance maladie ou la dépendance. Néanmoins, il est possible qu’en fin de négociation, le patronat accepte un relèvement des cotisations s’il obtient en contrepartie un geste des syndicats sur les 60 ans.

Les syndicats réclament la prise en compte de la pénibilité du travail. Cette revendication avait été intégrée dans la loi de 2003. Plus de quatre ans de négociation ont débouché sur un échec. Le patronat refuse la création d’un système automatique de reconnaissance de la pénibilité de peur que se multiplient des régimes spéciaux. Le MEDEF est disposé à la mise en place de commission médicale qui étudierait au cas par cas l’état des salariés. Les organisations syndicales demandent que certains métiers soient classés comme pénibles. Peu de pays se sont engagés dans cette voie du fait de la difficulté à définir la pénibilité. En effet, un travail peut se révéler pénible des années après ou en fonction de l’âge du salarié. Faudra-t-il intégrer le stress, les conditions de transport… ? Une des difficultés provient aussi de notre système de base qui est un régime à prestations définies. Le calcul de la pension intervient au moment de la liquidation. Les salariés ayant été exposés à un travail pénible pourrait bénéficier de trimestres supplémentaires ou à des majorations de droit. Ces dispositifs, lourds à gérer, faussent les modalités de calcul. Dans un système par points et en comptes notionnels, il est possible de prendre en compte, plus facilement, l’espérance de vie et d’accroître le nombre de points pour des travailler exposés.

La CFDT en réclamant une réforme systémique a intégré la difficulté de prendre en compte la pénibilité dans le système actuel. En revanche, le basculement du régime général à prestations définies tel que nous le connaissons aujourd’hui en un système par points et en comptes notionnels est anxiogène car il occasionnerait des transferts de revenus entre retraités ; il y aura forcément des gagnants et des perdants. Il est bien connu que les perdants hurlent quand les gagnants restent silencieux. La révolution systémique ne peut être menée que progressivement et sur les bases d’un large consensus comme en Suède. Cette réforme nécessiterait, en outre, de réaliser la fusion des régimes de base avec l’AGIRC et l’ARRCO. Elle serait par nature anxiogène et ne peut être réalisée qu’après une élection présidentielle. Une telle révolution modifie les règles de calcul des retraites et lisse les effets du vieillissement sur les comptes publics mais elle ne garantit pas pour autant un équilibre automatique. Le passage à un régime en comptes notionnels ne permet de supprimer les déficits. A charge constante, il faut toujours trouver 80 milliards d’euros d’ici 2050.

Autre sujet sensible, la modification du mode de calcul des pensions publiques. Aujourd’hui, les retraites des fonctionnaires sont calculées sur la base des salaires des six derniers mois. Le taux de remplacement atteint plus de 70 % quand il est en moyenne de 60 % dans le privé et que de dernier devrait baisser de près de 10 points d’ici 2050. En outre, depuis 2003, les primes sont, en partie, prises en compte avec le Régime additionnel de la fonction publique. L’harmonisation des modes de calcul entre le public et le privé constitue un chiffon rouge pour les syndicats. Le gouvernement a évoqué le sujet afin de le retirer de l’ordre du jour en signe d’apaisement. Il n’en demeure pas moins que les retraites publiques occasionneront un surcroit de 40 milliards d’euros d’ici 2050.

Le Président de la République a fixé son calendrier en tenant compte des différentes contraintes électorales, syndicales et patronales. Entre les élections législatives et celles de la CFDT ainsi que celles du MEDEF, il était impossible d’aboutir avant l’été. De plus, au sein des grandes entreprises, les syndicats participeront à des élections qui détermineront leur représentativité en vertu de la loi adoptée en 2008.

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02 2010

Sommet social : prudence et stratégie

Après quelques annonces fracassantes, le Président de la République joue la prudence. Fidèle à sa méthode, taper puis après calmer en négociant, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas de toute façon agir autrement à quelques semaines des élections régionales. En outre, deux partenaires sociaux sont en pré-congrès : la CFDT et le MEdef. Enfin, de nombreuses élections syndicales au sein des entreprises doivent avoir lieu au printemps, élections qui donnent toujours lieu à des surenchères.

Ainsi, à l’occasion de son discours introductif, le Président de la République a semblé lâcher du lest en soulignant qu’il « ne passera pas en force » concernant la réforme des retraites. Il a ajouté que « nous prendrons tout le temps nécessaire pour dialoguer, pour que les positions de chacun soient parfaitement comprises, pour que les Français soient clairement informés des enjeux et des situations ».

« En tout état de cause, la réforme ne sera pas adoptée par le Parlement en juillet. Je veux un débat approfondi… qui prendra le temps qu’il faut. »

Il a déclaré que « la réforme des retraites est trop importante pour qu’elle ne soit pas conduite de manière concertée, ouverte et sur la base d’un diagnostic partagé ».

Pour montrer que le sommet social ne se limitait pas à la question des retraites, il a commencé son discours en abordant le problème du chômage.

La concertation sera réellement lancée après les élections régionales au mois d’avril. Cette concertation pourrait associer les partis politiques comme l’a indiqué ce matin Laurent Wauquiez. Cette concertation sera lancée à partir des travaux du Conseil d’Orientation des Retraites. La question de la pénibilité fera l’objet d’une concertation spécifique.

Or, ce sont les deux pistes favorisées par le gouvernement pour tenter de renflouer le régime des retraites gravement menacé par le vieillissement de la population et le mauvais fonctionnement du marché du travail. « Aujourd’hui, sur dix retraites que nous versons, il y en a une qui n’est pas financée. Si nous ne faisons rien, dans dix ans ce sera une sur huit », a rappelé M. Sarkozy.

La réforme des retraites bute en France sur l’absence de consensus comme en témoignent les différentes enquêtes d’opinion ; Ainsi selon l’enquête d’opinion, commandée par Matignon et réalisée les 4 et 5 février, 56 % se disent hostiles à l’allongement de la durée de cotisation et 60 % à la remise en question de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

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02 2010

Entre larmes et espoirs

La France est sortie de la récession en fin 2009 avec un PIB en croissance de 0,6 % au dernier trimestre. La sortie s’est accélérée en fin d’année ; en effet le PIB n’avait augmenté que de 0,2 % au 3ème trimestre. Il n’en demeure pas moins que la France a connu sa plus sévère récession depuis la fin de la seconde guerre mondiale comme la quasi-totalité de ses partenaires économiques. Le PIB de la zone euro a reculé de 4 points ; le recul de la France figure parmi les quatre moins mauvais.

Au dernier trimestre, la France a obtenu de meilleurs résultats que l’Allemagne dont le PIB est resté étal ou l’Italie qui a enregistré un recul de son PIB de 0,1 point. Le résultat français est légèrement au-dessus des prévisions. En revanche, pour la zone euro, l’heure est à la déception avec une croissance réduite à 0,1 % quand elle était attendue à 0,3 %.

La France a été moins impactée par la crise du fait de sa moindre exposition au commerce internationale, le poids plus élevé du secteur public et le maintien d’un haut niveau de consommation soutenu par l’importance des dépenses sociales.

La consommation des ménages a ainsi augmenté de 0,9 point au dernier trimestre après 0,1 point au 3ème trimestre. Ce résultat s’explique par la prime à la casse qui a soutenu en fin d’année e marché de l’automobile (+8 % au dernier trimestre).

Les vagues de froid ont eu un effet positif en augmentant les dépenses d’énergie (+0,7 % au dernier trimestre).

Le processus de déstockage s’est ralenti. Les variations de stock ont contribué à 1,4 point de contraction du PIB.

La production de biens et de services s’est accrue de 0,6% après +0,3% au troisième trimestre, en dépit d’une décélération de la production manufacturière (+1,7% après +2,0%). En moyenne sur l’année, la production totale a baissé de 3,1%, « soit le plus fort recul depuis soixante ans.

En revanche, l’investissement des entreprises n’a pas redémarré. La chute, en 2009, est historique, -7,7 %, sans précédent depuis 1945. La baisse dure depuis sept trimestres. Elle constitue un point noir pour l’économie française et sa compétitivité.

Une telle dégradation au niveau de la production et de l’investissement a eu malheureusement comme conséquence logique la destruction de plus de 410 000 postes.

Le commerce extérieur reste toujours un point noir de l’économie française. Le bon niveau de la consommation se traduit par une progression des importations, +3,3 % au quatrième trimestre contre 0,5 % pour les exportations. La France souffre bien d’un processus de désindustrialisation. La reprise est avant tout une reprise de la consommation et non de son outil productif.

Pour 2010, le scénario gris semble l’emporter, une croissance molle tournant autour de 1 point ne permettant pas une décrue du chômage. L’industrie automobile devrait connaître un ralentissement du fait de la fin progressive de la prime à la casse. L’espoir est une amélioration de la rentabilité de ce secteur qui a enregistré de fortes pertes en 2009, plus de 3 milliards d’euros pour Renault.

L’aéronautique risque de connaître un tassement de son activité avec des risques d’annulation de commandes du fait des pertes importantes des compagnies aériennes. L’A380 tarde a rencontré le succès commercial escompté même si encore aujourd’hui les contraintes de logistique pèsent plus que les évolutions de la demandes…

L’industrie pharmaceutique est une des rares à connaître une forte croissance comme quoi le grippe A a eu au moins un avantage…

La France qui est la première destination touristique avec plus de 72 millions d’étrangers ne peut espérer que le retour de la croissance mondiale permettra leur retour en masse sur le territoire national afin de palier aux défaillances de l’industrie.

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02 2010

2009, une année à effacer

La France est sortie de la récession en fin 2009 avec un PIB en croissance de 0,6 % au dernier trimestre. La sortie s’est accélérée en fin d’année ; en effet le PIB n’avait augmenté que de 0,2 % au 3ème trimestre. Il n’en demeure pas moins que la France a connu sa plus sévère récession depuis la fin de la seconde guerre mondiale comme la quasi-totalité de ses partenaires économiques. Le PIB de la zone euro a reculé de 4 points ; le recul de la France figure parmi les quatre moins mauvais.

Au dernier trimestre, la France a obtenu de meilleurs résultats que l’Allemagne dont le PIB est resté étal ou l’Italie qui a enregistré un recul de son PIB de 0,1 point. Le résultat français est légèrement au-dessus des prévisions. En revanche, pour la zone euro, l’heure est à la déception avec une croissance réduite à 0,1 % quand elle était attendue à 0,3 %.

La France a été moins impactée par la crise du fait de sa moindre exposition au commerce internationale, le poids plus élevé du secteur public et le maintien d’un haut niveau de consommation soutenu par l’importance des dépenses sociales.

La consommation des ménages a ainsi augmenté de 0,9 point au dernier trimestre après 0,1 point au 3ème trimestre. Ce résultat s’explique par la prime à la casse qui a soutenu en fin d’année e marché de l’automobile (+8 % au dernier trimestre).

Les vagues de froid ont eu un effet positif en augmentant les dépenses d’énergie (+0,7 % au dernier trimestre).

Le processus de déstockage s’est ralenti. Les variations de stock ont contribué à 1,4 point de contraction du PIB.

La production de biens et de services s’est accrue de 0,6% après +0,3% au troisième trimestre, en dépit d’une décélération de la production manufacturière (+1,7% après +2,0%). En moyenne sur l’année, la production totale a baissé de 3,1%, « soit le plus fort recul depuis soixante ans.

En revanche, l’investissement des entreprises n’a pas redémarré. La chute, en 2009, est historique, -7,7 %, sans précédent depuis 1945. La baisse dure depuis sept trimestres. Elle constitue un point noir pour l’économie française et sa compétitivité.

Une telle dégradation au niveau de la production et de l’investissement a eu malheureusement comme conséquence logique la destruction de plus de 410 000 postes.

Le commerce extérieur reste toujours un point noir de l’économie française. Le bon niveau de la consommation se traduit par une progression des importations, +3,3 % au quatrième trimestre contre 0,5 % pour les exportations. La France souffre bien d’un processus de désindustrialisation. La reprise est avant tout une reprise de la consommation et non de son outil productif.

Pour 2010, le scénario gris semble l’emporter, une croissance molle tournant autour de 1 point ne permettant pas une décrue du chômage. L’industrie automobile devrait connaître un ralentissement du fait de la fin progressive de la prime à la casse. L’espoir est une amélioration de la rentabilité de ce secteur qui a enregistré de fortes pertes en 2009, plus de 3 milliards d’euros pour Renault.

L’aéronautique risque de connaître un tassement de son activité avec des risques d’annulation de commandes du fait des pertes importantes des compagnies aériennes. L’A380 tarde a rencontré le succès commercial escompté même si encore aujourd’hui les contraintes de logistique pèsent plus que les évolutions de la demandes…

L’industrie pharmaceutique est une des rares à connaître une forte croissance comme quoi le grippe A a eu au moins un avantage…

La France qui est la première destination touristique avec plus de 72 millions d’étrangers ne peut espérer que le retour de la croissance mondiale permettra leur retour en masse sur le territoire national afin de palier aux défaillances de l’industrie.

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02 2010

2010/2050 A LA FRONTIERE DE LA DEMOGRAPHIE ET DE L’ECONOMIE

Depuis 2008, à juste titre, le monde économique a été accaparé par la gestion de la crise la plus forte et la plus rapide jamais rencontrée depuis 1929. La violence de la récession et la menace systémique ont conduit les acteurs publics à engager les finances publiques pour des montants sans précédent en période de paix. 2008/2009 sont des années d’économie de guerre mais sans guerre. Ce choc tectonique ne doit pas nous faire oublier les défis structurels auxquels nous sommes confrontés et qui ne sont pas sans lien avec la crise actuelle. Le monde est confronté à quatre chocs qu’il se doit de régler de manière concomitante : le choc démographique, le choc économique, le choc financier et le choc environnemental.

La croissance dépend de trois facteurs, le travail, le capital et le progrès. Le capital est lui-même produit de l’investissement (épargne, prêts…) du travail et de l’innovation. L’accumulation de richesses est également liée aux capacités de la planète à alimenter l’économie (matières premières, énergie, nombre d’actifs disponibles, niveau de formation). La croissance des ces deux cents dernières années a été, de ce fait, avant tout le produit de l’augmentation des gains de productivité et du nombre des actifs (et tout particulièrement du nombre d’actifs de mieux en mieux formés). Or, cette belle équation est remise en cause. En effet, le vieillissement de la population, phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité moderne, se traduira par une diminution des actifs et, in fine, du nombre d’habitants. Par ailleurs, mais cela peut être provisoire, les gains de productivité, surtout en Occident, se sont, depuis quelques années, ralentis. La croissance est portée non plus par les vieux pays mais par les pays émergents entraînant une redistribution des richesses accumulées depuis le début de la révolution industrielle.

Les institutions financières ont cru contourner l’obstacle de l’appauvrissement de la croissance des pays anciennement industrialisés en procédant à une valorisation forcenée du capital et à une modification artificielle de l’échelle des risques mais la crise les a momentanément rappelées à l’ordre. La croissance de la valeur du capital ne peut pas être déconnectée de celle du PIB et, en outre, la créance n’a de valeur que si elle peut être honorée. L’altération de la notion de risques provoque des bulles spéculatives qui sont amenées à se dégonfler de manière rapide comme cela a été constaté en 1997 avec la crise asiatique, en 2000 avec Internet ou en 2008 avec les subprimes. Il est à noter que l’éclatement des bulles spéculatives est occasionné par le ralentissement de l’économie et non l’inverse.

L’Occident, après plus de 200 ans de révolution économique, a accumulé un stock impressionnant de capital qui se matérialise tant physiquement (infrastructures, bâtiments, usines…) que de manière immatérielle (brevets, savoir-faire…). Or, pour certains experts, nous serions arrivés à un moment charnière du développement de l’économie mondiale.

L’endettement des pays occidentaux semblerait être la preuve d’un transfert imminent du pouvoir en faveur des pays émergents. Les réserves de change de la Chine, plus de 3000 milliards de dollars, la puissance à venir des fonds souverains, plus de 10 000 milliards de dollars d’ici 2015, la croissance à deux chiffres de certains pays d’Asie sont autant de signes de l’entrée dans une nouvelle ère économique.

Ce bouleversement économique se déroule avec en toile de fond, une mutation économique de 1er ordre. La vie humaine s’étire de plus en plus et le nombre d’enfants par famille tend naturellement vers 2 voire en dessous dans certains pays. Le monde économique rajeunit quand l’humanité vieillit.

Si l’allongement de la durée de la vie constitue une chance pour chaque individu, il est porteur au niveau économique de lourdes menaces : décroissance, déficits publics…

Derrière la crise économique actuelle générée par une financiarisation de l’économie, se profile un choc de plus grande importance qui modifiera en profondeur la structure de la société durant de nombreuses années, le choc du vieillissement et la diminution du nombre d’humains vivant sur la planète terre qui devrait s’amorcer autour de 2050.

Cette mutation démographique aura un impact sur l’ensemble des données économiques et en premier lieu sur les comportements d’épargne et d’investissement. Le défi d’adaptation ne sera pas facile surtout pour les pays émergents qui passeront, en quelques années, d’une population marquée par de forts taux de fécondité et une part des moins de 20 ans élevée à une population se caractérisant pas un nombre d’inactifs âgés élevé. Ils devront supporter en simultanée une double transition démographique quand les pays occidentaux auront connu des transitions démographiques étalées sur 200 ans.

L’économie est mouvement. C’est pour cette raison qu’il est si difficile de prévoir la conjoncture. Avec la mondialisation le nombre des acteurs, entreprises, négociants, Etats… intervenant sur la scène internationale s’accroît. Les économistes qui ont de nombreux points communs avec les météorologues sont meilleurs pour analyser, à froid, les évènements passés que pour les anticiper. La modestie est de mise quand il s’agit d’anticiper des évolutions à 50 ou 60 ans. Certes, la démographie obéit à des lois moins mouvantes que la finance, la politique budgétaire ou la politique monétaire. Certes, les évolutions démographiques sont assez prévisibles mais ne sont pas exempts de sauts d’humeur. Ainsi, les facteurs climatiques, voire épidémiologiques, pourraient modifier la situation tout comme la réalisation de progrès rapides dans le traitement des cancers. Il n’en demeure pas moins que compte tenu des données passées et présentes, il est probable que le vieillissement en cours ne s’arrête pas durant les cinquante prochaines années.

La crise démographique qui se profile semble se superposer aux autres crises qui troublent notre quotidien. La crise financière, la crise économique, la crise de l’endettement, le choc environnemental s’entrechoquent avec le choc du vieillissement au point que les pouvoirs publics peinent à fixer les priorités. Contrairement aux thèses de Fukuyama, l’histoire est loin d’être finie, elle commence aujourd’hui car les femmes et les hommes doivent répondre à une série de défis. La guerre de 1914 avait fait prendre conscience que l’humanité était mortelle ; celle de 1940 et la guerre froide qui l’a suivie que l’Homme pouvait avec la bombe nucléaire se suicider quasi instantanément. Les terriens de 2010 découvrent que leur mode de vie à l’occidental est fragile et peut être remis en cause par a nature tout comme par les lois de l’économie. A la différence de la peur du conflit nucléaire qui pose de manière immédiate la survie de l’espèce humaine, nous sommes amenés à agir pour nous mêmes mais aussi pour les générations futures or se projeter à 50 ou à 100 ans est un exercice extrêmement difficile pour l’être humain car pour paraphraser Keynes demain nous sommes tous morts.

La double face du choc démographique

En 2050, la terre comptera plus de 9 milliards d’habitants, les pays d’Asie et d’Amérique Latine auront économiquement rattrapés, sauf accident de parcours, les pays ex-développés. L’Afrique, il faut l’espérer, sera sortie du sous-développement.

La cohabitation de 9 milliards de terriens aspirant à vivre comme les Occidentaux d’aujourd’hui représente une menace pour l’équilibre planétaire. Jamais, une espèce animale n’aura connu une telle croissance démographique en aussi peu de temps avec à la clef la maîtrise de son espace naturelle. Cette domination, sans partage, de l’homme a comme cause la réduction de l’influence de ses prédateurs et sa capacité à asservir les ressources de la planète à son profit. L’homme est devenu son propre prédateur à travers la violence et à travers la destruction de son espace de vie.

Durant les années soixante et soixante-dix, la surpopulation rimait avec famine. Les reportages télévisés montraient fréquemment des enfants squelettiques du Sahel aux ventres énormes. L’Afrique mais aussi l’Asie connaissait les affres de la faim, des récoltes insuffisantes… Avec la révolution verte, avec la diffusion des techniques agricoles modernes, la famine n’a pas entièrement disparu mais est devenue plus rare, plus limitée. L’idée que la terre compte d’ici 40 ans neuf milliards d’habitants n’effraie plus personne. Certes, avec le réchauffement climatique, certes, avec l’occidentalisation des habitudes alimentaires, des tensions sur les marchés agricoles sont inévitables tout comme l’accès à l’eau restera un problème de grande ampleur. Le catastrophisme n’est pourtant pas de rigueur d’autant qu’une amélioration des rendements est attendue avec les OGM, certes bannies en France mais au-delà de nos frontières.

Neuf milliards d’hommes et de femmes vivant sur terre. Ce chiffre et l’emballement démographique des deux derniers siècles est à mettre en parallèle avec l’extrême vulnérabilité à laquelle était confrontée l’espèce humaine il y a quelques dizaines de milliers d’années.

Il y a 50 000 ans, la population humaine se comptait en centaine de milliers. Ce n’est qu’avec l’amélioration des techniques de chasse, développement du harpon, de l’arc et des flèches, ainsi qu’avec l’invention de la sagaie, que le nombre d’humains dépasse le million d’unités vers – 40 000 avant Jésus Christ.

400 ans avant Jésus Christ, le monde comptait environ 150 millions d’humains. En 1400, la population a plus que doublé pour atteindre 374 millions. En 1700, la planète porte 682 millions d’êtres humains, en 1800, 968 millions. Il aura fallu 40 000 ans pour atteindre le premier milliard d’habitants. Il faudra 200 ans pour multiplier la population par six et 250 ans pour la multiplier par 9.

Néanmoins, au moment même où nous sommes sur la route des 9 milliards d’êtres humains, sans nous en rendre compte, nous sommes entrés dans l’âge de la stabilisation voire du déclin démographique. Nous nous rapprochons de l’asymptote. De 1950 à aujourd’hui, la progression de la population humaine a été de 150 % ; elle ne devrait augmenter que de 50 % d’ici 2050.

Au 1er octobre 2009, la population humaine était évaluée à 6,8 milliards d’habitants.

L’expansion démographique a deux fondements, le recul de la mortalité infantile et l’allongement de l’espérance de vie. L’espèce humaine, de marginale et fragile est devenue une espèce endémique qui a colonisé la quasi-totalité de la terre en l’asservissant du moins en partie. Ce phénomène sans précédent s’est construit sur le progrès. L’amélioration des techniques de chasse, le progrès agricole, la capacité accrue à se déplacer, l’amélioration des conditions sanitaires, les découvertes dans le domaine de la santé et surtout la capacité à démultiplier la force humaine naturelle grâce à la production maîtrisée de l’énergie ont modifié le rapport de l’homme à la nature.

La première transition démographique se caractérise par la diminution du taux de mortalité infantile qui, épaulée par la croissance, aboutit à la baisse du taux de fécondité.

La diminution du nombre d’enfants morts en bas âge conduit à une réduction des naissances. Par ailleurs, l’enfant qui était source de création de richesses par le travail qu’il pouvait fournir devient avec l’élévation des revenus une source de coûts (éducation, dépenses de santé…). En outre, dans le cadre d’une vision patrimoniale qui s’impose au fur et à mesure de l’élévation des richesses, la diminution du nombre des héritiers devient un objectif d’autant plus que le principe d’égalité de traitement des enfants s’est progressivement imposé dans un grand nombre de pays.

L’évolution de la mortalité infantile

La mortalité infantile est restée à des niveaux élevés jusqu’aux portes du 19ème siècle. Ainsi, sous l’Egypte romaine (33 ans avant JC – 258 après JC), elle est évaluée à 329 pour 1000 naissances. En 1300, elle était de 218 en Angleterre. En France, en 1740, le taux de mortalité infantile est de 296. Ce taux est celui du Japon en 1800.

De banal, la mort d’un enfant avant un an est devenue exceptionnelle. Ce n’est plus le tiers ou le cinquième des enfants qui meurt dans sa première année mais de 0,3 à 5 % des enfants dans la grande majorité des pays.

Avec un taux, en 2008, de 2,31 décès pour 1000 naissances, Singapour possède le plus faible taux de mortalité à l’échelle mondiale. La France est au 4ème rang avec un taux de 3,33 pour mille. 71 pays sur 221 ont un taux inférieur à 10 pour 1000 et 171 sur 221 ont un taux inférieur à 50 pour 1000. La très grande majorité des pays ayant un taux de mortalité infantile supérieur à 50 est en Afrique (l’Angola avec un taux de mortalité infantile de 180 pour mille obtient le plus mauvais résultat).

Pour en revenir à la France, le taux de mortalité infantile était, en 1900, de 150 pour mille, il a été divisé par trois, en 50 ans, pour atteindre 52 pour mille. De 1950 à 2010, soit en soixante ans, il a été divisé par 17.

La convergence démographique des pays en développement s’effectue de plus en plus rapidement. Comme pour la diffusion des connaissances, les pays partis plus tard rattrapent rapidement les vieux pays. Si les transitions démographiques se sont étalées sur deux siècles pour les pays occidentaux, c’est en quelques décennies que les pays dits en voie de développement passent d’un système à forte fécondité et à forte mortalité à un système à faible natalité et à faible mortalité. La convergence des modes de vie s’affranchit des frontières, des religions, des civilisations…

La mesure du vieillissement de la population est un indicateur intéressant pour déterminer l’ampleur de la mutation démographique à laquelle nous sommes confrontés.

Il a fallu 114 ans à la France pour que la proportion de personnes de plus de 65 ans passe de 7 à 14 % (entre 1850 et 1960). Il n’a fallu que 71 ans pour les Etats-Unis, 24 années au Japon. Il en faudra que 25 pour la Chine qui atteindra le taux de 14 % avant 2050 ; Pour le Vietnam, le délai ne sera que de 17 ans tout comme la Syrie. Pour l’Iran, le doublement mettra 20 ans à s’effectuer et se produira avant 2050.

Néanmoins, d’ici 2050, la croissance de la population mondiale sera à 98 % issue des pays, aujourd’hui, les moins développés, 38 % pour le continent africain et 51 % pour l’Asie.

Les pays développés atteindront leur maximum en 2030 avec 1,2 à 1,3 milliard d’habitants avant de décliner. Leur population représentait le tiers de la population mondiale en 1950 ; aujourd’hui, environ 20 %. En 2050, ce taux ne sera plus que de 13 %. L’Europe, en cent ans, verra son poids passé au sein de la population mondiale de 20 à 7 %. L’érosion de la France est plus mesurée car sa population passera de 1,6 % à 0,8 % de 1950 à 2050.

Ce vieillissement se traduit également par l’augmentation de l’âgé médian, (l’âge qui divise en deux parties égales la population, la moitié a plus que cet âge et donc la moitié a moins que cet âge) qui passera de 28 ans aujourd’hui à plus de 38 ans en 2050 à l’échelle mondiale.

Pour les pays développés, l’âge médian qui était de 29 ans en 1950 atteint déjà, aujourd’hui, 38 ans. Il atteindra près de 46 ans en 2050.

Les pays d’Asie connaissent une évolution comparable. Ainsi, l’âge médian était de 22 ans en 1950 ; il est, en 2009, de 28 ans et atteindra 40 ans en 2050. L’Afrique n’échappera pas à ce vieillissement. Du fait du démarrage tardif du processus de transition démographique, l’âge médian est resté constant sur ce continent, de 1950 à aujourd’hui, autour de 19 ans mais il devrait atteindre 28 ans en 2050.

Du fait du maintien d’un fort volant d’immigration et d’une natalité plus dynamique, l’âge médian serait, en Amérique du Nord, de 41 ans en 2050 contre 47 ans en Europe.

Quelles sont les facteurs qui aboutissent à une inversion des flux démographiques. Pourquoi autour des années 2050, la population humaine se stabilise voire décline ?

En termes de flux, l’obtention du pic démographique en 2050 s’explique par la baisse du taux de fécondité qui serait inférieur à 2,1, le seuil de renouvellement des générations, sur tous les continents à l’exception de l’Afrique. A partir ce moment là, le non remplacement des générations aboutit après un certain temps de latence liée à l’allongement de la durée de vie et à un effet masse, à une baisse de la population. En effet, la population se met à diminuer à partir du moment où le nombre de morts sur un territoire donnée est supérieure sur l’année au nombre de naissances et au nombre de personnes qui ont choisi de s’installer sur le territoire en question. Même si le taux de fécondité descend en-dessous de 2,1, la population peut continuer à augmenter du fait que des générations peu nombreuses arrivent en fin de vie et que des générations nombreuses sont en pleine période de procréation. De même, les gains d’espérance de vie conduit à freiner la mortalité en retardant l’arrivée de la faucille. C’est pour ces raisons que la démographie est souvent comparée à un tanker. Les évolutions sont lentes à se dessiner mais sont prévisibles longtemps à l’avance.

La chute du taux de fécondité est impressionnante. Il était de 5 en 1970 et n’est plus, en 2009, que de 2,6, une division par deux en 40 ans, essentiellement le résultat s’un alignement des pays asiatiques et d’Amérique latine sur les standards européens.

La fin du péril jeune

Le premier effet visible de la baisse de la fécondité est la diminution du nombre de jeunes. Ce nombre se stabilise à l’échelle mondiale et a déjà commencé à décliner dans les pays occidentaux. Ainsi, les 0/14 ans passeraient de 207 à 190 millions dans les pays développés d’ici 2050.

Moins de jeunes aujourd’hui, c’est automatiquement, moins d’actifs demain. Leur nombre commencera à décroître, au niveau mondial, à compter de 2045.

Pour l’Europe, le déclin s’est déjà amorcé au point qu’en 2050 il y aura moins d’actifs qu’en 1950. Les Etats-Unis ne connaitraient pas cette évolution du fait de leur taux de fécondité et du maintien d’un haut niveau d’immigration.

Les deux grands réservoirs en termes de force de travail demeurent l’Asie et l’Afrique. En Asie, d’ici 2045, la population active augmenterait d’un milliard. En Afrique, le nombre de personnes en âge de travailler serait multiplié par deux soit un gain de 800 millions. Les actifs occidentaux ne représenteront plus que 12 % des actifs mondiaux contre 20 % en 2008 et 27 % en 1980.

Du fait des effets de masse et de décisions politiques prises il y a un demi-siècle (un enfant par couple en Chine), le vieillissement de la population ressemble à une vague qui frappera tous les continents, elle sera plus ou moins haute mais elle touchera toutes les rives.

Le monde comptera alors plus de 2 milliards de personnes âgées de plus de 60 ans. 80 % des seniors vivront dans des zones qui jusqu’à maintenant étaient considérées comme pas ou peu développées. Près des deux tiers des personnes âgées vivront en 2050 en Asie.

Effet de masse, les fortes naissances des années quatre-vingt donneront d’importantes légions de retraités dans les années 2050. Mais cette mutation est évidemment, en grande partie, liée à l’extraordinaire progression de l’espérance de vie à l’échelle mondiale qui est passée de 20 ans en 1950 à 66 ans en 2008. Ce triplement de l’espérance de vie est le résultat de gains obtenus en fin de vie. Le recul de la barrière de la mort n’a pas atteint sa limite. Il y a encore quelques années, il était admis que les centenaires resteraient des exceptions. Or, aujourd’hui, cette frontière mythique est de plus en plus souvent atteinte et dépassée. La France comptait environ 200 centenaires en 1950, ils sont plus de 14 000 en 2009 et devraient être plus de 30 000 en 2050. La nouvelle barrière ou plutôt porte se situe maintenant autour de 120 ans.

Le cap de 2050 nous emmène donc vers des terres inconnues du moins à l’échelle notre histoire contemporaine, celles d’une terre peuplée de personnes âgée, avec moins de jeunes, moins d’actifs et à terme avec moins d’humains. A l’exception des périodes des grandes guerres mondiales, des grandes épidémies, sur longue période, le nombre d’humains n’avait pas cessé d’augmenter.

Cette baisse attendue de la population mondiale n’est que le produit de décisions individuelles liées à des choix de vie, à des contraintes financières, à des contraintes de logement. Les facteurs sociologiques, la soif de liberté, la soif d’accéder à un certain standard de niveau de vie ont eu raison des propensions natalistes étatistes, idéologiques ou religieuses. La concurrence entre plusieurs communautés en guerre ou en opposition peut retarder mais pas indéfiniment la baisse du taux de fécondité. Ainsi, le taux de fécondité des Palestiniens tend à décliner et à se rapprocher de celui des Israéliens qui a, certes, augmenté ces dernières années en relation avec une immigration en provenance d’Afrique.

La fécondité évolue au même rythme que l’urbanisation de la population. Plus de trois terriens sur quatre vivront en milieu urbain d’ici 2050. Cette urbanisation se traduit par des changements de structures économiques et sociales importantes qui ont un impact direct sur la démographie ; sachant que bien souvent c’est l’absence de débouchés, de travail qui a incité les habitants des campagnes à émigrer vers les villes.

Le vieillissement touchera donc tous les pays dont certains devront dans des délais très courts mettre en place des systèmes d’assurance et de solidarité. Dans les pays à dominante rurale, comme cela était le cas en France jusqu’au 19ème siècle voire dans la première partie du 20ème, les personnes âgées étaient prises en charge par leurs familles et les plus démunis par les hospices. Cette solidarité traditionnelle a cessé avec l’industrialisation et l’urbanisation des économies. Les liens entre les familles se sont relâchés avec l’urbanisation ne permettant plus une gestion en interne de la dépendance qui autrefois était une période courte de la vie. Surtout, la période entre la cessation d’activité et la mort n’était que de quelques années ; maintenant, en moyenne, nous comptons en décennies. Cette révolution oblige et obligera les Etats, les actifs à consacrer une part croissante de la richesse produite à financer les personnes à la retraite.

Si depuis 1950, la proportion des seniors par rapport à la population active, au niveau mondial, était restée constante autour de 10 % ; ce taux dépassera 25 % en 2050.

En Europe, ce taux sera de 50 % ; c’est-à-dire deux actifs pour une personne de plus de 65 ans.

Les Etats-Unis du fait de l’augmentation de leur population active (immigration et taux de fécondité élevés) sont moins touchés que les autres pays anciennement industrialisés. Les pays les plus touchés par le vieillissement sont l’Allemagne, le Japon et la Russie. La France tout comme la Suède ou le Royaume-Uni sont dans une situation intermédiaire.

Les pays émergents ne peuvent pas se réjouir des déboires des pays occidentaux. Les quatre pays Brésil, Russie, Inde et Chine cumuleront 45 % de la population mondiale de 65 ans en 2040. La question est de savoir s’ils auront d’ici là mis en place un système de retraite performant.

Paupérisation par le vieillissement de la population

Durant de nombreuses décennies, la forte croissance de la population de moins de 18 ans constituait un handicap pour le décollage des pays dits en développement. Plus de bouches à nourrir constituait un frein pour le développement. Les thèses malthusiennes ont longtemps régné en maître même si, bien souvent, ce sont des peuples jeunes qui ont permis de réaliser des sauts économiques de grande ampleur. Le décollage industriel du Royaume-Uni ou de l’Allemagne s’accompagne d’une forte natalité et d’une baisse de la mortalité infantile. Ces deux pays tout en s’industrialisant ont également été des pays d’émigrants à destination des Etats-Unis. La France n’a pas bénéficié du même élan du fait de la Révolution et des guerres qui en ont résulté et du fait d’une baisse très précoce de la natalité. Il n’en demeure pas moins que la France atteint son apogée au moment où elle est la puissance démographique la plus importante en Europe, c’est-à-dire entre le règne de Louis XIV et Napoléon 1er.

Avec le vieillissement accéléré de la population mondiale, des économistes considèrent que nous sommes face à un réel risque d’appauvrissement. Le taux de croissance potentielle, celui que doit connaître un pays en dehors des chocs conjoncturels, devrait baisser du fait de la baisse de la population active.

L’accroissement du nombre des inactifs nécessitera pour maintenir le pouvoir d’achat un choc de productivité. A défaut, de gains de productivité et sans apport extérieur de population, il y aura automatiquement une baisse de PIB.

Une étude de l’ONU reprend cette analyse et considère que d’ici 2050, une perte de 6,6 points du PIB par habitant est probable. Pour l’Europe, le manque à gagner serait de 18 % soit une perte de 0,3 à 0,4 % par an et par individu. Pour l’Amérique du Nord, le coût serait de 9 % soit une perte par an et par habitant de 0,2 %.

Pour le Japon, la chute pourrait être très importante, 30 % soit 0,6 % par an et par habitant. Le Japon pourrait, sans le savoir réellement, s’être engagé dans ce processus de repli depuis vingt ans.

La Chine connaîtrait une contraction comparable à celle de l’Europe. En l’état actuel, seuls l’Inde et l’Afrique seraient gagnantes.

La conséquence est une modification en profondeur de la géographie économique. Le poids de l’Europe reculerait de près de 12 points dans le PIB mondial quand celui des Etats-Unis augmenteraient de 4 points et celui de l’Asie de 8 points. L’Afrique sauf inversion économique majeure ne verrait son poids s’accroître que d’un point.

En Asie, le poids économique du Japon sera divisé par deux passant de 10 à 5 % du PIB mondial de 2005 à 2050 quand sur la même période la Chine passera de 12 à 18 %. L’Inde qui pèse 5 % du PIB mondial devrait atteindre 9 % en 2050.

Les Etats-Unis devraient résister économiquement du fait de leur fort taux de fécondité et de l’immigration. Le PIB par habitant d’ici 2050 devrait croître au-dessus de la moyenne mondiale à la différence de l’Europe.

Pour contrecarrer ce mouvement, les deux solutions sont l’augmentation de la population active à travers soit l’immigration, soit à travers le recul de l’âge de départ à la retraite ou l’accroissement de la productivité.

Un rebond démographique n’aura des effets qu’à vingt ou trente ans, c’est-à-dire autour de 2050 et ne saurait donc être intégré dans une analyse centrée sur les années 2010/2050. Par ailleurs, il est peu probable qu’à l’échelle internationale une nouvelle explosion démographique survienne.

Le défi technologique est donc crucial tant pour financer le surcroit de dépenses que génèrera le vieillissement de la population (urbanisme, retraite, santé, dépendance) mais aussi pour faire face à la diminution de la population active. Bien évidemment, ce défi s’impose à nous afin de limiter l’impact environnemental de notre développement.

Avec le Japon, l’Europe est la zone la plus concernée par le phénomène du vieillissement. Il est à remarquer que la stagnation économique a frappé en premier les pays en mal avec leur démographie (stagnation du Japon depuis le début des années quatre-vingt-dix, croissance lente de l’Europe depuis de nombreuses années). L’Europe a connu un décrochage manifeste dans les années quatre-vingt dix qui s’est traduit par un recul relatif plus rapide de son PIB que celui de sa population (par rapport respectivement au PIB et à la population mondiale). Le décrochage est intervenu tant dans l’Europe de l’Ouest que dans l’Europe de l’Est même si dans cette dernière zone il est nettement plus marqué.

Les tenants de la décroissance devraient réfléchir. Premièrement, en période d’expansion démographique, la croissance doit être suffisante pour maintenir le PIB par habitant. En période de déclin démographique, le taux de croissance potentielle aura tendance à décroître. Il faudra alors que sa diminution soit moins rapide que celle de la population faute de quoi, là encore, le PIB par habitant se contractera.

Le phénomène du vieillissement sera au cœur de l’actualité européenne durant plus de trois décennies. En effet, l’Europe se caractérisera par une forte progression de sa population âgée voire très âgée et par une contraction de sa population active. Les plus de 75 ans représenteront plus de 14 % en 2050 et les plus de 65 ans plus de 26 %.

Demain, trop ou pas assez d’épargne ?

La crise de 2007/2008 s’est caractérisée par l’insuffisance de l’épargne américaine et a abouti à la croissance rapide de l’endettement public. Les pays émergents autrefois créditeurs sont devenus les créanciers du monde occidental. Avant de crier à la faillite des pays anciennement industrialisés, il faut savoir garder raison en soulignant que le montant des actifs accumulés dépasse de loin le montant des dettes. Nous sommes engagés dans un phénomène de rééquilibrage. Il est certain que sur le long terme, les pays occidentaux devront mobiliser une partie plus importante de leurs richesses pour financer leurs dépenses sociales qu’elles soient prises en charge à travers des mécanismes publics ou privés. La tendance devrait aboutir à une consommation plus rapide de l’épargne sous réserve évidemment du niveau de la croissance.

Au niveau des individus, logiquement, les capacités d’épargne varient en fonction de l’âge. Le schéma classique s’articule en trois temps : période d’endettement en début de vie active, constitution d’une épargne dans une seconde partie de la vie active puis désépargne en fin de vie.

Or, ce schéma ne s’applique qu’imparfaitement à la France où le taux d’épargne atteint un maximum autour de 75 ans. Cette spécificité provient sans nul doute de la qualité du système de retraite et de la chute de la consommation qui intervient après 70 ans. Avec la baisse du taux de remplacement prévue dans les trente prochaines années, le taux d’épargne des seniors devraient baisser. Par ailleurs, le maintien en bonne santé des personnes âgées pus longtemps devrait favoriser la consommation.

Aux Etats-Unis, le taux d’épargne chute dès 55 ans et plonge autour de 65 ans du fait que la baisse des revenus est beaucoup plus importante au moment de la cessation d’activité. De ce fait, il est probable que le taux d’épargne des retraités français diminue à compter de 2020/2030.

En réalisant des projections à l’échelle des pays industrialisés (source ONU et Banque Mondiale), le processus de désépargne pourrait porter sur 15 points de PIB d’ici 2050. Selon le même principe et en prenant en compte en fait que les systèmes de retraite sont moins développés, le poids de l’épargne des pays émergents diminuerait de 10 points d’ici 2050. Ce dernier résultat est difficile à appréhender car il faut considérer l’impact de la croissance de ces pays.

09

02 2010

Essai : Juste Un autre Monde

JUSTE UN AUTRE MONDE ou demain n’est pas écrit

Depuis 2008, à juste titre, le monde économique a été accaparé par la gestion de la crise la plus forte et la plus rapide jamais rencontrée depuis 1929. La violence de la récession et la menace systémique ont conduit les acteurs publics à engager les finances publiques pour des montants sans précédent en période de paix. 2008/2009 sont des années d’économie de guerre mais sans guerre. Ce choc tectonique ne doit pas nous faire oublier les défis structurels auxquels nous sommes confrontés et qui ne sont pas sans lien avec la crise actuelle. Le monde est confronté à quatre chocs qu’il se doit de régler de manière concomitante : le choc démographique, le choc économique, le choc financier et le choc environnemental.

La croissance dépend de trois facteurs, le travail, le capital et le progrès. Le capital est lui-même produit de l’investissement (épargne, prêts…) du travail et de l’innovation. L’accumulation de richesses est également liée aux capacités de la planète à alimenter l’économie (matières premières, énergie, nombre d’actifs disponibles, niveau de formation). La croissance des ces deux cents dernières années a été, de ce fait, avant tout le produit de l’augmentation des gains de productivité et du nombre des actifs (et tout particulièrement du nombre d’actifs de mieux en mieux formés). Or, cette belle équation est remise en cause. En effet, le vieillissement de la population, phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité moderne, se traduira par une diminution des actifs et, in fine, du nombre d’habitants. Par ailleurs, mais cela peut être provisoire, les gains de productivité, surtout en Occident, se sont, depuis quelques années, ralentis. La croissance est portée non plus par les vieux pays mais par les pays émergents entraînant une redistribution des richesses accumulées depuis le début de la révolution industrielle.

Les institutions financières ont cru contourner l’obstacle de l’appauvrissement de la croissance des pays anciennement industrialisés en procédant à une valorisation forcenée du capital et à une modification artificielle de l’échelle des risques mais la crise les a momentanément rappelées à l’ordre. La croissance de la valeur du capital ne peut pas être déconnectée de celle du PIB et, en outre, la créance n’a de valeur que si elle peut être honorée. L’altération de la notion de risques provoque des bulles spéculatives qui sont amenées à se dégonfler de manière rapide comme cela a été constaté en 1997 avec la crise asiatique, en 2000 avec Internet ou en 2008 avec les subprimes. Il est à noter que l’éclatement des bulles spéculatives est occasionné par le ralentissement de l’économie et non l’inverse.

L’Occident, après plus de 200 ans de révolution économique, a accumulé un stock impressionnant de capital qui se matérialise tant physiquement (infrastructures, bâtiments, usines…) que de manière immatérielle (brevets, savoir-faire…). Or, pour certains experts, nous serions arrivés à un moment charnière du développement de l’économie mondiale.

L’endettement des pays occidentaux semblerait être la preuve d’un transfert imminent du pouvoir en faveur des pays émergents. Les réserves de change de la Chine, plus de 3000 milliards de dollars, la puissance à venir des fonds souverains, plus de 10 000 milliards de dollars d’ici 2015, la croissance à deux chiffres de certains pays d’Asie sont autant de signes de l’entrée dans une nouvelle ère économique.

Ce bouleversement économique se déroule avec en toile de fond, une mutation économique de 1er ordre. La vie humaine s’étire de plus en plus et le nombre d’enfants par famille tend naturellement vers 2 voire en dessous dans certains pays. Le monde économique rajeunit quand l’humanité vieillit.

Si l’allongement de la durée de la vie constitue une chance pour chaque individu, il est porteur au niveau économique de lourdes menaces : décroissance, déficits publics…

Derrière la crise économique actuelle générée par une financiarisation de l’économie, se profile un choc de plus grande importance qui modifiera en profondeur la structure de la société durant de nombreuses années, le choc du vieillissement et la diminution du nombre d’humains vivant sur la planète terre qui devrait s’amorcer autour de 2050.

Cette mutation démographique aura un impact sur l’ensemble des données économiques et en premier lieu sur les comportements d’épargne et d’investissement. Le défi d’adaptation ne sera pas facile surtout pour les pays émergents qui passeront, en quelques années, d’une population marquée par de forts taux de fécondité et une part des moins de 20 ans élevée à une population se caractérisant pas un nombre d’inactifs âgés élevé. Ils devront supporter en simultanée une double transition démographique quand les pays occidentaux auront connu des transitions démographiques étalées sur 200 ans.

L’économie est mouvement. C’est pour cette raison qu’il est si difficile de prévoir la conjoncture. Avec la mondialisation le nombre des acteurs, entreprises, négociants, Etats… intervenant sur la scène internationale s’accroît. Les économistes qui ont de nombreux points communs avec les météorologues sont meilleurs pour analyser, à froid, les évènements passés que pour les anticiper. La modestie est de mise quand il s’agit d’anticiper des évolutions à 50 ou 60 ans. Certes, la démographie obéit à des lois moins mouvantes que la finance, la politique budgétaire ou la politique monétaire. Certes, les évolutions démographiques sont assez prévisibles mais ne sont pas exempts de sauts d’humeur. Ainsi, les facteurs climatiques, voire épidémiologiques, pourraient modifier la situation tout comme la réalisation de progrès rapides dans le traitement des cancers. Il n’en demeure pas moins que compte tenu des données passées et présentes, il est probable que le vieillissement en cours ne s’arrête pas durant les cinquante prochaines années.

La crise démographique qui se profile semble se superposer aux autres crises qui troublent notre quotidien. La crise financière, la crise économique, la crise de l’endettement, le choc environnemental s’entrechoquent avec le choc du vieillissement au point que les pouvoirs publics peinent à fixer les priorités. Contrairement aux thèses de Fukuyama, l’histoire est loin d’être finie, elle commence aujourd’hui car les femmes et les hommes doivent répondre à une série de défis. La guerre de 1914 avait fait prendre conscience que l’humanité était mortelle ; celle de 1940 et la guerre froide qui l’a suivie que l’Homme pouvait avec la bombe nucléaire se suicider quasi instantanément. Les terriens de 2010 découvrent que leur mode de vie à l’occidental est fragile et peut être remis en cause par a nature tout comme par les lois de l’économie. A la différence de la peur du conflit nucléaire qui pose de manière immédiate la survie de l’espèce humaine, nous sommes amenés à agir pour nous mêmes mais aussi pour les générations futures or se projeter à 50 ou à 100 ans est un exercice extrêmement difficile pour l’être humain car pour paraphraser Keynes demain nous sommes tous morts.

La double face du choc démographique

En 2050, la terre comptera plus de 9 milliards d’habitants, les pays d’Asie et d’Amérique Latine auront économiquement rattrapés, sauf accident de parcours, les pays ex-développés. L’Afrique, il faut l’espérer, sera sortie du sous-développement.

La cohabitation de 9 milliards de terriens aspirant à vivre comme les Occidentaux d’aujourd’hui représente une menace pour l’équilibre planétaire. Jamais, une espèce animale n’aura connu une telle croissance démographique en aussi peu de temps avec à la clef la maîtrise de son espace naturelle. Cette domination, sans partage, de l’homme a comme cause la réduction de l’influence de ses prédateurs et sa capacité à asservir les ressources de la planète à son profit. L’homme est devenu son propre prédateur à travers la violence et à travers la destruction de son espace de vie.

Durant les années soixante et soixante-dix, la surpopulation rimait avec famine. Les reportages télévisés montraient fréquemment des enfants squelettiques du Sahel aux ventres énormes. L’Afrique mais aussi l’Asie connaissait les affres de la faim, des récoltes insuffisantes… Avec la révolution verte, avec la diffusion des techniques agricoles modernes, la famine n’a pas entièrement disparu mais est devenue plus rare, plus limitée. L’idée que la terre compte d’ici 40 ans neuf milliards d’habitants n’effraie plus personne. Certes, avec le réchauffement climatique, certes, avec l’occidentalisation des habitudes alimentaires, des tensions sur les marchés agricoles sont inévitables tout comme l’accès à l’eau restera un problème de grande ampleur. Le catastrophisme n’est pourtant pas de rigueur d’autant qu’une amélioration des rendements est attendue avec les OGM, certes bannies en France mais au-delà de nos frontières.

Neuf milliards d’hommes et de femmes vivant sur terre. Ce chiffre et l’emballement démographique des deux derniers siècles est à mettre en parallèle avec l’extrême vulnérabilité à laquelle était confrontée l’espèce humaine il y a quelques dizaines de milliers d’années.

Il y a 50 000 ans, la population humaine se comptait en centaine de milliers. Ce n’est qu’avec l’amélioration des techniques de chasse, développement du harpon, de l’arc et des flèches, ainsi qu’avec l’invention de la sagaie, que le nombre d’humains dépasse le million d’unités vers – 40 000 avant Jésus Christ.

400 ans avant Jésus Christ, le monde comptait environ 150 millions d’humains. En 1400, la population a plus que doublé pour atteindre 374 millions. En 1700, la planète porte 682 millions d’êtres humains, en 1800, 968 millions. Il aura fallu 40 000 ans pour atteindre le premier milliard d’habitants. Il faudra 200 ans pour multiplier la population par six et 250 ans pour la multiplier par 9.

Néanmoins, au moment même où nous sommes sur la route des 9 milliards d’êtres humains, sans nous en rendre compte, nous sommes entrés dans l’âge de la stabilisation voire du déclin démographique. Nous nous rapprochons de l’asymptote. De 1950 à aujourd’hui, la progression de la population humaine a été de 150 % ; elle ne devrait augmenter que de 50 % d’ici 2050.

Au 1er octobre 2009, la population humaine était évaluée à 6,8 milliards d’habitants.

L’expansion démographique a deux fondements, le recul de la mortalité infantile et l’allongement de l’espérance de vie. L’espèce humaine, de marginale et fragile est devenue une espèce endémique qui a colonisé la quasi-totalité de la terre en l’asservissant du moins en partie. Ce phénomène sans précédent s’est construit sur le progrès. L’amélioration des techniques de chasse, le progrès agricole, la capacité accrue à se déplacer, l’amélioration des conditions sanitaires, les découvertes dans le domaine de la santé et surtout la capacité à démultiplier la force humaine naturelle grâce à la production maîtrisée de l’énergie ont modifié le rapport de l’homme à la nature.

La première transition démographique se caractérise par la diminution du taux de mortalité infantile qui, épaulée par la croissance, aboutit à la baisse du taux de fécondité.

La diminution du nombre d’enfants morts en bas âge conduit à une réduction des naissances. Par ailleurs, l’enfant qui était source de création de richesses par le travail qu’il pouvait fournir devient avec l’élévation des revenus une source de coûts (éducation, dépenses de santé…). En outre, dans le cadre d’une vision patrimoniale qui s’impose au fur et à mesure de l’élévation des richesses, la diminution du nombre des héritiers devient un objectif d’autant plus que le principe d’égalité de traitement des enfants s’est progressivement imposé dans un grand nombre de pays.

L’évolution de la mortalité infantile

La mortalité infantile est restée à des niveaux élevés jusqu’aux portes du 19ème siècle. Ainsi, sous l’Egypte romaine (33 ans avant JC – 258 après JC), elle est évaluée à 329 pour 1000 naissances. En 1300, elle était de 218 en Angleterre. En France, en 1740, le taux de mortalité infantile est de 296. Ce taux est celui du Japon en 1800.

De banal, la mort d’un enfant avant un an est devenue exceptionnelle. Ce n’est plus le tiers ou le cinquième des enfants qui meurt dans sa première année mais de 0,3 à 5 % des enfants dans la grande majorité des pays.

Avec un taux, en 2008, de 2,31 décès pour 1000 naissances, Singapour possède le plus faible taux de mortalité à l’échelle mondiale. La France est au 4ème rang avec un taux de 3,33 pour mille. 71 pays sur 221 ont un taux inférieur à 10 pour 1000 et 171 sur 221 ont un taux inférieur à 50 pour 1000. La très grande majorité des pays ayant un taux de mortalité infantile supérieur à 50 est en Afrique (l’Angola avec un taux de mortalité infantile de 180 pour mille obtient le plus mauvais résultat).

Pour en revenir à la France, le taux de mortalité infantile était, en 1900, de 150 pour mille, il a été divisé par trois, en 50 ans, pour atteindre 52 pour mille. De 1950 à 2010, soit en soixante ans, il a été divisé par 17.

La convergence démographique des pays en développement s’effectue de plus en plus rapidement. Comme pour la diffusion des connaissances, les pays partis plus tard rattrapent rapidement les vieux pays. Si les transitions démographiques se sont étalées sur deux siècles pour les pays occidentaux, c’est en quelques décennies que les pays dits en voie de développement passent d’un système à forte fécondité et à forte mortalité à un système à faible natalité et à faible mortalité. La convergence des modes de vie s’affranchit des frontières, des religions, des civilisations…

La mesure du vieillissement de la population est un indicateur intéressant pour déterminer l’ampleur de la mutation démographique à laquelle nous sommes confrontés.

Il a fallu 114 ans à la France pour que la proportion de personnes de plus de 65 ans passe de 7 à 14 % (entre 1850 et 1960). Il n’a fallu que 71 ans pour les Etats-Unis, 24 années au Japon. Il en faudra que 25 pour la Chine qui atteindra le taux de 14 % avant 2050 ; Pour le Vietnam, le délai ne sera que de 17 ans tout comme la Syrie. Pour l’Iran, le doublement mettra 20 ans à s’effectuer et se produira avant 2050.

Néanmoins, d’ici 2050, la croissance de la population mondiale sera à 98 % issue des pays, aujourd’hui, les moins développés, 38 % pour le continent africain et 51 % pour l’Asie.

Les pays développés atteindront leur maximum en 2030 avec 1,2 à 1,3 milliard d’habitants avant de décliner. Leur population représentait le tiers de la population mondiale en 1950 ; aujourd’hui, environ 20 %. En 2050, ce taux ne sera plus que de 13 %. L’Europe, en cent ans, verra son poids passé au sein de la population mondiale de 20 à 7 %. L’érosion de la France est plus mesurée car sa population passera de 1,6 % à 0,8 % de 1950 à 2050.

Ce vieillissement se traduit également par l’augmentation de l’âgé médian, (l’âge qui divise en deux parties égales la population, la moitié a plus que cet âge et donc la moitié a moins que cet âge) qui passera de 28 ans aujourd’hui à plus de 38 ans en 2050 à l’échelle mondiale.

Pour les pays développés, l’âge médian qui était de 29 ans en 1950 atteint déjà, aujourd’hui, 38 ans. Il atteindra près de 46 ans en 2050.

Les pays d’Asie connaissent une évolution comparable. Ainsi, l’âge médian était de 22 ans en 1950 ; il est, en 2009, de 28 ans et atteindra 40 ans en 2050. L’Afrique n’échappera pas à ce vieillissement. Du fait du démarrage tardif du processus de transition démographique, l’âge médian est resté constant sur ce continent, de 1950 à aujourd’hui, autour de 19 ans mais il devrait atteindre 28 ans en 2050.

Du fait du maintien d’un fort volant d’immigration et d’une natalité plus dynamique, l’âge médian serait, en Amérique du Nord, de 41 ans en 2050 contre 47 ans en Europe.

Quelles sont les facteurs qui aboutissent à une inversion des flux démographiques. Pourquoi autour des années 2050, la population humaine se stabilise voire décline ?

En termes de flux, l’obtention du pic démographique en 2050 s’explique par la baisse du taux de fécondité qui serait inférieur à 2,1, le seuil de renouvellement des générations, sur tous les continents à l’exception de l’Afrique. A partir ce moment là, le non remplacement des générations aboutit après un certain temps de latence liée à l’allongement de la durée de vie et à un effet masse, à une baisse de la population. En effet, la population se met à diminuer à partir du moment où le nombre de morts sur un territoire donnée est supérieure sur l’année au nombre de naissances et au nombre de personnes qui ont choisi de s’installer sur le territoire en question. Même si le taux de fécondité descend en-dessous de 2,1, la population peut continuer à augmenter du fait que des générations peu nombreuses arrivent en fin de vie et que des générations nombreuses sont en pleine période de procréation. De même, les gains d’espérance de vie conduit à freiner la mortalité en retardant l’arrivée de la faucille. C’est pour ces raisons que la démographie est souvent comparée à un tanker. Les évolutions sont lentes à se dessiner mais sont prévisibles longtemps à l’avance.

La chute du taux de fécondité est impressionnante. Il était de 5 en 1970 et n’est plus, en 2009, que de 2,6, une division par deux en 40 ans, essentiellement le résultat s’un alignement des pays asiatiques et d’Amérique latine sur les standards européens.

La fin du péril jeune

Le premier effet visible de la baisse de la fécondité est la diminution du nombre de jeunes. Ce nombre se stabilise à l’échelle mondiale et a déjà commencé à décliner dans les pays occidentaux. Ainsi, les 0/14 ans passeraient de 207 à 190 millions dans les pays développés d’ici 2050.

Moins de jeunes aujourd’hui, c’est automatiquement, moins d’actifs demain. Leur nombre commencera à décroître, au niveau mondial, à compter de 2045.

Pour l’Europe, le déclin s’est déjà amorcé au point qu’en 2050 il y aura moins d’actifs qu’en 1950. Les Etats-Unis ne connaitraient pas cette évolution du fait de leur taux de fécondité et du maintien d’un haut niveau d’immigration.

Les deux grands réservoirs en termes de force de travail demeurent l’Asie et l’Afrique. En Asie, d’ici 2045, la population active augmenterait d’un milliard. En Afrique, le nombre de personnes en âge de travailler serait multiplié par deux soit un gain de 800 millions. Les actifs occidentaux ne représenteront plus que 12 % des actifs mondiaux contre 20 % en 2008 et 27 % en 1980.

Du fait des effets de masse et de décisions politiques prises il y a un demi-siècle (un enfant par couple en Chine), le vieillissement de la population ressemble à une vague qui frappera tous les continents, elle sera plus ou moins haute mais elle touchera toutes les rives.

Le monde comptera alors plus de 2 milliards de personnes âgées de plus de 60 ans. 80 % des seniors vivront dans des zones qui jusqu’à maintenant étaient considérées comme pas ou peu développées. Près des deux tiers des personnes âgées vivront en 2050 en Asie.

Effet de masse, les fortes naissances des années quatre-vingt donneront d’importantes légions de retraités dans les années 2050. Mais cette mutation est évidemment, en grande partie, liée à l’extraordinaire progression de l’espérance de vie à l’échelle mondiale qui est passée de 20 ans en 1950 à 66 ans en 2008. Ce triplement de l’espérance de vie est le résultat de gains obtenus en fin de vie. Le recul de la barrière de la mort n’a pas atteint sa limite. Il y a encore quelques années, il était admis que les centenaires resteraient des exceptions. Or, aujourd’hui, cette frontière mythique est de plus en plus souvent atteinte et dépassée. La France comptait environ 200 centenaires en 1950, ils sont plus de 14 000 en 2009 et devraient être plus de 30 000 en 2050. La nouvelle barrière ou plutôt porte se situe maintenant autour de 120 ans.

Le cap de 2050 nous emmène donc vers des terres inconnues du moins à l’échelle notre histoire contemporaine, celles d’une terre peuplée de personnes âgée, avec moins de jeunes, moins d’actifs et à terme avec moins d’humains. A l’exception des périodes des grandes guerres mondiales, des grandes épidémies, sur longue période, le nombre d’humains n’avait pas cessé d’augmenter.

Cette baisse attendue de la population mondiale n’est que le produit de décisions individuelles liées à des choix de vie, à des contraintes financières, à des contraintes de logement. Les facteurs sociologiques, la soif de liberté, la soif d’accéder à un certain standard de niveau de vie ont eu raison des propensions natalistes étatistes, idéologiques ou religieuses. La concurrence entre plusieurs communautés en guerre ou en opposition peut retarder mais pas indéfiniment la baisse du taux de fécondité. Ainsi, le taux de fécondité des Palestiniens tend à décliner et à se rapprocher de celui des Israéliens qui a, certes, augmenté ces dernières années en relation avec une immigration en provenance d’Afrique.

La fécondité évolue au même rythme que l’urbanisation de la population. Plus de trois terriens sur quatre vivront en milieu urbain d’ici 2050. Cette urbanisation se traduit par des changements de structures économiques et sociales importantes qui ont un impact direct sur la démographie ; sachant que bien souvent c’est l’absence de débouchés, de travail qui a incité les habitants des campagnes à émigrer vers les villes.

Le vieillissement touchera donc tous les pays dont certains devront dans des délais très courts mettre en place des systèmes d’assurance et de solidarité. Dans les pays à dominante rurale, comme cela était le cas en France jusqu’au 19ème siècle voire dans la première partie du 20ème, les personnes âgées étaient prises en charge par leurs familles et les plus démunis par les hospices. Cette solidarité traditionnelle a cessé avec l’industrialisation et l’urbanisation des économies. Les liens entre les familles se sont relâchés avec l’urbanisation ne permettant plus une gestion en interne de la dépendance qui autrefois était une période courte de la vie. Surtout, la période entre la cessation d’activité et la mort n’était que de quelques années ; maintenant, en moyenne, nous comptons en décennies. Cette révolution oblige et obligera les Etats, les actifs à consacrer une part croissante de la richesse produite à financer les personnes à la retraite.

Si depuis 1950, la proportion des seniors par rapport à la population active, au niveau mondial, était restée constante autour de 10 % ; ce taux dépassera 25 % en 2050.

En Europe, ce taux sera de 50 % ; c’est-à-dire deux actifs pour une personne de plus de 65 ans.

Les Etats-Unis du fait de l’augmentation de leur population active (immigration et taux de fécondité élevés) sont moins touchés que les autres pays anciennement industrialisés. Les pays les plus touchés par le vieillissement sont l’Allemagne, le Japon et la Russie. La France tout comme la Suède ou le Royaume-Uni sont dans une situation intermédiaire.

Les pays émergents ne peuvent pas se réjouir des déboires des pays occidentaux. Les quatre pays Brésil, Russie, Inde et Chine cumuleront 45 % de la population mondiale de 65 ans en 2040. La question est de savoir s’ils auront d’ici là mis en place un système de retraite performant.

Paupérisation par le vieillissement de la population

Durant de nombreuses décennies, la forte croissance de la population de moins de 18 ans constituait un handicap pour le décollage des pays dits en développement. Plus de bouches à nourrir constituait un frein pour le développement. Les thèses malthusiennes ont longtemps régné en maître même si, bien souvent, ce sont des peuples jeunes qui ont permis de réaliser des sauts économiques de grande ampleur. Le décollage industriel du Royaume-Uni ou de l’Allemagne s’accompagne d’une forte natalité et d’une baisse de la mortalité infantile. Ces deux pays tout en s’industrialisant ont également été des pays d’émigrants à destination des Etats-Unis. La France n’a pas bénéficié du même élan du fait de la Révolution et des guerres qui en ont résulté et du fait d’une baisse très précoce de la natalité. Il n’en demeure pas moins que la France atteint son apogée au moment où elle est la puissance démographique la plus importante en Europe, c’est-à-dire entre le règne de Louis XIV et Napoléon 1er.

Avec le vieillissement accéléré de la population mondiale, des économistes considèrent que nous sommes face à un réel risque d’appauvrissement. Le taux de croissance potentielle, celui que doit connaître un pays en dehors des chocs conjoncturels, devrait baisser du fait de la baisse de la population active.

L’accroissement du nombre des inactifs nécessitera pour maintenir le pouvoir d’achat un choc de productivité. A défaut, de gains de productivité et sans apport extérieur de population, il y aura automatiquement une baisse de PIB.

Une étude de l’ONU reprend cette analyse et considère que d’ici 2050, une perte de 6,6 points du PIB par habitant est probable. Pour l’Europe, le manque à gagner serait de 18 % soit une perte de 0,3 à 0,4 % par an et par individu. Pour l’Amérique du Nord, le coût serait de 9 % soit une perte par an et par habitant de 0,2 %.

Pour le Japon, la chute pourrait être très importante, 30 % soit 0,6 % par an et par habitant. Le Japon pourrait, sans le savoir réellement, s’être engagé dans ce processus de repli depuis vingt ans.

La Chine connaîtrait une contraction comparable à celle de l’Europe. En l’état actuel, seuls l’Inde et l’Afrique seraient gagnantes.

La conséquence est une modification en profondeur de la géographie économique. Le poids de l’Europe reculerait de près de 12 points dans le PIB mondial quand celui des Etats-Unis augmenteraient de 4 points et celui de l’Asie de 8 points. L’Afrique sauf inversion économique majeure ne verrait son poids s’accroître que d’un point.

En Asie, le poids économique du Japon sera divisé par deux passant de 10 à 5 % du PIB mondial de 2005 à 2050 quand sur la même période la Chine passera de 12 à 18 %. L’Inde qui pèse 5 % du PIB mondial devrait atteindre 9 % en 2050.

Les Etats-Unis devraient résister économiquement du fait de leur fort taux de fécondité et de l’immigration. Le PIB par habitant d’ici 2050 devrait croître au-dessus de la moyenne mondiale à la différence de l’Europe.

Pour contrecarrer ce mouvement, les deux solutions sont l’augmentation de la population active à travers soit l’immigration, soit à travers le recul de l’âge de départ à la retraite ou l’accroissement de la productivité.

Un rebond démographique n’aura des effets qu’à vingt ou trente ans, c’est-à-dire autour de 2050 et ne saurait donc être intégré dans une analyse centrée sur les années 2010/2050. Par ailleurs, il est peu probable qu’à l’échelle internationale une nouvelle explosion démographique survienne.

Le défi technologique est donc crucial tant pour financer le surcroit de dépenses que génèrera le vieillissement de la population (urbanisme, retraite, santé, dépendance) mais aussi pour faire face à la diminution de la population active. Bien évidemment, ce défi s’impose à nous afin de limiter l’impact environnemental de notre développement.

Avec le Japon, l’Europe est la zone la plus concernée par le phénomène du vieillissement. Il est à remarquer que la stagnation économique a frappé en premier les pays en mal avec leur démographie (stagnation du Japon depuis le début des années quatre-vingt-dix, croissance lente de l’Europe depuis de nombreuses années). L’Europe a connu un décrochage manifeste dans les années quatre-vingt dix qui s’est traduit par un recul relatif plus rapide de son PIB que celui de sa population (par rapport respectivement au PIB et à la population mondiale). Le décrochage est intervenu tant dans l’Europe de l’Ouest que dans l’Europe de l’Est même si dans cette dernière zone il est nettement plus marqué.

Les tenants de la décroissance devraient réfléchir. Premièrement, en période d’expansion démographique, la croissance doit être suffisante pour maintenir le PIB par habitant. En période de déclin démographique, le taux de croissance potentielle aura tendance à décroître. Il faudra alors que sa diminution soit moins rapide que celle de la population faute de quoi, là encore, le PIB par habitant se contractera.

Le phénomène du vieillissement sera au cœur de l’actualité européenne durant plus de trois décennies. En effet, l’Europe se caractérisera par une forte progression de sa population âgée voire très âgée et par une contraction de sa population active. Les plus de 75 ans représenteront plus de 14 % en 2050 et les plus de 65 ans plus de 26 %.

Demain, trop ou pas assez d’épargne ?

La crise de 2007/2008 s’est caractérisée par l’insuffisance de l’épargne américaine et a abouti à la croissance rapide de l’endettement public. Les pays émergents autrefois créditeurs sont devenus les créanciers du monde occidental. Avant de crier à la faillite des pays anciennement industrialisés, il faut savoir garder raison en soulignant que le montant des actifs accumulés dépasse de loin le montant des dettes. Nous sommes engagés dans un phénomène de rééquilibrage. Il est certain que sur le long terme, les pays occidentaux devront mobiliser une partie plus importante de leurs richesses pour financer leurs dépenses sociales qu’elles soient prises en charge à travers des mécanismes publics ou privés. La tendance devrait aboutir à une consommation plus rapide de l’épargne sous réserve évidemment du niveau de la croissance.

Au niveau des individus, logiquement, les capacités d’épargne varient en fonction de l’âge. Le schéma classique s’articule en trois temps : période d’endettement en début de vie active, constitution d’une épargne dans une seconde partie de la vie active puis désépargne en fin de vie.

Or, ce schéma ne s’applique qu’imparfaitement à la France où le taux d’épargne atteint un maximum autour de 75 ans. Cette spécificité provient sans nul doute de la qualité du système de retraite et de la chute de la consommation qui intervient après 70 ans. Avec la baisse du taux de remplacement prévue dans les trente prochaines années, le taux d’épargne des seniors devraient baisser. Par ailleurs, le maintien en bonne santé des personnes âgées pus longtemps devrait favoriser la consommation.

Aux Etats-Unis, le taux d’épargne chute dès 55 ans et plonge autour de 65 ans du fait que la baisse des revenus est beaucoup plus importante au moment de la cessation d’activité. De ce fait, il est probable que le taux d’épargne des retraités français diminue à compter de 2020/2030.

En réalisant des projections à l’échelle des pays industrialisés (source ONU et Banque Mondiale), le processus de désépargne pourrait porter sur 15 points de PIB d’ici 2050. Selon le même principe et en prenant en compte en fait que les systèmes de retraite sont moins développés, le poids de l’épargne des pays émergents diminuerait de 10 points d’ici 2050. Ce dernier résultat est difficile à appréhender car il faut considérer l’impact de la croissance de ces pays.

09

02 2010

Epargne Retraite France soir

Retraite – Quels enjeux pour le rendez-vous 2010 ?
La génération qui a vécu Woodstock et connu la minijupe aura-t-elle droit à la « pension congrue » ? C’est l’inquiétude de nos concitoyens qui craignent que les retraites de demain soient moins généreuses que celles qui ont été servies à nos parents. Et les chiffres sont là qui génèrent nos inquiétudes. En 2040, avec une retraite prise à 60 ans, il y aura près de 70 retraités pour 100 actifs. On le sait, l’espérance de vie s’allonge, et qui s’en plaindrait ? D’autant que si l’on vit plus longtemps, on vit aussi en meilleure santé. Un homme vit en moyenne jusqu’à 81 ans, soit seize ans après 65 ans et une femme jusqu’à 85 ans, soit vingt ans après 65 ans. Pourquoi parler de 65 ans plutôt que de 60 ans, âge à partir duquel on peut théoriquement prendre sa retraite ? Parce qu’il faut s’attendre à un départ de plus en plus tardif en retraite. C’est ce qui se passe dans la
réalité puisqu’en 2008 les Français ont pris leur retraite en moyenne à un peu plus de 61 ans. Selon une étude menée par le Cercle des épargnants, l’idée de travailler jusqu’à 62 ans a largement progressé (49 % sont pour ou plutôt pour contre 42 % en 2008).

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02

02 2010

Combat d’arrières gardes autour de l’automobile

Le psychodrame autour de la construction des futurs Clios en Turquie sent bon la démagogie électorale et repose sur d’insupportable relents nationalistes.

Si la France possède encore une industrie automobile, c’est en grande partie du fait que, dans les années 80, les deux grands groupes, Renault et Peugeot, ont opté pour un développement international, européen essentiellement. Renault a par ailleurs choisi de nouer une alliance avec Nissan au moment où de dernier était en proie à de graves difficultés permettant à la firme française de devenir un groupe mondial.

Depuis de nombreuses années, Renault fabrique ses petits modèles à l’étranger, en Espagne, en Slovaquie, en Turquie et en Roumanie pour Dacia. Les usines françaises sont chargées du montage des véhicules de gamme moyenne et de haut de gamme.

Cette répartition est logique et s’inscrit dans le processus du développement économique.

Certes, il est regrettable que Renault et également PSA n’aient pas développé de marques premium sur le modèle de Audi pour occuper le créneau du haut de gamme mais cela est du passé. Aujourd’hui, le défi de l’automobile est de construire des véhicules propres utilisant de nouvelles sources d’énergie. Compte tenu des coûts de fabrication, l’avenir de la production nationale se trouve dans la construction de voitures intégrant un important volet électrique.

Les pouvoirs publics ne devraient pas s’offusquer de la construction des Clios en Turquiie mais appuyer la construction des véhicules électriques dans l’usine de Flins, une des usines phares du groupe depuis la fermeture de Boulogne Boulogne-Billancourt.

En jouant les matamores, le Gouvernement répète les mêmes erreurs que celles commises avec la sidérurgie et avec les mines dans les années quatre-vingt. Lancer des grandes aciéries non spécialisées sur les créneaux à foret valeur ajoutée ou pire rouvrir des mines comme en 1981 constituaient un non sens économique. De plus, le coût financier, budgétaire avait été très élevé. L’argent ainsi gaspillé aurait été plus utile pour assurer la formation des salariés et pour la recherche.

La crise économique ravive les réflexes nationalistes et malthusiens. Espérons que les propos sur Renault ne demeurent que des slogans de campagne…

15

01 2010

Retour sur l’enquête de l’IFOP : Méfiance et pessimisme à tous les étages

L’enquête de l’IFOP publiée par le JDD du 10 janvier 2010 souligne la difficulté de faire passer en France le principe d’une réforme sur les retraites.

Ainsi 40 % des Français considèrent que jusqu’à maintenant il n’y pas eu de réforme. Pourtant depuis 1993, notre système de retraite a été profondément changé. Les conditions d’obtention de la retraite de base ont été revues, le régime des fonctionnaires a été aligné sur celui des salariés et les régimes spéciaux ont été (en partie) banalisés. Un processus de rapprochement des caisses tant au niveau du régime de base qu’au niveau des régimes complémentaires a été entrepris.

Pourquoi alors 40 % des Français jugent que rien n’a été fait ? La répétition des rendez-vous et l’apparition de déficits sembleraient prouver que les réformes n’ont pas été à la hauteur. Or, tous les pays ont conduit la réforme de leur système de retraite par étapes. L’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ont réalisé leurs réformes en plusieurs fois et n’ont pas terminé d’ajuster leur système aux réalités démographiques et financières.

40 % des Français pensent que les réformes sont allées dans le mauvais sens pour seulement 20 % qu’elles allaient dans le bon sens. Tout le monde ou presque souhaite gagner plus tout en travaillant moins. Les Français refusent d’admettre que l’espérance de vie a doublé à 60 ans en 50 ans. Bien évidemment que l’allongement de la durée de cotisation ne peut pas être une mesure populaire. Il en est de même pour les règles d’indexation. Par ailleurs, les Français sont fâchés avec l’économie et les chiffres. Ils ont du mal à admettre que la part consacrée aux retraites en France figure parmi les plus élevées de l’OCDE et que le niveau de vie des retraités est supérieur à celui des actifs. Il est difficile à admettre que moins d’actifs et plus de retraites signifie une remise en cause des règles. Le travail de pédagogie est encore à réaliser.

Ce sont les plus jeunes et les ruraux qui sont les plus opposés à l’évolution du système. Les CSP+ sont les fortement convaincus qu’il n’y a pas vraiment eu de réformes. La méfiance des jeunes provient de la répétition du message comme quoi ils n’auront pas de retraite à la fin de leur vie. Les cadres supérieurs qui seront les principaux concernés par la chute du taux de remplacement considèrent que les gouvernements hésitent à prendre des mesures impopulaires en particulier contre les fonctionnaires.

76 % des Français ne sont pas confiants concernant la garantie de toucher plus tard une retraite satisfaisante par rapport à leurs revenus. ce taux était de 61 % en octobre 2008. Les confiants sont passés sur la même période de 38 à 24 %. Les tout à fait confiants ne sont plus que 4 % contre 8 % précédemment ; les pas du tout confiants sont 46 % contre 33 % en octobre 2008. Cette grande inquiétude symbolise l’anxiété propre à la société française et qui dépasse de loin le débat sur les retraites. Le niveau de redistribution publique en faveur des retraités est très élevée en France (85 % des revenus des retraités provient de la retraite par répartition). L’idée que ce système soit remis en cause est une crainte partagée par le plus grand nombre et tout particulièrement par les jeunes. L’idée d’une insuffisance de revenus au moment de la retraite n’est pas sans conséquence sur la volonté d’épargner durant la période d’activité. Plus d’un Français sur deux affirment épargner pour sa retraite.

Cette méfiance face à la retraite future est très forte pour les cadres supérieurs (89 %). Elle peut se comprendre car d’ici 2050 leur taux de remplacement devrait chuter de 20 points. Plus les Français sont diplômés, plus la méfiance s’accroit (68 % pour les non diplômés contre 79 % pour les bac+2 et 76 % pour les BAC+3 et supérieurs).

11

01 2010

Le nuclaire en plein doutes

LE NUCLEAIRE EN DESHERENCE

53 centrales nucléaires sont en cours de construction à l’échelle mondiale ; plus d’une douzaine de nouvelles centrales devrait être lancée l’année prochaine. Le nucléaire constitue, en l’état actuel des techniques, la source d’énergie de substitution au pétrole la plus facilement mobilisable. Or, force est de constater que le nucléaire souffre aujourd’hui du désinvestissement effectué en la matière depuis vingt ans. Cette situation s’applique à la France mais aussi aux autres pays industrialisés.

Le monde compte aujourd’hui 436 réacteurs nucléaires dont 356 dits de deuxième génération à eau pressurisée. Les techniques utilisées datent des années cinquante. Si elles sont bien maîtrisées, elles ne sont pas exemptes de problèmes dont le principal est le retraitement des déchets. Par ailleurs, les réacteurs de seconde génération sont des consommateurs non négligeables d’uranium qui comme toute matière première n’est pas inépuisable.

Le lancement des centrales de 3ème génération devrait aboutir à améliorer le rendement énergétique sans tout en conservant les fondements des centrales actuelles. Des chercheurs contestent l’utilité de développer ces nouvelles centrales et demandent que les entreprises et les Etats investissent sur les réacteurs de 4ème génération qui n’utiliseraient plus l’eau pour refroidir mais des gaz comme l’hélium et le graphite comme modérateur. Ironie de l’histoire, ces réacteurs remettraient à l’honneur des techniques que la France avait développé en vain dans les années soixante.

Aujourd’hui, la France qui avait grâce au programme lancé sous Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing acquis une avance technologique a faute d’avoir investi perdu son leadership. Depuis 20 ans, il y a eu un désinvestissement financier et humain au point qu’il n’y a pas assez d’ingénieurs formés aux techniques de l’énergie nucléaire.

Ce désinvestissement est la conséquence du refus des pouvoirs publics de relever pour des raisons sociales le prix de l’électricité et la volonté d’EDF de conquérir des parts de marché à l’étranger. La France devenue exportatrice d’électricité a vécu sur la rente du nucléaire jusqu’à s’apercevoir qu’elle n’était pas éternelle. Il y a surtout une sous-évaluation de la progression de la demande en électricité et du coût d’entretien du parc vieillissant. Avec l’arrêt de la construction de nouvelles centrales depuis vingt ans, il a fallu allonger la durée de vie des centrales existantes aux prix de coûteux travaux et de rendements décroissants. La France est ainsi en passe de devenir importateur et de connaître les affres des délestages électriques…

La filière nucléaire est à reconstruire ce qui passe sans nul doute par une révision des tarifs et aussi par des efforts dans les domaines de la formation des ingénieurs et de la recherche.

11

12 2009

La nouvelle ruée vers l’or

L’once d’or tourne autour des 1200 dollars, un record. Il y a un an l’once ne valait que 771 dollars. Certes, entre temps, le dollar s’est déprécié mais pas aussi rapidement que la hausse du métal précieux.

Pour avoir une telle flambée de l’or, il faut revenir aux années 80 avec le deuxième choc pétrolier et l’effondrement du dollar.

Sur longue période, l’once d’or est resté relativement constant de 1791 à 1968. La mise à mal du système de Bretton Woods s’est accompagné du flambée de l’or au moment même où il perdait son statut d’étalon monétaire. Redevenu matière première comme une autre, l’or n’en demeure pas moins un des outils de réserver privilégié par les banques centrales.

Symbole de puissance, les banques centrales des pays occidentaux ont conservé leur or. Les ventes ont été jusqu’à maintenant réduites. Même quand des initiatives publiques ont été prises afin de liquider tout ou partie de l’or, elles ont avorté. L’accroissement de l’indépendance des banques centrales ont empêché ces dernières années que les gouvernement fassent main basse sur le stock d’or.

Aujourd’hui, il y a plusieurs facteurs qui expliquent l’envolée des cours.

La dépréciation du dollar comme dans le passé concourt à l’augmentation du prix de l’or qui joue le rôle de réserve. Il y a un effet direct. L’or étant évalué en dollar, la baisse de ce dernier entraîne une augmentation en valeur relative du premier. Par ailleurs, l’or est une valeur refuge. Dans les périodes troublées, dans les périodes de faibles taux d’intérêt, l’or a toujours eu tendance à s’apprécier.

Les pays émergents qui disposent d’importantes réserves achètent de l’or d’autant plus qu’ils n’en avaient que peu en stock. Il y a un rééquilibrage des réserves en or qui s’opère doucement. Les pays occidentaux demeurent les principaux détenteurs de réserve d’or, la France se situant au 5ème rang.

Début novembre, l’Inde achetait 200 tonnes d’or mises en vente par le FMI, pour un prix de 6,7 milliards de dollars. Cette transaction a fait passer son stock d’or du 14e au 11e rang mondial. Ses réserves atteignent désormais 557 tonnes. En mars, la Chine annonçait en avoir acquis 424 tonnes. D’autres pays émergents comme le Kazakhstan, l’Ukraine, le Mexique et surtout la Russie font partie des gros acheteurs réguliers. Les vendeurs sont plutôt les banques centrales des pays développés. La France, avec ses 500 tonnes vendues depuis la fin 2004, est le pays qui a le plus puisé dans ses réserves. Sur le seul premier semestre 2009, la Banque de France a écoulé 83 tonnes de métal jaune, ce qui en fait le plus gros pays vendeur au monde

En cinq ans, la France a vendu 500 tonnes d’or, soit un sixième de ses réserves. Des ventes qualifiées de « techniques », donc sans réelle stratégie. Dans le même temps, la Russie a acheté près de 100 tonnes d’or, faisant passer ses réserves de 480 à 568 tonnes.

Les pays émergents diversifient leurs actifs et tentent de se prémunir des effets de la baisse du dollar en achetant de l’or dont le prix n’est pas à l’abri d’amples fluctuations…

Les Banques centrales occidentales ont été incitées à vendre tant pour des raisons financières du fait du cours élevé de l’or que pour financer certaines de leurs opérations de sauvetage des places financières. Par ailleurs, il faut savoir que si la Banque de France est indépendante, ses bénéfices sont récupérées en grande partie par l’Etat…

Une autre raison de l’appréciation de l’or est liée à sa demande comme matière première qui demeure élevée en particulier dans l’informatique et du fait de ses caractéristiques dans des instruments techniques de précision or l’offre stagne. De nombreuses mines ont été fermées ces dernières années faute de rentabilité. Il faut plusieurs années pour les remettre en service. Avec le développement économique de l’Asie et de l’Amérique Latine, la demande en or ne peut que s’accroître.

08

12 2009

Attractivité fiscale de la France, quelques données

Selon une étude réalisée par PricewaterhouseCoopers à l’échelle mondiale, la France se classe au 59ème rang en matière d’attractivité fiscale en 2009 alors qu’elle occupait le 82ème rang en 2007 et le 66ème rang en 2008.

La France se caractérise par sa pression fiscale. Elle se classe pour ce domaine au 165me rang sur 183 pays testés. Elle a reculé de 5 places par rapport à 2008. Au niveau européen, seul l’Italie obtient un plus mauvais score.

Selon cette étude, 20 pays ont diminué leur pression fiscale et 18 ont simplifié leurs procédures fiscales.

Le cabinet PWC pour classer les pays a retenu trois critères :

- la pression fiscale

- la fréquence des paiements supportés ou recouvrés par les entreprises

- le temps nécessaire pour remplir les déclarations d’impôt

La France se situe au même niveau que l’Allemagne (67ème rang), légèrement devant les Etats-Unis (76ème) mais loin derrière le Royaume-Uni (12ème).

La France se distingue par le poids de sa pression fiscale (165ème contre 112ème pour l’Allemagne, 118ème pour les Etats-Unis et 67ème pour le Royaume-Uni.

Cette place de 165ème est imputable aux pois des cotisations sociales qui représentent 51,7 % du bénéfice avant prélèvement, l’impôt sur les sociétés en représentant 8,2 % et les autres taxes 5,9 %.

Au sein de l’Europe, arrivent en tête le Luxembourg, l’Irelande, le Danemark, les Pays Bas et le Royaume-Uni.

En revanche, la France est bien classée pour le nombre de paiement (9 contre 52 pour l’Allemagne, 30 pour les Etats-Unis et 14 pour le Royaume-Uni). Ce bon classement est lié à la généralisation du télépaiement. Il y en France en moyenne 7 paiements : IS (1), cotisations sociales (2) et autres (4).

En matière d’obligations déclaratives, la France se situe au 40ème rang devant l’Allemagne (73ème), les Etats-Unis (69ème) et le Japon (144ème). En revanche, le Royaume-Uni est devant (25ème). Au sein de l’Europe, la France arrive en 5ème position ; Sont en tête le Luxembourg, l’Irlande, l’Estonie, le Royaume-Uni et la Suède. Il faut, en moyenne, en France 132 heures pour faire face à ses obligations déclaratives fiscales dont 26 heures pour l’IS, 80 heures pour les cotisations sociales et 26 pour les impôts à la consommation.

Les pays en tête du peloton sont de petits Etats ayant des ressources naturelles : Maldives, Qatar, Hong Kong, UAE, Singapour, Irlande, Arabie saoudite, Oman, Nouvelle Zélande, Kiribati.

Les cinq derniers sont le Bélarusse, le Venezuela, l’Ukraine, le Congo et la République Centrafricaine.

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11 2009

Sortie au ralenti de la crise pour la France

Le taux de croissance de la France au 3ème trimestre 2009 n’a été que de 0,3 % quand les conjoncturistes attendaient 0,5 %. Notre pays obtient un moins bon résultat que ses principaux partenaires. Ainsi, l’Allemagne enregistre une hausse de son PIB, sur la même période, de 0,7 % et l’Italie de 0,6 %.

Ce piètre résultat qui est identique à celui du second trimestre témoigne de la faible réactivité de notre économie aux stimuli mis en œuvre depuis un an. La croissance a été portée par les exportations qui ont en effet augmenté de 2,3% sur le trimestre, bien plus que les importations (+0,4%). Cette situation marque une rupture par rapport à la tendance passée. Mais compte tenu du poids relativement faible de notre industrie, nous ne pouvons tirer un énorme profit de la reprise internationale. Les pays fortement exportateurs comme l’Allemagne bénéficient à plein de la reprise et en particulier du dynamisme asiatique.

Dans ces conditions, le taux de croissance pour 2010 ne devrait pas pouvoir être supérieur à 1,2/1,3 % en France même si de nombreux experts espèrent un meilleur quatrième trimestre avec un taux de croissance autour de 0,5 %.

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11 2009

Le grand emprunt, beaucoup de bruit pour rien ?

Emprunter pour construire demain n’est en soi pas scandaleux à condition que la rentabilité des investissements soient supérieux au coût de l’emprunt.

Est-ce que l’Etat, les pouvoirs publics, l’administration disposent des moyens pour sérier les bons investissements. Certains accordent à l’Etat et à ses serviteurs quelques hauteurs de vue supérieures à celles des banquiers, des hommes d’affaires…

Au regard de notre passé, le bilan n’est pas aussi évident. Fréquemment, l’avance française en matière de nucléaire est mise en avant tout comme le rôle des Présidents Pompidou et Giscard d’Estaing en la matière. Si le choix politique fut sans nul doute judicieux, le coût réel pour les pouvoirs publics peut être discuté. En effet, EDF a bénéficié d’une rente de situation qu’elle paie aujourd’hui avec un parc de centrales vieillissant. La recherche dans le domaine du nucléaire a pris du retard au risque de se faire dépasser par celle de la Chine.

Autre point fort mis en avant le TGV mais il faut souligner que le coût réel est sous-évalué car le fardeau de la construction a été transféré sur Réseau Ferré de France. Il faut aussi prendre toutes les charges de la SNCF que l’Etat et les collectivités locales prennent à sa charge Par ailleurs, le TGV français s’exporte aux comptes gouttes à la différence de celui de Siemens.

Le Concorde fut un très bel avion d’ingénieur qui ne se vendit jamais et qui eu une fin tragique. Espérons que le Rafale ne suive pas son exemple.

Il y a Airbus fruit d’une collaboration européenne qui fait jeu égal avec Boeing. Il faut noter que le choix d’une société devant chercher des financements publics et privés peut être porteur de succès. Sur ce créneau, il y a également ArianeEspace.

Plus franco-français, il y a France Telecom devenu Orange. Son caractère hybride ne l’a pas empêché de sortir de la route avec un endettement digne d’un Etat lors de la bulle Internet.

Dans la liste des échecs du volontarisme public, il y a eu les plans informatiques qui ont englouti des milliards sans permettre l’émergence d’une entreprise française digne de ce nom.

L’idée d’un grand emprunt décentralisé est archaïque au moment où l’économie est mondialisée et repose sur les réseaux. Il faudrait faciliter les financements publics/privés, ouvrir les centres de recherche français sur l’extérieur, leur faciliter les moyens de trouver des financements si leurs projets sont porteurs.

Il y aujourd’hui un potentiel de croissance sans précédent car jamais la planète n’a été doté d’équipes de chercheurs qui peuvent avoir accès à un grand nombre d’informations.

Il est inutile de construire après le CNRS une deuxième cathédrale de la recherche franco-française.

07

11 2009

La France électrique broie du noir

Le gestionnaire, Réseau de Transports d’Electricité, qui gère le réseau électrique et qi doit veiller à la bonne alimentation en électricité des consommateurs, a annoncé que la France devrait importer cet hiver d’importantes quantités d’électricité pour faire face à la demande. Autrefois, exportateur majeur en Europe, la France pourrait être même confrontée à des coupures dans le cadre de délestage.

Il était de bon ton de se moquer de l’Afrique du Sud ou de la Californie qui connaissent de tels déboires et de se réjouir des choix effectués à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix d’opter pour le nucléaire. Une fois de plus, le désinvestissement et une mauvaise appréciation des évolutions du marché ont mis à mal le beau château de cartes français.

Selon RTE « la disponibilité prévisionnelle du parc de production français pour cet hiver est en très net retrait par rapport à l’hiver dernier sur les mois de novembre à janvier ».

« L’arrivée de nouvelles centrales (principalement éoliennes et thermiques à flamme) ne compense pas la baisse conjoncturelle très prononcée de la disponibilité du parc de production français. »

Face à cette situation, RTE pense que des importations seront nécessaires de mi-novembre 2009 à fin janvier 2010 pour couvrir la consommation d’électricité en France.

« Le niveau d’importation estimé pourrait ainsi être de l’ordre de 4 000 MW de novembre 2009 à janvier 2010 »

En cas de vague de froid intense et durable, des délestages pourraient être effectués.

Cette situation est la conséquence du vieillissement du parc de centrales électriques qui date des années soixante-dix et quatre-vingt. La durée des travaux de maintenance s’allonge d’autant plus que cet été des grèves ont gêné leur réalisation.

La disponibilité des centrales atteint à peine 70 %.

Par ailleurs, la demande en énergie électrique s’accroit avec la tertiarisation de l’économie et la multiplication des équipements électriques fonctionnant en permanence. En outre, la demande qui se concentrait avant essentiellement l’hiver permettant de mener les travaux de maintenance sur un grand nombre d’équipements l’été se maintient à des niveaux élevés durant toute l’année en particulier avec la généralisation de la climatisation.

La décision d’allonger la durée de vie des centrales nucléaires de 10 ans était indispensable du fait de l’absence d’investissement en la matière depuis vingt ans mais elle ne résout pas l’ensemble du problème. Des centrales plus vieilles sont plus souvent en arrêt et coûtent plus chères à entretenir.

RTE en soulignant les risques de coupure rappelle qu’elle a pour mission de veiller à la bonne alimentation du réseau. Elle entend ainsi jouer son rôle de gardien et rappeler les opérateurs à leurs devoirs. C’est aussi une manière de mentionner que le marché a besoin de plusieurs opérateurs nationaux. Ainsi, GDF Suez devrait pouvoir construire tout type de centrales électriques.

Il faut souligner qu’une région française souffre déjà de délestage, la Corse, du fait qu’EDF a tardé à renouveler son parc de centrales et n’a toujours pas opté pour la construction de centrales au gaz moins polluantes ou pour celle de centrales au fuel…

Ce qui est certain c’est que nous ne pourrons plus nous moquer des Anglais ou des Américains.

31

10 2009

Friture sur la ligne ou fin du miracle électrique français

Le gestionnaire, Réseau de Transports d’Electricité, qui gère le réseau électrique et qi doit veiller à la bonne alimentation en électricité des consommateurs, a annoncé que la France devrait importer cet hiver d’importantes quantités d’électricité pour faire face à la demande. Autrefois, exportateur majeur en Europe, la France pourrait être même confrontée à des coupures dans le cadre de délestage.

Il était de bon ton de se moquer de l’Afrique du Sud ou de la Californie qui connaissent de tels déboires et de se réjouir des choix effectués à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix d’opter pour le nucléaire. Une fois de plus, le désinvestissement et une mauvaise appréciation des évolutions du marché ont mis à mal le beau château de cartes français.

Selon RTE « la disponibilité prévisionnelle du parc de production français pour cet hiver est en très net retrait par rapport à l’hiver dernier sur les mois de novembre à janvier ».

« L’arrivée de nouvelles centrales (principalement éoliennes et thermiques à flamme) ne compense pas la baisse conjoncturelle très prononcée de la disponibilité du parc de production français. »

Face à cette situation, RTE pense que des importations seront nécessaires de mi-novembre 2009 à fin janvier 2010 pour couvrir la consommation d’électricité en France.

« Le niveau d’importation estimé pourrait ainsi être de l’ordre de 4 000 MW de novembre 2009 à janvier 2010 »

En cas de vague de froid intense et durable, des délestages pourraient être effectués.

Cette situation est la conséquence du vieillissement du parc de centrales électriques qui date des années soixante-dix et quatre-vingt. La durée des travaux de maintenance s’allonge d’autant plus que cet été des grèves ont gêné leur réalisation.

La disponibilité des centrales atteint à peine 70 %.

Par ailleurs, la demande en énergie électrique s’accroit avec la tertiarisation de l’économie et la multiplication des équipements électriques fonctionnant en permanence. En outre, la demande qui se concentrait avant essentiellement l’hiver permettant de mener les travaux de maintenance sur un grand nombre d’équipements l’été se maintient à des niveaux élevés durant toute l’année en particulier avec la généralisation de la climatisation.

La décision d’allonger la durée de vie des centrales nucléaires de 10 ans était indispensable du fait de l’absence d’investissement en la matière depuis vingt ans mais elle ne résout pas l’ensemble du problème. Des centrales plus vieilles sont plus souvent en arrêt et coûtent plus chères à entretenir.

RTE en soulignant les risques de coupure rappelle qu’elle a pour mission de veiller à la bonne alimentation du réseau. Elle entend ainsi jouer son rôle de gardien et rappeler les opérateurs à leurs devoirs. C’est aussi une manière de mentionner que le marché a besoin de plusieurs opérateurs nationaux. Ainsi, GDF Suez devrait pouvoir construire tout type de centrales électriques.

Il faut souligner qu’une région française souffre déjà de délestage, la Corse, du fait qu’EDF a tardé à renouveler son parc de centrales et n’a toujours pas opté pour la construction de centrales au gaz moins polluantes ou pour celle de centrales au fuel…

Ce qui est certain c’est que nous ne pourrons plus nous moquer des Anglais ou des Américains.

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10 2009

Vive l’euro fort !

En France, il est de bon ton d’accuser la monnaie commune de tous les maux surtout quand elle s’apprécie.

Responsable de la baisse du pouvoir d’achat des Français au moment de son instauration, elle serait désormais coupable de tuer l’industrie en minant la compétitivité des produits « made in France ».

Le débat n’est pas récent ; il y a toujours eu dans notre pays un parti des dévaluationnistes qui bien souvent l’a emporté.

Pourtant, l’histoire récente démontre que les dévaluations n’offrent que des avantages éphémères à ceux qui les pratiquent. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler que l’Allemagne a toujours privilégié l’appréciation de sa monnaie durant les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt quand la France optait pour la dépréciation. La conséquence a été l’accumulation Outre-Rhin d’excédents commerciaux avec à la clef le maintien d’un fort secteur industriel quand la France se morfondait dans les déficits et la désindustrialisation.

Aujourd’hui, l’euro fort serait responsable de nos déficits commerciaux abyssaux, 55 milliards d’euros en 2008. Mais avec la même monnaie, l’Allemagne a enregistré un excédent de plus de 176 milliards d’euros et reste le premier exportateur mondial.

64 % des exportations françaises s’effectuent au sein l’Union européenne, 50 % au sein de la zone euro. Seules les grandes entreprises françaises sont présentes sur les marchés non européens. De ce fait, les variations de l’euro ont un impact limité sur la compétitivité des exportations françaises.

En revanche, un euro fort a plusieurs avantages ; il permet de réduire le montant des importations et en premier lieu des matières premières. En valorisant le capital des Etats membres, il génère un effet richesse non négligeable dans cette période de surendettement. Un euro fort devrait garantir le maintien de taux d’intérêt plus faibles d’autant plus que l’appréciation de la monnaie a un impact anti-inflationniste.

Enfin, l’appréciation de la monnaie européenne peut constituer un atout pour attirer des capitaux à la recherche de sécurité. La dépréciation du dollar diminue la valeur des placements effectués dans cette monnaie.

Loin d’être le fossoyeur de l’économie européenne, l’euro fort peut être un catalyseur de croissance en incitant les entreprises à se redéployer sur des secteurs porteurs et en attirant les capitaux nécessaire au bon développement de l’économie.

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10 2009

Comment abattre le mur de Berlin des 60 ans

60 ans, le mur de Berlin des Retraites

En 2010, pour la première fois, le déficit de l’assurance vieillesse dépassera les 10 milliards d’euros. La dégradation plus rapide que prévue est liée s’explique tout à la fois par la crise qui pèse sur la masse salariale et donc sur les cotisations mais aussi sur le nombre très élevé de départs à la retraite, plus de 650 000 par an. Malgré les demandes répétées des pouvoirs publics, les actifs partent à la retraite autour de 60 ans. Le taux d’emploi des 55/65 ans qui est de 38 % est loin de l’objectif fixé par l’Union européenne de 50 %. En outre, ce taux tombe à 17 % pour les plus de 60 ans.

Il y a un consensus social sur l’âge de retraite à 60 ans. Les employeurs ont intégré les souhaits de leurs salariés pour gérer leurs effectifs et leurs coûts. Un salarié âgé est réputé moins productif et coûte plus cher. En outre, dans l’inconscient collectif français, l’idée qu’un retraité de plus, c’est un chômeur de moins est une règle d’or même si toutes les études la contredisent.

La problématique de la retraite est connue ; le nombre de retraités augmente du fait de l’allongement de la durée de la vie. En 2030, l’espérance de vie dépassera 82 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes. Toujours en 2030, le nombre de retraités pourrait être supérieur à celui des actifs.

Face à ce constat, jusqu’à maintenant, les gouvernements ont opté pour une dégradation insidieuse du taux de remplacement, c’est-à-dire du montant de la pension versée par rapport au dernier salaire reçu. En retenant les simulations du Conseil d’Orientation des Retraites, d’ici 2050, la chute, avant même l’adoption de nouvelles réformes, serait de 10 à 20 points. Cette diminution de ce taux est accepté car non perceptible pour les actifs d’aujourd’hui. Par ailleurs, les retraités de 2009 disposent d’un pouvoir d’achat, en prenant en compte leur situation patrimoniale, équivalent voire supérieur à celui des actifs. Ils ne sont pas enclins à protester vis-à-vis de réformes qui ne les concernent que marginalement. La baisse du taux de remplacement s’explique essentiellement par le prise en compte des 25 meilleures années au lieu des dix et par le mécanisme de désindexation. Désormais, les droits accumulés durant la vie active comme la pension ne sont réévalués non pas en fonction des salaires mais de l’indice INSEE hors tabac. Il en résulte un décalage croissant entre le montant des pensions et des salaires. L’allongement de la durée de cotisation risque de peser sur le montant des droits pour ceux qui voudront partir avant d’avoir une retraite à taux plein qui est toujours accordé à 65 ans.

Une autre raison de la baisse du taux de remplacement est la diminution du rendement des régimes complémentaires qui reposent sur des systèmes par points. Ainsi, la valeur d’achat des points durant la période de constitution des droits à la retraite ne cesse d’augmenter quand la valeur de rachat, la valeur des points au moment de la liquidation de la retraite ne cesse de diminuer.

Depuis 1993, début des travaux d’Astérix en matière de refonte de notre système de retraite, les pouvoirs publics ont joué sur plusieurs curseurs : les modalités de calcul, la durée de cotisation passée de 37,5 à 41 ans, la désindexation, l’alignement des régimes spéciaux sur le régime général….

Il n’en demeure pas moins que du fait que la durée de la retraite a que doublé en cinquante ans et que l’entrée dans la vie active s’effectue de plus en plus tardivement, le mur des déficits liés à la retraite se rapproche à très grande vitesse.

Le curseur de l’âge légal de départ à la retraite n’a été évoqué que récemment car les fameux 60 ans sont considérés comme un acquis social jusqu’à maintenant non négociable. De toute façon pourquoi repousser cet âge quand le chômage s’accroît et que les entreprises licencient en priorité les seniors. Est-il nécessaire de transférer des caisses de retraite aux caisses de chômage le coût de l’inactivité ?

Néanmoins, ne faut-il pas s’interroger sur le bienfondé de cette exception française ? Tous nos partenaires européens ont porté l’âge légal de départ à la retraite à 65 ou e 67voire 69 ans pour tenir compte de l’allongement de la durée de la vie.

En conservant 60 ans, implicitement, les pouvoirs publics considèrent que dès 55 voire 50 ans un salarié est âgé. Le recul de la borne constituera un signal d’autant plus que les entreprises se doivent d’avoir des plans seniors à défaut de quoi elles acquitteront à compter du 1er janvier 2010 une contribution équivalente à 1 % de leur masse salariale.

Le passage à 62 voire 65 ans serait un signe fort adressé tout à la fois aux salariés et aux employeurs. D’autre part, ce serait tourner le dos aux thèses malthusiennes en vertu desquelles le départ des vieux salariés profite à l’emploi des jeunes. De toute façon, il apparaît opportun de reculer cet âge butoir compte tenu que la durée de cotisation a été allongée à 41 ans. Il faut savoir que l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22 ans.

Les simulations démontrent que le passage à 62 ans permettrait de réduire de près de 6 milliards d’euros le déficit de l’assurance-vieillesse.

Ce report à 62 ans de l’âge légal ne doit pas être considéré comme un recul social quand dans le même temps nous gagnons, chaque année, un trimestre d’espérance de vie. Il faudrait également s’interroger à terme sur la nécessité de repousser à 66 ou 67 ans l’âge à partir duquel la retraite à taux plein est accordée aux salariés.

L’équation est simple, soit nous acceptons une baisse du pouvoir d’achat des futurs retraites, soit pour le maintenir, nous acceptons, salariés et employeur, de prolonger la vie professionnelle au-delà de 60 ans.

Comment la France pourra-t-elle casser e fameux mur des 60 ans ? Les syndicats conditionnent le début d’éventuelles négociations sur le sujet par l’accord du patronat de prendre en compte la pénibilité du travail pour déterminer l’âge à partir duquel le salarié a le droit de toucher une pension. L’échec de la négociation sur la pénibilité en 2007 est, en partie, liée au refus de réinstaurer des régimes spéciaux et sur la définition même de la pénibilité.

Les conditions de travail évoluent en permanence. En outre ce qui est pénible à 50 ans ne l’est pas obligatoirement à 30. Par ailleurs, des facteurs extérieurs (vie privée, transports…) peuvent rendre plus ou moins pénible un emploi. Enfin, les actifs occupent un nombre croissant d’emplois durant leur vie. Une prise en compte de la dureté du travail est donc de plus en plus complexe surtout dans le système actuel de mode calculs. Il n’en demeure pas moins que les inégalités en matière d’espérance de vie sont en partie liées aux emplois occupés.

Le passage du régime général en système par points sur le modèle des régimes complémentaires permettrait une prise en compte fine de la pénibilité, un salarié exposé bénéficiant d’un surcroît de points.

De toute façon, le mur des 60 ans est une chimère coûteuse, intenable. Compte du montant de la dette publique, il convient d’éviter que son poids ne soit supporté que par une frange de plus en plus réduite de la population d’autant plus que derrière la question des retraites, il y a celle de la dépendance et de l’assurance-maladie…

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10 2009

60 ans, le mur de Berlin des Retraites

En 2010, pour la première fois, le déficit de l’assurance vieillesse dépassera les 10 milliards d’euros. La dégradation plus rapide que prévue est liée s’explique tout à la fois par la crise qui pèse sur la masse salariale et donc sur les cotisations mais aussi sur le nombre très élevé de départs à la retraite, plus de 650 000 par an. Malgré les demandes répétées des pouvoirs publics, les actifs partent à la retraite autour de 60 ans. Le taux d’emploi des 55/65 ans qui est de 38 % est loin de l’objectif fixé par l’Union européenne de 50 %. En outre, ce taux tombe à 17 % pour les plus de 60 ans.

Il y a un consensus social sur l’âge de retraite à 60 ans. Les employeurs ont intégré les souhaits de leurs salariés pour gérer leurs effectifs et leurs coûts. Un salarié âgé est réputé moins productif et coûte plus cher. En outre, dans l’inconscient collectif français, l’idée qu’un retraité de plus, c’est un chômeur de moins est une règle d’or même si toutes les études la contredisent.

La problématique de la retraite est connue ; le nombre de retraités augmente du fait de l’allongement de la durée de la vie. En 2030, l’espérance de vie dépassera 82 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes. Toujours en 2030, le nombre de retraités pourrait être supérieur à celui des actifs.

Face à ce constat, jusqu’à maintenant, les gouvernements ont opté pour une dégradation insidieuse du taux de remplacement, c’est-à-dire du montant de la pension versée par rapport au dernier salaire reçu. En retenant les simulations du Conseil d’Orientation des Retraites, d’ici 2050, la chute, avant même l’adoption de nouvelles réformes, serait de 10 à 20 points. Cette diminution de ce taux est accepté car non perceptible pour les actifs d’aujourd’hui. Par ailleurs, les retraités de 2009 disposent d’un pouvoir d’achat, en prenant en compte leur situation patrimoniale, équivalent voire supérieur à celui des actifs. Ils ne sont pas enclins à protester vis-à-vis de réformes qui ne les concernent que marginalement. La baisse du taux de remplacement s’explique essentiellement par le prise en compte des 25 meilleures années au lieu des dix et par le mécanisme de désindexation. Désormais, les droits accumulés durant la vie active comme la pension ne sont réévalués non pas en fonction des salaires mais de l’indice INSEE hors tabac. Il en résulte un décalage croissant entre le montant des pensions et des salaires. L’allongement de la durée de cotisation risque de peser sur le montant des droits pour ceux qui voudront partir avant d’avoir une retraite à taux plein qui est toujours accordé à 65 ans.

Une autre raison de la baisse du taux de remplacement est la diminution du rendement des régimes complémentaires qui reposent sur des systèmes par points. Ainsi, la valeur d’achat des points durant la période de constitution des droits à la retraite ne cesse d’augmenter quand la valeur de rachat, la valeur des points au moment de la liquidation de la retraite ne cesse de diminuer.

Depuis 1993, début des travaux d’Astérix en matière de refonte de notre système de retraite, les pouvoirs publics ont joué sur plusieurs curseurs : les modalités de calcul, la durée de cotisation passée de 37,5 à 41 ans, la désindexation, l’alignement des régimes spéciaux sur le régime général….

Il n’en demeure pas moins que du fait que la durée de la retraite a que doublé en cinquante ans et que l’entrée dans la vie active s’effectue de plus en plus tardivement, le mur des déficits liés à la retraite se rapproche à très grande vitesse.

Le curseur de l’âge légal de départ à la retraite n’a été évoqué que récemment car les fameux 60 ans sont considérés comme un acquis social jusqu’à maintenant non négociable. De toute façon pourquoi repousser cet âge quand le chômage s’accroît et que les entreprises licencient en priorité les seniors. Est-il nécessaire de transférer des caisses de retraite aux caisses de chômage le coût de l’inactivité ?

Néanmoins, ne faut-il pas s’interroger sur le bienfondé de cette exception française ? Tous nos partenaires européens ont porté l’âge légal de départ à la retraite à 65 ou e 67voire 69 ans pour tenir compte de l’allongement de la durée de la vie.

En conservant 60 ans, implicitement, les pouvoirs publics considèrent que dès 55 voire 50 ans un salarié est âgé. Le recul de la borne constituera un signal d’autant plus que les entreprises se doivent d’avoir des plans seniors à défaut de quoi elles acquitteront à compter du 1er janvier 2010 une contribution équivalente à 1 % de leur masse salariale.

Le passage à 62 voire 65 ans serait un signe fort adressé tout à la fois aux salariés et aux employeurs. D’autre part, ce serait tourner le dos aux thèses malthusiennes en vertu desquelles le départ des vieux salariés profite à l’emploi des jeunes. De toute façon, il apparaît opportun de reculer cet âge butoir compte tenu que la durée de cotisation a été allongée à 41 ans. Il faut savoir que l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22 ans.

Les simulations démontrent que le passage à 62 ans permettrait de réduire de près de 6 milliards d’euros le déficit de l’assurance-vieillesse.

Ce report à 62 ans de l’âge légal ne doit pas être considéré comme un recul social quand dans le même temps nous gagnons, chaque année, un trimestre d’espérance de vie. Il faudrait également s’interroger à terme sur la nécessité de repousser à 66 ou 67 ans l’âge à partir duquel la retraite à taux plein est accordée aux salariés.

L’équation est simple, soit nous acceptons une baisse du pouvoir d’achat des futurs retraites, soit pour le maintenir, nous acceptons, salariés et employeur, de prolonger la vie professionnelle au-delà de 60 ans.

Comment la France pourra-t-elle casser e fameux mur des 60 ans ? Les syndicats conditionnent le début d’éventuelles négociations sur le sujet par l’accord du patronat de prendre en compte la pénibilité du travail pour déterminer l’âge à partir duquel le salarié a le droit de toucher une pension. L’échec de la négociation sur la pénibilité en 2007 est, en partie, liée au refus de réinstaurer des régimes spéciaux et sur la définition même de la pénibilité.

Les conditions de travail évoluent en permanence. En outre ce qui est pénible à 50 ans ne l’est pas obligatoirement à 30. Par ailleurs, des facteurs extérieurs (vie privée, transports…) peuvent rendre plus ou moins pénible un emploi. Enfin, les actifs occupent un nombre croissant d’emplois durant leur vie. Une prise en compte de la dureté du travail est donc de plus en plus complexe surtout dans le système actuel de mode calculs. Il n’en demeure pas moins que les inégalités en matière d’espérance de vie sont en partie liées aux emplois occupés.

Le passage du régime général en système par points sur le modèle des régimes complémentaires permettrait une prise en compte fine de la pénibilité, un salarié exposé bénéficiant d’un surcroît de points.

De toute façon, le mur des 60 ans est une chimère coûteuse, intenable. Compte du montant de la dette publique, il convient d’éviter que son poids ne soit supporté que par une frange de plus en plus réduite de la population d’autant plus que derrière la question des retraites, il y a celle de la dépendance et de l’assurance-maladie…

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10 2009

Construisons et assouplissons !!!!

Selon une récente étude de l’INSEE portant sur 50 ans de consommation en France, la part des dépenses consacrées au logement est passée de 16 à 19 % de 1960 à 2009. Sur la même période, la population française a augmenté de plus de vingt millions d’habitants. Toujours sur la même période, le nombre de divorces a explosé, les naissances hors mariage sont devenues majoritaires, les familles se décomposent et recomposent. L’augmentation de la population tout comme la mutation des modes de vie ont pour conséquences une demande accrue de logements.

Dans les années soixante et soixante dix, des efforts massifs de construction ont en partie résorbé la crise du logement tout en générant vingt ans après la crise des banlieues.

L’accroissement du nombre de logements a permis à de nombreux Français de devenir propriétaire. Ainsi leur part au sein des ménages est passée de 45 % en 1973 à 54 % en 1988.

De 1984 à 2006, le nombre de résidences principales est passé de 20,5 à 26,9 millions mais cette hausse est imputable en très grande partie à l’augmentation du nombre de logements individuels (11,3 à 15,3 millions). Le nombre de logements collectifs n’est passé que de 9 à 11 millions.

La hausse de la part budgétaire consacrée au logement résulte tout à la fois d’un effet prix, le prix des loyers a progressé plus vite que l’inflation tout comme le prix de l’immobilier à l’achat, et d’un effet volume, la qualité et le nombre de pièces ayant augmenté.

Depuis les années quatre-vingt-dix, du fait de la montée des prix de l’immobilier et de la stagnation du pouvoir d’achat ainsi que la concentration de l’emploi désormais à 75 % tertiaire sur les grands centres urbains, les Français rencontrent de plus en plus de difficultés pour se loger.

Le durcissement des règles d’urbanisme, en particulier, dans les centres villes a eu pour conséquence d’étendre les banlieues et de rallonger les temps de transport. Les Français qui n’avaient pas la chance d’être propriétaire au début des années quatre-vingt-dix ont été bien souvent obligé surtout au moment de l’arrivée des enfants d’opter pour la banlieue. Ce phénomène explique le départ des classes moyennes des centres villes des grandes villes.

Si dans les pays de l’OCDE, la part consacrée au logement représente le principal poste de dépenses pour les ménages, la France se caractérise par son augmentation qui n’est le reflet que d’une pénurie.

Au moment où le développement durable devient une priorité, il apparaît nécessaire d’assouplir certaines contraintes urbanistiques qui, par ailleurs, transforment nos villes en musée au lieu d’en faire des centres de vie.

Il est stérile de refuser tout à la fois la construction de tours tout en exigeant de diminuer la circulation routière ou de protéger des espaces naturels. Il est tout aussi stérile de refuser la densification en habitats des villes tout en jouant les Don Quichotte en matière de droit au logement…

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09 2009

Philippe Crevel interviewé sur France 3 Rhône Alpes

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08 2009

Déficit d’énergie ou d’investissements

De nombreuses études économiques tablent sur une crise énergétique de grande ampleur dans les prochaines années, crise qui serait d’autant plus grave si la croissance était de retour. Il faut au préalable souligner que l’énergie sous sa forme pétrolière mais aussi sous les autres formes demeure peu coûteuse. Son prix a évolué moins rapidement que le PIB et que les prix. Du fait du mouvement erratique des cours, la sensibilité de l’opinion aux hausses est forte. Il n’en demeure pas moins que sur longue période, les prix des matières premières ont, en prenant en compte l’inflation et le niveau de vie, eu tendance à diminuer.

Cette crise énergétique serait liée à l’épuisement supposé du pétrole qui reste la matière énergétique clef du fait de ses caractéristiques (facilité de transport, multi-usage et rendement énergétique élevé) et à l’insuffisance de la production d’électricité.

Pour le pétrole, l’absence de transparence concernant le montant des réserves de pétrole ce qui permet aux producteurs et aux spéculateurs (qui peuvent être les mêmes) de jouer avec les cours, rend difficile toute prévision sur la production à venir.

En ce qui concerne l’électricité, les données sont connues. Compte tenu de l’évolution de la consommation, des ruptures d’alimentation en hiver comme en été peuvent intervenir dans les pays industrialisés d’ici deux à cinq ans. L’Afrique du Sud est obligée d’organiser des délestages et donc des coupures d’électricité dans certaines villes pour éviter l’effondrement de son réseau du fait d’une trop forte demande.

Que ce soit pour le pétrole ou pour l’électricité, le risque de déséquilibres entre offre et demande est intiment lié à un sous-investissement.

La production du pétrole est régie par la règle de la rente. Le coût moyen d’extraction avoisine les 5 dollars le baril dans les pays du Golfe. Ce coût atteint pour les forages en Mer du plus de 45 dollars le baril.

Le cours du pétrole varie depuis le contre-choc pétrolier de 1986 entre 20 et 150 dollars si l’on retient le pic de 2008. Du fait de la spéculation, du nombre réduit de nouveaux gisements découverts, le prix a une tendance naturelle à se caler sur le coût marginal de production. Il pourrait même à terme se caler sur le coût marginal de production à venir. Si à 20 dollars le baril, les compagnies pétrolières comme les pays producteurs ne sont pas incités à investir, il pourrait en être différemment avec des cours supérieurs à 60 ou 70 dollars le baril. Aujourd’hui, les gisements de pétrole sont exploités entre 30 et 45 % ; il serait possible en améliorant les techniques (envoi de gaz ou de sable sous pression) de récupérer au moins jusqu’à 50 % du pétrole. Par ailleurs, de nombreuses zones de l’hémisphère restent encore peu cartographiées. Les zones maritimes ou autour des pôles nécessitent des investissements importants mais pourraient comporter de nombreux champs.

Une autre voie qui est peu exploitée est la recherche pour améliorer le rendement énergétique du pétrole. Certes des progrès ont été réalisés surtout après le 1er et le second choc pétrolier mais depuis il y a un certain statuquo même le passage au dessus la barrière des 150 dollars le baril a relancé le débat en la matière.

Le sous-investissement chronique s’explique par la volonté des pays producteurs comme des compagnies de diversifier leurs ressources. Le pétrole étant voué à devenir une énergie du passé, il convient de préparer l’avenir en optant pour des actifs rémunérateurs et sûrs comme les bons du Trésor américains. Le pétrole compte tenu des rejets de gaz à effet de serre qu’il génère a mauvaise presse. Face à la menace des investisseurs institutionnels, des fonds de pensions de préconiser des placements vertueux, les compagnies pétrolières privilégient les placements compatibles avec l’éthique du fameux développement au détriment de leur cœur de métier.

L’économie mondiale a connu plusieurs changements d’énergie, le bois a été remplacé par le charbon qui lui-même l’a été par le pétrole. Nous ne sommes face à un problème inconnu même si le pétrole par ses qualités a permis une explosion de la puissance de déplacement et de production sans comparaison avec ce que nous avions connu dans le passé. Il n’y a jamais eu de monopole énergétique ; le bois était en concurrence avec l’eau et le vent puis rapidement avec le charbon. Le pétrole est en concurrence avec l’eau (à travers l’hydroélectricité et avec le nucléaire).

La force du pétrole provient de son intensité énergétique et sa facilité de stockage que nous ne retrouvons pas avec l’hydrogène ou avec le nucléaire…

L’électricité est une énergie secondaire car elle suppose l’existence d’une énergie primaire (pétrole, vent, solaire, nucléaire, eau…). Du fait de la construction de réseaux de plus en plus denses, cette énergie est accessible, au sein des pays développés, à tous ou presque. Nul ne s’étonne de pouvoir s’éclairer, de faire tourner un nombre accru de machine, de chauffer ou de refroidir son appartement ou ses bureaux de jour ou de nuit. Cette faculté n’est rendue possible que par la réalisation de nombreuses centrales. Or, dans la quasi-totalité des pays, depuis les années quatre-vingt, les investissements en matière de production d’énergie électrique ont été réduits.

Plusieurs raisons expliquent ce retournement. Les accidents nucléaires de Three Miles Island aux Etats-Unis et de Tchernobyl ont accru la contestation à l’égard de cette énergie dans de très nombreux pays. Les programmes de construction de centrales ont été arrêtés et dans certains pays comme en Allemagne, des plans de sortie du nucléaire ont même été adoptés.

Il y a eu également une sous-évaluation des besoins énergétiques d’ordre électrique. En France, il était même de bon ton d’indiquer que le parc nucléaire était disproportionné compte tenu de la demande. La tertiairisation des économies, le développement de l’informatique tout comme la multiplication des équipements exigeant de fortes puissances électriques ont déjoué les pronostics. Aux pics de production d’hiver en période de grand froid, il faut désormais ajouter ceux liés aux canicules qui poussent les particuliers comme les entreprises à utiliser leur système de climatisation.

Une autre explication du sous-investissement s’explique par le marché peu concurrentiel de l’énergie électrique avec l’existence de monopoles ou d’oligopoles nationaux. Le rôle des pouvoirs publics dans l’établissement des tarifs ne concourt pas à la mise en place d’un marché équilibré.

Les ententes sur les tarifs et les pressions des pouvoirs publics ont pour conséquences tout à la fois l’existence de rentes et d’endettement. Les compagnies n’ont pas été incitées à gérer au mieux leur parc reportant sur les gouvernements les décisions relatives aux investissements.

A défaut d’avoir investi à temps, EDF a été contrainte d’allonger la durée de vie de ses centrales nucléaires de 10 à 20 ans. Cet allongement aura pour conséquences un accroissement sensible du coût de l’électricité du fait des travaux à réaliser pour garantir un niveau de sécurité satisfaisant.

Le choix de l’allongement de la durée de vie s’est imposé comme l’unique solution car le lancement d’un nouveau programme ne portera ses effets que dans 10 ans or il faut d’ici là faire face à la demande.

Les énergies renouvelables restent pour le moment accessoires du fait de leur faible intensité énergétique. EDF obligé par l’Etat rachète à prix d’or la production électrique issue des éoliennes. En revanche, la France a accumulé un retard important dans le domaine de l’énergie solaire ; l’Allemagne a, en revanche, investi en la matière de manière plus importante.

L’utilisation de l’énergie électrique pour le transport bute toujours sur le problème des batteries. Elles cumulent une série d’handicaps : capacité réduite, durée de vie limitée et coût élevé. Même si des progrès ont été réalisés ces dernières années afin de réduire leur taille et leur poids, elles freinent le développement des véhicules électriques.

Les projets de voiture électrique butent sur le problème des batteries. Le projet de transformer les stations à essence en station de batteries dans lesquelles les automobilistes opéreraient un changement standard de batteries est évoqué.

Le domaine de l’énergie qui est la clef de voûte du système économique est un champ sans fin d’investissement. Au-delà des énergies traditionnelles, il y a évidemment les énergies naissantes ou émergentes qui exigent le lancement de programmes de recherche. Or, les pouvoirs publics et, en particulier l’Europe, semblent absents. Il y a une nouvelle frontière à franchir qui exige la mobilisation de nombreux acteurs.

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08 2009

Déficit d’énergie ou d’investissements

De nombreuses études économiques tablent sur une crise énergétique de grande ampleur dans les prochaines années, crise qui serait d’autant plus grave si la croissance était de retour. Il faut au préalable souligner que l’énergie sous sa forme pétrolière mais aussi sous les autres formes demeure peu coûteuse. Son prix a évolué moins rapidement que le PIB et que les prix. Du fait du mouvement erratique des cours, la sensibilité de l’opinion aux hausses est forte. Il n’en demeure pas moins que sur longue période, les prix des matières premières ont, en prenant en compte l’inflation et le niveau de vie, eu tendance à diminuer.

Cette crise énergétique serait liée à l’épuisement supposé du pétrole qui reste la matière énergétique clef du fait de ses caractéristiques (facilité de transport, multi-usage et rendement énergétique élevé) et à l’insuffisance de la production d’électricité.

Pour le pétrole, l’absence de transparence concernant le montant des réserves de pétrole ce qui permet aux producteurs et aux spéculateurs (qui peuvent être les mêmes) de jouer avec les cours, rend difficile toute prévision sur la production à venir.

En ce qui concerne l’électricité, les données sont connues. Compte tenu de l’évolution de la consommation, des ruptures d’alimentation en hiver comme en été peuvent intervenir dans les pays industrialisés d’ici deux à cinq ans. L’Afrique du Sud est obligée d’organiser des délestages et donc des coupures d’électricité dans certaines villes pour éviter l’effondrement de son réseau du fait d’une trop forte demande.

Que ce soit pour le pétrole ou pour l’électricité, le risque de déséquilibres entre offre et demande est intiment lié à un sous-investissement.

La production du pétrole est régie par la règle de la rente. Le coût moyen d’extraction avoisine les 5 dollars le baril dans les pays du Golfe. Ce coût atteint pour les forages en Mer du plus de 45 dollars le baril.

Le cours du pétrole varie depuis le contre-choc pétrolier de 1986 entre 20 et 150 dollars si l’on retient le pic de 2008. Du fait de la spéculation, du nombre réduit de nouveaux gisements découverts, le prix a une tendance naturelle à se caler sur le coût marginal de production. Il pourrait même à terme se caler sur le coût marginal de production à venir. Si à 20 dollars le baril, les compagnies pétrolières comme les pays producteurs ne sont pas incités à investir, il pourrait en être différemment avec des cours supérieurs à 60 ou 70 dollars le baril. Aujourd’hui, les gisements de pétrole sont exploités entre 30 et 45 % ; il serait possible en améliorant les techniques (envoi de gaz ou de sable sous pression) de récupérer au moins jusqu’à 50 % du pétrole. Par ailleurs, de nombreuses zones de l’hémisphère restent encore peu cartographiées. Les zones maritimes ou autour des pôles nécessitent des investissements importants mais pourraient comporter de nombreux champs.

Une autre voie qui est peu exploitée est la recherche pour améliorer le rendement énergétique du pétrole. Certes des progrès ont été réalisés surtout après le 1er et le second choc pétrolier mais depuis il y a un certain statuquo même le passage au dessus la barrière des 150 dollars le baril a relancé le débat en la matière.

Le sous-investissement chronique s’explique par la volonté des pays producteurs comme des compagnies de diversifier leurs ressources. Le pétrole étant voué à devenir une énergie du passé, il convient de préparer l’avenir en optant pour des actifs rémunérateurs et sûrs comme les bons du Trésor américains. Le pétrole compte tenu des rejets de gaz à effet de serre qu’il génère a mauvaise presse. Face à la menace des investisseurs institutionnels, des fonds de pensions de préconiser des placements vertueux, les compagnies pétrolières privilégient les placements compatibles avec l’éthique du fameux développement au détriment de leur cœur de métier.

L’économie mondiale a connu plusieurs changements d’énergie, le bois a été remplacé par le charbon qui lui-même l’a été par le pétrole. Nous ne sommes face à un problème inconnu même si le pétrole par ses qualités a permis une explosion de la puissance de déplacement et de production sans comparaison avec ce que nous avions connu dans le passé. Il n’y a jamais eu de monopole énergétique ; le bois était en concurrence avec l’eau et le vent puis rapidement avec le charbon. Le pétrole est en concurrence avec l’eau (à travers l’hydroélectricité et avec le nucléaire).

La force du pétrole provient de son intensité énergétique et sa facilité de stockage que nous ne retrouvons pas avec l’hydrogène ou avec le nucléaire…

L’électricité est une énergie secondaire car elle suppose l’existence d’une énergie primaire (pétrole, vent, solaire, nucléaire, eau…). Du fait de la construction de réseaux de plus en plus denses, cette énergie est accessible, au sein des pays développés, à tous ou presque. Nul ne s’étonne de pouvoir s’éclairer, de faire tourner un nombre accru de machine, de chauffer ou de refroidir son appartement ou ses bureaux de jour ou de nuit. Cette faculté n’est rendue possible que par la réalisation de nombreuses centrales. Or, dans la quasi-totalité des pays, depuis les années quatre-vingt, les investissements en matière de production d’énergie électrique ont été réduits.

Plusieurs raisons expliquent ce retournement. Les accidents nucléaires de Three Miles Island aux Etats-Unis et de Tchernobyl ont accru la contestation à l’égard de cette énergie dans de très nombreux pays. Les programmes de construction de centrales ont été arrêtés et dans certains pays comme en Allemagne, des plans de sortie du nucléaire ont même été adoptés.

Il y a eu également une sous-évaluation des besoins énergétiques d’ordre électrique. En France, il était même de bon ton d’indiquer que le parc nucléaire était disproportionné compte tenu de la demande. La tertiairisation des économies, le développement de l’informatique tout comme la multiplication des équipements exigeant de fortes puissances électriques ont déjoué les pronostics. Aux pics de production d’hiver en période de grand froid, il faut désormais ajouter ceux liés aux canicules qui poussent les particuliers comme les entreprises à utiliser leur système de climatisation.

Une autre explication du sous-investissement s’explique par le marché peu concurrentiel de l’énergie électrique avec l’existence de monopoles ou d’oligopoles nationaux. Le rôle des pouvoirs publics dans l’établissement des tarifs ne concourt pas à la mise en place d’un marché équilibré.

Les ententes sur les tarifs et les pressions des pouvoirs publics ont pour conséquences tout à la fois l’existence de rentes et d’endettement. Les compagnies n’ont pas été incitées à gérer au mieux leur parc reportant sur les gouvernements les décisions relatives aux investissements.

A défaut d’avoir investi à temps, EDF a été contrainte d’allonger la durée de vie de ses centrales nucléaires de 10 à 20 ans. Cet allongement aura pour conséquences un accroissement sensible du coût de l’électricité du fait des travaux à réaliser pour garantir un niveau de sécurité satisfaisant.

Le choix de l’allongement de la durée de vie s’est imposé comme l’unique solution car le lancement d’un nouveau programme ne portera ses effets que dans 10 ans or il faut d’ici là faire face à la demande.

Les énergies renouvelables restent pour le moment accessoires du fait de leur faible intensité énergétique. EDF obligé par l’Etat rachète à prix d’or la production électrique issue des éoliennes. En revanche, la France a accumulé un retard important dans le domaine de l’énergie solaire ; l’Allemagne a, en revanche, investi en la matière de manière plus importante.

L’utilisation de l’énergie électrique pour le transport bute toujours sur le problème des batteries. Elles cumulent une série d’handicaps : capacité réduite, durée de vie limitée et coût élevé. Même si des progrès ont été réalisés ces dernières années afin de réduire leur taille et leur poids, elles freinent le développement des véhicules électriques.

Les projets de voiture électrique butent sur le problème des batteries. Le projet de transformer les stations à essence en station de batteries dans lesquelles les automobilistes opéreraient un changement standard de batteries est évoqué.

Le domaine de l’énergie qui est la clef de voûte du système économique est un champ sans fin d’investissement. Au-delà des énergies traditionnelles, il y a évidemment les énergies naissantes ou émergentes qui exigent le lancement de programmes de recherche. Or, les pouvoirs publics et, en particulier l’Europe, semblent absents. Il y a une nouvelle frontière à franchir qui exige la mobilisation de nombreux acteurs.

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08 2009

Chômage, un bon signe ne fait pas l’été mais peut y aider !

Au mois de juin 2009, la France comptait 18 600 demandeurs d’emploi en moins soit un recul de 0,7 %. Cette baisse est la première depuis un an. Chez les moins de 25 ans, ce recul est de 3,9 %.

Cette diminution trouve ses sources tout à la fois dans la bonne tenue de la consommation de produits manufacturés, +1,4 % au mois de juin et dans les faibles entrées sur le marché du travail avec la proximité de l’été.

Les entreprises ont massivement déstockées depuis plus de six mois et sont, de ce fait, contraintes de remonter le niveau de production pour la rentrée. La légère reprise de l’industrie automobile peut expliquer également cette timide embellie.

Bien évidemment, le chiffre du mois de juin ne peut à lui seul prouver que la crise est terminée. La reprise française reste conditionnée à celle de l’Allemagne où des signes encourageants sont notés.

Il est certain que l’économie mondiale a atteint un pallier ; il reste à savoir si quelle sera la nature de la reprise, forte mais brève ou étale. Par ailleurs, le retour de l’inflation à l’horizon 2011 est toujours évoqué avec des taux de 3 à 5 %.

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07 2009

Quelques chiffres sur les PME

LES PME EN FRANCE

• Nombre d’entreprises : 2,7 millions • 2008 créations : 300 000 • Augmentation du stock : 75 000 • 60 % des entreprises n’ont pas de salarié

Taille de 0 à 100 millions d’euros (50)

Depuis plus de quinze ans, les deux tiers des emplois sont créés dans les PME

En France, 90 % des entreprises ont moins de 10 salariés et 99 % moins de 50 salariés.

0,7 % des entreprises ont en France entre 50 et 249 salariés contre 2,3 % en Allemagne

En Allemagne, 83 % ont moins de 10 salariés ; 97 % ont moins de 50 salariés

60 % des salariés travaillent dans une entreprise de moins de 250 salariés et 30 % dans une entreprise de moins de 50 salariés

55 % du CA est réalisé par des entreprises de moins de 250 salariés et 20 % par les entreprises de moins de 50 salariés

Investissement des institutionnels ds les PME : 0,4 % du PIB contre 1,20 % du PIB aux USA

Auto-entrepreneurs : 145 000 depuis la création

375 000 créations d’entreprises en un an

Délais de paiement 67 j en France contre 47 j en Allemagne

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07 2009

Production industrielle : la fin de la chute libre (mai 2009)

Au mois de mai 2009, la production industrielle de la zone euro s’est accrue de 0,5 %. Ce résultat tout juste positif est néanmoins inférieur aux prévisions de différents instituts qui tablaient sur une croissance de 1,4 %. Sur un an, la production industrielle a chuté de 17 %, soit une diminution sans précédent.

La France et l’Allemagne ont été les moteurs de la stabilisation avec une croissance de la production industrielle de respectivement de 2,6 % et 3,7 %. Sur un an, la production industrielle a chuté de 13 % en France et de 17 % en Allemagne.

La stabilisation de la production industrielle s’explique par les effets de la prime à la casse qui a été instituée dans 13 pays sur 27 en Europe. Ce sont les pays qui ont des entreprises automobiles qui connaissent le plus fort rebond.

La reprise économique dépend de celle du commerce mondial. En un an, les exportations allemandes se sont contractées de près de 25 %. Pour 2009, le commerce international devrait reculer de 10 points, soit la plus forte chute depuis 1950. Jusqu’à maintenant, les exportations augmentaient toujours plus vite que le PIB.

La fin de la prime à la casse risque de casser l’équilibre précaire de l’économie européenne. Il faut que le moteur des exportations reprennent afin que l’Allemagne puisse jouer son rôle de moteur de l’économie européenne.

la production industrielle dans la zone euro au mois de mai 2009

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07 2009

On the edge ou le curriculum des illusions


« ON THE EDGE »
ou
Curriculum des illusions

télécharger en pdf le roman
Propos introductif

Reykjavik, un jour de mars 2004

La bruine ruisselle par petites gouttes sur son visage, des drapeaux perdus en haut des mats longent la route, un silence nauséabond s’étale à l’infini ; il est là, seul, à regarder son désastre.

Il a trente, quarante, cent ou deux cents ans. Sa soif irraisonnée pour toutes les jouissances, pour tous les péchés l’a amené au bord du précipice. Il est comme le condamné à mort qui tente de rechercher le jour de la mauvaise bifurcation, du mauvais choix ; il trouve une, dix, cent dates, une dix, cent, des milliers de routes, de mauvaises routes, de voies sans retour…

Il est seul sur une île, l’Islande ; il ne comprend pas l’islandais, lui qui n’a jamais été doué pour apprentissage des langues étrangères. Comment pourra-t-il, abandonné de tous, s’en sortir ? Il y a bien longtemps que son portable ne sonne plus. Il y a bien longtemps qu’aucune femme ne lui a susurré « je t’aime ». Cruelle sentence pour un homme qui adore les villes, des villes comme Paris, Boston ou Chicago ; cruelle sentence que de déambuler sur une île blanche, une île dont la principale originalité a pour nom « geysers » ; cruelle sentence pour un homme qui a tenté d’échapper à la vie quotidienne.

Vous voudriez savoir comment Patrick Chauvel, le prénom et le nom de notre héros du jour, a été expulsé de France, comme il s’est fourvoyé ; comment malgré des atouts hors du commun, Méphistophélès a gagné la partie ?

Nous allons donc nous intéresser à Patrick, un homme qui a croisé la petite histoire d’une nation, vous savez ce pays qui se décline en exceptions, en particularismes, ce pays qui adore avoir raison contre tout le monde, surtout contre les Etats-Unis.

Nous nous égarons mais ce sera une habitude à accepter faute de quoi vous en serez de votre argent à moins que votre libraire accepte de reprendre ce livre. La vie de Patrick est, de toute façon, un véritable kaléidoscope, une accumulation d’égarements et de moult frustrations sociales et sexuelles….

Sa vie, c’est la politique, pas la grande, pas celle exposée dans le quotidien « Le Monde » ou dans l’hebdomadaire « Paris Match » ; Patrick a été avant tout un professionnel de la politique avec un petit « p ». Il a connu tous les méandres du milieu, son côté obscur, ses porte-flingues, ses médiocres, ses arapèdes …

Avant de commencer, un peu d’histoire n’est pas inutile. Il faut vous mettre dans l’ambiance de notre héros.

Le monde de Patrick, c’est celui que Nicolas Baverez appelle « les Trente Piteuses », les années qui suivent les années d’or que sont « les Trente Glorieuses », les années de l’après choc pétrolier de 1973 ; trente ans de crise économique, de chômage de masse, de déficits, de banlieues à problème, de violence ; trente ans, c’est plus qu’une génération. Une peste moderne s’est abattue sur un pays et sur Patrick.

Que faire quand on a vingt ans ? La révolution est une vieille idée qui ne faire rêver que de vieux barbus. La banlieue n’est rouge que du feu de la violence qui y règne. D’un côté, les blancs aisés vivent dans des réserves d’indiens ceinturés de cités sans âme en proie à toutes les errances Jouer à Robinson Crusoé sur le plateau du Larzac ? Déjà fait ! S’enrichir ? Pour cela il faut des relations !

Malgré son mal-être général, la France s’ennuie ; la révolution est cathodique ; la téléréalité en est son symbole. A quoi rêvent nos enfants ? Devenir une star ou l’illusion d’une star… Nos chers enfants brûlent les voitures de leurs voisins tout en rêvant à la « Star Ac » tout en s’accoutrant de fringues de marques « tombées du camion ». La contestation se réduit donc à un pseudo-paysan défendant la bonne bouffe française mise à mal par le grand capital anglo-saxon. De l’autre, un papy d’extrême droite prospère sur les incohérences des femmes et des hommes au pouvoir.

Plus d’Action Directe, plus de Mesrine, juste quelques Corses jouant de la dynamite et du plastique, juste José Bové qui détruit des plants transgéniques afin de défendre l’agriculture française dont le caractère alter-mondialiste n’est qu’une posture.

Patrick est convaincu qu’une voix l’a attiré dans le guêpier de la politique. A-t-il cru avoir un destin ? Peut-être ! Aujourd’hui, sans nul doute, il regrette bien que le virus de la politique ne s’éteigne jamais.

C’est à Reykjavik qu’il nous a autorisés à publier cet ouvrage. Il a donné carte blanche à son avocat pour étudier ce livre dont le cœur est constitué par l’autobiographie de Patrick. Par pudeur, l’avocat nous a enjoint de retirer quelques scènes pornographiques pour éviter des procès en cascade mais rassurez-vous, il en a laissé quelques unes ; il a également supprimé quelques noms de personnalités. Il le fallait bien, Patrick n’a pas les moyens de payer les procès en diffamation que ses propos pourraient générer. Nous espérons néanmoins que cette légère censure ne gênera pas la compréhension de l’ensemble du texte.

De toute façon, toute ressemblance avec des faits ou des situations ayant existé ou qui pourraient avoir existé est purement fortuite et indépendante de la volonté des auteurs, de Patrick, de l’éditeur et de qui vous voulez. Surtout n’oublions pas de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu ».

LE JOURNAL DE PATRICK

Document écrit par Patrick et remis par l’avocat à l’éditeur.

Un autre monde

Un jour de janvier 2004

Ces quinze dernières années, j’ai cohabité avec un nombre incroyable d’ordinateurs. Je n’ai pourtant jamais réussi à utiliser convenablement leur clavier ; je suis du genre manchot, je tape avec trois doigts et encore les bons jours. Pourtant, malgré ce handicap, j’ai réussi à écrire des milliers et des milliers de pages. Sans le savoir, certains d’entre vous les ont déjà entendues ou lues… Encore que, qui écoute ; qui lit les propos des hommes politiques ; qui parcourt le Journal Officiel ? Drogué à la politique, j’en ai oublié que le commun des mortels n’avait pas les yeux rivés sur un télescripteur ou sur les sites Internet consacrés à l’information, à l’actualité du Parlement ou du Gouvernement. J’ai toujours été surpris que mes rares connaissances évoluant en dehors du milieu puissent ne pas savoir le nom du Ministre de l’Economie ou celui du Ministre de la Justice, qu’ils ne soient pas au courant de la dernière altercation entre deux députés dans un couloir obscur de l’Assemblée nationale. Je ne comprenais pas que le Français ne prenne pas son petit déjeuner en jonglant d’Europe 1 à RTL en passant par France Inter tout en zappant de LCI à France 2 afin de ne manquer aucune des interviews des femmes et des hommes politiques. De même, je ne pouvais pas imaginer que le dimanche soir ne soit pas consacré à l’écoute du Grand Jury RTL et du Club de la Presse d’Europe 1.

Une oreille scotchée à la radio et un œil sur un écran télé, j’ai passé de longues heures à écrire. Au début de ma carrière, il y avait encore du papier, des stylos et des secrétaires. J’admirais ces jeunes femmes chargées de décrypter mon écriture de dingue, illisible, torturée à l’infini. L’ordinateur a changé le métier du nègre ou, pour être politiquement correct, du collaborateur, du pisse-copies ou de l’écrivain public. Nous avons progressivement perdu les secrétaires et les pauses café nous permettant de les draguer. Le travail est devenu plus solitaire. Désormais, les discours des hommes politiques comme certains livres, je ne dirai pas lesquelles, c’est déontologique, doivent plus au copier/coller de « Word » qu’au talent de leur auteur. Je me rappelle d’un collaborateur d’un ministre qui a réussi, pendant de très nombreuses années, à ne pas écrire une seule ligne tout en livrant à son patron une dizaine de discours par semaine. C’était le champion, hors catégorie, de l’assemblage de textes. Son ministre et la presse ne se sont jamais aperçus des plagiats.

Face à l’ordinateur, le plus difficile, pour ma pensée, fut d’oublier le glissement du Bic sur la feuille blanche au profit d’une vénérable coopération avec Monsieur Microsoft.

En ce début du mois de janvier, je dispose d’un cahier et de quelques stylos. Ils sont devant moi sur une petite table de bois, sans tiroir, une table d’écoliers des années soixante. Quand j’ai vu le trou de l’encrier, j’ai eu un sourire, le sourire de l’ironie, le sourire de la Madeleine de Proust. Je me suis souvenu des tables de l’école primaire de la rue d’Alger à Saint Germain en Laye. Je me suis aussi souvenu des coups de règles du maître…

Le gardien m’a donné le papier et les stylos après négociation et après versement d’un petit avantage. Tout s’achète en prison même les stylos. Oui, vous avez bien lu, je dors en prison, pour la première fois de ma vie.

J’ai toujours pensé que je n’y échapperais pas. Ce pressentiment s’est réalisé. Nous tentons toujours de nous préparer au pire ; mais, dans les faits, cet exercice intellectuel est vain.

J’ai sous-estimé la violence morale et physique de l’enfermement. Jusqu’à ce jour, je n’avais supporté qu’une seule contrainte, le service militaire, un jeu d’enfant, en comparaison d’autant plus que j’avais été pistonné. J’avais, certes, supporté d’autres douleurs morales comme la perte d’êtres chers ; mais rien de comparable à ce que je vis à l’intérieur de ces murs sombres.

Dans cette prison de la Santé, je suis dans le quartier des personnalités. J’en suis heureux car je n’avais pas envie de terminer dans une pièce de quelques mètres carrés avec des collègues d’infortune qui auraient aimé me visiter d’un peu trop près.

Cette vision m’horrifiait. Je ne voulais surtout pas donner raison à une rumeur tenace comme quoi j’étais homosexuel. Je suis assez susceptible sur le sujet car il y a quelques années, avant que ma vie ne bascule, un député avait osé pour me voler, à l’arraché, ma compagne, affirmer m’avoir surpris avec un homme dans un bureau de l’Assemblée nationale. En colportant cette rumeur de basse-cour, il avait eu raison de la fidélité de mon amie, mais justice fut rendue car elle lui faussa compagnie trois jours plus tard pour une équipée plus flatteuse avec un Ministre de la République. Cette mésaventure m’a valu le soutien de la communauté homosexuelle ; elle considérait qu’elle avait été salie par ce député réputé, par ailleurs, homophobe.

Ah ! Le milieu politique, avant de le détester, je l’ai adoré…

Mes gardiens ont lu la presse ; ils connaissent mon parcours. Ils auraient préféré que je sois ailleurs, ou, mieux encore, mort. Ils me jugent indigne du quartier VIP. Mes turpitudes étaient à leurs yeux bien trop faibles au regard de celles commises par les autres locataires. En outre, ma notoriété était nulle car je ne suis qu’un porte-coton or, aujourd’hui, c’est la notoriété qui fait l’homme et non ses actes.

Ce qui me manque le plus, ce sont mes albums des Rolling Stones, d’AC/DC, de Led Zep ou de Trust. Ils sont ma famille, la bande son de mon existence.

Incapable de demeurer inactif plus d’un quart de dixième de seconde, je me suis fixé un objectif : écrire mes mémoires.

Je suis un symbole, une icône de la révolte…. Je ne suis pas dupe que tout est marchand même les écrits d’un taulard. Aujourd’hui, si vous les lisez, c’est certainement que mon avocat avait une envie pressante d’agrandir sa demeure en Touraine, demeure fort sympathique qui jouxte celle de Sir Mick Jagger, le fameux « Château de la Fourchette », nom fabuleux pour un Anglais qui adore la France.

Certes, ce désir d’écrire n’est pas nouveau. Depuis de nombreuses années, je pensais rédiger mon autobiographie, tout à la fois pour donner un corps à mon errance, pour donner un coup de pied à cette société que j’ai combattue. Etre rebelle commence par les lettres, surtout dans un pays endormi en proie à la commémoration permanente d’un passé en coma dépassé. Pascal Bruckner a beau crié d’ouvrage en ouvrage, qu’il faut mettre un terme à la masturbation de la repentance, elle touche un nombre croissant de Français. Les psychanalystes ne font-ils pas fortune tout comme les laboratoires qui vendent des antidépresseurs.

Il y a quelques jours, quand la porte de la cellule s’est refermée, pour lutter contre l’angoisse du vide, de la fin anticipée d’une vie, je me suis répété que je pouvais enfin satisfaire ma soif d’écriture. Mais, trois à quatre minutes après, j’ai compris que la prison n’était pas le monde du silence que j’espérais. Les cris des prisonniers, le tintement des barreaux, celui occasionné par les cuillères, transformées en instruments de morse, les pas des gardiens, tout cela constitue un ronflement permanent qui vous enivre, qui vous obsède, qui vous paralyse de terreur. L’Exomile, le Prozac sont de meilleurs compagnons que le stylo. Face à moi-même, dans une pièce sans possibilité d’en sortir, ma préoccupation était de lutter contre la folie. Je comprends désormais la souffrance morale des membres d’Action Directe, emprisonnée depuis des années, victimes d’un harcèlement permanent de la part des autorités.

La vie carcérale est une dictature du temps ou plutôt une décadence du temps. Le défilement des secondes et des minutes n’a guère de signification sauf celle de vous rapprocher de votre libération et de votre mort. C’est une véritable destruction créatrice. C’est avant tout un gaspillage de la matière la plus chère au monde, l’Homme. Dictature du temps car toute la vie en prison s’effectue en vertu d’un horaire fixe et répétitif, un horaire sans valeur car tout vous échappe. Vous n’en êtes plus maître. Il ne vous appartient plus. Il est entre des mains ennemies. Cette destruction, cette consommation inutile du temps ressemble néanmoins à un fil d’espoir car son écoulement constitue un progrès vers la liberté, Pour coller à la vie, pour ne pas tomber dans une dépression, j’ai utilisé les plages de liberté intérieure pour décrire ma vie ou plutôt mes vies.

Drôle de vie, sans ligne si ce n’est que celle de servir des hommes politiques. J’ai toujours vécu « on the edge », toujours entre deux eaux ; entre celle des classes dirigeantes et celle des classes laborieuses. Depuis ma naissance, je passe des palaces les plus huppés aux chambres de bonnes les plus sordides, des hôtels particuliers aux maisonnettes de banlieues ou de province profonde. J’ai sali les tapis de l’Elysée, de Matignon, des hôtels particuliers tout en fréquentant des bars minables et des chambres de passe. J’ai embrassé, et souvent bien plus, des femmes dont le patrimoine dépassait plusieurs centaines de millions d’euros. J’ai connu de riches héritières, des descendantes d’illustres personnalités, des femmes de ministres abandonnées. J’ai dépensé des milliers d’euros pour découvrir le corps de superbes escort-girl mais aussi couché avec des putes pour moins de 30 euros.

C’est une question de destin, de fatalité. C’est au nom de ces deux compagnons de route que ma vie se déroule toujours à la limite ou plutôt toujours un pied ou deux, au gré des circonstances, du bon ou du mauvais côté.

Ce goût pour le monde interlope, je l’ai ressenti dès les premières affres de l’adolescence. Je pense que je l’ai toujours eu ; il est inscrit dans mes gènes. En recherchant le parcours professionnel de mes aïeux, j’ai trouvé un fil rouge, celui de la folie, de l’illusion, de la déraison. Alcooliques, suicidés, déviants sexuels, ma famille, c’est la galerie des horreurs ou des anormaux. Je pourrais égrener longtemps les membres de ma famille tentant de colmater leurs failles ; ils composent une sorte de grotte d’Ali Baba d’un genre particulier. Les fous, les voyous, les mythomanes, les nymphomanes peuplent à l’infini mon arbre généalogique. Au fil des pages, vous en découvrirez certains. Qui sait, un jour si j’ai le temps, je leur consacrerai un livre.

L’étrangeté cohabite avec la recherche de la destinée. Une des mes deux grand-mères a ainsi passé son temps à changer de religion. Elle a été juive, protestante, catholique puis témoin de Jéhovah. Elle a respecté à la lettre tous les rites religieux, tous les interdits, tous les rites. Quand je lui rendais visite, je ne savais plus quoi lui offrir… J’ai eu un grand oncle qui a fait fortune dans le pain industriel avant de terminer sous un pont. Chez nous, la caractéristique première est le goût pour l’extrême, pour les parcours jalonnés d’échecs et de victoires, de sombres coursives et de grandes allées…

Venins mineurs

Avant de vous expliquer comment j’en suis arrivé à être derrière ces putains de barreaux, il faut bien que je vous parle de ma jeunesse sinon, je le sais, avec certitude, que vous ressentiriez un manque.

Rien d’original, je suis un enfant de la classe moyenne, de cette classe qui s’est construite avec les Trente glorieuses, par et avec les baby-boomers dont les rêves révolutionnaires périssent, aujourd’hui, dans le poujadisme ou dans le « boboïsme ». Avec la croissance dont nous avons aujourd’hui oublié la recette, des millions de Français dont les aïeux étaient de pauvres et braves paysans ou de petits employés ont été propulsés dans les délices de la société de consommation.

Si mes grands-parents maternels vivaient dans une petite ferme de Normandie au confort rlimité, mes parents habitaient dans un bel appartement bourgeois à Saint Germain en Laye.

Ca vous fait rêver. Et oui, elle semble loin cette époque ; les enfants d’après 1968 se battent, non pas pour dépasser matériellement leurs parents, mais pour maintenir leur niveau de vie. C’est à ce signe que le déclin d’un pays se mesure. L’espoir a disparu, le progrès est devenu un concept plus qu’une réalité.

Revenons à ma famille ; je vous passe les six premières années de mon existence… Oh ! Elles sont, sans nul doute, riches d’enseignements mais personne ne me les a racontées ; alors à vous de les imaginer, à vous de tracer les grandes lignes de ma petite enfance. Votre statut de lecteur ne vous donne pas le droit d’être passif ; en vous mêlant de mon histoire, vous en devenez acteur. Et puis, je vous l’avoue, je hais les psychanalystes (sauf le mien) qui expliquent toute votre vie à partir des actes de votre petite enfance.

A six ans, j’habitais donc à Saint Germain en Laye, sous-préfecture des Yvelines, la ville bobo avant l’heure avec son château, sa terrasse, sa forêt, son maire, à l’époque, Michel Péricard, l’inventeur de l’écologie télévisuelle avec son émission « La France défigurée ». Tout y est propre, les pauvres ont été cantonnés dans une ZUP en contrebas de la vieille ville de telle façon qu’ils ne viennent pas gâcher le petit paradis à bourgeois.

Ma Famille, un frère, une sœur, un père, un cadre travaillant dans le secteur du bâtiment ; il passait son temps à corrompre, les hommes politiques, les roitelets en tout genre, les Africains, les Asiatiques…. Pour lui, un homme politique est une proie ouverte à toutes les tentations. J’ai eu, ainsi, dès mon plus jeune âge, une vision assez crue de ce bas monde. A la maison, l’argent liquide, les livres pornographiques et les call-girls cohabitaient ou plutôt circulaient assez librement…

Pour mes trente ans, mon père me révéla le nom des politiciens qu’il avait corrompus ; tout le gotha y était passé. Surtout, il me répéta que nous appartenions à la même caste. Lui était un porte-coton du grand capital, moi une pute au service des élus. Il n’a jamais su que l’élève avait très certainement dépassé le maître dans l’art d’être un pourri et que le mot « pute » était plus que parfait.

De son côté, ma mère était une amatrice de tableaux contemporains ; elle organisait des expositions dans des galeries à proximité du château de Saint Germain. Passionnée de Nicolas de Staël, de Dubuffet ou de Matisse ; elle parcourait l’Europe pour ne manquer aucune des grandes expositions. Elle était ailleurs ; elle s’était bâtie un univers loin de mon père et même de ses enfants. Elle préférait ses huiles, ses croquis au monde humain. Jolie, de grands yeux verts ouverts sur un monde dont elle ne partageait aucune valeur, elle était une étoile filante. Je ne l’ai pas revu depuis des années ; elle n’avait pas admis mon goût immodéré pour la politique ; elle me rêvait en artiste et non en valet de chambre de la classe politique. Un soir, elle est partie, en silence, du domicile conjugal pour l’Argentine. J’ai appris, par hasard, qu’elle vivait avec un sculpteur dénommé « Ferrari », un beau destin pour une femme souhaitant échapper à la banalité de la vie…

Au vu de ces quelques éléments, vous seriez enclin à penser que je suis un petit con de bourgeois. Certes, j’en ai quelques-unes des caractéristiques mais cela ne masque qu’à peine mes origines. Ma grand-mère paternelle était une enfant de l’assistance publique ; ma mère était issue d’une famille ruinée par la seconde guerre mondiale. Je n’ai jamais compris de quel côté ses parents se trouvaient durant le conflit. Je crois qu’à défaut d’avoir choisi, ils ont été punis de ne pas avoir pu masquer leur hésitation. A moitié juifs, à moitié riches, non natifs de Normandie où ils résidaient depuis la première guerre mondiale, ils avaient tout pour être de parfaits coupables.

Je me souviens de ma grand-mère maternelle me racontant comment les collabos dans le département de l’Eure, avant tout des voyous, se sont transformés en résistants en juin 1944 ou pire qu’ils étaient, en fonction de l’heure ou du jour, résistants ou collabos. Elle me fit rire en soulignant que ces petites frappes, lors de l’arrivée de l’armée américaine avaient le plus grand mal à anticiper les mouvements de troupes ; ils sortaient à contretemps, au risque d’y laisser leur peau, la bannière étoilée ou le funeste drapeau à la croix gammée. A ses yeux, ce fut la seule fois où ils prirent des risques.

La culture profonde de ma famille paternelle et maternelle était paysanne et ouvrière. Plusieurs membres de ma famille appartenaient au Parti communiste. Le dimanche, la lecture de l’Humanité faisait office de messe. Moscou, c’était leur Rome, leur Mecque. Quand ils s’y rendaient, il y avait des festins sans fin pour raconter le paradis des travailleurs. Même ma grand-mère paternelle, officiellement de droite, y est allée. Le Parti offrait des voyages aux ouvriers ainsi qu’aux retraités méritants. Pour expliquer ce voyage, elle m’avoua qu’un cadeau même donné par le PC ne se refuse pas.

Mon père, au sein de cette famille, était un marginal. Sa réussite sociale, ses goûts pour les voitures et les femmes de luxe l’ont isolé. Dès ma prime jeunesse, mes liens avec mes oncles et tantes se sont limités, de ce fait, à un ou deux déjeuners par an. Je n’étais pas des leurs. Ils me regardaient comme une bête étrange. De leur visage sortaient des rictus de haine. J’en avais peur ; dans mon univers d’enfant, ils étaient l’avant-garde soviétique ; ils représentaient, à mes yeux, les méchants au couteau entre les dents.
Child of the moon

Je n’étais pas mal élevé ; je n’étais pas élevé du tout. Pas un enfant sauvage, mais un enfant connaissant mieux ses voisins et ses baby-sitters que ses parents. Très rapidement, j’ai pris conscience que mon salut ne reposerait que sur mes épaules. J’ai surtout compris que la trahison et la solitude me hanteraient toute ma vie.

Bizarrement, mon frère et ma sœur se sont entraidés pour palier à l’absence d’éducation. Il n’est donc pas étonnant qu’au fil des années, je les ai perdus de vue. Je n’ai jamais appartenu à leur clan ; je n’ai jamais participé à leurs jeux ; j’ai toujours privilégié les relations extérieures. Ils étaient des enfants sages sans problème. Le démon a passé son chemin le jour de leur naissance considérant qu’il avait déjà été suffisamment sévère vis-à-vis de notre famille en pariant sur moi.

Durant mon enfance, j’ai eu deux surnoms contradictoires mais résumant, à merveille, toute ma vie. J’étais dénommé « regard de cocker » ou « petit Lucifer ». Mes yeux, la seule lueur d’enfant qui attirait la sympathie des vieilles dames, des mères de famille. C’est ainsi qu’un dimanche midi qu’une vieille Anglaise, quai Solferino, juste à côté du Musée d’Orsay, m’arrêta durant mon footing pour me dire qu’elle n’avait jamais vu un tel regard, je devais avoir une trentaine d’années, elle m’invita dans sa chambre au Lutetia pour l’analyser de plus près. Il faut bien que le diable ait quelques armes pour pervertir.

Quel a été mon quotidien avant d’entrer dans l’adolescence ? Nous vivions au rythme des réceptions mondaines de mes parents durant lesquelles se côtoyaient politiques, hommes d’affaires et artistes. La volonté de mes parents de monter leur réussite, de montrer qu’ils approchaient de la haute société les hantait. Les jours de réception, c’était le cirque à la maison. En rentrant de l’école, vers cinq heures, le personnel des traiteurs prenait possession de la maison. La cuisine était transformée en chantier tout comme le couloir. J’étais alors relégué dans ma chambre ou chez des voisins. C’était fête ; j’échappais aux contraintes familiales tout en sachant que le lendemain je pourrais voler les restes. Mon régime alimentaire était surveillé de très près, mon père m’ayant programmé pour être un champion de sport. Il n’a pas été déçu des résultats sauf à considérer la politique comme un sport. Dès que j’en avais l’occasion je tentais de mettre de côté des substances interdites comme le chocolat ou les gâteaux, transformant ainsi le dessous de mon lit en un imposant garde-manger.

En dehors des réceptions, ma vie était rythmée par les activités sportives, le mercredi et le week-end, nous avions nos habitudes au club house du golf de Saint Germain ainsi qu’à celui du tennis. J’aurais aimé passer mon temps à lire or j’étais condamné au sport de compétition. S’entraîner, combattre, éliminer l’adversaire, cette éducation me fatiguait ; je me rêvais en écrivain, en musicien… pas encore en rock star bien que ma rencontre sonore avec Mick Jagger intervint dès 1973 avec l’écoute du morceau, « dancing with mister D ».

Régulièrement, nous passions les fins de semaine à Deauville ; nous allions d’un palace à un autre, « Le Royal » ou « Le Normandy ». J’ai toujours eu une petite préférence pour « Le Normandy » avec ses poutres, son style anglo-normand, sa piscine intérieure et son bar dans lequel se prélassait régulièrement Serge Gainsbourg. Lors de ces week-ends normands, hormis le shopping dans des boutiques qui ressemblaient à celles de Paris nous nous rendions chez des connaissances, les mêmes que ceux nous voyions défiler à Saint Germain en Laye. Nous participions ainsi à la transhumance de fin de semaine des parisiens ; le troupeau se regroupant le dimanche à partir de 19 heures en file indienne pour rejoindre la capitale. Trente ans après, la transhumance perdure même si elle est un peu moins chic, les classes supérieures préférant désormais les chasses de Sologne voire des virées au quatre coin du monde.

Autre image qui me parvient de cet âge bien lointain, celle d’une enfance à deux têtes. J’évoluais entre deux vies. Quand mes parents étaient présents ou quand ils avaient décidé de s’occuper de leurs enfants, j’étais soumis à un régime dictatorial. Chaque jour, le week-end compris, le réveil était fixé à 6 heures trente, 7 heures pour les deux cadets ; j’avais comme mission de préparer, pour l’ensemble de la famille, le petit déjeuner, de ranger la chambre et de relire mes devoirs. Les taches ménagères m’apparaissaient d’autant plus absurdes que nous avions une étudiante, américaine, à demeure chargée de nous apprendre l’anglais, de nettoyer l’appartement et de distraire mon père. Ces horaires spartiates étaient des réminiscences de la culture populaire de mon père ; le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt…

Cet enfer avait comme qualité de ne jamais durer très longtemps.

Notre seconde vie était tout autre. Notre père avait, en effet, toujours l’excellente idée de se trouver quelques déplacements rendus nécessaires par ses multiples activités professionnelles et sentimentales ; sexuelles pour être plus honnête ; ce qui incitait notre mère à se confectionner, en parallèle et en réponse, de nombreux voyages de même nature. Nous nous retrouvions, ainsi, seuls avec notre étudiante américaine. Ce n’était pas toujours la même, le turn over étant assez élevé mais les critères physiques avaient été définis une fois pour toute, brune, grande, un mètre soixante quinze minimum, et mince.

Durant toute mon enfance, j’ai constaté que les baby-sitters, dès que l’autorité parentale et donc hiérarchique disparaissait, avaient tendance à prendre possession des lieux. En moins de quelques heures, leurs amis débarquaient, fumaient, se vautraient sur les fauteuils et dans les lits, faisaient l’amour sans porter la moindre attention aux enfants à qui ils étaient censés montrer l’exemple. Dès l’âge de six ans, j’ai ainsi eu le double privilège de voir de jeunes corps s’entrelacés et de sentir l’odeur du shit ; j’ai toujours adoré cette odeur défendue, cette odeur suave, immédiatement reconnaissable.

Parmi les symboles extérieurs de richesse de ma famille figurait, en bonne place, bien évidemment la voiture de sport, de marque étrangère, voiture de couleur métallisée, sièges en cuir. A bord, mon plaisir consistait à fixer l’aiguille du compteur de vitesse surtout lorsqu’elle atteignait le chiffre « 200 ». Ce plaisir fut décuplé après l’adoption des limitations de vitesse. Ce goût de la vitesse, cette recherche de puissance a servi de guide à mon existence ; une puissance intériorisée, mal contrôlée. En revenant en voiture d’un examen à Arcueil, je devais avoir 18 ou 19 ans, à la Porte d’Orléans, en regardant les trottoirs noirs d’une foule de gens sans visage, aux amis qui m’accompagnaient, j’ai lancé d’un ton neutre que j’aimerais envoyer une rafale de mitraillette afin de massacrer tous ces cons. Je les ai choqués ; je ne les ai jamais revus. L’acte gratuit à la Gide, le terrorisme, façon bande à Bader ou Action Directe, m’ont toujours intrigué et attiré. La violence est une forme de vitesse. Souvent, cette volonté de nettoyer, de recourir aux armes me hante. La guerre, le meurtre sont tapis au fond de nous. Côtoyant dès le plus jeune âge les milieux interlopes, je me suis rêvé bandit, terroriste et les bons jours espion. Passé inaperçu, joué double jeu, triché avec soi comme avec les autres, ce sont mes fantasmes.

Comme tous les enfants, j’ai aimé briser les interdits. A la différence de beaucoup de mes camarades, je n’ai jamais su m’arrêter tant dans le temps qu’en intensité. Même aujourd’hui, j’ai du mal à réfréner mes pulsions. Si je passe devant une prostituée, même moche, même âgée, par jeu je claquerai quelques billets pour passer dix minutes avec elle. Je ne cherche ni la possession de l’autre, ni la jouissance ; je n’assouvis pas un désir particulier, j’aime le geste pour le geste. Je réalise un pari intérieur, ma capacité à monter dans sa chambre sordide, à casser les interdits moraux. Je me souviens d’une passe avec une femme de plus de soixante ans, décharnée, sans sein, certainement atteinte du Sida. Côtoyer la mort, jouer à la roulette russe, être amoral pour cracher mon dégoût de cette société et pour récuser la vie, ma vie. Je ne jouis pas de l’acte mais de la situation, je ne jouis pas physiquement mais intellectuellement. C’est l’avilissement qui m’excite plus que l’étreinte des corps. C’est le pouvoir plus que son exercice qui m’excite. Sur ce sujet, un soir, au sixième étage d’un Ministère, une collaboratrice d’un Ministre devant tous les membres du cabinet hurla que le pouvoir la faisait jouir. Sa phrase pétrifia l’assemblée car elle était sortie de sa bouche comme un cri, un râle d’orgasme. Elle ne comprit pas l’étonnement d’un grand nombre de présents. D’un regard, je lui fis comprendre que ses propos étaient inhabituels dans le monde des cabinets. En étant franche, cette collaboratrice démontrait à tous qu’une femme pouvait avoir les mêmes pulsions qu’un homme face au pouvoir.

Flipper : « tu as trois balles, la première tu es un môme »
(Téléphone-Jean Louis Aubert-Bertignac)

J’ai révélé mon talent de briseur de règles dès le début des années soixante-dix. Ces années étaient celles du bonheur immédiat, de l’insouciance, du laisser-aller. Les contraintes, les normes sautaient les unes après les autres. C’est bien le problème de ma génération. Il n’y avait pas de liberté à conquérir ; elles venaient à nous d’un pas alerte. Ils suffisaient de cueillir celles qui tombaient des paniers tenus par nos parents. Elles étaient encore assez neuves pour être désirables ; leur banalisation n’allait pas tarder ; aujourd’hui comme tout est possible, tout a été fait ou presque, l’absence de normes cohabite même avec l’idée d’un retour à un pseudo ordre moral décharné, de façade. Il y a quelques années, un jeune de vingt cinq ans me demanda durant plus de deux heures de lui raconter les années soixante-dix, années qui pour lui signifiaient la liberté, la légèreté… Je n’avais pourtant pas à l’époque l’impression de vivre un conte de fées.

Revenons donc aux années d’avant la crise de 1973, d’avant les limitations de vitesse. Elles n’étaient pas si belles ; des bidonvilles enserraient Paris, les radios comme les rares chaînes de télévision étaient sous contrôle, la peine de mort raccourcissait pour l’exemple des condamnés à la culpabilité variable… Mais la légende veut que la France était heureuse.

A sept ans, l’âge dit de raison, j’ai organisé, avec méthode, mon premier trafic, un trafic de livres érotiques et pornographiques. J’ai commencé par emprunter les livres de mes parents cachés sous leur lit, à les montrer à mes copains. Devant leur empressement à me les prendre j’ai décidé de leur louer, « business is business ». Le stock parental, important mais pas inépuisable ne me permettait pas d’irriguer le marché, il a fallu, de ce fait, trouver de nouvelles sources d’approvisionnement et procéder à des échanges. Pour cela, je me suis associé avec un de mes camarades, Alain H, qui habitait au rez-de-chaussée dans le même immeuble que moi. Ces parents étaient également des adeptes de livres pornographiques ; ils avaient une collection impressionnante de plusieurs centaines de livres en provenance de tous les continents. Je sus, des années plus tard, que les partouzes chez les H figuraient parmi les plus réputées de la bonne bourgeoisie saint-germanoise. En alimentant nos petits camarades, nous améliorions notre argent de poche. Ce trafic dura trois mois. Un soir, mon père me convoqua pour me demander comment il avait hérité de livres qu’il n’avait pas achetés et pourquoi son stock avait diminué. Je devins rouge vif et ne pus donner aucune explication. Mon père ne me gronda pas ; il changea simplement les livres de place ; il en fut de même chez les parents d’Alain. Je fus surpris par cette absence de sanction. Même si je ne comprenais pas complètement toute la portée de ses corps dénudés, de ses positions lascives, je savais que les livres pornographiques étaient interdits aux enfants. J’en déduis que la violation de l’interdit n’entraîne pas obligatoirement une punition. Elle peut même être une source d’hilarité. En effet, quelques jours plus tard, en écoutant discrètement mes parents raconter à plusieurs de leurs amis mes vols d’ouvrages licencieux, je les ai surpris en train de rire à gorge déployée. J’ai interprété cette attitude comme un encouragement à la perversité. De cette petite expérience, j’ai tiré de nombreuses leçons. Premièrement, il est indispensable de préparer avec minutie ses plans d’action ; deuxièmement, il faut toujours prendre la posture de l’innocent au regard de cocker. Aujourd’hui, j’essaierai de ressembler à un labrador… Troisièmement, compter sur la naïveté des vieux et sur leur tolérance vis-à-vis des mineurs. Interdire d’interdire…

Après cette petite expérience, j’ai recherché de nouveaux terrains d’exaltation. Elève brillant, j’étais méprisé par un grand nombre d’élèves. Refusant le statut ennuyeux de premier de la classe, j’ai rapidement constitué une bande, une bande composée de tous les exclus, les gros, les petits, les mauvais en sport, les pauvres, les demeurés de l’école. En leur donnant un rôle, j’en faisais des fidèles, des dévoués. En les sortant de leur néant, je les contraignais à m’aimer et à me vouer un culte. En contrepartie, il bénéficiait de mon assistance technique pour leurs devoirs. Cette bande de bric et de broc me permettait d’affronter les durs sans redouter les mauvais coups dans le dos. Embobiner, regrouper les faibles pour mieux résister aux forts, c’est déjà un beau programme politique. Et c’est certainement, au nom de mes convictions politiques naissantes que ma bande a commis son premier fait d’armes. Dans la cour de récréation lorsqu’un un élève osa crier « vive Mitterrand », à cinq, nous lui avons réglé son compte en le piétinant tout en criant « Giscard au pouvoir ».

Après tout est allé vite du moins telle est la vision que j’en ai trente ou quarante ans plus tard. J’ai, en écrivant ces mots dans ma petite cellule, la sensation que ma vie a basculé en quelques minutes, que tous les évènements se sont enchaînés voire superposés comme dans un film policier mais l’eau de la vie coule parfois plus lentement que celle de ses souvenirs.

Dans l’établissement scolaire dans lequel j’étais, il n’y avait pas de séparation entre le collège et le lycée. Sur un même lieu cohabitaient plus de 3000 élèves. Des milliers d’élèves sur quelques hectares, des dizaines de bâtiments construits rapidement dans les années cinquante et soixante, une cité dans la ville avec ses règles ou plutôt l’absence de règle, tel est l’univers dans lequel je me suis façonné.

Ma descente aux enfers est le fruit d’un hasard ; une simple histoire de goûters offerts par un élève un peu seul.

Dans toute classe, il y a, en effet, un mal-aimé ; chez nous, il s’appelait Fabien D. Mou, lent, pas sportif et surtout influençable, il était raillé en permanence par l’ensemble des élèves. Pour sortir de son isolement, il convia toute la classe à un goûter chez lui un mercredi après-midi. Face à notre refus, nous n’avions pas l’intention de perdre un mercredi pour « un cave », il nous offrit, au lycée, un goûter le vendredi après-midi durant une heure de permanence. Il apporta, dans la cour, toute sorte de victuailles, des gâteaux, du chocolat, des bonbons, des boissons. Nous trouvâmes l’idée excellente ; nous lui enjoignîmes de recommencer tous les vendredis. Au bout du deuxième, n’en pouvant plus de porter les sacs de nourriture et de boisson, il nous donna directement l’argent afin que nous puissions acheter nous-mêmes la pitance. A chaque opération, nous conservions une partie de l’argent que nous nous partagions.

Nous bénéficions ainsi d’un super goûter et d’argent de poche. En quelques semaines, notre trésor de guerre s’élevait à plusieurs centaines de francs.

Après trois mois de goûters gratuits, un lundi matin, nous fûmes tous surpris de ne pas voir notre ami Fabien ; puis dans la matinée, nous fûmes convoqués par le directeur en charge du collège. Il nous annonça que Fabien ne reviendrait plus car il avait été placé par ses parents dans un internat après avoir découvert qu’il avait volé pour plusieurs milliers de francs d’argent liquide. Le directeur nous demanda si nous avions eu connaissance de ces détournements d’argent et si nous en avions profités. Personne n’osa raconter l’histoire des goûters. Je crois que sincèrement que le directeur était au courant mais qu’il ne voulait, en aucun cas, provoqué un scandale au sein de son établissement. Eclaboussé par un éventuel racket, il aurait pu être limogé en Ardennes ou dans le 9.3, l’horreur pour un proviseur de Saint Germain en Laye. Le départ de Fabien l’arrangeait tout comme notre silence.

Le ver était dans le fruit. Nous avions pris goût à la belle vie ; nous n’étions nullement prêts à accepter le retour à l’état antérieur. Il fallait trouver d’urgence de nouvelles sources de financement.

Avant d’assurer le quotidien, je voulais réaliser une opération de force, qui nous permettrait d’agir en toute tranquillité, d’être considérés comme des caïds. Je ne mis pas longtemps à monter un plan.

Au sein du lycée, véritable campus sans âme et sans véritable contrôle, les bandes pullulaient ; la plus dangereuse était celle dénommée « la bande des portos ». Constituée de portugais qui habitaient dans la ZUP voisine et qui n’étaient pas inscrits au lycée, elle s’était spécialisée dans le vol de vélos et de sacs. Nous avons réussi en quelques jours et après quelques batailles rangées à les chasser du campus. Néanmoins, mon vélo fut détruit et un de mes amis eurent le bras cassé.

Au début, j’ai constaté que les surveillants se tenaient à l’écart de ces bagarres. Mais leur répétition les contraignit à instituer un contrôle des accès. Dans les faits, je n’avais pas gagné mais dans la forme j’étais devenu un petit caïd.

Nous avions remporté une double bataille, une bataille vis-à-vis des portos, et oui déjà l’immigration était source de problèmes et de racisme, rien de nouveau. Nous avions aussi et surtout remporté une bataille vis à vis de l’administration qui n’avait qu’une crainte, celle de supporter le courroux des familles bourgeoises de Saint-Germain, choquées que leurs enfants se battent contre des éléments extérieurs à l’établissement. J’ai toujours utilisé cette technique, un pied dans l’illégalité, un pied dans la légalité.

Comme tout mafieux qui se respecte, j’ai repris le business des « portos ». J’ai spécialisé la bande dans le vol des objets de valeurs contenus dans les cartables et les sacs des filles au moment du déjeuner. Avant de pénétrer dans les réfectoires, les élèves laissaient leurs sacs dans la cour le long des murs. Pendant plus de quarante minutes, ils étaient à notre disposition, nous pouvions réaliser nos larcins en toute impunité.

Dans notre premier sac, nous avons trouvé un portefeuille contenant un billet de cinquante francs, une vraie fortune à l’époque. Notre première victime avait pour prénom « Julie » ; de ce fait, j’ai proposé de baptiser nos vols de sacs, « opération Julie ». Pour chaque type de forfaits, l’habitude fut ainsi prise de les dénommer du prénom de la première victime.

Durant des mois, nous avons écumé, au nom de cette fameuse « Julie », les sacs subtilisant argent, stylos, livres, colles, cigarettes…

Après quelques mois de trafic, j’ai été surpris par un des surveillants au moment où je dépouillais un sac rose qui ne pouvait pas m’appartenir. Ce surveillant me demanda de le suivre ; il m’indiqua que les policiers étaient au courant. Ma chance fut double ; je le connaissais ; il entraînait les équipes minimes du club de foot, le PSG, le mercredi après midi équipe dont je faisais parti ; en outre, en me conduisant au bloc de la direction, son attention fut accaparée par une bataille entre élèves ; j’en ai profité pour m’éclipser.

Toujours à la recherche de sensation forte, un soir, après une journée de maigres rentrées financières, avec Alain, François et Pierre-André, mes associés, les éléments clef de la bande, j’ai suggéré que nous attaquions le Monoprix qui, à la fin des années soixante-dix se situait rue de Paris, près de la place du Marché et de la Poste, un vrai magasin, un vrai repère à chocolat.

Privé de chocolat à la maison, privé de goûter depuis le départ de Fabien j’étais en situation de manque. J’étais capable de fouiller tout l’appartement pour trouver une tablette ou une boite de chocolats. De ces expéditions, je revenais souvent bredouille. J’ai facilement convaincu mes camarades de jeu de mener des « opérations chocolat ». Il m’a suffi de quelques mots, de quelques expressions pour les amener à partager mes objectifs. Fils de bourgeois, ils s’ennuyaient tout comme moi. Vivre le danger sans en avoir conscience est un luxe appréciable.

J’avais, à plusieurs reprises, effectué des repérages. Le rayon « chocolat » se situait à proximité des caisses comme dans la grande majorité des supermarchés. Je me suis souvent interrogé sur ce choix. Est-ce pour tenter le consommateur au moment où il termine ses courses, où s’agit-il d’un choix rationnel pour dissuader des petits vauriens de consommer sur place ou de voler ? J’avais néanmoins remarqué que le rayon n’était surveillé par aucune caméra. La proximité des caisses générait un important flux de personnes rendant la surveillance plus difficile. Il suffisait de passer aux heures de pointe, d’avoir des sacs faciles à ouvrir pour d’une main glisser plusieurs plaquettes de chocolat sans que personne ne s’en aperçoive. A chaque tournée, nous arrivions à subtiliser une vingtaine de plaquettes. Ces opérations menées à toute vitesse nous excitaient. Nous ne considérions pas que nos actions fussent délictuelles. C’était un jeu comme un autre. Une fois sortis du magasin, nous nous répartissions le butin ; nous en consommions une partie et gardions le reste pour effectuer des échanges au collège ou pour constituer des réserves.

François, un de mes associés, au bout de trois mois d’opérations « chocolat » se lassa. Un soir, vers six heures, il réussit à convaincre le reste de la bande qu’il fallait être plus ambitieux. Ce jour là, je ne devais pas être au top de ma forme ; mon charisme ne fonctionna pas. Ils ont décidé, malgré mes réticences, de suivre François qui rêvait de voler des stylos. J’eus beau signalé que le rayon était surveillé, rien n’y fit.

J’ai tenté, par de multiples subterfuges, de retarder l’opération mais, je m’en souviens très bien, c’était un mercredi soir du mois de janvier 1978, vers dix huit heures, nous sommes entrés à quatre au Monoprix.

Au dernier moment, j’ai décidé de ne pas me joindre au vol de stylos pour me concentrer sur le chocolat. De toute façon, je ne voyais pas l’intérêt de voler des stylos. Je n’ai jamais été attiré par les babioles, les diamants, les montres… Mes trois acolytes m’ont regardé avec mépris et se sont dirigés au premier étage du Monoprix. Il fut convenu que nous nous retrouvions devant l’escalier à 18 H 10, une fois nos emplettes effectuées.

Me retrouvant seul devant les plaquettes de chocolat, n’ayant pas le groupe derrière moi, je n’ai pas eu le courage de voler ; je pressentais l’arrivée des problèmes. Après avoir hésité, je me suis rendu devant l’escalier. Ne voyant pas mes amis, je suis rapidement passé devant le rayon des stylos, ils n’y étaient pas non plus. Durant une seconde, je me duis dit qu’ils m’avaient abandonné me jugeant couard, qu’ils étaient partis sans m’attendre. Mais, bizarrement, je savais au fond de moi que quelque chose était arrivée. J’ai pris alors un petit escalier au fonds du magasin et en me fondant dans le flot des ménagères, je suis sorti. Une fois dehors, je n’ai vu personne.

En entrant chez moi, je me suis plongé dans mes devoirs scolaires. Je tremblais à la moindre sonnerie. Où sont-ils ? Pourquoi ne viennent-ils pas à la maison ? Ces questions me hantaient. A 19 H 30, juste avant de passer à table, le téléphone a retenti. D’un seul coup, j’ai eu l’impression qu’un silence s’abattait sur la maison. Je n’entendais plus que mon cœur battre à un rythme de plus en plus accéléré. J’essayais d’écouter à travers la porte de ma chambre.

Cinq minutes, des minutes effroyables, des minutes mortelles, se sont écoulées avant l’entrée de mon père dans ma chambre. Il était livide, le regard fermé, la mâchoire crispée. D’un ton sec, il me balance qu’Alain et François sont au commissariat de police, qu’ils ont tout avoué, le vol des plaquettes, le vol des stylos, ma participation ou plutôt mon rôle d’organisateur, de chef. Je me dis « Les salauds, ils m’ont dénoncé, ils m’ont vendu ». J’ai alors choisi de nier ; j’ai simplement reconnu les avoir accompagnés une seule fois. J’ai répété à mon père que je ne voulais pas voler et que j’étais parti quand j’avais vu qu’ils commençaient à cacher dans leur sac divers produits. Le patriarche m’avoua que le commissaire de police avait des bandes vidéo sur lesquels j’apparaissais clairement. J’ai bredouillé qu’après les cours, pour me distraire, je passais un peu de temps dans les rayons mais sans jamais chaparder. Il fouilla ma chambre et ne tomba sur aucune plaquette de chocolat, sur aucun stylo, il tomba juste sur un journal érotique, un « Lui » que j’avais emprunté au frère d’un copain.

Le soir même, les flics trouvèrent chez les parents d’Alain et de François des dizaines de plaquettes de chocolat. Leurs parents pour étouffer l’affaire ont tout remboursé. Aucune plainte ne fut déposée.

Je suis persuadé que mon père ne m’avais pas cru ; mais faute de preuves, il m’accorda le bénéfice du doute. Il était surtout trop submergé par ses affaires et par la gestion des dossiers municipaux. Il était, en effet, maire adjoint en charge de l’urbanisme. Ma mère en voyage aux Etats-Unis depuis deux semaines, ne fut informée qu’à son retour. Elle ironisa et consentit à me fournir en chocolat mais pas au lait car ce dernier fait grossir. Je crois qu’elle n’a jamais compris l’ampleur des dégâts de mon éducation permissive.

François comme Alain ne m’adressèrent plus jamais la parole. En refusant de reconnaître mes torts, ils ont considéré que je ne m’étais pas comporté comme un chef de bande. Ils m’avaient balancé mais je m’étais blanchi sur leur dos. En se coupant de moi, ils m’ont jeté dans les gouffres du mal. De ce jour, j’ai appris à me méfier des Hommes et à ne jamais faire confiance. J’ai appris que la meilleure défense est la solitude.

Privé de ma bande, je ne suis pas resté seul très longtemps. Une réputation s’acquiert vite, très vite dans une ville de riches comme à Saint Germain en Laye. J’avais treize ans ; j’en paraissais quinze. Musclé, le regard vif, les yeux bleus, je ne laissais pas indifférent. Mon physique dégageait un air de mystère, d’attirance, un mélange de timidité et d’orgueil, un kaléidoscope insondable. J’étais un adolescent, un révolté de bac à sable. Dans ma tôle, je peux avouer que je n’ai jamais su en terminer avec mon adolescence.

A peine une semaine après l’affaire du Monoprix, un garçon de dix sept ans dénommé, Baptiste, habitant la même résidence que moi, m’invita pour une soirée prévue le samedi soir. Son père était le responsable d’une filiale d’un groupe américain, très bien en vue à Saint Germain, en particulier auprès des élus de cette ville. Mon père, conscient de l’utilité de tisser des liens avec cette famille, et qui de toute façon devait passer son week-end à chasser les bêtes à deux et à quatre pattes, me laissa quartier libre à condition de rentrer pour une heure du matin et de faire mes devoirs. J’étais surpris par autant de mansuétude. Je ne m’en plaignis pas.

C’était ma première soirée avec des grands, des élèves de seconde, de première et de terminale. C’était la découverte d’un autre monde ; celui de la musique, de la drague, de l’alcool…. Le samedi soir, je me suis donc rendu avec appréhension chez Baptiste. J’ai hésité tout le long du court chemin qui séparait son appartement du mien, à peine une centaine de mètres. J’ai longé la cour de la résidence plantée de peupliers parmi lesquels une grotte en béton et en pierres avait été construite afin d’amuser les enfants ; cette grotte artificielle avait été très rapidement été condamnée car elle avait été transformée en lieu de rendez-vous pour des jeux coupables.

Au bas de l’immeuble, pour laisser libre cours à mon hésitation et à ma timidité, j’ai pris l’escalier. Arrivé au cinquième étage, je suis tombé nez à nez avec des lycéens qui avaient opté pour l’ascenseur. Ils ont sonné, la porte s’est ouverte, je ne pouvais plus reculer, j’ai, sans le savoir, signé un certificat de changement de vie ; tout çà à cause d’une porte qui s’entrouvre et d’une fille blonde qui était planté là devant nous.

Je ne connaissais que Baptiste et encore que de vue. Je l’avais croisé dans la résidence à plusieurs reprises. Il possédait comme moi un skate et s’amusait à me doubler à toute vitesse. Nous avions échangé quelques mots sur le matériel, sur la qualité des roulements à billes ; rien de plus. Il s’habillait très tendance, jean Levis avec le nom de groupes de hard rock comme « AC/DC » ou « Led Zep » inscrit au marker ; chemises blanches ouvertes ; ses cheveux étaient longs.

Dès mon entrée dans l’appartement, je fus submergé par un flot sonore. Timide, je n’osais pas pénétrer dans le vaste appartement ; une lumière violette provenant de spots installés sur les meubles m’aveuglait. Je suis resté de longues minutes dans le couloir à chercher des visages connus. La fumée de cigarettes me prenait à la gorge. La fille qui m’avait ouvert la porte me voyant prostré dans un coin m’interpella en me demandant mon nom. A ma réponse, elle a compris que j’étais le petit voisin que son frère avait invité. Elle me présenta à tout le monde. Elle s’appelait Anne ; elle devait avoir dix sept ans ; elle était habillée d’un chemisier translucide laissant apparaître ses seins ; je m’aperçus qu’elle ne portait pas de soutien gorge. J’étais obnubilé par son physique ou plutôt par sa poitrine ; je n’écoutais pas les noms des personnes qu’elle me présentait. J’essayais furtivement par des regards circulaires à avoir une vue sur son chemisier. Au bout de cinq minutes de présentation, nous tombâmes sur Baptiste qui me remercia d’être venu ; il dit à sa sœur que j’étais un vrai caïd ; que j’avais imposé ma loi au lycée et volé dans plusieurs supermarchés. Je n’ai pas osé le contredire et raconter mes dernières mésaventures. J’étais tout surpris ; mes exploits étaient connus. Baptiste me demanda de le suivre. Il me présenta à Adrien. A la différence des autres invités, il était très bien habillé, un costume noir et une chemise de la même couleur, elle devait être en soie ; il était surtout plus vieux que la moyenne des invités ; il devait avoir une vingt cinq ans. Son visage exprimait la détermination. Il me dévisagea quelques secondes ; il eut un petit rire de satisfaction. En ne me regardant pas, il demanda à Baptiste si je pouvais faire l’affaire ; mon nouvel ami se porta garant de moi. Adrien me prit par l’épaule et m’ordonna de le suivre dans la salle de bain. En quelques mots, il me présenta le business comme on dit aujourd’hui. Je devais donner des petits sacs aux invités qu’il m’enverrait, prendre l’argent et le lui donner en fin de soirée. Pour mon boulot, j’avais droit à 2 % des sommes collectées. D’une voix sans appel, il me fit comprendre que je n’avais pas intérêt de le rouler. Avec le recul, avec l’effet du temps sur la mémoire, je ne me rappelle plus quelle fut ma réaction. Je pense avoir accepté par timidité, par peur de dire « non » et aussi au nom de ce fameux goût du risque. Je savais à peine ce que contenaient ces petits sachets. Mais, après réflexion, jouer avec l’interdit qui pèse sur la drogue m’excitait. Depuis mon plus jeune âge, mon père m’expliquait qu’il fallait refuser toute substance offerte par des inconnus, que la drogue détruisait l’individu. Depuis cette soirée, cette poudre si inoffensive d’aspect m’attire. J’aime la toucher, la palper, la disperser sur une table, la renifler. La dépendance, en revanche, m’a toujours effrayé. Que ce soit pour la cocaïne ou pour l’alcool, la lutte est incessante. Tenir une journée, une semaine voire deux sans toucher l’un ou l’autre, est une épreuve que je m’impose depuis plus de trente ans. En prison, aujourd’hui, leur goût me hante. Ce soir dans ma prison, la douleur du manque coule dans mes veines ; j’ai une folle envie de sentir le fluide d’une drogue dans mon sang. J’ai froid en ce soir sans lumière ; j’ai la solitude attachée à mon corps vide qui pue la mort. Des larmes ruissellent sur mon ventre ; je n’ai personne pour calmer cette soif de désespoir, je n’ai qu’un stylo et ces feuilles à remplir.

J’aligne les mots sur la feuille de mon cahier comme si j’avais une vision claire de ces faits vieux de plus d’un quart de siècle. En fait, tout est flou. Je serais incapable de dessiner les visages des personnes rencontrées ce soir là. Je ne suis même pas certain que tout cela soit vraiment arrivé. La mémoire est un drôle d’outil ; elle permet de reconstituer sans aucune garantie des évènements morts pour toujours. On reconstruit une impression, on tente de visualiser mais tout est dans le présent. Nous reconstruisons en permanence notre passé. Nous le travestissons pour l’adapter à nos humeurs du moment, pour nous valoriser ou nous dénigrer. Le passé est un regard du présent instable, impalpable. Il est comme le futur, tout aussi virtuel sauf qu’il laisse des traces, des souvenirs, des blessures.

Néanmoins, j’ai envi de vous raconter la suite. Avec mes petits sachets, ce soir là, je passais du statut de l’inconnu, de la petite chose à celui de vedette ; tout le monde venait me voir, me glisser des billets. Exister, être reconnu, être flatté, j’ai toujours adoré même si je n’étais pas dupe de la réalité de ma notoriété. Il faut l’avouer, cette dernière appréciation est contemporaine aux évènements. Au moment des faits, je devais me prendre pour le roi du pétrole. Dans l’action, j’ai toujours manqué de recul. J’adore jouer, prendre des postures de rock star excentrique, mi-ange mi-démon, ambiguë sexuellement.

Le mélange de la coke, de l’alcool et de la fatigue désinhibe les comportements. J’avais pour la première fois de ma vie pris un verre de whisky et reniflé quelques grammes de la fameuse poudre. Je dois l’avouer, je ne me souviens pas trop de mon état. J’étais dans le flou du flou.

Pourtant, je vais tenter de vous donner une certaine version de ma première expérience sexuelle. Elle est la parfaite illustration de ma vie ; elle commanda aussi certainement les rapports que j’entretiens avec l’autre sexe. Pour ma première expérience, la manipulation physique est évidente ; pour les suivantes, j’ai combiné manipulation physique et morale. A force d’être l’homme de l’ombre, il faut accepter d’être un objet pour des femmes ambitieuses et un jouet ou plutôt un instrument pour des êtres humains en recherche du pouvoir.

J’étais donc jusqu’à cette soirée, un véritable puceau. Comme je vous l’ai mentionné quelques pages auparavant, avec l’arrivée de l’adolescence, j’étais de plus en plus attiré par les filles mais sans pouvoir qualifier et encore moins exprimer ce désir. Malgré une gueule de cocker plutôt sympathique, j’ai toujours éprouvé une répulsion face à mon corps. J’aurais aimé être plus grand, plus costaud et avoir une gueule plus mature, moins féminine. Mon visage, à mon goût, exprime trop la faiblesse, la fragilité ou la timidité. Or, je m’imaginais en dur, en méchant. Je n’ai compris que bien des années plus tard que cette fragilité constituait un atout de séduction non négligeable. Mon côté « strange », un peu illuminé, m’a valu un certain succès du moins tant que j’incarnais un certain potentiel de pouvoir. Mais lors de cette soirée, la torpeur qui m’avait envahi m’a privé de toutes mes capacités d’analyse. Je me souviens simplement d’avoir dansé dans la salle à manger, d’avoir tenté de me rapprocher d’Anne, la sœur de Baptiste, qui était de plus en plus dénudé. Je la fixais de plus en plus de telle manière que parmi les autres jeunes présents sur la piste de danse, de nombreux criaient à son intention que ce soir, elle pouvait se taper un puceau. Il devait être plus de trois heures du matin lorsqu’elle me demanda de danser un slow avec elle. Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Les hommes sont toujours gauches quand les choses deviennent sérieuses. Mes mains me gênaient tout comme mes jambes et surtout mes pieds. Elle, de son côté, riait ou plutôt se moquait de moi. Je ne me suis même pas aperçu qu’elle était encore plus camée que moi. Je sentais son corps contre le mien, son haleine ; au milieu du slow, ses lèvres fondirent sur les miennes sans que je puisse réagir. C’était doux, humide, plutôt surprenant comme contact. J’imaginais que tout le monde nous regardait, que tout le monde ricanait ; quelle erreur de jugement….

Je ne sais plus combien de slows j’ai dansé avec Anne, un, deux ou dix ; je me souviens juste mettre retrouvé avec elle dans une chambre, a priori la sienne. La scène s’est passée en silence comme au temps du cinéma muet. Elle me plaqua contre le mur, m’embrassa, avant de retirer son chemisier déjà amplement ouvert. J’ai remarqué alors qu’elle n’avait pratiquement pas de seins. J’en fus surpris. Tout au long de la soirée, je les avais imaginés plus gros. Elle ressemblait à un véritable garçon manqué. Certes, elle n’était pas totalement plate mais elle était loin d’avoir une poitrine de femme. J’ai appris que la coke prise à forte dose pendant l’adolescence ne favorisait pas le passage de l’état d’enfant à celui de femme. Elle exigea que je la caresse, m’indiquant d’une voix ferme quelles zones je devais traiter en priorité. Elle n’arrêtait pas de rire de mon hébétude. J’essayais alors de masquer ma stupeur devant de tels ordres. D’un coup, elle s’abaissa et déboutonna mon jean. C’était la première fois qu’une femme, qu’une fille s’en prenait de la sorte à ma braguette. Je ne sais pas si je bandais ; bizarre je n’en ai aucun souvenir. La logique voudrait que je réponde affirmativement à cette question. Anne me bouscula par terre juste à côté du lit en criant qu’elle n’avait pas vocation à être à quatre pattes devant un mec pour le sucer. Mon dos ressenti la froideur du plancher. Je ressemblais à un animal pris à la gorge, un animal incapable de se défendre, les quatre fers en l’air. Elle ne cessait de me répéter que j’étais un vrai puceau, pas très dégourdi, un bébé qu’il fallait affranchir. Elle happa alors mon sexe, me le serra dans sa bouche, me bouffa mes couilles. Je sentis à deux trois reprises ses dents toucher quelques parties sensibles. Je préférais les caresses de sa langue et la contracture de ses lèvres. Je me rappelais les livres pornos de mes parents. Cette position ne m’était pas inconnue. Mais ce n’était plus une photo ; c’était mon sexe qui faisait l’objet d’un lessivage. Je n’éprouvais guère de plaisir face à la sauvagerie d’Anne. Elle espérait m’exciter pour que je sois un peu plus entreprenant. C’était l’effet inverse qu’elle générait. Plus, elle astiquait, plus j’étais paralysé. Je n’osais pas trop regarder le bas de mon ventre. Je devinais au mouvement de la tête d’Anne que mon sexe disparaissait régulièrement dans sa bouche.

Les effets de la drogue s’estompaient car je me suis interrogé sur les raisons pour lesquelles je me retrouvais à moitié nue dans une chambre avec une fille que je connaissais à peine. Je ne comprenais guère pourquoi elle me demandait que je m’occupe un peu d’elle. A peine eut-elle fini de se déshabiller qu’elle présenta à ma bouche son sexe blond ; c’est à ce jour, la seule fille blonde que j’ai connue de manière intime. Ce jeu dura quelques minutes avant qu’elle ne se redresse pour m’enfourcher. J’ai failli hurler de douleur tellement j’ai eu le sentiment que mon sexe allait se briser net. Elle bougeait dans tous les sens au-dessus de moi. Elle hurlait des insanités. Je scrutais ce corps qui montait et descendait. Ses cheveux, coupés courts, suivaient, de manière désordonnée, le mouvement. Un rictus parcourait son visage ; il exprimait non pas le plaisir mais la puissance. Le visage d’une femme faisant l’amour peut en fonction du regard qu’on lui porte trahir la haine ou la passion. Sans illusion sur le sujet, je pense que le visage de l’homme traduit, au moment de l’acte, plus un contentement bestial qu’un sentiment profond.

Les yeux d’Anne, exorbités par les effets de la cocaïne, cherchaient dans la nuit de la chambre un point d’ancrage. Ils refusaient de me regarder, de fixer ce visage d’enfant qui jouait à l’homme. De mon côté, j’avais l’impression d’être à un spectacle ; non en tant qu’acteur mais en tant que spectateur. Il n’y avait pas de gestes doux ; simplement l’entrechoquement de deux êtres, entrechoquement mécanique et automatique d’un buste sur l’autre. C’était brutal voire musclé. Je tentais de mater la blondeur de son sexe, de lui tenir les hanches non pas par amour mais pour éviter qu’elle torde ma queue. Combien de temps dura cette pénétration ? Je n’en ai aucune idée. Je me souviens de l’odeur de transpiration ; et encore… ; n’est ce pas l’odeur de mes autres accouplements que je plaque sur cette scène historique. N’est ce pas encore une ruse de la mémoire que de vouloir tout mélanger ? Mais passons, cette odeur âcre qui vous excite pendant l’acte et vous dégoûte après semblait inonder la chambre. Des gouttelettes de sueur ruisselaient sur son visage et sur le bas de son ventre lisse. Ma frêle poitrine, imberbe, devenait également moite, chauffée qu’elle était, non par mon effort physique, mais par mon angoisse d’être à la hauteur.

Au bout de cinq, six ou sept minutes, Anne se retira, s’essuya son sexe avec ses mains avant de me les faire lécher. Ma bouche fut envahie d’une odeur indéfinissable et d’une substance gluante et âcre. Je ne sais pas si Anne a obtenu du plaisir et si j’ai atteint la jouissance. Ma mémoire sèche face à cette cruelle question. Ais-je compris la portée de l’acte ? Certainement pas. J’ai été violé par cette fille sortie de nulle part. Aujourd’hui, j’ai beau revivre en différé la scène pour la millième fois ; elle est toujours aussi brumeuse. Qu’ai-je réellement fait ? Je ne sais plus trop. Depuis, je n’ai jamais revu Anne. Histoire, sans lendemain ; j’ai commencé ma vie sentimentale par une relation à toute vitesse, sans passion, une relation digne d’un hôtel de passe sauf que c’était moi qui avais l’impression de jouer la pute.

Quand je suis sorti de la chambre, quelques invités buvaient encore dans le salon ; ils m’ont regardé avec un sourire en coin ; ils connaissaient tous les goûts d’Anne pour les jeunes garçons d’un soir. En aucun cas, ce matin là, je me suis dit que j’étais enfin un homme. De toute façon, tout allait si vite que cette scène a cédé la place à de nouvelles un peu moins réjouissantes.

Paint it black

Cette soirée me précipita dans un autre monde. Ce passage m’apparaît aujourd’hui brutal. Une vie peut basculer entièrement en raison d’un incident, d’une connerie. Je vivais royalement à Saint Germain en Laye. J’avais une vie de petit bourgeois. J’ignorais l’existence de la pauvreté. Une vie de chef d’entreprise s’ouvrait devant moi. Par quelques gestes, par quelques décisions ou non-décisions, j’ai glissé, sans en prendre conscience, vers une autre voie. Plutôt non-décisions, je n’ai jamais su décider, me projeter dans l’avenir, j’aime me laisser guider par le flot des évènements, des hasards, des rencontres. J’ai toujours cru à la main invisible de la vie, à une main qui en fonction des circonstances est tendre ou rugueuse.

J’aime les décisions irrationnelles. Ainsi, je me souviens d’un ami en terminale qui sur un coup de tête décida de tout plaquer, une semaine avant le BAC pour s’engager comme seconde classe dans l’armée. Il était le fils d’un des plus grands industriels de Normandie. Je ne sus bien plus tard que son geste irraisonné, d’autant plus irraisonné qu’il était de loin le meilleur élève de notre classe, était le résultat d’une sodomie qu’il avait du supporter de la part de notre professeur de philosophie. Comme quoi la main invisible sait être sordide.

Il n’en demeure pas moins que l’innocence des enfants, un fantasme d’adulte regardant dans le miroir du passé, a disparu non pas à cause de mon dépucelage mais à cause de la drogue. Le lundi suivant, Adrien m’attendait à la sortie du collège. Il m’emmena au café pour m’expliquer qu’il avait été content de mes services. Il me proposait de poursuivre notre association. Mon travail consistait après mes cours de distribuer aux élèves qu’il m’indiquait des petits sachets. Le job était toujours aussi simple et bien payé.

J’ai commencé mon œuvre le mardi. J’allais chercher les sachets par parquets de cinq, jamais plus, dans une voiture qui appartenait à un ami d’Adrien. Je les distribuais entre cinq et six heures ; l’argent de la transaction était directement donné à Adrien. Il fallait être rapide. Il fallait veiller à ne pas être suivi par des flics en civil. Grâce à mon patron, en quelques jours, j’ai appris l’art de planque pour démasquer tous les gêneurs possibles, voyous ou policiers. J’aime analyser les visages, les gestes des passants pour comprendre leurs intentions. En scrutant un regard, j’arrive à savoir si telle ou telle personne est dangereuse ou inoffensive. En ayant passé des heures à mater des femmes et des hommes, je suis devenu un spécialiste de la morphopsychologie. Plus tard, quand j’attendais des heures dans un café pour recevoir des plis secrets, je m’amusais à analyser le regard de mes voisins pour percer leurs problèmes de cœur ou professionnels. Je m’interrogeais souvent sur la nature de leurs relations sexuelles.

La coke, le cannabis, c’était de nouveaux interdits que je brisais en les distribuant à la sortie des écoles. La drogue ne représentait rien d’autre que la rupture avec l’ordre établi. A l’époque, je ne m’interrogeais guère sur les conséquences de ce type de produits.

Combien de temps dura mon petit trafic ? Une ou deux semaines, de toute façon pas plus. Malgré toute ma discrétion et toute mon attention, j’ai senti, un soir, cela devait être un jeudi, en regagnant la voiture, que de nombreux adultes me tournaient autour. J’aurais du fuir, courir, éviter de me rapprocher de la voiture. Mais, dans ma tête, ma planche de salut, c’était le fameux ami d’Adrien, mon fournisseur. Il était grand, la peau mate, une tête carrée et burinée. Il me regardait toujours avec tendresse. Je n’étais pour lui qu’un gosse, une petite main dans ce business sordide. Quand il m’a vu arriver paniqué vers lui, il a immédiatement compris. II a tenté de rentrer dans la voiture puis de démarrer ; mais c’était trop tard. Trois flics étaient déjà dans la vieille Peugeot 504, le menottant avec violence. Je regardais paralysé la scène quand deux hommes me prirent par les épaules en me demandant de les suivre sans commettre de bêtise.

En moins de trente secondes, je me suis retrouvé dans le panier à salade avec comme destination le commissariat de police. Dans ma mémoire d’homme enfermé, cette première rencontre avec la force publique me laisse froid. Je ne suis plus certain d’avoir commis de telles bêtises, d’avoir vendu de la drogue à des enfants de mon âge.

Le commissariat se trouvait derrière la mairie. Tout y était sal, les bureaux sentaient la cigarette et la misère. Il y avait dans cette ville si belle, si propre, une enclave à malheurs, une enclave dans laquelle échouaient tous les dépravés, les délinquants, les criminels et les paumés.

Une fois arrivée, j’ai été confronté à un inspecteur qui me demanda mon nom et mon âge. Je lui ai répondu d’une voix plaintive – Patrick Roulet, 14 ans.

A peine ai-je eu le temps de prononcer ces quelques mots que j’ai senti dans son regard un étonnement. Etait-ce mon âge ou mon nom ou les deux ? Il décida d’interrompre immédiatement l’interrogatoire et d’appeler le commissaire principal. Je vis entrer dans le petit bureau un homme dont le visage ne m’était pas inconnu. Embrumé par l’enchaînement des évènements, j’ai mis au moins cinq minutes pour me souvenir qu’il était un ami de mes parents que c’était lui qui avait du appeler lors de l’affaire des stylos.

Il me scruta immédiatement puis prit un téléphone, vous savez, un vieux téléphone gris avec le cadran et son cliquetis devenus aujourd’hui un objet de collection. Il composa devant moi de tête le numéro de mon domicile. Il tomba sur mon père. Il lui dit les mots suivants, je m’en souviens parfaitement :

- Je suis désolé de te déranger à nouveau. Ton fils a fait une grosse connerie ; il faut que tu viennes de suite afin que nous puissions régler çà de manière intelligente, c’est plus grave que la dernière fois.

Le commissariat se trouvait à peine cinq minutes de notre appartement. Mon père fit honneur à sa légende de Fangio de Saint Germain en Laye. Il est arrivé tellement vite que je n’ai pas eu le temps de préparer ma défense. Je le vis passer devant le petit bureau dans lequel j’étais retenu. Il s’enferma directement avec le commissaire de police. La discussion dura au moins trente minutes. L’écoulement du temps m’apparaissait insupportable. J’avais envi de crier, de tout casser et de pleurer. Je ne savais pas que ma vie allait une nouvelle fois basculer.

Au fonds de moi, je pensais sincèrement que j’allais reprendre mes cours le vendredi comme avant. Je supposais que comme pour les journaux pornos, le Monoprix, les opérations « Julie », tout serait effacé d’un trait de plume, que tout recommencerait comme avant.

A moitié endormi, je fus surpris par l’ouverture de la porte. Je vis le visage de mon père, fermé, les traits saillants, les yeux gris de colère. Il m’intima l’ordre de le suivre par un geste de la main. Sans un mot, il me ramena à la maison. Une fois, la porte de l’appartement fermé, je fus jeté au sol par un coup de poing ; il me releva pour me gifler à plusieurs reprises. Tout en me frappant, il me répétait qu’il ne supporterait pas, une seconde de plus, d’avoir un drogué, un dealer dans sa maison. Il me dit qu’il me préférait mort que vivant. Affaibli par les coups, je ne pus de rage que répondre que je souhaitais également sa mort et que je me prononçais pour la dissolution de mes parents. Dans les circonstances de crise, j’aime en rajouter. Je n’ai jamais su dire pardon, je n’ai jamais su m’excuser. Je me suis toujours complu dans l’autodestruction. Il faut que je descende toujours plus bas quand tout s’effondre en moi et autour de moi. Etre premier ou dernier mais jamais au milieu, telle est ma devise. Je ressemble au scorpion qui préfère se piquer que d’affronter les difficultés. Je n’aime pas que quelqu’un d’autre me précipite au fond du trou ; je préfère y aller moi-même. Il n’en demeure pas moins qu’encore aujourd’hui, cette demande de dissolution de ma famille me hante. Le Président de la République a bien le droit de dissoudre l’Assemblée nationale ; pourquoi un enfant, un adolescent n’aurait-il pas le droit de demander de changer de famille ?

Je n’ai pas versé une larme durant toute la correction. Mon père y voyait une insensibilité totale de ma part alors qu’il ne s’agissait que d’orgueil. Je ne voulais en aucun cas montrer que je souffrais tant physiquement que moralement. Le sang coulait de mon nez ; j’avais l’impression que mes côtes étaient disloquées ; ma peau était, sous le feu des claques, rouge sang. Cette incapacité à m’excuser, ce refus d’admettre mes torts m’a toujours conduit à la perte. L’orgueil mélangé à la timidité guide ma vie. Combien de fois j’aurais pu atteindre les rives du bonheur et de la stabilité si par orgueil, par esprit de supériorité, j’avais voulu reconnaître mes torts ou revenir sur une décision que j’avais prise sur un coup de tête. Convaincu qu’il ne fallait jamais se battre contre les mots des autres, leurs actes, je me suis jamais battu pour conserver une amie qui m’annonçait qu’elle me quittait pour un autre. Je n’ai jamais pardonné aux femmes qui un jour m’ont indiqué qu’elles ne m’aimaient pas ou qu’elles me trouvaient laid. Il y a ainsi Anne qui à 17 ans à la sortie du lycée annonça devant la classe que sortir avec moi reviendrait à un abaissement de sa personne. Cinq ans plus tard, elle me dragua des heures durant. Malgré une évidente beauté, malgré un port altier qui me convenait parfaitement, j’ai rejeté les avances.

Après l’avalanche de coups, je me suis enfermé dans ma chambre. Je me suis mis à pleurer durant des heures. J’étais incapable de réfléchir plus de cinq secondes de suite. Vers minuit, je me suis endormi. Le lendemain, je me suis préparé pour aller au collège. Par prudence, j’avais décidé de ne pas prendre de petit déjeuner. Peine perdue, mon père pénétra dans ma chambre. Il me dit sur un ton très calme que je ne pouvais plus rester au sein de la famille. J’étais congédié, viré, expulsé de ma famille. J’étais renvoyé pour mauvaise action, pour insubordination ; pour déviationnisme. J’étais stupéfait, interdit, incapable de prononcer un mot. Je n’ai même pas demandé le lieu de mon exil. Mon père m’ordonna d’attendre dans ma chambre. J’ai attendu trois heures sur mon lit, à regarder mes posters, un représentait un guépard en captivité, l’autre des chevaux en liberté en Camargue. Vers 11 heures, mon père réapparut ; il me demanda de le suivre. J’ai descendu en automate les trois étages, prit, de la même manière, la voiture. Après quelques centaines de mètres, elle s’arrêta devant une maison que je connaissais. Il s’agissait d’une sorte de maison de correction, d’orphelinat pour enfants terribles. J’évitais toujours de passer devant quand j’allais au stade de Saint Germain en Laye de peur de rencontrer un des pensionnaires. Je fus présenté à la directrice qui me regarda comme si j’étais une bête, un délinquant…. Mon père lui indiqua qu’il reviendrait lui apporter mes affaires. Compte tenu de la brièveté de la discussion, j’ai compris que mon père l’avait au préalable briefé.

Je suis resté deux longues semaines dans cette maison. J’ai vécu l’enfer. Si j’avais eu une arme sous la main, je me serais flingué ou j’aurais buté un, deux ou trois personnes, surveillants ou enfants.

Mes collègues d’infortune m’ont couvert de coups ; j’ai été humilié ; j’ai nettoyé des chiottes à la saleté sans nom. Le martin, en me levant, ils me pissaient ou me chiaient dessus. Fils de bourgeois, fils du maire adjoint, j’étais leur souffre-douleur attitré. Les surveillants regardaient sans bouger ce bizutage. Ils considéraient que je devais effectuer mon parcours initiatique..

Au bout de la deuxième semaine, un vendredi soir, la directrice m’appela ; j’avais un appel téléphonique. Elle m’indiqua que je disposais de cinq minutes. C’était ma grand-mère. Je me suis effondré ; j’ai pleuré de tout mon corps ; j’ai avoué toutes les vexations dont j’étais l’objet. Elle me répondit de ne pas m’en faire ; qu’elle s’occupait de trouver une solution.

Le week-end passa ; j’eus le droit à mon lot d’humiliations. Il en fut de même le lundi. Depuis mon passage dans cette maison, les mardis sont toujours des jours de fête. En effet, vers dix heures, j’ai entendu de la salle de classe où je devais supporter la lecture d’analphabètes, le bruit d’une 2CV. J’ai tourné la tête et j’ai su, en voyant la voiture, que mon calvaire prenait fin. C’était ma grand-mère. Elle demeurait en Normandie, dans un tout petit village près de Bernay. Elle venait me chercher et m’enlever d’une déchéance certaine.

Cette scène de liesse m’amène à une autre beaucoup plus triste, celle de sa disparition qui coïncida avec ma chute, à l’errance responsable de mon emprisonnement. J’ai toujours eu la sensation qu’elle était mon paratonnerre, mon arbre de chance. Les mots qui résonnent ce soir dans ma tête sont ceux qu’elle me répétait en permanence ; tu seras éternellement malheureux car incapable d’accepter le présent et ta condition ; tu seras éternellement malheureux car l’insatisfaction et la haine guident ton esprit. Elle ne s’est pas trompée comme sur bien d’autres choses. Elle ne comprenait pas ma volonté de revanche, de retour dans un monde qui m’avait chassé. Une fois, deux fois, dix fois, les bourgeois m’ont accueilli, m’ont accepté mais je n’ai en aucun cas été intégré. Je suis sorti avec les filles les plus riches de Paris mais jamais très longtemps car au bout d’un, deux ou trois mois, j’ai toujours été remis à ma place, près du caniveau, un peu comme Jean-Paul Belmondo dans le film « Le corps de mon ennemi ». Mais, je n’ai pas abandonné le combat ; celui de l’éternel retour. Même aujourd’hui, j’y crois encore ; ils ont eu beau me salir en me jetant au trou, je sais que je reviendrais. C’est pourquoi, je préfère, aujourd’hui, que ma grand-mère ne soit plus de ce monde ; elle ne porte pas ainsi le déshonneur de mon incarcération. Elle m’avait, un jour, révélé que jamais elle ne viendrait voir son fils ou son petit-fils en prison. Ce n’est que dans les dernières années de sa vie que j’ai appris que l’un de ses trois maris avait écopé pour cambriolage de trois ans de prison ; qu’elle lui avait rendu visite toutes les semaines, que le matin elle passait à la poste pour lui adresser des colis. A sa libération, ce mari peu respectable avait décidé de la répudier au profit d’une fille plus jeune. Depuis ce jour là, les hommes furent interdits de séjour chez elle.

A 15 heures, pourquoi je mentionne cette heure là, tout ce que je sais c’est que c’était dans l’après-midi, je me suis trouvé dans le petit bureau du directeur du collège de Bernay. Il a regardé mon dossier scolaire. Il ne comprenait pas pourquoi un brillant élève venait se perdre en Normandie profonde. Ma grand-mère avait eu l’intelligence de ne pas révéler mes turpitudes. Je me souviens de ce directeur, un certain monsieur Costa. Il avait une mine renfrognée mais après plusieurs journées en enfer, j’avais le sentiment de vivre une résurrection.

Ce fut un choc de grande ampleur de passer de Saint Germain en Laye à Bernay. D’un coup, j’ai découvert la vie des petits paysans et des ouvriers normands, la lutte des classes, la vie d’une petite ville de province. Depuis ce jour là, l’ennui a toujours le son de la pluie normande.

Je pressens que vous voulez en savoir davantage sur cette ville. Je n’ai rien oublié de ces années sombres. Bernay, sous-préfecture de l’Eure située à équidistance d’Evreux et de Lisieux, possède, en effet, tous les charmes de la petite ville normande. Tapie au fond d’une vallée, elle tente de prendre de la hauteur en se développant sur les collines avoisinantes. Il y a chez elle une volonté d’échapper à l’eau qui la traverse de part et d’autre. Les multiples bras des deux rivières, la Charentonne et le Coisnier sont omniprésents tout comme l’eau qui n’en finit pas de tomber du ciel. Pour cette bourgade d’environ 11 000 âmes, la recherche de l’altitude correspond à la quête du Graal. Les cadres supérieurs, les dirigeants de PME et les riches commerçants ont construit leurs vastes bâtisses dans les hauteurs délaissant la cuvette au peuple.

Bernay est une ville de passage. C’est sa caractéristique première. L’eau, les trains, les voitures, les touristes, les enfants transitent. Ils s’attardent quelques temps mais jamais très longtemps. Même les hôtels, par leur rareté et par leur manque de chaleur rappellent l’égaré à son devoir, celui de partir le plus rapidement possible. Pas de restaurant qui exige une longue digestion, seulement des restaurants pour satisfaire un besoin naturel.

En plus de mille ans d’histoire, seuls les descendants des Vikings sont restés. Les Anglais tout comme les Allemands, lors des multiples conflits, ont préféré repartir et regagner des lieux plus sympathiques.

La terre, pourtant riche, la présence de l’eau, l’existence de nombreuses voies de communication inciterait presque à la flânerie voire à l’enracinement mais il ne faut pas se méprendre. Le caractère abrupt, versatile, renfermé du Bernayen refroidit les envahisseurs amicaux ou pas. L’étranger dérange l’ordre établi. Les descendants des Vikings ont conservé au fond d’eux-mêmes un côté belliqueux hérité de leurs ancêtres, non pas pour conquérir mais pour cacher leur richesse, leurs biens, leur jardin secret. En Normandie profonde, l’avarice est aussi fréquente que les gouttes de pluie qui ruissellent sur les fenêtres.

Je me souviens du Comte de Mennevale dont la propriété s’étendait sur des centaines d’hectares à l’orée de la sous-préfecture et qui, malgré une fortune sans borne, utilisait jusqu’à sa mort intervenue de mémoire au début des années quatre-vingt, sa calèche pour se rendre de son château au centre ville.

Il y avait aussi les amis de ma grand-mère, les Chevel, qui refusaient tout confort de peur de dévoiler au public une partie de leur richesse. Ils n’ont accepté l’électricité et l’eau courante qu’à la veille de leur mort pour le plus grand plaisir de leurs héritiers.

Le secret est la deuxième religion après l’avarice pour les Normands à moins qu’elle ne soit la déclinaison de la première. La région de Bernay est un enfer pour les juges et les policiers. Personne ne parle, personne ne porte plainte. Les affaires se règlent à l’amiable à coups de chevrotine ou de haines. C’est certainement pour ces raisons que les Bernayens adorent passer leurs vacances en Corse. Je l’admets, cette destination de villégiature s’explique aussi par la recherche effrénée du soleil, valeur rare en Normandie. Je me souviens de cet ami qui craqua après le quarantième jour consécutif de pluie en plaquant son travail du jour au lendemain et en emmenant toute sa petite famille à Marseille.

Pour moi Bernay, c’est avant tout une gare et une ligne de chemin de fer qui mène tout droit à Paris. Autrefois, avant la seconde guerre mondiale, au bout du boulevard qui longe les voies de chemin de fer, à quelques mètres de la caserne, une maison de passes était ouverte. Cette maison était tenue par une tante d’Edith Piaf. La chanteuse, enfant, y aurait passé plusieurs années. J’imagine Edith passant de fille de joie en fille de joie, s’amusant avec les clients avant qu’ils ne montent réaliser leur petite besogne. Mais tout ceci n’est peut-être que rumeurs.

La fragilité, le désespoir, l’instabilité de la chanteuse trouvent-ils leur origine dans ce passé bernayen, rempli d’humidité, de liaisons sommaires et furtives. Pour glorifier la présence d’une des plus grandes chanteuses du siècle dernier, la ville a baptisé le cinéma du boulevard Dubus, juste en face de la gare à quelques encablures de l’ancienne maison de joie du nom d’Edith Piaf. Cela ne lui porta pas chance. Il ferma à la fin des années soixante-dix. Cette histoire est-elle exacte ? Je la tiens de ma grand-mère mais toutes les petites villes et leurs habitants ne sont-ils pas prêtes à travestir l’histoire pour se créer une existence.

En revanche, je crois en cette histoire de bar, près du centre ville, qui, détenu par des souteneurs, sert de maison de redressement à des filles qui sur le pavé parisien prennent quelques libertés. Bernay transformé en bagnes à putes indélicates. Un tel destin choque le petit bourgeois. Mais ce qui le rassure, c’est que les filles ne sont que de passage. Et puis, l’alcool et les filles sont pour les jeunes hommes les seules distractions possibles dans une petite ville de campagne. Air du temps oblige, les filles sont aujourd’hui stationnées en bordure des routes nationales à proximité des centres urbains afin de satisfaire les envies des camionneurs, des VRP et des cadres en déplacement. C’est beaucoup moins poétique et beaucoup moins confortable que les maison-closes ou les chambres du bar du coin.

Comme toute petite ville de province, Bernay a sa rue principale ; la rue Thiers. C’est la seule rue commerçante, la rue où il faut passer et être vu. La rue Thiers se mérite. Elle ne vient pas instinctivement à vous. Il faut la chercher. Nous sommes en Normandie. Tout ce qui est beau, ne se montre pas. Cette rue n’est indiquée par aucun panneau. Pour la découvrir, il faut aimer les jeux de piste. Une fois dedans, à l’est de la ville, elle déconcerte. Elle commence par quelques masures sans intérêt. Les commerces sont sans saveur et les passants rares. Puis, si la persévérance a été suffisante, le voyageur atteint l’église Sainte Croix. L’édifice est normand à souhait. La richesse n’est pas à l’extérieure mais à l’intérieure. La façade abîmée, époque gothique, de l’église se discerne à peine des autres bâtisses. A l’intérieur, en revanche, l’autel, les sculptures, la charpente témoignent d’une foi et d’une richesse passée.

En face de l’église, un marché couvert tout en bois marque le début de la rue Thiers triomphante, celle des bourgeois, celle des rumeurs, celle de toutes les passions. Les maisons deviennent d’un coup des pièces de musée. Le bois lourd des colombages ceinture le torchis, les briques et les pierres avec majesté. De gros piliers de bois se succèdent. Ils donnent un charme rustique aux demeures étroites. Une chaleur émane de ces maisons balayées continuellement par la pluie. Les boutiques rivalisent dans le luxe et l’abondance. Il y a un air de fête dans cette rue surtout les jours de marché. Autrefois, les paysans de toute la région confluaient les mardi, jeudi et samedi pour vendre leurs productions. Aujourd’hui, ils sont remplacés par des vendeurs itinérants. L’accent normand a laissé place à celui des bonimenteurs issus de toute la France et du Maghreb. Il n’en demeure pas moins que trois fois par semaine et tout particulièrement le samedi, le marché envahit la ville. Il occupe toutes les places du centre, celle en face de la mairie, celle en face de la Poste. Il occupe la halle couverte qui fait face comme un défi mercantile à l’église. Le marché de Bernay attire les résidents des campagnes et des bourgs avoisinants. Le samedi, Bernay, éternel lieu de passage, s’anime de milliers de conversations. Les familles échangent des propos sans valeur. Les ragots fusent des camelots aux acheteurs. Après des heures de bourdonnement, vers 13 H 00, l’agitation laisse place au silence. D’un coup, tout s’arrête. La ville reprend alors ses airs d’endormie. Chacun a regagné son logis, sa maison de campagne ou sa ferme.

En semaine, il y a également le passage rituel des collégiens et des lycéens. Ville centre, Bernay accueille des milliers d’élèves dont les parents sont disséminés à vingt kilomètres à la ronde. Des cars, des voitures, des mobylettes n’en finissent pas d’arriver le matin vers huit heures. Le même manège se reproduit chaque jour en sens inverse entre 17 H 00 et 18 H 00. Des enfants se lèvent à 6 H 00 afin de suivre des cours au collège Marie Curie, au collège des Hameaux ou au lycée Fresnel. Ils rentrent le soir chez eux vers 19 H 00 voire 20 H 00. Après quelques années de voyages permanents, soit ils sont devenus des délinquants, soit ils haïssent Bernay.

Un parisien, arrivant en cours d’année scolaire, dans un petit collège de province constitue une attraction. Mon intégration dans ce nouveau monde fut très délicate. Coupé de mes bases, je n’avais comme solution que de me consacrer à mes études. Je me tenais éloigné des bagarres et des clans. Certes, j’ai eu le droit à mon bizutage. Une horde de petites frappes avait décidé de me passer une rouste. Le Normand étant costaud ; heureusement pour moi, le directeur se porta à mon secours.

En revanche, au bout de la troisième semaine, j’ai été victime d’une manipulation. Dans ma classe, il y avait deux filles délurées, une très jolie, l’autre beaucoup moins ; elles étaient toujours ensembles. Elles se mélangeaient peu aux autres filles. Elles étaient très femmes, très sophistiquées. Non pas parisiennes car elles too much, trop maquillées, trop vulgaires…

Dès mon arrivée au sein du collège, elles m’ont tourné autour, m’aguichant, prenant des poses suggestives. Un soir, après les cours elles m’ont invité à les rejoindre derrière le collège ; elles voulaient me montrer quelque chose. Naïf, je me suis rendu au rendez-vous ; encore que je savais au fond de moi comment tout cela allait tourner. Sur le lieu du rendez-vous, il y avait une cabane de chantier dans lequel la mairie entreposait du matériel de voirie. Elles avaient réussi à voler la clef. A peine suis-je entré, qu’elles ont refermé la porte. La plus jolie, blonde et assez grande, commença à se déshabiller ; l’autre mit sa main sur la braguette de mon jean ; j’ai fait un pas en arrière ; elles se mirent alors à rire. Je pensais qu’il s’agissait d’un piège, que derrière la porte, il y avait tous les élèves du collège. La brune repassa à l’attaque ; ne sachant plus comment faire, je me concentrais sur mes affaires, de peur de me retrouver nu en pleine campagne à six heures du soir. J’ai eu le droit à une fellation ; au bout de quelques secondes, la blonde exigea que je m’occupe d’elle mais j’étais paralysé. Mon immobilisme les stupéfia ; elles m’abandonnèrent alors à mon triste sort. Je me suis habillé puis je suis entré chez moi sans avoir tout compris. Le lendemain, je fus conspué dès mon arrivée au collège. J’étais traité de puceau, d’impuissant. J’ai vite compris que les deux filles avaient parié qu’elles se feraient le petit parisien. Vexées par mon comportement, elles avaient de tout révélé. Si les enfants du milieu ouvrier ou paysan m’ont raillé, j’ai conquis avec cette histoire le soutien et l’amitié des élèves catholiques et bourgeois. A quarante ans, je ne comprends toujours pas le comportement féminin surtout quand il prend des formes masculines. Pourtant, pour réussir, j’en ai joué sans trop me forcer. Pour accéder aux salons épais de l’Elysée, pour entrer dans les ministères ou pour pénétrer le milieu des affaires, quand on n’a pas une fortune, il faut parier sur les femmes, celles qui sont délaissés par leur mari, celles qui ont envi de montrer qu’elles peuvent se taper un brillant jeune homme. Les ressorts dans ce domaine sont infinis. Il suffit d’opter pour la bonne corde et de ne jamais tomber amoureux. Si par hasard plus que par calcul, je réussis bien les premières étapes, je suis plus mauvais pour la conclusion des affaires.

Que de changement dans les rapports hommes, femmes ces trente dernières années. Dans une petite pièce, entouré d’hommes, je ne suis pas le mieux placé pour évoquer cette question ; mais quand même. Il faut souligner qu’en étant élevé par une femme qui détestait les hommes et née au tout début du XX ème siècle, je suis parti avec un handicap dans la vie. L’homme ne sait plus quelle attitude il doit prendre. Contesté sur le plan intellectuel, n’ayant plus le monopole des ressources dans le foyer, il a tendance à perdre son statut de dominant. Le problème, c’est que de très nombreuses femmes ne supportent pas l’homme dominé, enfant. Elles veulent un vrai homme, mais aussi un homme objet, un homme utile, attentif à leurs désirs mais mâle quand même ; pour faire simple, l’homme est confronté en permanence à la quadrature du cercle.

Mais revenons à Bernay, à la fin des années soixante-dix. Je ne connaissais personne. J’étais un exilé n’ayant comme famille réelle que ma grand-mère, Marthe Cauvel.

A Bernay, pour exister, il faut être bourgeois ou vaurien. Je n’étais ni l’un, ni l’autre. Par facilité et compte tenu de quelques antécédents familiaux, tout me portait dans la direction des voyous et des petites frappes si ce n’est mon port bourgeois.

Cette inclinaison était d’autant plus évidente qu’un de mes cousins, un dénommé Marc, n’en finissait pas de défrayer la chronique par ses actions délictuelles. J’avais quinze ans quand, au hasard d’une rue, il m’aborda ; il était accompagné de deux blondes. Il me les a présentées en leur mentionnant que j’étais le cousin de Saint Germain, celui qui vendait de la coke à treize ans, celui qui est l’intello de la famille. Il savait tout de moi. Il m’a mis en confiance ; à ses yeux, je n’étais qu’une victime de la famille de merde que nous avions en commun. Ce jour là, nous sommes allés dans un café. Il savait que son histoire se terminerait mal. C’est pourquoi il m’a pris comme confident en contrepartie de quoi il me donnerait quelques billets. A moi, le jour venu de rétablir une certaine vérité. Je n’avais comme argent de poche à cette époque que 18 francs par moi. Je fus heureux de multiplier cette somme par trente même si l’argent ainsi obtenu provenait de vols ou de casses. Une fois par mois, j’ai recueilli ses peurs, ses souhaits, ses espoirs. J’ai ce talent de recevoir les confessions d’autrui, de recevoir les secrets et les blessures des âmes. J’ai commencé très tôt et aujourd’hui encore dans cette prison, quelques gardiens viennent partager les souffrances.

J’ai perdu un ami

Je tiens donc à rendre hommage à Marc et à raconter son histoire qui est un peu la mienne. C’est surtout l’histoire d’un truand, d’un paumé de province.

Marc a, depuis sa naissance, été l’élément terrible de la famille. Il n’y a pas eu une semaine sans qu’il n’ait occasionné un problème ou une catastrophe. Le démon s’était approprié son âme et surtout son corps. Ses trois frères et sa sœur ne sont pas des enfants de cœur mais ils ont accepté de ne pas enfreindre les lois ; ils ont tout juste dépouillé quelques vieux isolés au moment où ils passaient de vie à trépas. Leur père était alcoolique ; rien d’original en Normandie, pays du Calvados d’autant plus qu’il était tenancier de bistrot ; leur mère un penchant pour les hommes et offraient ses services dans un petit hôtel à proximité de la gare de Serquigny. Tout cela constitue un lourd héritage surtout lorsqu’on est le dernier-né de la famille. Bien bâti, une tête carrée, une mâchoire forte légèrement en avant, seul le regard trahissait en Marc une folie et une génétique lourde à porter. Ses yeux, bleus flous, renvoyaient une lumière inquiétante.

Elève indiscipliné, au caractère violent, placé dans des établissements spéciaux, Marc a rapidement préféré le travail de nuit aux cahiers et leçons fastidieuses. Dès l’âge de treize ans, il devint, ainsi, un spécialiste hors pair du vol de vélos, de mobylettes et de motos. Il a commencé à exercer ses talents de coupeur de chaînes dans la cour de la maison de sa Grand-mère. Il a étendu progressivement son territoire aux cantons de Bernay et de Beaumont le Roger. Le garage de son père fut alors transformé en atelier de dépeçage et en boutique de pièces détachées.

Le service militaire à Mourmelon lui offrit la possibilité d’améliorer ses techniques et surtout de rencontrer les membres de la bande de Pontoise. Cette bande écumait le nord de la région parisienne dans les années soixante-dix. L’armée fut une source de découvertes pour ce jeune garçon qui n’avait guère eu le loisir de dépasser les frontières de sa Normandie natale lors de dix huit premières années de sa triste vie.

Durant ses classes, il fut placé au trou durant trois semaines pour violence, racket, indiscipline et non-respect des horaires. Discrètement, les autorités militaires décidèrent au terme du cinquième mois de service de remettre dans le civil Marc et ses copains de Pontoise. Dans ces années d’antimilitarisme, ils ne voulaient en aucun cas être jugées responsables d’actes commis par des petites frappes incontrôlables.

Marc n’annonça pas à ses parents son renvoi de l’armée. Il intégra, alors, la bande de Pontoise. Il se spécialisa dans le vol de voitures et dans le braquage de bijouteries. Il revenait au bercail familial une fois par mois. Les parents firent semblants de ne pas remarquer l’Alpine Renault avec laquelle il venait les voir. Ils firent de même avec les montres et les bijoux qui leur offraient. L’armée devait à leurs yeux être généreuse avec leur rejeton.

Les affaires se gâtèrent lorsque Marc fut arrêté en 1975 pour vol avec violence. Il fut jugé et condamné à 5 ans de prison dont deux avec sursis. Incarcéré à la centrale de Poissy, il termina son apprentissage de parfait bandit.

Un matin du mois d’octobre 1976, pour un vice de procédure, la justice le relâcha au bout de douze mois de captivité. Cette libération anticipée marqua le début d’une vie de bohême. Marc, avec une bande de cinglés, accumula les braquages et les viols.

Au fil de leurs opérations, en 1978, ils revinrent sur Bernay. Ayant investi une ferme abandonnée près de Serquigny. Un soir, ils se rendirent dans le troquet fréquenté par les bandits du cru, « le Central ». En manque d’émotions fortes, ils abusèrent de boissons et de vantardises au point d’incommoder les autochtones.

Le lendemain, c’était un jour sans soleil de septembre, ils se retrouvèrent dans le même café. Un comité d’accueil les attendait de pied ferme. Le caïd de Bernay, un dénommé Max, leur demanda de trouver un autre refuge, en dehors du département de l’Eure. Compte tenu de leur passé, ils gênaient sa tranquillité. Ils mettaient en péril le bon déroulement de ses petites affaires. Marc refusa net. Il demanda au contraire l’hospitalité des voyous. Il exigea, en outre, de participer à la réalisation d’un ou deux coups.

Rapidement le ton est monté. Les menaces succédèrent aux insultes. Puis, un coup de poing violent, lancé comme une flèche par Marc atteignit au bas ventre d’un des hommes de Max. Ce dernier s’affala d’un bloc sur le plancher devant le comptoir. Le tenancier des lieux pria aux uns et aux autres de sortir faute de quoi il appelait la police. Ils se retrouvèrent tous sur la place. Après une demi-heure de bataille rangée, les deux bandes prirent leur voiture pour un rodéo.

A vingt deux heures quatorze, le téléphone résonna dans la petite salle à manger de ma grand-mère. J’étais dans ma chambre. Je fus surpris par le bruit du téléphone. Elle ne recevait jamais d’appel après 21 heures. Vous vous demandez comment je peux me souvenir de l’heure avec une telle précision. Vous avez raison, mais je dois vous l’avouer, j’ai une excellente mémoire.

En entendant la voix de ma grand-mère, j’ai vite compris qu’un événement grave s’était produit. Elle indiqua qu’elle arrivait de suite sur les lieux de l’accident. Elle ajouta « pour les parents du petit, pas la peine de les chercher, ils sont imbibés du matin au soir ; je m’occupe de tout comme d’habitude ». Ensuite, j’ai entendu le bruit de la 2 CV. Malgré ma volonté d’attendre son retour, je me suis endormi rapidement.

Je sus, lors de l’enterrement que ma grand-mère s’était rendue sous un ciel étoilé, le ciel normand serait selon la légende un des plus beaux de France, à Menneval à quelques kilomètres de Bernay. Un gendarme l’attendait. Il lui indiqua que le corps de Marc était parti à la morgue. Il mentionna qu’il s’agissait certainement d’un accident stupide de la circulation. Elle constata néanmoins qu’aucune trace de frein n’est visible. Elle a alors décidé de se rendre seule à la morgue pour connaître la vérité.

L’enterrement de Marc eut lieu le 26 septembre. Il pleuvait comme les jours précédents. Une messe fut prononcée dans l’église de Serquigny. Juste derrière la famille, des hommes aux visages tentaient de se recueillir. Louise avait tenté en vain de s’opposer à leur venue. Elle avait réussi à imposer un compromis équilibré. Ils assistaient à la messe mais ne se rendaient pas au cimetière ainsi qu’à la réunion de famille.

L’église de Serquigny se prête bien aux cérémonies tristes. Mal chauffée, décorée sobrement, elle n’inspire pas la joie. Massive, de style mi-gothique, mi-roman, elle détonne dans ce village sans relief. Sa grandeur, la hauteur de son clocher la prédisposait à être le cœur d’un gros bourg. A Serquigny qui compte moins de 2500 habitants, elle manque cruellement d’espace. Pas de parvis, même pas de trottoirs devant le porche, une route départementale passagère l’enserre. Elle ressemble à un paquebot amarré dans un petit port de pêche. L’église par sa puissance a étiolé l’ensemble de ce village à moins que ce soit l’alcool qui ait ravagé des générations de petits normands. Au début du XXème siècle, Serquigny ne comptait pas moins de 26 débits de boisson pour moins de 1400 habitants. 9500 arbres à cidre et à calvados occupaient les 1141 hectares du territoire communal. Les bouteilles d’alcools pleuvaient jour après jour sur les fermiers et les ouvriers. Cent ans plus tard, l’alcool et ses effets marquent encore cette région. Dans un rayon de dix kilomètres carrés, quatre centres de traitement d’alcooliques et de déficients intellectuels sont ouverts.

La cérémonie fut expédiée en moins d’une heure. Le curé n’avait pas souhaité s’étendre sur la vie du défunt. On peut le comprendre même si le passé de l’ecclésiastique n’était pas sans tâche. Il avait le démon en lui ; il était un pêcheur parmi les pêcheurs.

Ainsi, comme en son habitude, après les formules d’usage, il avait pris sa Renault 4 L afin de rendre visite à quelques femmes en mal de compagnie. Tout le monde savait à Serquigny comme à Bernay que le curé, malgré le port de la robe, était le Don Juan de la vallée.

Après l’enterrement, toute la famille se réunit dans la salle à manger de la maison de Louise, rue Max Carpentier. La pièce étroite, au papier défraîchi, aux meubles années cinquante de faible prix, donne directement sur la rue. Les passants contemplent la famille Flavigny Chauvel à travers la fenêtre. Ils détournent la tête de peur d’importuner tout en essayant de reconnaître les membres présents. Le vin chaud, traditionnel, est servi par Marthe. Tout le monde est resté debout. Personne n’osa prendre les quelques rares chaises placées le long du mur. Une fois tout le monde servit, Marthe prit la parole d’un ton monocorde.

« Nous connaissons tous la vérité. Marc a été assassiné, le trou dans sa tête n’a pas été occasionné par une bille. Les journaux ont conclu à l’accident de voiture. Vous pouvez me remercier. Si quelqu’un vous demande pourquoi Marc n’a pas tenté de freiner ou d’éviter les obstacles, vous indiquez qu’il est mort avant le choc ».

Cette affaire m’a marqué. Admiratif des frasques de Mesrine et de celles de mon cousin, je me voyais bien recréer une bande. J’ai retenu la leçon suivante de cette aventure, être au sommet, même dans le monde « underground » est une obligation pour survivre.

Pourquoi ce long dégagement sur Marc que j’ai à peine connu et dont la photo chez ma grand-mère m’effrayait ? J’entends signifier que lorsqu’on est comme moi issu d’une famille de voyous, il est difficile de choisir une autre voie. Certes, vous allez répliquer qu’il est trop facile d’imputer sur mes aïeux mes turpitudes. Rassurez-vous, j’assume complètement mes actes. Marc et les autres ne sont en rien responsables de mes déviances. En libéral parfait, je ne tenterais pas de transformer ma responsabilité en irresponsabilité en chargeant la Société.

Avec le recul, je peux vous l’avouer, la brutalité de Marc m’horrifiait, me dégoûtait. Je n’ai jamais aimé ses méthodes. Un beau coup doit s’effectuer sans laisser de traces, sans violence ou presque sans violence…

It’s a long way to the top
(Angus Young-Bon Scott)

Le hasard, un simple hasard ou plutôt l’envoi d’une lettre à Paris, à la fin de l’année 1980, a influencé vingt ans de ma vie ; une simple lettre d’une page

Un certain 13 janvier 1981, et tout çà à cause d’un courrier envoyé à un candidat à l’élection présidentielle, j’ai passé trois heures, assis sur un cercueil dans une agence des Pompes funèbres d’Evreux. Trois heures durant, j’ai tenté d’écouter le responsable départemental du Mouvement dont le père dirigeait l’agence. Tout absorbé que j’étais par son éventuel contenu, le cercueil a annihilé toutes mes fonctions intellectuelles.

C’est en regardant le journal télévisé que sans en parler à personne, j’avais décidé d’écrire au siège du Mouvement des Jeunes Giscardiens, rue de la Bienfaisance à Paris. Pour obtenir l’adresse, j’avais appelé l’Elysée. Après deux mois sans nouvelle, je fus invité à me rendre aux pompes funèbres d’Evreux pour une première réunion.

A cette réunion, il y avait tous les jeunes fils et filles à papa d’Evreux. Nous devions être trois ou quatre à ne pas être membres du cercle des privilégiés. Grâce toujours à mon regard de cocker et à mon maintien de bonne famille, j’ai conquis le cœur de mes compagnons de route. Pour m’intégrer le plus vite possible, j’étais toujours disponible pour les opérations commandos. Je suis rapidement devenu un expert en collage d’affiches en pleine nuit, en bombes de peinture et en bris des permanences adverses. Je pouvais ainsi me comporter en voyou tout en défendant une bonne cause, celle de la droite modérée. J’ai vite compris que les règles du milieu politiques ressemblent à celle de l’autre milieu. J’ai vite compris que tout ou presque était permis à condition d’avoir les bonnes protections, d’avoir un parrain.

J’étais parmi les plus jeunes. Rapidement, face à mon savoir-faire et mon absence d’appréhension, le responsable départemental me recommanda auprès des dirigeants de Paris. Impulsif et sans foi, ni loi, j’étais chez les bourgeois giscardiens, une monnaie d’une extrême rareté.

Le week-end, je partais à Rouen pour intégrer une équipe de blousons noirs, un peu facho sur les bords. Ils se mettaient au service des giscardiens le temps d’une campagne électorale pour casser la gueule aux communistes et aux gaullistes. Dans chaque groupe, un ou deux responsables jeunes giscardiens tentaient autant que possible de veiller à la bonne application des directives de Paris et de limiter les excès en tout genre. Dans les faits, nous ne pouvions rien empêcher. Nous étions confrontés à des bêtes furieuses. Soit nous jouions avec eux, soit il nous lâchait au plein milieu de l’opération en conservant le matériel et les camionnettes. Pour rester, pour d’imposer, il fallait être encore plus dur qu’eux.

A Rouen, de février à mai 1981, j’étais logé chez le responsable de la bande, Pierre. Il devait avoir sept ou huit ans de plus que moi. Ma grand-mère n’avait émis aucun jugement sur mes nouvelles activités et sur mes nouveaux amis. Elle ne comprenait rien à la politique mais elle croyait à la nécessité d’être au sein d’une équipe, d’une bande pour réussir même si elle se méfiait de mes amitiés giscardiennes qu’elle jugeait bien trop bourgeoise à son goût.

A Rouen, libéré du joug familial, Pierre fit mon instruction sexuelle en me payant quelques passes. Je me souviens d’une prostituée ; elle était, pour moi, très vieille, très très vieille ; elle devait avoir près de cinquante ans ; elle sentait le parfum de mauvaise qualité. Elle était sans forme, une poitrine abondante et descendante. Elle avait des bras épais de paysanne ; ses cuisses m’impressionnaient par leur circonférence. En sortant de la voiture de Pierre, elle m’avait accosté et je n’avais pas osé lui dire « non ». En montant dans sa chambre, nous avons croisé plusieurs de ses collègues qui l’ont sifflée en criant qu’elle était une veinarde de se taper un puceau, qu’elles voulaient assister à ce moment. J’eus beau prétexter que j’en étais pas un, elles ne voulaient pas me croire. Tout cela se termina avec deux filles de joie assistant à nos ébats. J’étais un peu gêné d’être exposé comme un trophée ; mais certainement au fond de moi, j’étais un peu flatté. Je regrette ne l’avoir jamais revue, de ne jamais avoir recommencé cette expérience. Elle doit avoir plus de soixante-dix ans, aujourd’hui, si Dieu lui a prêté vie. Aujourd’hui, certes le manque du à ma prison me pèse ; mais au fil des années, j’ai compris que la sensualité, le désir, la peur de l’autre constituait les fondements d’une relation amoureuse et sexuelle réussie. Dans la passe furtive, il y a beaucoup de frustration ; l’essentiel, l’amour, est absent ; l’homme ne domine artificiellement par son pouvoir monétaire ; dans l’acte, la prostituée dirige et par ses gestes renvoie le mal à sa déchéance. J’ai mis beaucoup de temps à le comprendre.

Mon ami Pierre était chargé d’assurer la sécurité des soirées organisées dans les hôtels particuliers des grandes familles pour soutenir le Président Giscard d’Estaing. Ces réunions très mondaines visaient autant à démontrer la nécessité de se mobiliser pour le Président candidat qu’à récolter de l’argent pour la campagne. A plusieurs reprises, Pierre me demanda de l’accompagner. J’étais costaud et j’avais de bonnes manières. C’est ainsi que j’ai assisté souvent dans un coin, sans rien dire à ces belles soirées avec des buffets bien garnis en mets fins et rares. Le ballet des robes, des costumes parfaitement ajustés, la vue des jeunes filles parfaites m’a certainement incité à pénétrer ce milieu. Lors d’une réception à la mairie de Rouen, quelques semaines avant le premier tour, un jeune homme, très bien habillé, pas très grand, mais doté d’une assurance à toute épreuve, me demanda de le suivre. Il s’agissait de Jean, le trésorier des Jeunes Giscardiens. Il m’annonça que Giscard serait battu du fait de la trahison de Chirac, du comportement ordurier de la presse et de la décadence de la bourgeoisie capable par esprit futile de voter François Mitterrand. J’étais abasourdi. Il exigea de moi le secret et me dévoila le plan. Il affirmait que la gauche ne pourrait rester que quelques mois au pouvoir, l’application des fameuses 110 propositions du candidat Mitterrand issues du programme commun de 1972 devant conduire le pays à la banqueroute. Il était convaincu que Giscard d’Estaing reviendrait au pouvoir, que le RPR dirigé par le traître de Chirac disparaîtrait. Afin que sa prophétie devienne réalité, il souhaitait maintenir des troupes sur le pied de guerre.

Pour étayer ses propos, Jean ajouta : « regarde ces bourgeois ; à l’annonce des résultats, ils passeront à gauche comme en 1940 sous Pétain. Ce n’est pas avec eux qu’il faudra reconstruire la droite. C’est pourquoi je te demande d’être prêt à agir ». En me recommandant le secret absolu, il me parla d’un accord secret avec l’extrême droite pour la reconquête du pouvoir. Face au SAC, la milice privée des gaullistes, Jean m’apprit que nous n’étions pas démunis. Il me présenta quelques années plus tard le chef de ce réseau secret. Il s’agissait d’un cadre des anciens mouvements pro Algérie française. Proche du Vatican, il pouvait partir plusieurs mois en Pologne ou en Hongrie. A son retour, il menait sans rien laisser paraître quelques opérations en faveur de la droite parlementaire non gaulliste. Il était aussi à ses heures perdues un excellent musicien, capable de jouer toute une nuit des morceaux des Stones à la guitare.

Le RPR disposait de réseaux fondés durant la Résistance qui soixante ans après demeurent en particulier dans la police, au sein de la justice ou parmi les fonctionnaires de l’Assemblée nationale. Un agent du Palais du Bourbon m’affirma qu’il avait enterré dans son jardin un stock d’armes au cas où les bolchos ou les fachos s’en prendraient à l’Etat.

J’étais fier d’appartenir à un groupe secret même si j’ai vite compris que notre puissance de feu était limitée faute d’avoir des relais dans l’appareil d’Etat.

Jean, après m’avoir dit que nous nous reverrions très prochainement, me quitta pour alpaguer deux ou trois avocats accompagnés de leurs superbes filles à la mine remplie de morgue, il avait comme mission mais ça je ne le savais pas après la défaite électorale de constituer une cagnotte ou plutôt un magot afin de financer les opérations spéciales après la défaite.

Jean ne s’est pas trompé pour l’échec de Giscard. Il recevait tous les résultats des sondages et était, par ailleurs grâce à quelques complices, bien informé des manœuvres du candidat gaulliste à l’encontre du Président sortant.

Je me rappellerai toute ma vie du dimanche 10 mai 1981. J’étais arrivé dans le courant de l’après-midi à la permanence en plein centre-ville de Rouen, près du Gros Horloge. Pour tenter d’oublier cette défaite annoncée, nous nous racontions nos plus belles anecdotes de campagnes comme des soldats après des batailles. Il y avait entre nous une fraternité d’armes. Lorsque sur TF1, le portrait du futur Président de la République est apparu, j’ai cru pendant quelques secondes qu’il s’agissait de Giscard. J’ai cru au miracle. Mais, je fus ramené à la triste réalité par la froideur des chiffres. Pas de doute, VGE était battu et bien battu. Dans les rues, nous entendîmes les klaxons d’allégresse des voitures des militants socialistes. Malgré notre déception, nous ouvrîmes quelques bouteilles en se disant qu’au moins les gauchistes ne les videraient pas à notre place.

Jean, le Trésorier, nous appela vers 22 heures, pour nous réconforter. Il nous répéta que le combat ne s’arrêterait pas ce soir. C’est pourtant durant son appel téléphonique que des militants communistes ou socialistes brisèrent les vitres de notre permanence en jetant des pavés. Il y eut un moment de panique. Nous nous sommes réfugiés dans la cave. Pierre demanda l’aide de la police. L’agent de permanence lui répondit que tant qu’il n’y avait pas mort d’homme, la police ne se déplacerait pas. J’ai compris qu’en cas d’alternance, tout va très vite ; les amis d’hier disparaissent, les fonctionnaires jouent aux prêtres défroqués en reniant avec une mauvaise foi sans pareille leurs engagements passés. Heureusement pour nous, les militants de François Mitterrand souhaitaient avant tout faire la fête et non la Révolution.

En rentrant dans la nuit, je fus surpris de tomber sur ma grand-mère avec une éponge et un grattoir à la main. Elle tentait d’enlever la peinture rose sur les murs de la maison. Il y avait marqué « A mort, les collabos des bourgeois ». J’étais gêné. Je savais que c’était à cause de moi. Elle me rassura en me disant que ce n’était pas grave ; qu’elle en avait vu d’autre. Elle me conseilla de me coucher. Le lendemain, au lycée de Bernay, tous les professeurs arrivèrent habiller en rose ; ils se mirent en grève pour demander le renvoi du proviseur. Au bout de dix jours, ils obtinrent satisfaction. Il fut muté à Charleville Mézières, sa femme l’étant en Ardèche.

Avec la défaite de Giscard, je pensais mon aventure en politique terminée. Avait-elle de toute façon commencé ? Durant six mois, je n’avais rencontré que des seconds couteaux. J’avais pénétré dans quelques beaux appartements rouennais mais bizarrement je n’avais discuté sérieusement avec aucun de leurs occupants. Ils m’ont à peine vu. J’ai toujours été de passage. C’est à partir de cette caractéristique que toute ma carrière s’est construite. Sans famille, sans attache, je suis le passe muraille parfait, le porte-serviette, le porte-coton idéal pour des missions délicates. Jean s’en est souvenu en me rappelant très rapidement après la défaite. La Gauche conserva le pouvoir jusqu’en 1986 mais durant cette période j’ai, tout en effectuant d’honorables études, poursuivi mes missions d’homme de mains.

GIMME SHELTER
(Mick Jagger/keith Richards)

J’ai donné ma vie à la politique comme d’autres entrent en religion. En regardant mes collègues d’infortune, j’ai vite compris que notre choix, notre engagement, était lié à notre passé, à notre recherche d’un équilibre que notre famille, notre entourage ne pouvait pas nous procurer. Les femmes et hommes politiques, leurs collaborateurs sont des êtres par nature déséquilibrés. La participation à la vie d’un mouvement politique est inconciliable avec une vie familiale dans le sens classique du terme. La politique, c’est vingt heures sur vingt-quatre, le week-end et le soir. Il est hors de question d’espérer dîner avec son conjoint à dix-neuf heures trente. La vie politique, c’est une fuite en avant, un refus de vieillir, d’être toujours un adolescent. Former une famille, élever des enfants, avoir un rythme régulier de vie sont des contraintes insupportables pour des hommes politiques. Le taux de divorces au sein du milieu est impressionnant ; les conjoints acceptent de moins en moins de passer après les militants, les cadres des partis, les journalistes et les électeurs…

Quand je me suis engagé, je souhaitais me créer une histoire, un nom, échapper à ma famille.

Au mois de juillet 1981, trois mois après le désastre électoral, Pierre m’appela un soir et me tint le discours suivant :

« Tu veux revenir sur Paris, il faut que tu appelles Jean. Tu sais, je te l’avais présenté. Il est le trésorier de notre mouvement. Il a besoin de toi. »

Ces mots, je ne les ai jamais oubliés. Je ne le croyais pas, à Paris, ils pensaient à moi. J’ai mis deux jours pour surmonter ma timidité et joindre Jean. Une secrétaire me le passa qui me tint ce discours : « petit, je suis pressé, il faut que l’on se voit, tu peux passer demain, ah ouais ! T’es en Normandie. Bon passe, samedi vers 11 heures au siège. Je te dirais ce que nous pourrons faire ensemble ».

Depuis mon exil de Saint Germain en Laye, je ne remettais que rarement les pieds à Paris. Au fil des années, je m’étais transformé en parfait provincial surtout en ce qui concerne ma garde robe. Sur le choix de la veste, j’ai longuement hésité. Mal m’en a pris, en arrivant gare Saint-Lazare, je fus conspué par une bande de jeunes ; ils se sont moqués de mon accoutrement, ma veste en velours beige ne devait pas correspondre aux canons de la mode parisienne. Ils m’ont obligé à leur donner. Déjà en retard, j’ai opté pour la politique du repli stratégique avec abandon de la cause du conflit.

Arrivé boulevard du Montparnasse, au numéro 266, au siège du Mouvement, je demande à parler à Jean ; la secrétaire me prie de l’attendre dans le hall d’entrée. Elle est blonde, grande, très femme ; un décolleté un peu provoquant, une poitrine blanche un peu tombante mais accueillante.

Je constate qu’elle me regarde avec mépris ; elle me considère, sans nul doute, comme un petit provincial aux origines modestes ne portant pas de veste. Après dix minutes d’un terrible face à face, étant incapable d’engager la moindre discussion, les marches de l’escalier se mettent à craquer. Ce bruit sourd rompt le difficile silence. Je ne me souvent qu’avec difficulté du physique de Jean. Dans ma mémoire, il était trapu, une tête carrée avec une mâchoire acérée. En fait, il était de taille moyenne, un peu enveloppé. Il était habillé de manière très chic. Il était hors du temps. A peine avait-il avalé la dernière marche de l’escalier qu’il demanda à la secrétaire
- Isa, c’est le petit que je dois voir.

- Oui Jean, il t’attend comme un enfant de cœur.

- Isa, je suis surpris que tu ne l’aies pas encore violé.

- Jean, c’est un enfant ; je parie qu’il est puceau ; tu sais que j’aime les hommes avec de l’expérience.

- Tu devrais alors accepter de coucher avec moi.

- Je t’ai dit non car je sais que tu es un mauvais coup ; tu bandes mou…

- Allez, petit, ne rougis pas ; de toute façon elle n’aime que les vieux beaux, bien riches ; tu as encore un peu de temps devant toi avant de passer dans sa casserole ; suis-moi dans mon bureau ou plutôt de ce qui en fait office.

J’étais rouge pivoine. Entre la peur d’affronter Jean et les propos d’Isabelle, je ne savais pas trop quoi penser, dire et faire.

J’ai suivi Jean jusqu’à son bureau qui se trouvait au sous-sol. Il était petit et doté d’un grand coffre-fort. Il me fit asseoir sur une vielle chaise rouge ; j’appris plus tard que cette chaise était une prise de guerre de la campagne présidentielle. Jean avait avec quelques membres du mouvement volé au PS un lot de 500 chaises destinées à un meeting.

Jean prit la parole en me demandant sur un ton viril :

- Petit, quel est ton prénom ?

- Patrick.
- Bon, Patrick. , tu te rappelles, je t’avais dit que nous aurions besoin de toi. Je ne t’ai pas menti. Il est évident que nous ne retrouverons pas le pouvoir demain mais il est indispensable de harceler le gouvernement en place et surtout nous venger des RPR. Tu souhaites effectuer tes études sur Paris ?

- Oui, je voudrais intégrer Sciences Po ; je suis inscrit à Henry IV en hypokhâgne.

- Très bien ; tu as un peu d’argent.
- Bof, pas trop. Je recherche un petit studio pas trop cher et un job le soir.
- Je peux t’aider. Je cherche quelqu’un comme toi. Tu as participé aux opérations spéciales durant la campagne. Tu as été efficace et surtout tu l’as fermé quand je te le demandais. J’aime les mecs discrets qui ne bavent pas, qui ne parlent pas à tort et à travers. Si tu veux réussir dans ce milieu, mon unique conseil c’est ne parle pas. Tu n’es pas con ; c’est pourquoi je souhaite que tu remplisses quelques missions de confiance ; interdit d’en parler à qui que ce soit. Tu n’en réfèreras qu’à moi et à personne d’autre. OK ?

- Ok

Je n’ai pu répondre que les deux lettres « OK » ; je n’ai posé aucune question sur mes futures activités ; ma timidité a eu raison de ma curiosité. Je n’ai pas demandé combien j’allais gagner et quand je travaillerai. Jean m’indiqua simplement que je commencerai après le 20 octobre. Pour le logement, il s’occupait de tout.

A la fin du rendez-vous, il me glissa un billet de 200 francs dans ma main. J’ai, dans un premier temps, refusé puis il me précisa que c’était un acompte, je les ai mis dans ma poche.

En moins d’une demi-heure, tout avait été réglé. Un simple voyage avait changé ma vie.

Avant de reprendre le train pour Bernay, j’avais quatre heures devant moi. Après m’être acheté quelques albums d’AC-DC et de Motorhead à la FNAC Montparnasse, j’ai repris la ligne 12 du métro parisien En sortant à Saint Lazare, j’ai remonté un par hasard l’impasse de Budapest. C’était une des rues chaudes de Paris au début des années quatre-vingt. En marchant, je me rappelai les propos de la secrétaire. Elle m’avait accusé d’être un puceau. Je ne l’étais pas comme vous le savez. Convaincu qu’une multitude d’expériences me ferait perdre mon regard d’enfant, j’étais prêt à succomber aux charmes d’une des prostituées de l’impasse. Au bout du troisième passage, une black, assez mince, m’interpella.

- Petit, arrête de reluquer… Tu viens ? Viens, n’aie pas peur, me répéta-t-elle avec un regard très suggestif. Ses seins étaient petits mais fermes. Elle portait un jean délavé.

Face à ces demandes répétées, je me suis convaincu que je devais y aller.

- Tu ne le regretteras, Petit. C’est 100 la pipe et 200 l’amour me dit-elle.

Avec le fameux billet de Jean dans la poche, l’affaire était réglée. Je considérais que c’était un signe du destin. J’ai dit « oui » d’une voix empreinte d’envi. Comme un automate, je l’ai suivie. La chambre se trouvait dans un immeuble qui menaçait ruine. A l’entrée, un permis de démolire était affiché. L’escalier était étroit et sal. Nous avons croisé deux ou trois filles avec leur client. Ils avaient environ la quarantaine ; à croire qu’à cet âge là, il est impossible de trouver du plaisir avec sa conjointe. Un seul m’adressa un sourire et me lança « bonne bourre ». La chambre comportait un petit lit, une table basse avec un rouleau de papier toilette, un bidet et un lavabo. Elle était toute simple. Sans prononcer un mot, la belle black se déshabilla ; son sexe était complètement épilé. C’était la première fois que j’avais une relation avec une femme de couleur différente de la mienne. Depuis, je dois avouer que j’ai un très fort penchant pour les blacks ; leur sensualité, leur savoir-faire, leur beauté m’ont toujours enivré. Ma compagne éphémère et tarifée me demanda quelle était ma position préférée. Paralysé par une soif de sexe et surtout par une ignorance totale des termes techniques, je ne sus répondre. A quarante ans, je suis toujours aussi ignorant. Je dois avoir un problème freudien pour être incapable de me souvenir des noms des positions.

Revenons à cette chambre lugubre, ma charmante hôtesse d’un jour m’allongea et se mit au-dessus de moi. Je sentis son corps descendre et happer mon sexe. En quelques minutes d’un va et vient bien organisé, elle me porta à la jouissance. Cette passe reste pour moi un excellent souvenir sauf qu’à l’époque, l’utilisation du préservatif n’était pas la règle. J’avais peur d’attraper une maladie vénérienne, je pensais avant tout à la chaude pisse. Dans le train du retour, j’ai passé mon temps dans les toilettes à me laver mon sexe et à me branler en pensant à la belle black. Quelques semaines après, j’ai lu mon premier article sur le SIDA. Même si la maladie concernait alors essentiellement le milieu homosexuel. Un sentiment de panique me gagna et je me suis alors engagé à ne plus fréquenter les prostituées mais les promesses….

Conformément aux demandes de Jean, au mois de septembre, j’ai emménagé, près de la Porte-Maillot, dans un deux pièces que je partageais avec une militante du mouvement, une certaine Sophie. Elle avait deux à trois années de plus que moi. Très grande, mince mais très musclée, j’ai vite compris qu’elle était lesbienne ce qui ne l’empêchait pas de me traiter avec gentillesse. J’étais un peu son petit frère. Elle me dominait tant par son âge, son expérience du milieu politique et par sa connaissance de la vie. En ne parlant jamais cul et en ne ramenant aucune petite amie, j’ai réussi à l’amadouer. Quand je lui ai demandé quel était le montant du loyer. Sophie a ri pendant dix minutes. Après s’être amusée de ma naïveté, elle m’expliqua que cet appartement était payé par une compagnie pétrolière. Cela faisait parti des combines de Jean. Elle m’avoua qu’il y avait quelques contreparties mais que ce n’était pas à elle de me les mentionner. Pour comprendre les combines et les contreparties, j’ai mis quelques années. Acharnée de la politique, Sophie passait la majorité de son temps au siège du mouvement, ses études de droit à Assas étaient très secondaires. En charge des fédérations, elle était continuellement en déplacement en province. Sophie a connu une belle destinée ; elle est devenue une des grandes prêtresses de la communication en conseillant des dirigeants d’entreprise de haut niveau.

J’ai commencé une double vie, le jour à Henry IV en hypokhâgne, le soir et la nuit au mouvement. Ayant coupé la quasi-totalité des liens avec ma famille, je disposais de temps pour mener des actions militantes. J’étais le petit jeune et donc chouchouté par tous les anciens. Mes faits d’arme à Rouen étaient connus et exagérés. Tout le monde savait que j’avais mes entrées chez les anciens de l’OAS et les anciens d’Occident.

Jean est devenu au fil des mois mon tuteur. Avec le recul du temps, je pense qu’il appréciait ma discrétion. Ma timidité étant perçue comme une forme d’indifférence, cela le dissuadait de m’engueuler. J’ai vu des dizaines de ses collaborateurs et collaboratrices partir de son bureau en pleurs. Incontournable car détenteur du nerf de la guerre, il était craint. En étant auprès de lui, je bénéficiais de son aura. Personne n’osait m’affronter ou me faire une crasse de peur de supporter financièrement une disgrâce. Surtout, j’avais un accès privilégié aux ressources du mouvement. J’avais au fond de moi un goût prononcé pour le luxe, la vie facile ; grâce à la politique et à certaines entrées, j’ai commencé à hanter les palaces, les grands restaurants dès l’age de 23 ans. Je ne me suis jamais trop posé de questions morales sur l’origine des ressources. Je ne pouvais pas me plaindre surtout que mon travail pour le mouvement n’était pas trop compliqué. Ma principale mission était d’aller chercher chez des particuliers habitant en règle générale dans les arrondissements cossus de la capitale ou à Neuilly des enveloppes ou des mallettes. Je n’ai jamais eu la curiosité d’en ouvrir une. J’ai su, il y a peu, que certains n’avaient pas mon honnêteté et prenaient leur dîme. Je crois, j’en suis certain que Jean devait me prendre pour un idiot. Aujourd’hui, au fond de cette putain de cellule, je me trouve rétrospectivement très stupide. De nombreux anciens collègues du mouvement se prélassent comme des salopards dans des piscines dans le sud de la France ou à Ibiza.

Bien évidemment, j’effectuais des activités plus militantes, collages et tractages. J’adorais surtout les collages de nuit dans Paris avec les bagarres avec les gauchistes ou les rencontres insolites. Un soir, nous collions Place Trocadéro, il devait être deux heures du matin. Nous sortions colle et balais ainsi que les affiches quand une très belle prostituée nous demanda de nous cacher. Nous lui demandons pourquoi ; elle nous répond que dans cinq minutes, les flics allaient débarquer. Nous l’écoutâmes pour notre plus grand bien. Quand nous revîmes, elle discuta avec nous et nous proposa un petit tarif qui restait bien trop élevé pour nos finances. Je me rappelle qu’un autre soir, nous avions mené un collage en état avancé d’ébriété. Dans une rue du 8ème arrondissement, nous avions mis une des filles qui nous accompagnaient, une dénommée Véro, dans une poubelle. Ivre morte, elle n’avait pas réagie. Nous sommes partis coller quelques affiches au slogan bien présomptueux « Giscard. Reviens ! » Quand nous nous sommes aperçus que les camions de ramassage des ordures s’attaquaient à la rue dans laquelle nous étions, nous avons été pris de panique. Nous avons couru afin de retrouver la poubelle. Nous sommes arrivés à temps avant qu’un des éboueurs ne renverse Véro dans son camion. Je me rappelle encore des hurlements et des menaces de l’éboueur. Nous lui avons fait un bras d’honneur mais sans nul doute, nous étions passés à côté d’une catastrophe. Pour nous réconforter, le chef de notre groupe nous amena « Chez Castel ». J’ai toujours détesté cet endroit rempli de vieux beaux et de jeunes femmes cherchant avant tout un portefeuille en guise d’alliance. Je trouvais l’endroit ringard, symbolisant parfaitement la bourgeoisie parisienne carrée dans son conservatisme et convaincue du bien-fondé éternel de ses valeurs.

Je restai avant tout un petit voyou, un garçon de la rue ; c’est pourquoi j’appréciais les opérations commando. Or, l’actualité me sourit. En 1982, le ministre de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur engagea une réforme des universités. Les deux syndicats de droite organisèrent des manifestations. J’avais reçu l’ordre avec quelques-uns un de mes acolytes de provoquer les forces de l’ordre pour obtenir la meilleure couverture presse et démontrer que le pouvoir de gauche tabassait des étudiants. Notre chance vint que l’Esplanade des Invalides était en réfection. Il y a avait de quoi tenir un siège. Des pavés, des blocs de béton et surtout des chariots élévateurs à disposition. Lorsque la manifestation arrive sur l’esplanade, lieu programmé de dislocation, les responsables des syndicats étudiants tentent de franchir la Seine. Les CRS avaient reçu l’ordre d’empêcher par tous les moyens les jeunes de se rapprocher de l’Elysée. Ils n’avaient pas prévu les bulldozers et les pavés. A cinq, six avec des foulards pour éviter les gaz lacrymogènes, au moment où la police menait sa première charge contre les manifestants qui s’étaient rapprocher du pont Alexandre III, nous avons pris possession de deux bulldozers et commencé nous même à chargé les forces de l’ordre. A bord de la machine, malgré le bruit du moteur, j’ai ressenti comme un grand silence. Les étudiants qui nous entouraient étaient surpris par notre témérité, par notre inconscience ; les forces de l’ordre face à une telle audace attendaient les ordres. Comment faire pour reprendre possession de ces diaboliques machines ? Je dois l’avouer aucun de nous n’était expert dans leur conduite. Nous tentions plus d’en comprendre le maniement que de nous en servir comme arme de destruction. C’est pourquoi lorsque cinq CRS casqués, arme dégainée chargèrent en ma direction, j’ai opté pour la fuite, laissant mon engin filé seul contre un mur. Sentant les coups de matraques se rapprocher, j’ai couru avec mes collègues d’infortune avec comme objectif de rejoindre le gros des manifestants. Vexée d’avoir été placée en situation de faiblesse, la police décida de mettre un terme à ce jeu stupide. Elle chargea afin de disloquer la manifestation. Fidèle à la théorie des moutons de panurge, nous avons dans un mouvement désespéré sauté dans les fossés qui ceinturent les Invalides. Plusieurs d’entre nous ont eu leur cheville cassée. Une fois dans le fossé, nous n’avions plus aucun moyen de nous échapper ; nous avons alors sagement attendu que la police nous cueille.

Ce fut mon baptême du feu ; ma première grande manifestation se terminait dans un poste de police, celui du VIIIème arrondissement, celui qui se trouve dans le Grand Palais. Nous étions une dizaine. Il y avait des militants de l’UNI, le mouvement étudiant proche du parti gaulliste et ceux du GUD, mouvement étudiant d’extrême droite. Ces derniers au look « facho » nous considéraient comme des enfants de bourgeois, incapables de mener des opérations de guérilla.

Au fil de mes rencontres, j’ai sympathisé avec plusieurs d’entre eux dont un qui s’appelait Richard. Crane rasé, habillé en paramilitaire, il était l’intellectuel de la bande. Il lisait Céline mais aussi Apollinaire. Il ne comprenait pas comment avec mon petit gabarit, je pouvais survivre dans des échauffourées. En dessous d’un mètre quatre-vingt, les hommes étaient pour lui des handicapées. Bien des années plus tard, je l’ai revu, il était tout à la fois conseiller d’un ministre centriste en charge de la recherche et militant du FN. Je lui ai alors demandé si ça ne lui posait de problèmes déontologiques. Il m’a répondu qu’il aimait le secteur de la recherche et que cela n’avait rien à voir avec son engagement politique. Il me rappela également que j’avais quelques amitiés à gauche ; mais c’est une autre histoire que je vous raconterais peut-être plus tard.

Au commissariat, les flics souhaitèrent connaître les individus qui avaient osé conduire les engins de chantier. Ils eurent le droit à un silence éloquent. La solidarité estudiantine était de règle. Je fus assez rapidement relâché car avec mon look de chien battu et ma carte d’étudiant d’Henry IV, je ne pouvais pas, à leurs yeux, être responsable des dégradations et des violences de la fin de cette manifestation. En sortant, je fus heureux de constater que ma colocataire m’attendait avec une voiture. A peine étais-je monté qu’elle m’engueula ; j’étais allé peu trop loin dans la provocation des forces de l’ordre ; et puis d’un coup, elle se mit à rire en me disant qu’elle jouait à être ma grande sœur mais qu’elle ne croyait pas un mot de ce qu’elle racontait. Nous rejoignîmes Jean et le reste de la bande dans un café, boulevard Raspail, qui s’appelait « L’International ». J’adorais ce café complètement décalé dans un quartier bourgeois. Depuis quelques années, il s’est débaptisé et a opté pour un nom plus en phase avec sa clientèle… « Le cabriolet »…

Lors de ce dîner, nous mîmes au point les prochaines manifestations. Par mon acte insensé, j’avais acquis le droit de siéger au comité d’organisation. J’ai reçu comme mission de surveiller les extrémistes qui profitaient du bordel ambiant pour intégrer les cortèges et faire dégénérer la manifestation. Je devais retarder au maximum la survenue du désordre et les orienter vers des cibles désignées en commun. C’est ainsi qu’il fut décidé d’attaquer le Ministère de l’éducation. Mon rôle avec quelques amis étaient de lancer les premières attaques contre les forces de l’ordre qui seraient situés boulevard Raspail puis après de me dégager pour laisser les membres du GUD et tous les fachos œuvrer. Nous parions qu’ils ne voudraient pas abandonner le terrain à des petits bourgeois et qu’ils souhaiteraient montrer leur force et leur savoir-faire. L’organisation de la violence était censée avoir comme effet d’améliorer la couverture presse. En cas de violences policières, nous étions sûrs de passer pour des victimes. Nous avions pré-rédigé des communiqués affirmant que les autorités avaient sciemment permis l’intrusion des fachos.

La manifestation était programmée pour le jeudi, soit deux jours après celle qui m’avait promu « animateur de la bagarre générale ». Elle a été à la hauteur de nos attentes. Nous avons empêché les fachos de s’immiscer dans la manifestation durant toute la première partie du défilé. Je suis allé voir Richard en lui disant que je voulais pénétrer au ministère de l’Education nationale et qu’à cet effet, il fallait créer une brèche boulevard Raspail. Il marcha dans ma combine ; il rassembla ses troupes pour leur expliquer le plan. Ses hommes au crâne rasé, aux blousons de cuir et aux ceintures cloutées avaient de la gueule. Ils ressemblaient à des chevaliers teutoniques partant en campagne. Il ne manquait que la musique de Wagner. Lorsqu’ils entrèrent en contact avec les flics, je devais avec mes fidèles décrocher mais je ne pus résister à l’envi de me battre auprès de professionnels de la castagne. Durant deux heures, nous avons avancé puis reculé, entre la station Rennes et Notre Dame des Champs. Vers 20 heures, la police sortit son arme secrète, les motos. Sur chacune d’entre-elle, deux flics, un qui conduit, un qui frappe. Rapide, simple et efficace, quelques années plus tard, Malik Oussekine, un manifestant, est tombé à terre, mortellement blessé, après avoir été rossé par ces nouveaux soldats de l’enfer. .

Ce soir là, je fus rapidement pris en chasse par l’une de ces motos. J’ai reçu quelques coups de matraque. Dans les premières secondes, j’ai ressenti sur mon épaule comme une décharge électrique, un coup bref mais violent. Dans un second temps, une chaleur a envahi mon épaule ; puis quelques minutes après, j’ai ressenti une vive douleur qui avait l’inconvénient de s’amplifier de perdurer. J’ai ainsi appris que la matraque est une arme à triple effet.

Pourchassés par des hordes de motos, nous trouvions abri sous les porches des immeubles ce qui nous n’empêcha pas d’être encerclés. Je n’ai échappé à ma deuxième visite dans un commissariat que grâce à l’aide d’une jeune fille brune, très jolie, qui ouvrit la porte de son immeuble rue de Fleurus. D’un coup, je me suis trouvé dans le hall d’un immeuble huppé de la capitale, grand miroir aux murs, moquette épaisse et ascenseur sans âge. J’hésitais à rentrer quand la jeune fille, d’un ton très clair, m’enjoignit de la suivre. Sans un mot, je pénétrais dans la cabine de l’ascenseur, cabine étroite qui ne pouvait contenir que deux personnes. Je sentais la transpiration ; j’étais habillé de quelques frusques. Plus l’ascenseur progressait dans sa lente montée, plus j’étais gêné ; je souhaitais retourner dans la rue. Arrivés au cinquième étage, elle me souriait en me voyant gêné. Elle ouvrit la lourde porte d’un appartement haussmannien à souhait. Un long couloir desservait de nombreuses pièces. Je me souviens de peintures sur les murs de l’entrée ; des peintures contemporaines, de couleurs vives. Elle me conduisit dans un salon de facture classique ; toujours en souriant, elle me proposa de prendre un verre en attendant que le calme revienne rue de Rennes.

Assoiffé, je n’ai pas refusé cette invitation. Ma sauveuse s’appelait Anna et était tout comme moi à Henry IV. En revenant de la FNAC, elle avait regardé le ballet des forces de l’ordre et m’avait vu en difficulté, c’est pourquoi elle était restée derrière la porte avec l’espoir de pouvoir m’offrir un abri.

Inscrite également en hypokhâgne à Henry IV, mais dans une autre classe que la mienne, elle trouvait ma dégaine de provincial mal habillé amusante d’autant plus que j’avais un port de bourgeois tout cela associé à un regard de cocker en mal d’affection. Et puis, elle m’avoua que mes mimiques à la Mick Jagger l’amusaient au plus au point. J’étais pour elle un divertissement car elle s’ennuyait ferme en parcourant les livres de Sartre ; je crois qu’elle s’ennuyait de sa vie de petite fille rangée.

J’étais en proie au silence ; j’admirais la beauté du mobilier de style, les tapis, les tableaux. Elle m’offrit un Jack Daniels et mit sur la chaîne un bon vieux Stones. Je suis tombé amoureux de suite. Elle était grande, les yeux verts, presque translucides, elle était habillée sobrement, classe mais pas trop sophistiquée. Ses cheveux coupés assez courts mettaient en valeur un visage fin. Elle m’avoua qu’elle ne suivait que de loin la politique ; elle trouvait bizarre que je puisse être en 1982 encore giscardien. Pour elle, il était déjà mort ; elle ne comprenait pas pourquoi les hommes politiques ne savaient pas prendre leur retraite une fois la sanction des urnes intervenue. Son opinion n’était pas sans lien avec son origine américaine. Sa mère était née à Boston ; y avait vécu vingt cinq ans avant d’y rencontrer son futur mari qui était inscrit à un MBA à Cambridge. J’ai passé une heure fabuleuse à discuter des Etats-Unis, de la littérature et de Sciences Po qu’elle souhaitait aussi intégrer. Bien évidemment, à l’époque, il n’y avait ni téléphone portable, ni mail, de ce fait mes camarades de combat étaient sans nouvelles de ma part. Fortement inquiet, ils me cherchaient sous chaque porche et dans les commissariats des VIème et VIIème arrondissements.

Quand je suis arrivé vers 21 heures au siège du mouvement, le Président jugea mon comportement irresponsable puis devant mon explication, me charria en répétant que j’étais un sacré élément. A force d’être racontée, mon aventure fut travestie et bien évidemment, le verre que j’avais pris avec la fameuse brune s’est mué en orgie sexuelle. Comme tout garçon qui se respecte, je n’ai que très modérément démenti cette rumeur.

Grâce à ces deux manifestations, j’étais devenu un leader et un homme de main connu tant chez les fachos que chez les giscardiens.

CROSSROADS

Malgré mes activités militantes, j’ai réussi à intégrer Sciences Po. Pour accroître mes chances de réussite, j’ai suivi une préparation d’été dans un établissement privé dont les locaux donnent sur Notre Dame. Anna m’avait accompagné dans cette aventure studieuse. Suivre des cours d’histoire, de culture générale, d’économie à quelques mètres des dizaines de milliers de touristes déambulant à l’intérieur et autour de la cathédrale, au mois de juillet et d’août, engendrait un étrange sentiment d’étrangeté, de liberté, d’insouciance . Bizarrement, c’est un de mes meilleurs étés. Pour la première fois, j’aimais une fille, belle et drôle à la fois, qui connaissait un grand nombre d’endroits insolites à Paris. Le soir, après nos cours, nous allions dans des petites boites dans lesquels jouaient des groupes de rock inconnus. Nous buvions au-delà du raisonnable ; nous terminions la nuit dans l’appartement de ses parents qui avaient eu la délicate intelligence de partir en vacances aux Etats-Unis.

Durant deux mois, j’ai oublié Jean, Pierre, les fachos et les autres voyous. Durant deux mois, j’ai renoué avec une vie bourgeoise, un peu décalée mais douce. Je me souviens de ce 15 août où le matin à sept heures, nous sommes allés passer un examen blanc dans un Paris désert, silencieux comme si un couvre-feu avait été instauré. C’était magique, c’était hors du temps.

Je dois l’avouer ; je n’avais guère travaillé pendant l’année scolaire et mes chances de réussite étaient faibles surtout que je continuai à prendre du bon temps avec Anna. Je me voyais recommencer une année à Henry IV et poursuivre mon ascension au sein du mouvement qui me trouverait quelques financements pour subvenir à mes moyens.

C’est Anna qui m’a appelé pour me prévenir, à ma grande surprise, que j’étais reçu ; j’étais retourné, en effet, sans illusion en Normandie. Ma joie fut ternie par son échec d’autant plus injuste qu’elle avait été une élève modèle durant toute l’année. Elle eut beau passé trois fois le concours d’entrée à Sciences-Po, jamais elle ne réussit à l’intégrer. Une fissure au début très fine mais irréparable s’installa entre nous deux.

Au sein du mouvement, il y avait deux clans ; les Sciences Po et les autres. Mon succès à l’examen d’entrée m’ouvrait la porte aux postes de direction. Je n’étais plus le petit jeune ; j’étais une pousse de chef. Je fus propulsé responsable de l’animation. Bien évidemment, le Président pour m’amadouer me révéla que son souhait était qu’un jour je puisse le remplacer. Ce poste compte tenu de mes états de service dans les manifestations n’étaient pas contre nature même si par tempérament j’ai préféré être affecté aux travaux de réflexion. Curieux dilemme, j’étais attiré par l’écriture mais mon origine sociale, ma faible aisance à l’orale me condamnait aux missions sur le terrain.

En parallèle, Jean qui avait été promus à un poste important au sein du Parti Républicain, nos aînés. Avant son départ, il m’a averti que je continuerai à rempli quelques missions secrètes. Pour s’assurer de ma loyauté, il me répéta qu’à Sciences Po j’aurais besoin d’argent pour draguer. Ainsi, quelques fois par mois, je continuais mes livraisons de mallettes. Il m’arrivait aussi de servir de chauffeur à des industriels ou à des officiels étrangers en goguette à qui je devais trouver les endroits branchouilles ou chauds voire très chauds. A chaque fois, j’étais briefé par Jean qui me listait les bonnes adresses. Cette bonne préparation des missions n’empêchait pas quelques imprévus. Un soir d’été, je convoyais un dirigeant africain. A la sortie du restaurant, le Scribe de mémoire, près de l’Opéra, il me demanda non pas de le ramener à son hôtel, le Méridien mais de lui trouver quelques distractions. J’avais en tête quelques rues chaudes de Paris, quelques bars où la coupe de champagne hors de prix offre le privilège de peloter une femme sans âge mais cela ne l’intéressait pas. Après quelques hésitations, il me dit

- Jean ne vous a prévenu ?
Je répondis sur un ton étonné
- Non

- Je veux un mec pour la nuit.

- Ben, c’est que je n’ai pas d’adresses…

- Démerde-toi petit me répondit-il sèchement.

A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable et donc pas de possibilité en quelques secondes de trouver une solution à ce type de problèmes. Face à mon hésitation, il me dit que je pouvais faire l’affaire si je voulais mais qu’il était du genre actif et très porté sur la sodomie. A ces mots, je me suis résolu de sortir de mon étonnement. J’ai accéléré pour me rendre rue de Provence dans laquelle je connaissais quelques prostituées. L’une d’entre elle me conseilla un bar près de l’Hôtel de Ville. Je l’ai chaleureusement remerciée. Une fois arrivée à ce fameux bar, mon Africain fit son choix et regagna accompagné de sa proie, un jeune homme d’à peine vingt ans, blond, les cheveux très courts, son hôtel. Avant même d’arriver, le jeune homme blond le suçait avec volupté sur la banquette arrière. Je n’osais plus regarder le rétroviseur ; ma présence ne les gênait aucunement. Le black modérait les ardeurs de son amant d’un soir en répétant qu’il ne voulait pas jouir de suite et qu’il avait envi de lui bouffer le cul.

Ce fut ma première vision de l’homosexualité parisienne. Ce ne fut pas la dernière car le milieu politique a, de longue date, attiré les homos. Les hommes politiques sont avant tout des saltimbanques, des comédiens. Comme les artistes, ils ne croient pas toujours à la véracité de leurs textes. Il y a obligatoirement un aspect féminin dans la démarche politique, celui de plaire… Il n’est donc pas étonnant que le monde des artistes et le monde politique attirent et fabriquent un grand nombre d’homosexuels. Malgré mes très nombreuses frasques, je n’ai jamais été dragué par un homme politique ; j’ai entendu parler d’orgie dans certains bureaux du Palais Bourbon mais vous savez les rumeurs et la réalité…

Sciences Po m’ouvrit d’autres horizons. J’ai rencontré ainsi un proche collaborateur du ministre de la Culture de l’époque, François Léotard. Il était maître de conférence en droit. Bon élève et connu pour mes accointances politiques, il me confia une mission non rémunérée. Je devais prouver le bien-fondé culturel de la privatisation de TF1. Pour cela, je rencontrais les responsables parisiens de chaînes étrangères. Cette mission m’amusa au plus haut point. Elle me changeait des virées nocturnes et glauques de Jean. Elle m’offrit la possibilité de pénétrer la sphère des médias. Pour mes rendez-vous, j’étais accompagné d’Anna dont le port bourgeois seyait à merveille dans les bureaux situés dans le Triangle d’Or à Paris. Je me voyais intégrer les cabinets ministériels et enfin devenir un véritable homme politique. J’étais conforté dans cet optimisme par les promesses du collaborateur de François Léotard qui me promettait une place de nègre auprès du ministre. Je rêvais d’un bureau au Palais Royal, d’un bel appartement, d’une vie confortable. J’ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, de rencontrer François Léotard. Homme cultivé, fin, passionné, il m’a toujours impressionné. Grâce à lui que j’ai découvert de nombreux écrivains dont en particulier, Ivo Andric, prix noble de littérature en 1961, auteur d’un roman superbe, « le Pont sur la Drina ». A travers l’histoire d’un pont sont décryptées les relations entre les différentes communautés, les invasions, les absurdités, les violences et les sentiments qui caractérisent la terre de Bosnie.

Au regard du niveau actuel des discours politiques, ceux de François Léotard, dans les années quatre-vingt, lui ouvriraient les portes de l’agrégation. Les citations répondaient aux citations ; les raisonnements étaient étayés, les affirmations vérifiées.

Aujourd’hui, dans ma prison, je regrette ces temps de la politique d’idées, de la politique d’opposition au marxisme. Je regrette que François Léotard ait disparu précipitamment de la vie politique française. Comment un homme de talent comme lui a pu se laisser avoir par la politique business, par les paillettes, par les affaires… Pour lui rendre justice, i faut avouer qu’il n’a jamais été condamné ; victime de rumeurs, entouré de margoulins, il a descendu les marches de la notoriété aussi rapidement qu’il les avait montés. Amer, inspecteur général des finances à la retraite, il écrit des romans ; drôle de destin pour un homme qui voulait venger son père accusé de n’avoir pas prévu la catastrophe du barrage de Fréjus.

Vous comprendrez aisément que je ne sois pas très fier de mes actions contre François Léotard qui était comme je vous l’ai indiqué Ministre de la Culture. J’ai été amené sur ordre, à saboter les déplacements du ministre en province. Les hautes autorités giscardiennes prenaient très mal la montée en puissance médiatique du cadet. Au lieu de tirer profit de l’image positive de ce qu’on appelait à l’époque « la bande à Léo », il fut décidé de prouver que Giscard restait le patron de la famille libérale et centriste.

J’avais été très discret sur mes activités concernant TF1 mais j’étais un peu naïf. Les fuites, les rumeurs se déplacent rapidement dans le petit Paris de la politique. Sans le savoir et encore moins le vouloir, j’étais entré dans la catégorie des traîtres et des mercenaires.

Habitué à multiplier des vies différentes, j’accomplissais avec zèle et sans problème de conscience mes différentes fonctions. J’avais pour moi une capacité à demeurer invisible, à ne jamais être remarqué par les grands patrons. François Léotard comme Giscard d’Estaing ne me connaissait pas ; je travaillais pour eux mais comme un petit kapo ; la petite main parfaite qui rédige des notes dans l’ombre le plus total.

Si durant la semaine je travaillais pour Léotard, le week-end, je reprenais mes opérations commando. Nous partions à quatre ou cinq dans une camionnette remplie d’affiches, d’autocollants, de colles, de bombes de peinture mais aussi de masses et d’outils en tout genre. Nous avions comme mission de couvrir d’affiches la ville dans laquelle le ministre de la culture devait tenir meeting. Les slogans de ces affiches étaient très clairs « Giscard Reviens », « Sur ma peau était marqué Giscard » « Un Giscard sinon Rien » « Ce n’était pas si mal avec Giscard »….

Un dimanche de printemps, dans une petite ville du département de l’Eure, quelques milliers d’âmes au plus, un député avait organisé sa réunion annuelle de circonscription, près de 2000 personnes étaient attendues pour écouter François Léotard. Pour ameuter le badaud, le député grâce à ses relations avait obtenu que Nicoletta, une chanteuse à l’époque habituée au Top 50, vienne pousser la chansonnette. Nous étions arrivés la veille. Toute la nuit, nous avions collé sur tous les murs ou presque nos affiches. Au matin, la petite bourgade avait pris des couleurs. Fiers de notre travail, après quelques heures de repos dans la camionnette, nous avons investi le lieu du rassemblement en distribuant une multitude d’autocollants à la gloire de VGE. Le député responsable des festivités fonça alors sur nous en hurlant que jamais il n’avait vu des cons de cette sorte. Tous les habitants de la ville étaient fou furieux contre lui à cause de leurs murs salis par les affiches. Il pensait que c’était un coup des socialistes… Malgré les insultes, nous rigolions sous cape. Il nous admonestait de partir sur-le-champ. Il appela la sécurité pour mettre sa sentence à exécution. Nous avons alors commencé à faire un scandale, à crier que nous étions des militants du parti républicain, que nous étions des envoyés de VGE. Nos cris attirèrent des élus dont l’un avait été, avant 1981, conseiller du Président. Il demanda au député de revenir sur sa décision et de nous accepter à sa fête. Ainsi, nous avions gagné le droit de rester ; simplement, nous étions censés ne plus distribuer d’autocollants pro-giscardiens ; ce que bien évidemment, nous ne respectâmes pas. Tous les jeunes de moins de dix ans étaient décorés comme des sapins de noël et qui pouvait interdire à des enfants de jouer avec des autocollants ? Personne ! Notre heure de gloire arriva lorsque l’hélicoptère du ministre après avoir tournoyé dans le ciel normand se posa dans le près à proximité du chapiteau. Un de mes militants, un mètre quatre-vingt-dix, plus de cent kilos, mon garde du corps attitré qui me suivait dans chacune de mes opérations commandos réussit à se frayer un passage jusqu’à l’hélicoptère ; il contourna les officiers de sécurité, les notables, le préfet pour être le premier à accueillir François Léotard. Ce dernier eut un haut le cœur face à cette armoire car Fabrice s’était couvert des pieds à la tête d’autocollants jaunes à la gloire de notre ancien Président. François Léotard, en levant les yeux vers le ciel, marmonna « même ici, ils sont là ». Nous avions gagné, nous pouvions partir l’âme tranquille, notre devoir était accompli. Le lendemain matin, le Président des Jeunes Giscardiens m’appela pour me confirmer que notre petite virée normande avait été l’objet d’une polémique le matin même au sein du bureau de l’UDF. Il me félicita car nous avions ainsi prouvé que les Jeunes Giscardiens étaient présents aux quatre coins de la France. Les autorités supérieures n’étaient pas censées savoir que c’était qu’une seule équipe qui était responsable des opérations punitives.

De mois en mois, je constatais que les Jeunes Giscardiens s’affaiblissaient. Le nombre d’adhérents donné à la presse n’avait plus rien à voir avec la réalité ; vielle habitude dans les partis politiques mais en la matière le rapport entre le virtuel et le réel était de un à dix. Nous étions une petite secte, la secte des giscardiens. Elle faisait illusion et nous nourrissait en honneurs et un peu plus.

A partir de 1983, François Léotard commençait à éclipser celui que familièrement nous appelions le « Grand Chauve ». Les jeunes ne croyaient plus au retour de l’ancien président malgré ses efforts. Nos divisions internes faisaient le jeu de l’ennemi de toujours, le RPR. Nos actions de piraterie avaient comme objectif d’empêcher la constitution d’un mouvement de jeunes léotardiens. Jusqu’en 1986, nous avons tenu bon. Lorsque François Léotard put enfin se libérer du joug du Vieux, il était trop tard, son étoile commençait à pâlir. Après sa fausse sortie du Gouvernement Chirac, en 1987, il sembla chasser les fantômes, ceux de sa vie personnelle, comme ceux du milieu politique qu’ « il détestait pour l’avoir tant aimé »

Au moment où je termine Sciences Po, je suis à un véritable carrefour de ma vie. De multiples voies me sont proposées. Je suis conscient qu’il est nécessaire d’abandonner les jeunes giscardiens mais j’hésite à rejoindre le navire Léotard ; par ailleurs, je suis sollicité par le RPR et le PS.

La fidélité en politique n’est qu’une valeur relative. Tout le monde se trahit en permanence, simplement, la trahison est un art exigeant finesse et protection. Quand on est un sans grade, la trahison ne peut s’effectuer que sous couvert d’un parrain faute de quoi elle aboutit rapidement à une répudiation.

A Sciences-Po, j’ai eu la chance d’avoir comme professeur d’économie un député socialiste qui quelques années plus tard occupa des fonctions éminentes au sein du parti. Puis-je écrire son nom. Je ne suis pas certain mais je suis convaincu que vous voulez savoir ; il s’agit de François Hollande. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il professait des valeurs plutôt libérales. Me liant d’amitié avec lui, il m’invita, avec plusieurs étudiants, chez lui pour un dîner. Rapidement, il nous demanda quels étaient nos engagements. Je lui répondis que j’étais au PR et « Jeune Giscardien ». Il me fixa et sourit. Après quelques secondes, il me répondit « Patrick, tu es intelligent, tu n’es pas bourgeois. Si tu veux réussir en politique, suis-moi ; tu ne seras pas déçu. » Interloqué par cette proposition, je ne sus quoi répondre. Il me demanda de réfléchir. Aujourd’hui, au fond de mon trou à rats, je suis bien forcé d’admettre que j’aurais du suivre son conseil. Je n’avais rien à gagner avec les bourgeois. Si j’avais rejoint le PS, je serais certainement député… Et puis, combien de fois, j’ai entendu la ritournelle de mes collègues porte-cotons de droite qui me qualifiait de gauchiste voire de soixante-huitard attardé.

L’autre voie, c’était le RPR. Plusieurs de mes amis à Sciences Po étaient gaullistes. Ils avaient l’avantage d’être simples, d’être, pour certains, issus des banlieues. Ils m’encourageaient à les rejoindre. L’élection présidentielle de 1988 se rapprochant ; il me demandait de choisir. Face à l’envolée de Raymond Barre dans les sondages, Giscard s’était résigné à demeurer recroquevillé en Auvergne, amer de ne pas être en situation pour postuler à nouveau à un poste en adéquation avec ses qualités ; Léotard soutenait officiellement l’ancien Premier Ministre tout en négociant avec celui qui était alors en place c’est à dire Jacques Chirac. Tout cela était un peu compliqué pour moi. Mon ami Jean était très occupé à trouver des moyens de financement pour assurer le train de vie du Parti. Quand je lui ai posé la question du candidat à soutenir, il se fit évasif et me recommanda de m’amuser. C’est à cette époque là que j’ai compris que dans les faits, il contribuait au train de vie de tous les partis.

Je ne sais comment j’ai atterri dans une cellule, encore une, dépendant de Matignon. Ma première rencontre fut avec un militaire qui me demanda quelles étaient mes connaissances en informatique. J’étais un peu surpris de cette question.

Certes j’ai omis de vous mentionner que depuis deux ans, avec quelques amis dont un qui me fut très utile un peu plus tard dans ma vie, nous avions acquis un ordinateur et qu’à nos heures perdues, nous pénétrions sur les sites minitel d’entreprise ou de partis politiques. En réalité, nous nous attaquions aux sites du minitel rose, les prédécesseurs des sites de cul sur Internet. Nous cassions les arborescences des sites, nous modifions les informations fournies et surtout nous entrions gratuitement sur les sites payant en passant pour les administrateurs officiels. Mes activités de pirate avaient été repérées par les PTT de l’époque et par le ministère de l’Intérieur. Je ne pensais pas un instant être en faute. C’était un jeu ne comportant aucun risque. J’ai appris ce jour là que je n’avais pas été arrêté du fait de mes liens avec un parti politique ; j’étais juste surveillé. Le militaire me proposa un marché, effacer mes actions passées contre le piratage durant la campagne présidentielle des 3614 et 3615 des candidats adverses.

A l’énoncé de cette proposition, j’ai fait mine d’hésiter. Il renchérit en se disant disposé à ce que ce petit travail soit comptabilisé comme temps passé sous les drapeaux. Simplement, il exigeait de moi un petit stage avec des éléments de la DGSE.

La, j’avoue ; je n’ai pas pu refuser. J’avais effectué une Préparation militaire supérieure à Beigne la Frileuse dans les Yvelines ; j’en avais gardé un mauvais souvenir ; mon caractère indépendant voire solitaire s’accommodait mal de l’univers grégaire peuplé d’ordres et de contre-ordres, d’actes stupides imposés pour éduquer les soldats. La déstructuration est une obligation pour conduire un troupeau à la mort pour des raisons bien souvent obscures.

Etre un soldat engagé politique était à mes yeux plus attrayant. En contrepartie, je devais rompre à mes anciens amis, abandonné l’UDF, le Parti Républicain, Jean et les autres. Du jour au lendemain, j’ai tout plaqué. Un matin du mois de décembre 1987, je suis parti à la Caserne Mortier à Paris sans regret ; une page était tournée et je n’avais aucunement l’intention de me retourner sur mon passé. J’ai face aux ruptures un détachement total. Mes vies se succèdent sans interférer. J’étais, ce matin là, libre, heureux voire excité.

Pendant un mois, j’ai découvert un autre monde ; celui composé de jeunes de mon âge aguerris à toutes les techniques, de la guerre informatique aux techniques de combat ; de vrais professionnels agissant non pas avec leurs muscles mais selon des schémas d’action très structurés. Le caractère militaire de la DGSE s’impose à tous. La spontanéité n’est pas de mise. Ce mode d’organisation évite en règle générale les surprises mais si par malheur, une survient ce n’est pas une surprise mais une catastrophe.

Face aux pirates de la microinformatique, ils étaient désemparés. Nos chers agents de la DGSE savaient pirater des gros systèmes, détruire des serveurs dans des entreprises ennemies mais le minitel, ce gadget de bas étage pour ménagère ou pour cadres frustrés, les laissait froids. Je leur ai expliqué comment par cette petite boite, on pouvait pénétrer grâce à la fée téléphone tous les réseaux du monde et en particulier le système Internet qui se développait à grande vitesse sur les campus américains et mieux comment leurs systèmes étaient vulnérables. Je leur explique comment on pouvait récupérer de l’argent avec les sites. Avec un ami canadien, j’avais monté un dispositif permettant d’imposer à des utilisateurs de passer par un site qu’ils n’avaient pas souhaité visiter et donc de payer. De même, je pouvais m’immiscer sur les sites bancaires. Je suis le premier repenti de l’ère pré-Internet.

Après ce mois passé à la Piscine, nom de la caserne dévolue à la DGSE car elle se situe à proximité d’une piscine, j’ai bénéficié d’un petit bureau dans un immeuble de la rue de l’Université à quelques pas de l’ENA. Je regardais de ma fenêtre les allers et venues des crânes d’œuf assoiffés de pouvoir et de réussite.

Je disposais de tout le matériel informatique que je voulais. Je passais mes journées à pirater, à casser les arborescences et à participer à tous les forums des sites de la campagne présidentielle. Mon nom de code était « xcv ». Libération relatait dans une page spéciale mes commentaires égratignant tous les candidats sauf Jacques Chirac. Le site de Raymond Barre ne disposant d’aucune protection était un vrai régal. Il n’a jamais fonctionné. Du premier au dernier jour de la campagne, il a été en panne. Les journalistes ironisaient su l’incapacité de l’ancien Premier Ministre à maîtriser les nouvelles technologies. Je pénétrais dans leur programme dans une maison sans porte ; je retirais quelques morceaux puis repartais incognito. Certes, un soir, je reçus un appel du directeur de cabinet du Premier Ministre me demandant de me calmer car le directeur de campagne de Raymond Barre s’était plaint du comportement peu sportif du Premier Ministre. L’accalmie me précisa-t-il ne devait pas dépasser 48 heures. Je crois que je n’ai pas réussi à tenir 24 heures. Pour éviter d’être démasqué, j’ai commandé un autre ordinateur que j’ai installé directement à Matignon avec une ligne à mon nom. Je suis un des rares à avoir eu une ligne de téléphone personnelle dans la résidence des Premier Ministres français. La fermeture de cette ligne me posa quelques soucis. En effet, une fois Chirac parti de Matignon, le service du téléphone ne comprenait pas pourquoi un jeune demandait la fermeture d’une ligne à Matignon. Certes, elle était à mon nom mais je n’étais ni locataire, ni propriétaire d’une pièce dans cette vénérable demeure. Il a fallu que j’use de toute ma patience en répétant que je ne paierai pas une ligne de téléphone à laquelle je ne pouvais plus avoir accès.

En travaillant pour le Premier Ministre, j’ai été amené à côtoyer une nouvelle race de collaborateurs de l’ombre. Moins bourgeois, plus militaires, plus militants, ils vivaient au nom et pour un homme ; ils étaient extrêmement basiques. Cet esprit de meute a survécu au défilement des décennies ; il puise sa source dans la Résistance avec ses réseaux secrets mais structurés.

Je n’ai jamais été considéré comme un compagnon ; j’étais une pièce rapportée, un petit génie de l’informatique, mercenaire et utilisé comme tel. J’étais perçu comme un solitaire derrière mon écran d’ordinateur. C’est pourquoi dès qu’il y avait des missions spéciales, j’en étais chargé. C’est ainsi, qu’un matin, un responsable de la campagne me convoque pour me signifier que je devais espionner le Parti socialiste et en particulier connaître les affiches en cours de préparation. Pour cela, j’ai reçu une fausse carte de journaliste travaillant comme pigiste dans un journal de province complice. Il m’a été demandé de m’habiller comme un gauchiste et d’obtenir une accréditation pour les conférences de presse du PS.

Une fois, tout ceci fait, j’ai demandé un rendez-vous avec un des responsables presse de la campagne de François Mitterrand. Mon objectif était évidemment de me perdre dans les locaux du siège du PS pour voler tous les documents qui traînaient. En moins de quatre semaines, j’ai dérobé vingt et une brochures, quelques disquettes et puis quelques stylos pour le plaisir. Je redonnais à un membre du cabinet du Premier Ministre dans un café à l’angle des rues Falguière et Vaugirard, le Gabarit, qui avait l’avantage d’être discret et situé à proximité d’une station de métro. Je ne sais pas trop si cela servait réellement à quelque chose.

Anna ne comprenait plus rien à ma vie de plus en plus dissolue. Un jour au PS, un autre à Matignon et puis j’avais conservé mes liens avec mes amis fachos. Elle était complètement déboussolée. De mon côté, je n’avais pas pu résister de me lier avec une attachée de presse de François Mitterrand, Eli ; elle était d’origine russe, très brune avec une magnifique peau blanche. Survoltée, sa vie était passion et extravagance. Je crois que dès le départ elle a su que je n’étais pas un journaliste. Pour elle, tout était jeu ; rien ne posait problème. Le premier soir dans son appartement ; elle me demanda de me couvrir de cirage noir car elle n’aimait coucher qu’avec des blacks. Comme phantasme, il y a mieux, j’en conviens. A déconseiller en cas de rendez-vous aux aurores le lendemain !

Elie me fit pénétrer le milieu artistique, la gauche caviar ; son père, un ami personnel du Président, était un producteur de cinéma. Son appartement se situait rue Bachelet près de Barbès. Le soir, les drogués se piquaient dans sa cour. En recherche d’un endroit plus discret pour pratiquer leur petit trafic, ils frappaient à la porte de l’appartement ce qui nous conduisaient avant de nous coucher, à mettre d’épaisses chaînes pour empêcher toute intrusion. Quand elle voulait dormir au calme, elle optait pour la luxueuse maison familiale à Versailles avec une superbe piscine d’intérieur. Mon aventure avec Eli a duré le temps de la campagne. Je ne sais pas qui renseignait l’autre. A vrai dire personne car notre relation était purement sexuelle, les confidences sur l’oreiller se limitaient à quelques ragots sur les hommes politiques. Nous nous sommes perdus de vue le soir même de l’élection. Je ne l’ai jamais revu ; elle déménagea et son nom disparut de l’annuaire.

La défaite de Jacques Chirac ne me surprit aucunement. Je n’avais à aucun moment pensé que la libération des otages du Liban ou le règlement sanglant de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle Calédonie changerait la donne. J’avais même été choqué par la liesse qui s’était emparée de Matignon et du siège de campagne lors de l’annonce de ces deux évènements ; le champagne avait coulé à flot et les cris de joies volaient de pièce en pièce. Ce jour là, j’ai compris que je n’étais fait comme eux, les militants gaullistes.

Le 9 mai 1988, je suis au chômage mais surtout un appelé du contingent car je vous le rappelle, j’avais été incorporé au mois de décembre 1987. J’ai espéré que compte tenu de mon statut un peu spécial, je sois oublié. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Le 10 mai, un capitaine de la caserne Dupleix, transformé depuis en immeubles d’habitation, m’appela et exigea mon arrivée en treillis dans l’heure. Il m’affecta au service des ordures de l’armée en Ile de France. Je tombais de haut, de très haut. D’un coup, je prenais conscience des conséquences d’une défaite électorale. Il me restait plus de cinq mois d’armée à réaliser. Ne pouvant imaginer rester éboueur, j’ai décidé d’appeler mon ancien professeur d’économie à Sciences Po. J’ai réussi à le joindre au bout de deux longues journées. Lorsque je lui ai raconté mon aventure, il a ri de bon cœur. Il s’engagea néanmoins à me trouver une affectation plus décente. Il tint promesse et même mieux il m’offrit la crème de la crème, une place au cabinet du ministère des affaires étrangères, une place en or. J’étais, en effet, chargé de la surveillance des télescripteurs et de la revue de presse du ministre. J’ai passé cinq mois tranquille à grossir au fil des réceptions et du travail de nuit. J’ai adoré errer de couloirs en couloirs aux murs desquels sont épinglés nos grands diplomates d’autrefois ;

Ce ministère était celui des trafics, des combines qui améliorent le quotidien. Du sommet à la base, tout était rupine. Rapidement, j’ai été mis au parfum. Des télévisions, des cassettes vidéos, des livres, des bouteilles de vin, du foie gras passaient de mains de l’Etat à celles de fonctionnaires au dessus de tout soupçon. Les télévisions destinées aux bureaux des chefs, au service de presse, aux membres du cabinet du ministre n’arrivaient pas à destination ou arrivaient en panne. Il fallait en commander de nouvelles ; les postes absents ou soi-disant défectueux étaient revendus la nuit. Ces pratiques mafieuses ont égayé les quelques mois que j’ai passé au Quai. J’ai ainsi appris que les serviteurs de l’Etat n’échappaient pas à la cupidité.

Les nuits étaient agitées dans ce bâtiment sombre qui longe l’Esplanade des Invalides. Je vivais au rythme des cars Air France qui amènent touristes et hommes d’affaires à Orly. J’imaginais sur ma petite banquette leur destination, leur vie. C’est certainement en pleine rêverie qu’un soir j’ai été surpris par l’arrivée d’un haut fonctionnaire du Quai qui me tapota, avec délicatesse, l’épaule. Il me demanda si j’étais bien installé. Un peu désarçonné, j’ai bafouillé quelques mots pour lui signifier que tout allait bien. Il s’enquerra de ma solitude en tant que veilleur de nuit. Je commençais à comprendre que sa présence n’était pas dénuée d’intérêt. J’avais entendu parler de la légende selon laquelle les diplomates sont homos mais faut-il croire toutes les rumeurs ? Mais ce soir là, dans mon bureau au rez-de-chaussée, sur un lit pliant très étroit, j’ai senti rapidement les mains d’un homme glissées sur mon corps et tenté d’approcher mon sexe pour le caresser. Malgré l’heure tardive et la fatigue, je me suis levé d’un bloc et ai fait mine de regarder les télescripteurs. Le diplomate se leva et me suivit. Il me glissa que je ne devais pas avoir peur et qu’il n’y avait pas de raison de refuser un petit plaisir entre hommes. Face à ce harcèlement, je me suis résolu à lui dire que je n’étais pas du tout intéressé par une telle expérience. Après quelques secondes d’hésitation, il sortit du bureau en maugréant que je ne savais pas ce que je perdais.

Il n’avait pas totalement raison car à l’âge de quinze ans, en Normandie, un de mes cousins m’avait obligé de le sucer afin de satisfaire un de ses besoins pressants. Après cette expérience, je me suis toujours demandé comment les femmes pouvaient accepter de réaliser des pipes pour leurs mecs. Le goût acre du sperme m’avait écœuré. Je n’avais jamais été tenté de recommencer ce type d’expérience même si par phantasme j’aurais aimé avoir, au moins une fois, la possibilité de baiser avec un transsexuel. En prison, aujourd’hui l’aventure me tente moins….

Assez libre durant la nuit et m’étant lié d’amitié avec les gardes du Quai, j’arpentais, en solitaire, les longs couloirs de ce ministère. Bien souvent, les portes des bureaux étaient ouvertes. C’est ainsi que je me suis mis à récupérer papier à entête, tampons officiels et autres documents, par jeu et puis au fond de moi, je me disais que cela pourrait un jour servir. Dans tous mes postes, j’ai pratiqué de même ; je dispose, aujourd’hui, dans une cave en Normandie d’une belle collection de papiers en tout genre. Il m’est arrivé de dépanner quelques connaissances dans le besoin.

En 1988, l’armée terminée, j’ai été contraint de rechercher un emploi. Au bout de quelques semaine et après avoir répondu à quelques annonces, j’étais confronté à un cruel dilemme. J’avais le choix entre une grande banque et un conseil général. Dans un premier temps, j’ai opté pour la banque. L’intégration commença par une visite médicale au siège, boulevard des Italiens. Après un long couloir, défraîchi, tarabiscoté, un centre médical modèle années cinquante s’offrit à moi. Une infirmière sans âge, grosse, sans style m’accueillit. Elle me demanda de me déshabiller derrière un paravent miteux. Je m’exécutais en trouvant que pour un premier jour c’était exaspérant. Avec le recul, cet affront m’apparaît bien insignifiant. Cela fait parti d’un rituel, d’un parcours initiatique. En quelques heures, il faut ingurgiter les lieux, les noms des collègues, les codes vestimentaires et verbaux…. Le bizutage est la règle ; c’est un rite ; les anciens même de quelques jours jouent aux caïds, tout le monde jauge le nouveau. Je me suis toujours interdit de prendre ce type de posture ; ais-je réussi ce n’est pas sur.

Une fois en caleçon, l’infirmière me scruta des pieds à la tête. Après quelques longues secondes, elle se mit à parler

- Pourquoi un jeune homme intelligent et beau comme vous vient ici ? C’est un mouroir cette entreprise. Regardez-moi, je suis une vieille bête toute sèche. Je n’ai pas fait l’amour depuis des siècles. Partez ! Partez !

Je ne savais pas quoi répondre. Je regardais mes pieds. Puis devant ma perplexité, elle continua.

- Bon, vous avez l’air en forme. Rhabillez-vous avant que vous n’attrapiez la crève.

Ce que je fis à toute vitesse. Une fois la visite médicale terminée, je suis rentré chez moi pour appeler le Conseil général du département YY afin d’accepter la proposition d’emploi qui m’avait été faite. (le nom du département a été censuré pour éviter toute poursuite ; l’instruction judiciaire étant en cours).

Je ne pouvais pas échapper à mon destin. C’était écrit. La politique, la magouille, les fastes de la République m’attirent bien que mon caractère me prédispose à vivre caché, à vivre tranquille loin des projecteurs, des faux semblants.

Je ne suis resté que quelques mois au conseil général. J’étais affecté auprès de l’élu en charge de la voirie et des établissements scolaires autant dire préposé à la corruption. A peine arrivé, il m’a dit que pour les deux premiers mois je serais payé en liquide ; après je serais rattaché à une agence de communication. Pour améliorer le quotidien, je disposais d’une voiture de fonction, une Renault 25. Mon travail consistait officiellement à veiller au bon déroulement des travaux ; dans les faits, ma seule présence sur les chantiers devait rappeler aux responsables des entreprises chargées de la construction des routes et des bâtiments publics qu’ils devaient verser leur dîme. J’avais aussi comme mission de préparer les dossiers des élus. J’étudiais les contreparties à demander aux bâtisseurs pour obtenir les marchés : rond point à réaliser, terrain de sport à équiper, maison d’un maire à rénover, piscine pour un élu à creuser. Ne vous êtes pas demandé pourquoi il faut beaucoup de temps pour réaliser, en règle générale, le moindre projet en France alors qu’en matière de rond point, nous avons battu tous les records de vitesse. J’étais un petit soldat de la corruption. Au sein de ce conseil général, tout donnait lieu à trafic. Même les jeux réalisés en collaboration avec la presse locale donnaient lieu à détournement. Ainsi, le conseil général a sollicité les citoyens pour trouver le meilleur slogan pour lé département. Le premier prix était récompensé de 50 000 francs de l’époque et le second prix de 30 000 francs. Par le plus grand des hasards, ce fut une amie du Président du Conseil général qui gagna le premier prix, le second étant remis à un ami du Premier Vice Président. Les hasards de la vie, c’est fou.

Le plus beau trafic consistait dans l’achat au frais des contribuables de belles limousines qui au bout de quelques mois étaient volées ou vendues à faible prix au profit d’élus.

Le sentiment d’impunité était tel que le Président du Conseil Général ne se méfiait de rien. J’assistais aux réunions de répartition des marchés publics. Une à deux fois par an, dans son bureau, autour de la table basse, tous les responsables des entreprises de BTP étaient présents avec deux responsables du bureau d’études du département et moi. Tout cela se tenait à quelques encablures de la préfecture et du tribunal de grande instance. Le Président du bureau d’études avait comme malin plaisir d’arriver en hélicoptère dans la cour du Tribunal. Quelques années après, il y arriva par des moyens de transport plus classiques et surtout les menottes aux poignets.

C’est à cette époque que j’ai compris que l’homme politique pouvait être vénal mais surtout qu’il avait un besoin pressant de multiplier les liaisons fugaces avec des femmes qu’elles soient jolies ou non. Conquérir des voix, manipuler des électeurs, dominer des conquêtes d’un jour